Archive for avril 2010

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Coquine canicule 2

23 avril 2010

Madame Adèle Vaugnard est une bonne voisine. Depuis qu'elle est à la retraite, elle arrose les fleurs de madame Arriège pendant chaque vacances, nourri le chats des Auroux , et s'occupe d'ouvrir et de fermer quotidiennement les volets des Doumonts dont l'alarme a rendu l'âme. De façon à ce que des voleurs en planque s'imaginent que la maison est encore habitée.


La résidence où elle habite est tranquille. Quelques rues propres et fleuries au sein desquelles les enfants jouent sans danger après l'école, de petites maisons standards dans des jardins en vis-à-vis. Tout le monde voit dans les salons des uns et des autres, tout le monde s'accorde sur la couleur des barrières et la taille des haies.


Avec la canicule  Adèle Vaugnard redouble d'attention. Il faut dire que, depuis le décès de monsieur Vaugnard, elle a beaucoup de temps libre, et cela fait du bien de s'occuper. Le temps passé hors de chez elle lui permet d'exister autrement que dans le deuil… Elle aide les mamans débordées, prend une limonade avec son club de tricot tous les jours à 17h00, et promène même le chien de son voisin de jardin, Paul Vignaut. Elle le soupçonne de la regarder d'un peu trop près lorsqu'elle lui tourne le dos, mais étant donné qu'il a la gentillesse de tailler sa haie une fois qu'il s'est occupé de la sienne, Adèle Vaugnard laisse les yeux de son voisin vagabonder (Adèle Vaugnard est une pragmatique…).


Aujourd'hui, elle s'est avisée que les menthes de madame Arriège manquaient cruellement d'eau. Elle a fait le tour de la maison et ramassé les quelques pots que sa voisine a laissé là avant  de partir en Bretagne. Elle laissait derrière elle son mari et sa fille et avaient emmené ses deux jumeaux de 16 ans et une dernière fille de 13 ans prendre l'air pur Vendéen. Madame Arriège était partie en confiance, laissant ses plantes aux mains d'Adèle, son mari au bureau et sa fille aînée dans les révisions.


Madame Vaugnard fait le tour de la maison avec lenteur. Le soleil darde ses rayons impitoyables et aveuglants, écrasant même jusqu'aux sons qui disparaissent sous la moiteur de l'air. Elle plisse des yeux et regrette ses lunettes de soleils oubliées négligemment sur la table de la cuisine. Elle ramasse rapidement les plantes, ne souhaitant pas prolonger son petit tour dehors, puis passe devant la vitre du salon, celle qui donne sur la rue et dont monsieur Arriège laisse les volets ouverts afin d'avoir de la lumière…


Derrière le canapé, deux jeans collés l'un contre l'autre… des peaux qui se touchent, des lèvres qui se frôlent, des mains et des cheveux qui se mèlent. Elle voit leur corps avant de reconnaître leurs visages, elle voit des attouchements timides et ardents à la fois. Sa bouche sur la sienne, ses mains sur sa peau, leur respiration haletante et la sueur qui ruisselle sur leurs corps encore si jeunes. Les jeans sont bien là, garant d'une certaine chasteté dans leurs attouchements, mais les hauts ont sautés. Ils sont peau contre peau, dans la chaleur étouffante, dans la moiteur existante. 


Madame  Vaugnard ne part pas, Adèle Vaugnard regarde…


D'abord, elle est interloquée : quoi, ceci, ici, eux, ensemble, le fils de Monsieur Doumont les mains sur la fille de madame Arriège… Elle devrait prévenir quelqu'un… taper sur la vitre? 


Elle est un peu gênée. 


Elle est un peu gênée mais elle regarde. Elle est un peu choquée mais ses yeux ne se détachent pas du spectacle. Les pots de menthes sont tombés de ses mains, la terre sèche se mêlant à la poussière du sol, et elle sent quelque chose se réveiller en elle, une sensation qu'elle avait oublié et qu'elle ne pensait pas retrouver un jour…


D'un pas résolu, elle tourne des talons et se dirige vers la maison de Paul Vignaut.

