Archive for février 2013

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28 février 2013

Il aimait la regarder de dos. Habillée ou nue, il aimait suivre la lumière le long de sa colonne vertébrale, ou en deviner la cambrure. S’agripper à ses hanches et promener ses mains, imaginer des chemins sous sa robe assez tenue pour dessiner ses formes, assez ample pour rêver.

* * *

Elle aimerait que la notion de vertige s’efface, comme si l’on pouvait supprimer ce mot du dictionnaire, prétendre qu’il n’existe pas. Comme si le monde n’était constitué que d’ancres solides et immuables et que le changement n’y avait de place. Elle se penche, en avant, vers sa vie, et attend l’instant inévitable où le passé la retiendra. Il faudrait pouvoir tirer sur les cordes, distordre les liens, se défaire de ces pesants fantômes pour s’envoler, libre, enfin.
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La peinture s’écaillait en larges pans, le bordeaux s’oubliant en brun tirant au gris sale de poussière. Les fuites se rappelaient aux mémoires grâce à leurs traces glissant le mur, et on devinait le jour par delà les fenêtres opaques de crasses. Des années de négligences avaient passées, les lieux s’étaient enfoncés dans la tristesse de l’oubli.

* * *

Il avançait à petits pas sur le trottoir, évitant avec soin les bacs de fleurs et autres obstacles. Le soleil peinait derrière les nuages. Ses rayons contrariés par le vent oubliaient la chaleur, dardant son dos de frissons en fin de jour.

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Éparse

17 février 2013

Les cheveux noirs épars en nuage sur ses épaules, comme des fils gonflés se chamaillant l’espace, elle va et vient dans sa chambre trop petite.
Ses pensées bourdonnent comme des abeilles en guerre. Des guerrières blessées et perdues en manque d’ennemis à combattre. Prêtes à piquer, prêtes à mordre comme les guêpes. Au bord de devenir ce qu’elles ne sont pas et de s’entretuer si on ne les lâches : si on relâche l’espace, elles le libéreront, pour offrir le silence, le vide, la place de construire autre chose.
Ses yeux sont noirs aussi. Ils s’enfoncent au delà des murs de la chambre, de la pluie dehors soutenant des nuages sombres. Ses yeux se posent et voient, ils sont les seuls à savoir.
De sa colère triste, une rage nait d’où elle tient sa survie.

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Paix

10 février 2013

Sa chevelure inonde les draps alors qu’elle se repose lentement en arrière. La lumière rase sa peau, épousant son corps.
Sueurs.
Un soupir retombe.
Il s’entrelace à ses doigts et son bras et ses hanches, s’emmêle à ses cheveux, son odeur, rejoint son sommeil.
L’été résonne par delà le vent dans la fenêtre qui se faufile entre les voiles pour se perdre sur les murs. Les fleurs bruissent en murmures. Doucement.
Il reste un peu de temps, encore, avant les cascades dans les escaliers. Il faut se dépêcher au repos, avant que les enfants ne reviennent.
Le souffle s’apaise.

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Envol

9 février 2013

Elle s’élance comme dans un élan vers le ciel. Les yeux noirs penchés, le sourire de guingois. La main en arrière afin qu’il la rattrape.

Il aspire à s’envoler avec celle qu’il sait si bien lire, dont il aime la lumière aussi légère que ses pensées sont lourdes.

Ensemble, ils s’équilibrent.

Ensemble, ils sont sourds tant ils s’écoutent.

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Mécanique

7 février 2013

Elle tricote et détricote, elle détricote et retricote, elle réfléchit en mode structure jusqu’à ce que les mots s’en mêlent et  s’en lassent à s’y perdre.

Un mot lui manque qu’elle cherche au bout de l’ongle, sur la lèvre, en mordillant.

Son doigt s’enlise dans ses cheveux, son esprit s’attarde et prolonge l’instant de l’oubli.

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Les maux des mots

3 février 2013

Parfois les mots ne peuvent… Leur donner existence.
Parfois, les mots ne peuvent : leur donner existence, c’est admettre le présent.
Parfois seul le silence peut nous permettre.
Quel joli mensonge, quel joli cauchemar…

Il y a des mots, parfois.
…leur permettre de s’accorder à l’air, connaître le timbre de leur sens insensé qu’on ne saurait accepter. Avancer. Continuer. Aller d’un battement de cœur au suivant. Obliger les secondes, les semaines, les ans. Une résonance en chair, un instant griffé à jamais, une âme dénudée de voiles.

Il y a des mots, parfois, que l’on tait. Accepter leur résonance c’est autoriser qu’ils soient. C’est se lancer dans une course de fou avec un volant sur auto pilote sur une route aux tournants verglacés, c’est arrêter de réfléchir, être infiltrée de failles en incertitudes et se nourrir de peut-être. Les mots parfois sont des murs devant lesquels tout s’arrête.

Alors vient le silence. L’effacement du cœur, de l’âme et des sens. Tant que d’autres mots n’existent pas, le reste peut être. Tant que rien n’oubliait ce lien à en saigner, je ne pouvais que continuer.

Se voir imposer des mots en maux et devoir ensuite se taire parce qu’on a juré : j’ai promis.

Liées de mots de deux mots j’ai promis sur un mal allant sur des maux. J’ai du faire le pari du silence.  A partir de là, ce qui est tû n’existait pas, le monde a continué ses tours sans que personne ne sache que l’axe était faussé : quel joli mensonge, quel joli cauchemar…

Avec des mots j’ai promis de taire des maux, et ensuite le silence, et ensuite l’absence de soi, l’absence d’échos devant l’à venir, arrêtée devant un ravin muet, je ne pouvais qu’attendre.

Parfois, tant que l’on ne dit rien, les miracles sont possibles.
Jusqu’au jour où l’on ouvre les yeux, enfin. Avoir huit ans, sous sa couette, là derrière l’ombre se cachaient les tragopans, Mélampus, les catoblépas et leurs regards fatals, les sirènes et leurs chants mél-odieux…

Quel joli mensonge, quel joli cauchemar…