Archive for août 2011

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Matin rouge en réveil serein

31 août 2011

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Ce matin il y avait comme des écritures dans le ciel…

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Ce matin le ciel était fou et m’alignait des poèmes et des messages d’amour, des frasques folles et une lumière dansante, avec des grues en valses et des hommes en construction. 

 

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Sur le chemin, j’ai entendu dans le murmure de l’invisible la musique fantasque de mes rêves, tandis qu’une brise inconséquente atterrissait enfin mes certitudes d’un illogisme implacable.

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Ce matin tout était vrai et rien n’avait de sens, il fallait conduire le nez en l’air, marcher les yeux dans le bleu naissant, s’attacher aux pas d’Alice et traverser nos miroirs.

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Ce matin les avions étaient des fusées et les grues des déesses, et moi je n’étais rien que le regard sans importance par lequel tout existe.

 

 

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Ce matin, j’ai capturé l’essentiel.

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(demain je passe en mode raw)

:-)

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Extraits sereins

28 août 2011

Ce jour-là, le vent caressait l'herbe en la faisant onduler et cela créait des chemins mouvant que nous regardions avec plaisir. C'était la clé de tout, cette capacité que nous avions à trouver bonheur de choses simples et paisibles. Parfois encore, tu y repenses en souriant, il suffit d'une brise sur ta peau et tout à coup le monde est plus serein.

* * *

Au troisième étage, Gizelle joue de la clarinette. La fille de la voisine est assise par terre et crayonne un dessin de princesses et de fleurs. Gizelle regarde son front penché avec concentration, ses cheveux blonds qui tombent en un rideau enchevêtré et elle se dit qu'elle aimerait bien avoir un enfant à elle… Elle s'arrête de jouer, la petite lève les yeux et attend. Gizelle sourit, et reprend.

* * *

Elle ferme les yeux et inspire infiniment, cette goulée d'air sans début ni fin lui offre un répit entre les désirs des uns et les besoins des autres. Sa poitrine se soulève, lentement, les yeux fermés, les lèvres entre-ouvertes. Elle bloque, le temps se fige, puis elle exale en prenant son temps et en savourant le calme de l'après, un peu comme un orgasme solitaire en lenteur intense présageant d'un sommeil réparateur et égoïste.

* * *

La vie est un long chemin vers soi. Certains se trouvent plus vite que d'autres, ils peuvent ainsi avancer vers nous et nous tendre la main dans notre progression balbutiante.

* * *

Elle s'offre une journée. Ses collègues la pensent avec les siens, et les siens au bureau. Pas de comptes à rendre, pas d'emploi du temps, elle dispose de ce luxe rare de n'avoir rien de prévu. Ce soir elle soufflera ses bougies et ouvrira ses cadeaux, elle suivra la tradition familiale d'entendre une anecdote par année vécue et de boire son schnapps cul sec. En attendant elle savoure le calme d'une terrasse et boit son café brulant à petites gorgées. Plus tard elle reposera son corps dans la chaleur humide d'un hamman avant d'aller se promener dans des jardins de roses, l'âme tranquille, le cœur au repos.

Ces paragraphes sont issus de ma contrainte quotidienne sur le blog du Convoi des Glossolales. Je vous invite à y découvrir de talentueux auteurs.

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Jane puissance deux

21 août 2011
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Jane s'agite.

(Jane est agitée, elle se trouve lente, ralentie).

Elle va et vient dans sa cuisine trop petite, toujours, il y a sans cesse un meuble dans son passage, à croire qu'ils se déplacent pour la contrarier, ses ustensiles ne sont pas à la bonne place, il faut déplacer pour dénicher et faire tenir, il faut pousser pour faire la place aux légumes à couper, à la viande à préparer, aux bols et saladiers. Jane s'agite, Jane s'énerve.

(Jane est énervée. Elle sent le temps filer entre ses gestes, il n'y aura jamais assez de jours, de secondes, l'oxygène s'éloigne d'elle alors que sa poitrine se compresse et elle ne comprend toujours pas comment elle s'est réveillée un jour sa jeunesse éteinte avec des tournants manqués, des occasions refusées par peur, peur de qui ou de quoi, de l'échec ou de la réussite, Jane ne sait ce qu'elle changerait si elle pouvait revenir en arrière, ou plutôt, Jane refuse de se retourner tant elle a conscience des actes manqués qu’elle essaie si bien d’enfouir et d’oublier au gré des jours, aujourd'hui Jane a peur de se réveiller demain avec encore des rages en regrets et des pleurs en dessert, ce soir Jane se dit que quelque chose va changer).

Les mains fines de Jane s'affairent avec compétences. Lorsque ses hôtes arriveront, un repas fin et simplissime de raffinement les attendra.

