Archive for avril 2011

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Old Love Letter

28 avril 2011
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January 12th, 1917
 
My beloved,

I walked along the shores this morning with your letter in my hand, as a new day’s light shyly spread over the sleeping sea.

A new day without you yet again.

I didn’t want to be reminded of your absence, of the past and the awaiting solitary hours : it doesn't matter anymore. Your "dead status" was officially cancelled yesterday, with the arrival of both your letter and an announcement from the Army.
I watched the boats floating still, I looked for the non existent wind. My bare feet on the fresh grass, my eyes on the water, grey as the sky and so quiet, like a dormant dream. I held my happiness silently against my heart… There are so many women who are waiting to know, and so many more who cry, confronted with the harsh certainty that their son, their brother, their husband won't come back. 
I was so afraid that perhaps I was wrong in thinking that you would. 
I waited. Here in France, in your country. They said so much blood was shed that the soil turned red, somewhere called Verdun, and that you had very probably died there too. I looked at the map to see where it was. That you could be gone was simply impossible… it felt untrue but none of the locals here would believe a stranger’s heart. They almost sent me home, and they would have, had travelling not been so difficult!
With you gone, there was nothing for me left in the village they thought, for I was nothing but the promise of a wife, of a life with you, for you. I am twice a foreigner here, once for not being born within half a day’s walking distance, and twice for not being French. And yet I am a cousin too, the Irish blood in my vein speaks to their heart and memories.
Your words were faintly written but nonetheless strong and filled with such love and hopes, and pain and sadness too. I fear this war has aged you beyond what I could expect… Yet I trust that you will still be the man that left – that the soulmate I love so dearly will be the same underneath the scars. I cried for the agony you had to endure, for the pain that must be yours still and the mutilation this ongoing war inflicted on your body. But the tears on my face were also of relief: you are alive, you will soon be close to me again.

Yes, today I did not want to be reminded of your absence, even though I’ll count the days. I simply wanted to follow our walks by the sea and bathe in the thought that soon you will be home. You may not be whole again, I cannot imagine what it is to be without a limb, but we will walk slowly my love, you and I, together.

 

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Extraits d’enfance

15 avril 2011

La maison est trop bruyante. Ses trois étages résonnent de cavalcades joyeuses, dans les escaliers, les couloirs, de cris et de chants. Quinze cousins sous un même toit crée du chahut, des chaussettes sous les lits, des pulls dans toutes les pièces, des plâtrées de pâtes servies dans de grosses gamelles de cantine. Tout à coup un jeu de cache-cache s'improvise. Des petits bruits de pas furtifs s'enchaînent, "le collé" compte puis part en quête. Il va silencieusement regarder derrière les rideaux, dans les cagibis, sous les fauteuils. Chaque découverte provoque un éclat de rire étouffé, le groupe des "collés" s'agrandit. A la fin du jeu, le total n'y est pas : il manque Jacques. Les bruits reprennent, son nom est scandé comme un chant victorieux mais il reste introuvable. Il a gagné le jeu mais est absent pour savourer sa victoire… Jacques est sur le toit. Il s'est glissé dans le grenier, a ouvert la lucarne donnant sur le ciel et s'est hissé sur les tuiles. Allongé au soleil, il ferme les yeux au vent et savoure le quasi-silence qui l'entoure.

* * *

Quatre silhouettes accroupies au bord de l'étang contemplent l'eau argentée dans lequel se reflète la naissance d'un jour hésitant. Elles sont enveloppées de manteaux noirs et d'écharpes, elles attendent. Les sons voyagent et résonnent, que ce soit le piaillement d'oiseaux nocturnes ou le craquement de branches par le pélerinage de discrets rongeurs. Tout à coup, une ombre chuchote. De concert, elles élancent leurs bras, leurs poignets, leurs doigts, lâchant chacune un galet qui saute sur l'eau en de multiples ricochets. Les ombres comptent. Un gagnant est désigné, puis elles repartent vers la maison. C'est le premier jour des vacances d'hiver, la tradition est respectée.

