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Sur la terrasse des Marronniers

6 avril 2010

Votre main tremble en buvant le café. Nous sommes en terrasse, vous vous êtes placée face au soleil, une intention délicate qui vous permet de garder vos lunettes de soleil.

Nous nous tutoyons, parfois. Plus souvent, dernièrement. Il y a une hésitation, un sourire… "tu…"

Ici, j'ai envie de vous vouvoyer, de respecter la douleur discrète qui marque votre visage.

"Mon mari et moi nous séparons", avez-vous murmuré alors que votre fille était cramponnée à vous. Une princesse en larme refusant de lâcher sa mère, une princesse en larme entourée d'autres princesses en robe de bal, chez une Zoulou qui elle a encore son père. Une princesse triste, les yeux braqués sur ce dernier. "Son papa est parti depuis plusieurs semaines".

Ces quelques mots suffisent. Nous vous poussons doucement dehors. MamanZoulou a pris votre enfant sur ses genoux, assise par terre, elle l'enveloppe de ses bras et la berce en chantonnant. Le reste des princesse joue. Leurs robes à froufrous volent, rient, tourbillonnent. Votre fille reste un moment enveloppée, enveloppée de bras, de soie, enfouie dans une robe rouge, une robe de mariée, de reine, qui n'avait pas servi depuis longtemps.

Vingt minutes après votre départ, un texto vous parvient "tout va bien". La horde de princesse courait alors dans la maison sans qu'aucune ne reste de coté.

Aujourd'hui, nous buvons un café. La terrasse des Marronniers donne sur le seul rond point du centre-ville. En face à droite, un bazar asiatique. En face à gauche, une petite église charmante et trapue avec un clocher pointu. Pas loin, le bureau de tabac accolé au café concurrent, "le Brazil". Cette place est fleurie, passante. Oui, partout des fleurs, des fleurs dans des bacs, des fleurs sur des talus, ornant une charrue et suspendues aux lampadaires. Il y a la petite boulangerie qui fait du bon pain, et la grande, plus connue pour ses pâtisseries (les baguettes y sont systématiquement brûlées).

Nous sommes tranquillement assises, nous revenons sur les mois écoulés, sur R qui a également traumatisé votre fille, sur la neige et l'hiver qui ont rougi nos mains, sur la maîtresse géniale de nos filles, sur le carnaval à venir. Vos doigts reposent la tasse avec précaution. Ils tremblent légèrement, votre annulaire frottant pensivement l'index, comme à la recherche de quelque chose, d'une vieille habitude, d'une cigarette. Parfois, il ne faudrait pas grand chose pour que vous recommenciez.

Nous conversons doucement, le vent emportant les bribes de nos paroles jusqu'à la Marne si proche. Votre visage anguleux respire la détermination, et parfois seul le petit plis sur votre front laisse transparaitre cette fragilité qui vous accompagne.

Je ne vous poserai pas de questions. Sur votre mariage, votre divorce. "Mon mari et moi nous séparons". Cela suffit. Votre regard triste, celui, perdu de votre fille, cela suffit. Vous m'avez dit l'essentiel.

Le reste vous appartient.

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