(« Les dîners Jane sont une tuerie. Elle pourrait faire passer du poisson pané pour un repas trois étoiles»).

Elle repousse ses mèches blanches en songeant à l'emploi du temps minutieux qu'elle s'impose, combien de minutes pour la préparation des aliments, la cuisson, la mise du couvert et la décoration de la table, sa préparation et décoration à elle, douche, maquillage-ravalement-de-façade, choix de la robe et des accessoires. Ses cheveux au carré ne souffrent plus d'aucune couleur, c'est presque plus simple pour s’habiller, et les yeux s'y perdent plutôt que de s'attarder sur les rides. Encore aujourd'hui, Jane est considérée comme "un joli morceau", qui "se défend bien" "malgré son âge".

(Jane songe à ses cheveux noirs de jadis, sa silhouette plus facile à apprêter, Jane est coincée dans sa cuisine et paralysée sur un quai de gare, le train va partir, depuis des années elle n'avance plus, ses pieds sont restés ancrés sur le bitume alors qu'elle ne monte pas dans ce train et qu'il s'éloigne sans l'emmener, qu’il s’élance tel une nef sur une mer noire, en avant vers un inconnu terrifiant, vers une aventure en joies qu'elle s'est empêchée de vivre. Elle s’est jetée dans sa carrière et se dit qu’elle aura au moins réussit ça, même si cela ne suffit pas. Aujourd’hui Jane rêve de dunes et de courses en quad dans le désert, dans son cœur bat une valse qu’elle aurait aimé danser.)

Pour Jane, la présentation des mets est aussi importante que leurs saveurs. Elle associe des tomates cerises à sa roquette parfumée de basilic frais et de mozzarella (rouge foncé, vert foncé, blanc), ses doigts épluchent une lamelle sur deux de courgettes (vertes et jaune) coupées en grosses rondelles, d’aubergines (violettes) en carrés et revenues dans de l’ail auxquelles elle rajoutera des fines lamelles de poivrons (oranges). La viande blanche marine dans un mélange de miel et de sel pimenté à l’ocre. Ses recettes sont chamarrées, il lui est impossible d’avaler un plat qui ignorerait son regard et encore plus inimaginable de cuisiner sans marier le goût à la vue.

(Jane s’envisageait peintre, petite elle crayonnait sans cesse et rangeait ses feutres en fonction de son humeur et du résultat visuel, en dégradé de couleurs ou en contrastes audacieux.  Elle devient autiste face à un interlocuteur dont les vêtements jurent et s’empêche de réarranger les décorations de Noël de ses nièces. Peintre, ce n’est pas un métier, Jane est directrice marketing et c’est tellement plus joli sur une carte de visite.)

La soirée de Jane défile, son four émet une odeur chatouilleuse alors qu’elle apprête la table et réarrange son collier de coquillages nacrés. Ses invités arrivent pour une soirée axée boulot et réseau d’influence, un de ces rituels des us et coutumes des cercles auxquels elle appartient, il faut suivre les règles ou disparaître. Il faut connaître untel, avoir vue les bonnes expos, les bons livres, il faut pouvoir briller par sa conversation, son humour, sa culture, à défaut de passer pour un sot ou un mutant et de s’en trouver puni. Posséder l’info, le bon numéro, savoir s’orienter dans sa jungle personnelle… La conversation ressemble à celle de la semaine dernière chez Georges, et Jane en est lassée.

(Jane a reçu une lettre ce matin, elle n’en a lu que la moitié. Trente ans après elle a reconnu l’écriture sur l’enveloppe sans avoir à l’ouvrir, son cœur a bondit comme autrefois, alors qu’encore ils passaient des heures à arpenter le parc du Luxembourg, alors qu’elle pressait l’écouteur du téléphone à son oreille pour mieux s’imprégner de sa voix, il possédait un mystère qu’elle ne comprenait pas, cet ascendant sur elle, sa façon d’être présent sans l’être, il y a des êtres derrière lesquels on a beau courir, ils ne deviennent rattrapables que si on s’arrête… Mais alors, veut-on encore d’eux ? Jane a vécu, Jane a couru, elle ne sait plus, cette histoire de train, cette histoire de peintre, et si et si, et si quoi, et si Jane était fatiguée, et si Jane voulait changer de vie, elle n’a lut que la première page « Ma très chère Jane », et n’a pas osé tourner le feuillet, elle a peur d’atteindre la fin de ces mots inattendus et d’être encore déçue et déchirée, elle est terrifiée à l’idée qu’ils ont peut-être encore une chance, elle a besoin de réfléchir, d’être sûre de sa réponse à l’hypothèse d’une invitation, et de préparer l’insipidité de son lendemain à la certitude de son inexistence. Jane a besoin de respirer.)

