Archive for juin 2011

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Extraits divers

27 juin 2011
Ci-dessous quelques extraits issus de ma contrainte quotidienne sur le blog du Convoi des Glossolales :
 
Ses mains volent sur le clavier avec légèreté, faisant naître grondements de tonnerres et roucoulements amoureux. La scène parait si grande, et elle si petite sous le faisceau serré de lumière blanche perçant l'obscurité, face à ce gigantesque piano qui se plie pourtant à ses moindre gestes. Elle est arrivée humblement et sereinement. La salle de concert s'est tue en un souffle, le temps qu'elle s'asseye et qu'elle ferme les yeux en lançant ses doigts devant elle. Depuis une heure déjà elle domine les notes et offre à son public un éventail d'émotions authentique et pur. Rien n'est imposé. Il suffit cependant de fermer à son tour les yeux pour voyager avec elle. Le temps continue de filer au gré des notes, puis le silence s'impose, d'un coup, comme une douleur. Notre cœur bat alors que nous savourons les dernières résonances donnant sur rien, nous restons immobiles, saisis… cet instant est le meilleur compliment qu'on puisse lui faire. Après il y aura les gens debout, les applaudissements, les bouquets de fleurs et les "encores". La musique existe aussi grâce au néant qui après l'avoir précédée revient sans être plus tout à fait le même.

 

* * *

L'eau froide la réveille. Elle s'était endormie sur les marches à l'extérieur de la gare, dans l'attente. Le poids du voyage et l'atmosphère lourde appelant l'orage avaient fermé ses yeux de fatigue, un sommeil sans rêve l'avait délivré de l'anxiété précédant son retour au village. Sac à main serré contre elle et valise aux pieds, elle avait vogué dans l'insensibilité figeant le temps et ses sens. La pluie l'a sortie de sa torpeur, son chauffeur arrive enfin. Elle déplie son corps, ramasse ses affaires et avance.

* * *

Au troisième étage, Gizelle joue de la clarinette. La fille de la voisine est assise par terre et crayonne un dessin de princesses et de fleurs. Gizelle regarde son front penché avec concentration, ses cheveux blonds qui tombent en un rideau enchevêtré et elle se dit qu'elle aimerait bien avoir un enfant à elle… Elle s'arrête de jouer, la petite lève les yeux et attend. Gizelle sourit, et reprend.

 

* * *

Elle vient tous les samedis, s'assoit au fond de la salle et observe le va-et-vient du café. Ses fonds de poches lui permettent tout juste de s’offrir une limonade, elle ne paye pas de mine avec sa natte dans le dos et ses devoirs de CE1 qu'elle étale soigneusement sur sa table une fois sa boisson terminée. Le patron fait mine de la tolérer. En réalité il sait que s'il la chassait se son établissement elle ne pourrait retourner avant quelques heures dans le petit deux pièces ou vit sa mère avec ses frères. Ici elle trouve une sorte de refuge, elle ne gêne personne. Il a pris l'habitude de l'avoir en salle, de relire ses devoirs et de lui offrir un chocolat chaud pour son goûter. Il la cherche du regard les samedis de vacances qu'elle passe chez ses grands-parents : c'est un peu sa petiote à lui aussi.

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Sitting on a bench, looking at the sky

22 juin 2011
Photo

It’s been such a long forth week… You sit on the bench, too tired to go on, your body resting on the cold green wood, you close your eyes long enough to relax and at last you breathe. You are lost where you should be, it’s taken so long – your whole life – that a few more minutes or days even won’t matter.

It is all right

Maybe you’re going to stay there for a little while, in this foreign silent street you never knew existed. Just for a little while, just long enough to look up at the sky and dream with the clouds. When you were little, you thought they were made with sugar and that living there would be so exciting. To look down on the world, to travel from North to South as carefree as the wind…

The sky today is beautiful; maybe you could lie down and truly look at it. T'is the middle of the day and the street is empty, no one would see you – a man as old as you looking up at nothing, how silly. It is achingly whole and refuses to choose between the deep blue partly hiding behind white growing clouds. Far from spreading darkness, they are infusing light throughout and it is an odd breathtaking sight. And yet you breathe and it is your heart that’s requiring repairs.

For years your heart bled for a train you never took, everyday for eleven months you didn’t take that train, over and over, and when you looked back you had regrets and realized this was worse than feeling remorse.

One day, who knows why, you did stop overthinking and followed your instincts, but it was too late. Her patience had worn thin, she was gone. There was no one waiting for you at the end of your journey. Perhaps she didn’t love you enough, you thought bitterly, but you knew you were wrong.

Since then, never again, you forgot to be afraid and you lived. You took risks and you won, you travelled from North to South as carefree as the wind, you never looked back and nevermore had regrets, and even forgot about remorse. Of course what you built lacked stability, how could you on thin air, and what was the point. There was an eventual wife, children, women on the side, some thriving business ventures you sold when you grew restless as you always do.

Until two weeks ago and an envelope in the mail.

It looked as all mail does, uninteresting, and yet after reading it you didn’t know whether to feel drowned or saved. You learned of this street you never knew existed, you learned of silent words that had never reached you. There is hope you think, decisions to be made. You have a few days before you, enough time to think, to take the time. You probably already have the answers – for when did you not?

You look at the sky again… The wind is changing.

At last you get up and you walk away: you will come back tomorrow.

Maybe.