A suivre? (…)

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Coquine canicule 1

22 avril 2010

Tout part d'une goutte de sueur… 

Juillet 2003, la France vit les volets fermés. 

Elle est en seconde année de DEUG, elle doit réviser pour le rattrapage de septembre. Il a obtenu brillamment sa maîtrise, il a du temps. Mon fils va aider votre fille à réviser, à proposé le voisin du bout de la rue. C'est comme ça dans les villages. On s'entraide. On vide les boîtes aux lettres pendant les vacances, on prête sa tondeuse, on surveille les enfants qui jouent dans la rue.

Il est venu un peu à contre coeur. La petite morveuse d'à côté, il n'avait pas envie… Ils ne s'étaient pas revu depuis son bac, il y a deux ans, et il garde en mémoire l'image d'une fille intelligente mais complexée et granulée d'acné. Il fait si chaud, traverser la rue lui demande un effort considérable. Il arrive abattu de chaleur, écrasé par la lourdeur de l'air, moite et démotivé. 

Elle sort toute pimpante d'une douche à peine tiède "mais rafraîchissante quand même", elle a mûri, s'est affinée. Elle a changé de coupe de cheveux, porte un corsaire blanc et un débardeur en coton rouge et semble très à l'aise. Elle lui offre un rafraîchissement, valse gracieusement entre les placards de la cuisine et rit de son impossibilité à maîtriser les calculs électoraux. "Ppfffff au droit constitutionnel!" s'exclame-t-elle.

Ses cheveux à lui sont un peu long. Il écarte régulièrement ses mèches sombres en soufflant vers le haut, ou bien en passant ses doigts vers l'arrière et en haussant un sourcil inconsciemment.

Ils s'installent sur le canapé, près de la fenêtre sur rue, la seule aux volets ouverts car donnant sur l'ombre. La chaleur transperce les murs et les assomme malgré eux. Ils luttent pour se concentrer, il lui fait faire des divisions à la main. "Souviens-toi que tu n'auras pas droit à la calculette pendant l'examen". Elle s'applique, fait ses calculs en récitant quelques textes et se mordille les lèvres. Il trouve ça émouvant. Petit à petit il tombe sous le charme de ses yeux noisettes agrémentés de paillettes, de ses lèvres fines et allongées, de ses bras nus dorés par les quelques minutes quotidiennes passées dehors, "pour acheter le pain ou un truc dans le genre, mais pas plus. Pff, quelle chaleur"… Elle dit beaucoup "pfff", "mince" et "crétin", ("le correcteur est un crétin"), elle a un petit côté brut de pomme pas déplaisant tout en restant très féminine.

Une goutte de sueur perle de ses sourcils et glisse sur sa peau, hésite aux alentours des commissures de ses lèvres et continue à descendre le long de son cou, se perd dans le triangle où est également nichée une petite perle noire retenue par une chaîne en or, et continue à descendre jusque dans son décolleté. Sans hâte aucune, sans se presser. Il fait si chaud… 

Il regarde la goutte, le chemin qu'elle prend sur sa peau moite et il ressent le désir brutal et soudain de se pencher et de lécher cette eau salée, lentement, de bas en haut, du décolleté jusqu'aux sourcils en passant par le triangle, le cou, la commissure délicieuse de ses lèvres… C'est un désir soudain et subi, c'est une envie intense et inattendue.

Elle repart à la cuisine pour faire le plein d'eau fraîche. Elle marche sereinement pied nu dans la pénombre, il entend la porte du frigo et le tintement de bouteilles. Il en profite pour lui envoyer un SMS. "Tu danses dans les chiffres et le droit, j'ai envie de t'embrasser, tu es belle".