En fin de repas, Jane se lève et trinque. Elle se tient droite, elle sourit, ses lèvres encore glossées et ses yeux bordés de gris anthracite créant un abîme insondable devant lequel ses convives s’arrêtent sans savoir. Ce soir, Jane remercie, n’oublie personne, ce soir Jane est ailleurs alors qu’elle est parfaite. Elle se dit qu’on en rira demain, quand on saura, et quelle importance, elle a décidé, elle sait, quoiqu’il arrive, il n’y aura plus de dîners et qu’à partir de ce soir, c’est elle qui écrira la suite.

(Jane inspire enfin et se sent en vie.)

Ce texte est né d’un défi qui m’a été lancé par l’écrivain Christophe Lambert (http://lambear.canalblog.com/) sur Facebook et par le photographe Tanguy de Montesson (http://yugnat.posterous.com/) sur Instagram, suite à la publication d’une grille de scrabble*. En étant souple sur les accords, la mission est remplie à l’exception de batte. (Bon allez, petit clin d’œil : « Jane se lève avec une batte et crève les certitudes de ses convives »)

Merci les gars pour l’exercice! Ce n’est pas de la SF (la prochaine fois ?), et j’ai essayé d’écrire deux textes en un, j’espère que vous apprécierez l’effort. (…vous me devez un drink :) )

* confère illustration

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Extraits courts en mode vacances

11 août 2011
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Ils ont les yeux plein de soleil, les oreilles remplies de vent, le sourire au goût de sel et les cheveux ensablés. Après une journée en pleine mer, la tribu remonte la grève en riant. Les gestes sont fatigués mais heureux.

* * *

Elle s'allonge enfin sur des coussins, enlève ses sandalettes et dénoue ses cheveux. La journée derrière elle s'efface peu à peu alors que le jour disparait et laisse place au vent frais de la nuit.

* * *

Pour que Rosalie cesse de s'ignorer, il faudrait qu'un regard bienveillant se porte sur elle et lui donne existence. 

* * *

La nuit s'est installée avant qu'elle ne se rende compte de l'épuisement du jour.

* * *

Tu trouvais un réconfort à sentir le vent claquer contre ton visage, emmêlant tes cheveux dans le crachin permanent et faisant pleurer tes yeux de fatigue et de froid.

* * *

Des grains de sables se posent sur sa fatigue. A 75 ans, Jeanne s'est allongée sur la plage et regarde la mer vagabonder. Elle a enfin retiré son manteau de culpabilité, sa journée s'est centrée sur elle-même et rien d'autre. Elle sent le poids des ans partir avec le reflux de l'eau. Un sourire aux lèvres, elle attend quelques moments encore, avant de se lever vers le reste de sa vie.

* * *

Elle lève les yeux jusqu'aux étoiles et secoue ses peines de la journée pour emporter ses rires jusqu'aux songes.

* * *

Elle goûte la soupe au bout de la cuillère, se brûle un peu la langue et crie en riant et en pleurant un peu alors que sa mère lui sert un verre d'eau.

* * *

Le rideau en mousseline se soulevait au grès du vent, laissant l'air s'engouffrer joyeusement jusqu'à leurs corps repus et apaisés de sommeil.

 

 

Ces paragraphes sont issus de ma contrainte quotidienne sur le blog du Convoi des Glossolales. Je vous invite à y découvrir de talentueux auteurs.

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The tale of the dance of the Sun and the Moon

4 août 2011

Same Mistake by James Blunt
Listen on Posterous

Once upon a time there was a Sun and a Moon, and there was the Sky amidst which they danced..

Today, still, the two turn again and again around our heads and we look from East to West, we keep our heads raised towards the heights for a glimpse of their game.

Since yesteryears they’ve been searching for each other, the Sun erupting and raging, the Sun alive in its burning call for its sister and lover. And in silence, the Moon keeps one face towards the light and the heat, and another hidden in the glacial darkness, crying frozen tears, for there’s the dead Moon and the living Sun and the Earth in between.

Forever they chase the other, they wink and they bow and always they dance, always so close and yet never enough to be able to touch and smell and bathe in each other.

The Moon teases with a thousand different images : she’s like a woman with a limitless wardrobe, she’s whole, she’s half, she’s none… sometimes she’s huge and white, and other times red and sinking in the horizon at the far end of the Sea. At her feet, poets. Men singing sonnets or playing the flute, melancholic brides searching for answers, mothers holding their babes and witches smiling in recognition. The Moon breeds faeries and legends, she smiles mysteriously as the unseen thrives. With her rises the tide and she playfully receives and deflects the Sun’s light as she wishes.