* * *

Clic clic clic, les ciseaux s'affolent, la petite fille pleure devant ses mèches noires et bouclées qui s'envolent vers la terre et tombent sans bruit à ses pieds. Ses orteils sont recouverts par ce manteau de plumes sombres, comme un duvet léger qui se réchauffe avec le temps. Sa mère s'affaire, coupe, égalise, effile, clic, clic, clic. La petite fille ne se voit pas, ses larmes étouffent sa vue et la vie autour d'elle se colore de flou coloré comme sur la palette d'un peintre. Finalement sa mère lui passe un dernier coup de peigne, balaie les vestiges de son enfance et pousse un léger soupir de satisfaction. Mouchoir. Reniflements. La petite fille se découvre dans le miroir, ses mains fines touchent doucement ses cheveux brillants et lisses qui encadrent son visage. Elle secoue la tête, surprise, étonnée, se sourit, fait des mines, oublie ses larmes et part en courant faire admirer sa nouvelle coiffure à la voisine.

* * *

Elle se baisse et ramasse un caillou noir et lisse qu'elle lui tend. Il hésite, ose une main timide. Le soupèse, caresse ses rondeurs avant de le glisser dans sa poche. Elle sourit, il attrape sa main et trottine gaiement à côté d'elle.

N'hésitez pas à aller découvrir d'autres auteurs anonymes sur le Convoi des Glossolales

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Espoirs

12 avril 2011

La douce plainte de l'hiver s'éteint,

Les bourgeons craquent les branches feutrées.

Le froid s'étiole d'un silence étouffé

Par l'élan fougueux d'un printemps serein.

Derrière moi les vestiges d'avenirs cois,

De mystères invisibles et sournois.

Et devant moi, reposant les chemins,

Apaisant les évasions volubiles,

Mon cœur doucement bat, immobile.

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Toit

11 avril 2011

Tu es accueilli par le dos de Damien et le rire de Belou qui ne t'est pas destiné… 

…Cette femme n'a pas le droit d'aimer ta fille, cette femme n'a pas le droit de rire ainsi, d'avoir une voix aussi chaude et agréable, cette femme…

Damien s'écarte, son visage s'empourpre d'émotions qui te sont illisibles… Tes yeux se baissent, ton coeur se brise, cette femme est enceinte, et sur son ventre brille un diamant presque trop gros pour être joli.

* * *

Tu es allongée sur le toit et tu réaménages le ciel. L'univers serait plus joli si cet amas d'étoiles se décalait vers la gauche, et si celle-ci s'éloignait se sa voisine. Tu ne sens plus tes bras sous ta tête, ton esprit flotte.

– Ces tâches de nuages sont en trop, tu ne trouves pas? Il faudrait gommer le ciel.

Olivia rit et te propose d'aller chercher un sèche-cheveux pour les chasser. Entre vous, une bouteille de blanc vide, et une de vodka pleine que tu n'oses pas toucher. Ce serait facile s'endormir ton corps à l'alcool, il suffirait de tendre le bras et de laisser le liquide glacé anesthésier tes sens. Par instinct de préservation, par crainte d'une nouvelle amnésie, tu la laisses te narguer en gardant tes distances.

Jamais Damien n'avait eu ce regard. Pour toi.

En te voyant, son visage s'est d'abords empourpré. De surprise, d'embarra, de soulagement, aussi… Ce face à face entre Nadège et toi l'épargnait d'une conversation difficile. Toi, tu n'enregistres rien et tu remarques tout. Le regard brillant et légèrement coupable de Belou, les rondeurs de Nadège qui en est sans doute à son quatrième mois de grossesse, sa bague de fiançailles, et la farouche détermination  qui imprègne Damien. C'est nouveau, c'est ainsi, ce qui l'avait fait partir le fera rester. 

Tu as tendu les produits anti-poux à Damien, tu lui as expliqué les gestes à suivre d'une voix clinique et tu as appelé l'ascenseur. Un bisou à Belou.

– Bon weekend ma belle, à dimanche. 

L'ascenseur était trop grand pour ta peine et trop petit pour tes bras que tu appuies de part et d'autre de la paroi en fermant les yeux. 

