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Malgré ce qui n’est pas, demain sera magnifique

6 septembre 2023

Ton deuil est invisible, comme une liane grise silencieuse accrochée à chaque respiration et l’alourdissant, s’agrippant à chaque réveil, amputant la part tranquille de tes pas. Il n’y a pas de date précise, pas de souvenir probant, personne n’a déclaré officiellement l’agonie de votre amitié jusqu’à ce que tout espoir s’y étant attaché en soit arraché d’un coup sec et sans appel.

Quelque part, l’autre existe et vit, dans un ailleurs auquel tu n’appartiens pas. Il t’était possible de l’imaginer, avant, au début, tu avais tes repères, des restes de conversations… aujourd’hui seule quelques ombres colorées dansent dans de possibles lointains.

Les étapes seraient-elles différentes s’il y avait eu un décès autre que celle de votre amitié dont les murs paraissaient aussi évidents qu’indestructibles ? L’implosion ayant été été invisible, combien de vos proches vous imaginent encore intrinsèquement comme un ? Tel un animal blessé, vous vous êtes éloignés pour panser vos plaies sans impliquer la meute. Aurait-il été plus facile de se reconstruire dans le regard des autres ?

Certains jours la peine est pire que la tristesse des cimetières et des affres d’une rupture amoureuse. C’est une perte irrémédiable et vivante. Les kilomètres, les déserts et les océans qui vous séparent rendent improbable la moindre possibilité d’un apaisement. Parce que, déguisés en courtoisie, vos derniers échanges ont été amers et incompris et ont soulevé la vase d’années de petits riens insignifiants séparés mais écrasant rassemblés, parce que les mots donnés et reçus se heurtaient à une confusion se muant en colère et sentiment de trahison, tout le reste, toute la beauté du chemin sur des décennies de partages, de voyages, de lettres, toute cette lumière est déchirée et s’est envolée.

Derrière les sourires et soleil d’une existence autrement immensément heureuse, s’installe un vertige trop sobre au bord du gouffre au fond duquel gis une part de soi, de son histoire.

Chaque jour avance loin de l’autre, parfois la colère laisse place à la résignation, à la sérénité d’une vie éclairée différemment, chaque jour est constant de ce silence dont tu ne sais plus qui l’a imposé à l’autre. Parfois, se résigner ressemble à abandonner. Aurait-il fallu se battre ? Braver la distance et gravir ses sommets pour chercher dans ses yeux la possibilité d’un espoir ? Toi aussi, face aux lignes de sels lancées au sol, tu as fait tes choix et orienté tes pas, tu as choisi tes lignes et des tranchées, entre celles que tu étais prête à franchir et celles qui seront restées intacte.

Aujourd’hui plus qu’hier, tes poumons peinent. Est-ce de ces échos en ligne qu’un ami bien intentionné aurait partagé, ou le fait de savoir son fantôme arpenter les mêmes rues que les tiennes, bientôt, demain, pour quelques jours flottants dont tu ne sais exactement quand ils ne commenceront ni ne prendront fin… bientôt l’autre sera si proche, quasi en effleurement de ton quotidien et pourtant jamais la distance n’aura été aussi immense et irrémédiable.

Malgré ta tristesse, tu poursuis le regard droit, avec parfois un léger pincement, et surtout avec la certitude que tu es digne d’être aimé, et que la vie t’aime immensément. Aimer, c’est aussi accepter ce qui ne peut plus être. Sans se résigner, sans fermer de porte, en gardant en trésor niché au plus précieux de soi ta joie d’être et ta résilience.

Malgré ce qui n’est pas, demain sera magnifique.