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Petits Extraits d’humour coquin

15 juin 2011

Ci-dessous quelques extraits issus de ma contrainte quotidienne sur le blog du convoi des glossolales

 

 

Elle monte les marches en courant, son foulard orange soulevé par le vent. Il la regarde, sans bouger, et l’attend. Souriant.

* * *

De son siège il ne voit que son profil décidé et ses mains gracieuses qui volettent dans ses cheveux noirs afin d'y remettre de l'ordre. Elle est entourée de grâce et de mystère… Il aimerait oser ses désirs, se lever et plonger dans ses yeux noirs, lui adresser la parole et avoir enfin une réponse, un début de rêve ou une désillusion… Comme tous les matins elle se lève une station avant lui et il la regarde partir. Demain, peut-être…

* * *

Les verres tintent. Un rire cristallin résonne. Sandrine se penche en avant l'air conspiratrice tandis que sa voix grave se projette jusqu'à son voisin d'en face. A côté, son stagiaire Mattéo est troublé alors que son regard plonge pour la première fois dans le décolleté en dentelle d'une femme plus âgée que lui et tout autant troublante.

* * *

Il n’y a plus de portes, plus de couloirs à arpenter, de pièces à traverser, plus de pas à faire, de mots à chercher, il n’y a plus que deux corps qui se frôlent, se cherchent peau contre peau au bout de leurs doigts, deux êtres qui se trouvent, se découvrent, qui ont brisé les portes, arpenté les longs couloirs de leurs craintes et fait le chemin, deux âmes entremêlée qui dansent en ne faisant plus qu’un.

* * *

Lorsque Bertrand avait donné rendez-vous à Lili au Da Rosa, il ne pensait pas qu'elle viendrait accompagnée de sa sœur et de son beau-frère. 

* * *

"10 avril 1960 – Mon amour, tu trouveras ci-joint la liste des courses et un billet de cinquante francs. Ne va pas chez le boucher d'en face, j'ai découverts par la voisine qu'il faussait sa balance."

 
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Alice

2 juin 2011

Je n’ai pas eu peur lorsque papa est parti. Je savais qu’il nous reviendrait, et que s’il avait besoin de ce temps hors du deuil de sa femme, ce n’était pas nous qu’il quittait. Je savais que je ne perdrais jamais mon père, il était dépourvu de cette fragilité en vertige de maman. S’il se mêlait rarement de notre « éducation », il savait adoucir certaines restrictions d’un regard, d’une ébourrifade dans les cheveux, voire parfois d’un contournement manifeste des décisions de maman.

Au fil des mois, alors qu’ils pleuraient tous les deux en absence l’un de l’autre, l’oxygène et la vie s’est retirée de notre maison à un point tel que Matthieu et moi avons rejoint leurs silences. Alors que Matthieu a continué à s’imaginer chevalier et guerrier, ses gestes ont perdu en amplitude. Ses voitures roulaient toujours dans sa chambre, ses rêves se cognaient déjà contre les quatre murs de son domaine, mais ce porte fermée et sans que rien ne perce vers l’extérieur. Nous avions isolé Matthieu de nos souffrances, et il s’est de lui même coupé de nos névroses pour survivre et s’accomplir hors de nous.

S’il n’avait pas été marqué par la dépression de maman, le départ de papa a créé une faille en lui. Lorsqu’il venait nous chercher le vendredi soir ou le samedi matin, il le guettait du balcon pour ne rien rater de son apparition. Dès l’ombre de son couvre chef décelée, il buvait des yeux la progression de papa jusqu’au portail de l’immeuble, puis s’élançait vers la porte du palier qu’il faisait voler grande ouverte, accroupi contre les barreaux des escaliers, il attendait. Il ne descendait jamais, il restait à regarder son père progresser vers lui comme si chaque pas était une réassurance, une preuve que son père l’aimait et faisait le chemin jusqu’à lui, jusqu’à ce qu’enfin il puisse s’accrocher à ses jambes et le serrer aussi fort que possible.

Maman disparaissait dans sa chambre, la débandade de fenêtres et de porte d’entrée était pour elle un signal. Nous ne la voyions pas avant de partir, et lorsque papa nous rédéposait dimanche, elle attendait son départ avant de venir nous accueillir.

Lorsque papa est parti, nous sommes resté seuls faces aux absences de notre mère. Nous ne manquions de rien matériellement, maman se souvenait parfois du minimum et le cercle bienveillant qui s’était créé autour de nous veillait au reste.

J’ai moi-même appris à faire nos sacs pour nos weekends et à faire les menues courses dont nous pouvions avoir besoin. Acheter du pain pour le petit déjeuner, quelques fruits et légumes pour le quotidiens, devinrent des actes habituels et tû. Ainsi nous pouvions continuer. Ainsi je pouvais attendre que papa revienne vivre chez nous, je n’ai jamais douté de son retour, ainsi je pouvais attendre que maman revienne parmi nous, il m’a fallu des années pour me guérir de l’angoisse de sa tristesse et de la culpabilité de ne pas avoir été suffisante à combler sa douleur, ainsi je pouvais offrir à Matthieu une enfance plus apaisée que la mienne même si particulière, ce qui lui permettrait de grandir avec des moindres failles.

Je n’avais personne, moi, pour me tenir la main et essuyer les larmes qui coulaient le soir et ne s’arrêtaient qu’avec le sommeil. (pardon si ce texte est trop noir, il s’insère dans un ensemble que j’espère plus lumineux. En tout cas j’y travaill – aujourd’hui de ma voiture sur un petit téléphone…)