Tu es revenue dans ton appartement dont la porte était restée ouverte, depuis qu'Olivia était revenue avec sa Marie-Rose ses gonds n'avaient pas bougé, tu t'es dirigée vers ta sauce au basilic brulée que tu a déversé dans la poubelle avant de gratter vigoureusement le fond de la casserole.

Olivia est entrée en fermant doucement derrière elle.

Et maintenant, vous êtes sur le toit et l'univers entier tangue légèrement. Et maintenant, quoi?

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Confession

8 avril 2011
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Parfois on découvre un auteur, un livre, qui nous illumine le temps des mots. La vie continue à s'étirer, le livre est mis de côté tout en restant dans une parcelle de nous, comme une pierre précieuse nichée dans un écrin que l'on sait à l'abri au fond d'un tiroir. 

Un jour on le ressort, on pense à quelqu'un à qui peut-être l'offrir, on pense à l'éclat de soleil qui nous manque. Les pages sont identiques, les mots fidèles et pourtant à nouveau ce sourire, ce plaisir, ce choc aussi, de voir à quel point, niché au fond d'un tiroir, un seul livre a pu influencer aussi profondément ses propres choix d'encre, et cette orientation, aussi, vers la seconde personne du singulier…

J'ai arrêté d'écrire à cause de toi, Christian Bobin, il y a longtemps, un jour, découragée par le chemin à parcourir sans savoir si ma lumière pourrait naître les mots aussi bien que la tienne. J'ai mis du temps à te relire, j'ai du recommencer à écrire d'abord, retrouver l'amour, le plaisir, la joie de mes propres lettres. J'ai du t'oublier pour avancer, me dépouiller de mes craintes et oser mes émotions… Pouvoir à nouveau savourer sereinement tes pages fut une récompense tranquille quasi inaperçue, dans l'acceptation de ton influence, encore présente en moi. 

Je n'écris pas comme toi, (je ne suis pas publiée), j'écris comme moi et j'aime ça. Aujourd'hui je ressors "La Plus Que Vive" de son isolement, en acceptant le chemin parcouru et en osant vouloir aller plus loin encore.

"Si je ne disposais que de deux mots pour te dire, je prendrais ces deux-là : "Déchirée et radieuse". Si je ne disposais plus que d'un seul, je garderais celui-là qui contient les deux autres : "aimante". C'est un mot que tu portes à merveille, comme ces foulards de soie bleue autour de ton cou, ou ce rire dans tes yeux lorsqu'on voulait te blesser. 


Il y a chez toi, disséminée dans ta vie, dans tes gestes, tes silences, tes rires, une pensée ininterrompue, profonde, grave. Jusqu'au dernier jour tu es en proie à une question dont tu cherches la réponse."

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Aujourd’hui

7 avril 2011
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Aujourd'hui il a suffit d'un instant pour que tout s'éclaire

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Extraits passionnés et transis

5 avril 2011

La famille était à table depuis près de deux heures déjà, les plats avaient défilés, l'alcool illuminant les regards et déliant les langues. Installées sous les oliviers, les tables se suivaient sagement les unes après les autres, nappées de blanc, bordées de chaises et de bancs. Toute la famille s'était réunie, les oncles, les tantes, les cousins, les amis aussi, autour du papet qui fêtait ses quatre-vingts ans. Les enfants s'étaient échappés depuis un moment, ils couraient sur l'herbe sèche et s'aspergeaient de l'eau de la fontaine afin de se rafraîchir. Les adolescents, eux, reposaient à l'ombre en prétendant l'ennui. Restaient les parents, jeunes et vieux, qui maniaient la fourchette et le verre, faisant honneurs aux spécialités et aux grands crus. Tout à coup, oncle Damien avait renversé son verre. Une tache rouge sombre s'était installée en s'éclaircissant sur la nappe, mordant le tissu et répandant sa couleur d'assiettes en assiettes. Tout à coup tout le monde s'était levé, surpris, criant un peu et riant surtout, dans le débat bruyant des méthodes à employer, entre le sel ou l'eau, laisser la nappe ou la rincer… Quelques anciens sont montés sur leurs bancs le verre à la main pour un toast égayé tandis que le gâteau arrivait. J'étais de ces ado qui regardaient la scène, de loin, j'étais à l'ombre, collée à toi, dans tes bras enveloppant, toi, le fils du voisin aux yeux noirs profonds. Profitant de la confusion, tu t'es penché sur moi et tes lèvres ont frôlées les miennes. C'était mon premier baiser, et aujourd'hui encore, chaque tâche de vin me ramène à cet instant et aux frissons délicieux qui ont suivis.