Elle revient. Les ressert en eau. Elle s'assoit dans le canapé en cuir noir et prend une longue gorgée en soupirant, en gardant le verre glacé contre la joue. Finalement elle le repose et bascule la tête en arrière sur le dossier en cuir. Elle est songeuse, elle continue à se mordiller les lèvres. A regarder le voisin en coin. Il est grand, noueux. Il a des yeux noirs profonds, la voix grave, le teint hâlé et des cheveux en désordre. Elle a envie de passer sa main dedans pour y mettre de l'ordre, un jour elle a été amoureuse de lui, très amoureuse, à en pleurer la nuit. Longtemps. Si longtemps. 

Aujourd'hui, elle ne sait pas. Aujourd'hui elle a vécu d'autres choses, rencontré d'autres garçons… Mais il fait si chaud, elle sent une langueur l'envahir, un désir dans le regard de l'autre aussi qui la trouble et l'envahit… 

Son téléphone vibre. Elle a reçu un SMS.

(La suite demain… bonne nuit les galopins ;) )

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Sur la terrasse des Marronniers

6 avril 2010

Votre main tremble en buvant le café. Nous sommes en terrasse, vous vous êtes placée face au soleil, une intention délicate qui vous permet de garder vos lunettes de soleil.

Nous nous tutoyons, parfois. Plus souvent, dernièrement. Il y a une hésitation, un sourire… "tu…"

Ici, j'ai envie de vous vouvoyer, de respecter la douleur discrète qui marque votre visage.

"Mon mari et moi nous séparons", avez-vous murmuré alors que votre fille était cramponnée à vous. Une princesse en larme refusant de lâcher sa mère, une princesse en larme entourée d'autres princesses en robe de bal, chez une Zoulou qui elle a encore son père. Une princesse triste, les yeux braqués sur ce dernier. "Son papa est parti depuis plusieurs semaines".

Ces quelques mots suffisent. Nous vous poussons doucement dehors. MamanZoulou a pris votre enfant sur ses genoux, assise par terre, elle l'enveloppe de ses bras et la berce en chantonnant. Le reste des princesse joue. Leurs robes à froufrous volent, rient, tourbillonnent. Votre fille reste un moment enveloppée, enveloppée de bras, de soie, enfouie dans une robe rouge, une robe de mariée, de reine, qui n'avait pas servi depuis longtemps.

Vingt minutes après votre départ, un texto vous parvient "tout va bien". La horde de princesse courait alors dans la maison sans qu'aucune ne reste de coté.

Aujourd'hui, nous buvons un café. La terrasse des Marronniers donne sur le seul rond point du centre-ville. En face à droite, un bazar asiatique. En face à gauche, une petite église charmante et trapue avec un clocher pointu. Pas loin, le bureau de tabac accolé au café concurrent, "le Brazil". Cette place est fleurie, passante. Oui, partout des fleurs, des fleurs dans des bacs, des fleurs sur des talus, ornant une charrue et suspendues aux lampadaires. Il y a la petite boulangerie qui fait du bon pain, et la grande, plus connue pour ses pâtisseries (les baguettes y sont systématiquement brûlées).

Nous sommes tranquillement assises, nous revenons sur les mois écoulés, sur R qui a également traumatisé votre fille, sur la neige et l'hiver qui ont rougi nos mains, sur la maîtresse géniale de nos filles, sur le carnaval à venir. Vos doigts reposent la tasse avec précaution. Ils tremblent légèrement, votre annulaire frottant pensivement l'index, comme à la recherche de quelque chose, d'une vieille habitude, d'une cigarette. Parfois, il ne faudrait pas grand chose pour que vous recommenciez.

Nous conversons doucement, le vent emportant les bribes de nos paroles jusqu'à la Marne si proche. Votre visage anguleux respire la détermination, et parfois seul le petit plis sur votre front laisse transparaitre cette fragilité qui vous accompagne.

Je ne vous poserai pas de questions. Sur votre mariage, votre divorce. "Mon mari et moi nous séparons". Cela suffit. Votre regard triste, celui, perdu de votre fille, cela suffit. Vous m'avez dit l'essentiel.

Le reste vous appartient.