That other planets play with her Sun, she doesn’t care. They are either too close and burned or too far and colder than she’ll ever be. But she’s afraid, sometimes, that her companion and best friend will stop his game, what if he refrained his rays, what if the Earth stopped spinning, what if the universe froze and there was the Sun on one side and her on the other, what if Big Bang changed his scenario, what then?

The Sun knows the scenario won’t change. His anger touches even the farthest of stars hidden in the beginnings of things. Once upon a time she and him were one, in the fraction of second just before the Big Bang. It was nothing and it was enough, and he doesn’t know why they aren’t one anymore, why out of them wasn’t a unique celestial being created, why they must run always.

Forever, he will reach out to the Moon. As the Earth turns and the Moon along with her, as the seasons change, he will keep on burning his heart towards his lost soul. Their dance used to be like a breathless waltz once, when the Earth took only 6 hours to spin around herself. Nowadays they have slowed down, like an old couple they don’t need to sing as much anymore.

Sometimes, the Moon crosses path with the Sun. A shiver descends on the Earth as the lovers drink each other’s light and darkness. For a few precious minutes, they are one inseparable radiant shadow as the Sea and the Earth and the Sky look on with envy, until they must separate, reluctantly and slowly, they let go of their embrace, they keep the dance going until the next time, the next wink, apprehending the next moonless day and the next solitary night.

They will meet again, their dance will go on forever, reminding us of the luck we have, what precious happiness it is, to be able to touch and to hold, to feel one’s warmth, to dance and to bathe in the other’s existence.

 

I wanted to merge the three images into one… if you have an iapp that can do that  please do let me know… :)

(jewel by Muriel Mansuy)

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Extraits en tranches de vie

1 août 2011

Hélène trace des dessins à l'eau sur la table du café. Tous les dimanches matins, sa fourchette croise, décroise, ondule et rondule sur la surface noire. Le liquide transparent trace des sillons qui s'affinent avec la distance. Son geste rappelle les cours de dessins au collège et  les exercices à la plume, qu'il fallait recharger d'encre noire si régulièrement. Hélène a une peau de pêche, une chevelure claire aussi ondulée que fournie. Parfois, son regard se tourne vers la vitre à  la rencontre de la lumière, à la recherche d'un appel qu'elle aurait entendu. Elle n'attend rien, elle est. Je pourrais lui parler mais je la regarde en jetant des miettes de pains sur son œuvre. Elle peste un peu, me sourit. Nous commençons cette journée dans la tranquillité de son petit-déjeuner, et moi en face d'elle avec un simple café noir. Nous savourons ces instants, elle dans le silence, et moi dans la contemplation. Ensuite nos vies reprennent leurs cours, leurs courses, leurs fatigues parsemées de petites et grandes joies, et de tristesses aussi. Nous savons que nous nous retrouverons ainsi le dimanche suivant, et cet instant nous porte jusqu'au prochain.

* * *

Ce soudain silence dans sa vie la déconcerte. L'apaisement attendu se refuse à elle, les sens en alerte elle ne comprend pas. Elle se souvient de la cohue, du bruit, de l'énervement agacé qui devenait le sien, et pourtant aujourd'hui elle sombre dans le vertige assourdissant de l'inexistant. Il n'y a plus de cris, de portes qui claquent, plus de disputes, ce néant la glace elle ne parvient à s'y faire. Doucement, elle réapprend le manque.

* * *

Elle veille sur le sommeil des siens comme une louve. A pas discrets, ses rondes de lits en lits remontent les couvertures, ramassent les doudous et apaisent l’agitation des monstres menaçant la tranquillité des songes. Trois chambres à visiter, trois lits blancs vernis avec soin et bordés de coton sous des plumes légères et chaudes. Enfin, au cœur de la nuit elle ira reposer aussi jusqu'à l'aube. Elle n'est pas gourmande en sommeil. Son réveil sera immédiat au son de petits pieds nus en cavalcades sur le carrelage glacé de leur cuisine, d'orteils en manque de chaussettes et de doigts à peine sortis des rêves qui se refermeront sur des bols de chocolat au lait fumant. Les rires fuseront au-dessus de la table, des rires frais et reposés et présageant d'une journée de vacances sereine. Elle aime les regarder dormir, retrouver l'innocence d'une enfance en confiance et en abandon, elle aime savourer la tranquillité de la nuit en attentant le bonheur de demain.

* * *

Les pieds ancré au sol il reste impassible sous le soleil. A côté de lui une petite fille virevolte le rire au vent. Ils sont là depuis des heures, ils attendent. Dans la cohue du jour, ils veulent saisir un instant fugitif de dentelle et de blanc, un regard entre deux êtres, la promesse d'un rêve avant de retourner à leur quotidien.

 

Ces paragraphes sont issus de ma contrainte quotidienne sur le blog du Convoi des Glossolales. Je vous invite à y découvrir de talentueux auteurs.