* * *

Roland est assis devant son écran. Depuis une heure déjà, il attend que sa boite mail s'illumine d'un message non-lu, d'un signe d'elle lui signifiant qu'elle pense à lui, qu'elle a pris le temps de lui consacrer quelques lignes… Qu'elle a pris son billet Moscou-Paris pour venir jusqu'à lui.  Depuis ce matin, rien. Pas de petit message pour lui dire bonjour, pas de photo clin d'œil… voire plus… Depuis qu'il a commencé à dialoguer avec Tatiana, la vie de Roland a changé. Leur premier tchat sur un site de rencontre pour célibataires de plus de 45 ans avait allumé une flamme virtuelle aiguisant sa curiosité et consumant ses sens. Après des heures en ligne, au fil des jours, ils avaient fini par échanger leurs adresses mail personnelle, s'envoyant de long message et des photos délicieusement suggestives. Roland s'était réveillé un jour en réalisant qu'il était amoureux, que sa vie URL (en ligne) sans Tatiana en IRL (en vrai) était insupportable. Les messages du matin, en journée et le soir ne lui suffisaient plus, il lui fallait la rencontrer, la toucher, sentir le grain de sa peau et son parfum. Tatiana était la femme parfaite et il voulait faire sa vie avec elle. Après un virement conséquent sur le compte bancaire de sa mie afin de couvrir ses frais de voyage, il attendait donc de savoir quand il pourrait enfin la serrer dans ses bras. A force de fixer son écran, ses yeux commençaient à se brouiller. Tout à coup, le bip de sa boite mail le fit sursauter. Son mail de ce matin vers Tatiana lui revenait avec un message d'erreur : Mailer Deamond – le destinataire de votre mail n'existe pas. Le trou sur son compte bancaire, si.

* * *

Il est face à elle, seuls 50 centimètres les séparent, un petit demi-mètre aussi grand qu'un désert au sein duquel se cache un oasis de promesses. Il ne sait comment franchir cette distance, comment répondre à l'appel de ses yeux, à l'invitation muette de ses lèvres… Il faudrait pouvoir écarter les particules les plus élémentaires, oser briser le mur invisible qui sépare leurs corps. Elle reste silencieuse, une rougeur envahi peu à peu ses traits alors qu'il combat son indécision, un tremblement s'empare d'elle… Il ose… Ému par le frémissement qu'il  perçoit en elle, il s'élance avec fougue et douceur… alors qu'elle se plie soudainement en deux dans le plus disgracieux des éternuements.

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Les jours vides se suivaient, avant. Il marchait seul sur son chemin, ne sachant même pas à quel point il était triste. Aujourd'hui il est accompagné et ose à peine se retourner tant il a peur du souvenir de grisaille qui suit ses pas. Si elle devait partir, il ne sait comment il continuerait à marcher, à avancer. La vie sans elle est in-envisageable, inexistante. Parfois, il voit dans son regard un désir de liberté et de solitude qui semble la consumer de l'intérieur, et il en a peur. Il aime sa fougue, son élan, tant que ces derniers sont enchaînés et tournés vers lui. Il préfèrerait qu'elle meure plutôt qu'elle le quitte. Quand à mourir lui, cela impliquerait qu'il arrête de contempler sa vie, comme il la contemple elle, s'émerveillant qu'elle soit là, mais oubliant de le lui dire.

Quatre extraits mis en ligne en février sur le convoi des glossolales… Bonne lecture!