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Lever

5 mars 2010

Il s'est levé.

Elle se roule en boule jusque la fenêtre, emmitouflée dans la chaleur de la couette. Le store ne tombe pas jusqu'en bas, elle peut apercevoir une parcelle de jour qui éclairci lentement les mailles du balcon. 

Elle pourrait rester des heures à regarder ce rayon gris perçant les nuages, tout en respirant lentement l'odeur de l'autre et le reste de ses rêves.

Il est encore là. Elle reste allongée. Elle déteste les matins tardifs où elle doit attendre son départ. Pour ne pas le croiser dans le couloir grelottant. Le regarder boire son café, prendre sa douche en même temps que lui s'habille.

Elle aime avoir ses levers pour elle.

S'étirer voluptueusement dans le silence, choisir son rythme. Quitter le monde de la nuit, prendre le temps du réveil et accueillir le jour petit à petit. La radio qui baille avec elle devant un café, les chaussons qui traînent au sol, le bouton sur le front qu'elle regarde d'un air interrogateur. 

Il part tôt, d'habitude. Sa voiture l'attend en bas, dans la rue un peu givrée. Elle ne démarre jamais tout de suite, crachote et tousse tandis qu'il frotte ses mains et pousse le chauffage.

Elle, elle travaille à côté et ne commence qu'à neuf heures. Ensuite, elle attend sur sa chaise qu'on veuille bien lui acheter un crayon, une revue, un livre ou du canson. Ses journées sont calmes, sauf en septembre et à Noël.

La boutique ouvre plus tôt, à sept heures. C'est le gérant insomniaque qui s'en charge. Il gère les clients pressés qui viennent se procurer les nouvelles du jour. Puis, quand elle arrive, il part se coucher. Son lit est froid et il y tombe lourdement, encore habillé et les doigts noircis de l'encre qu'il a vendue. Il resurgira pour le déjeuner et elle pourra prendre sa pause. Grignoter un petit quelque chose sur son canapé en regardant la télé.

Les matins sont lents. Les après-midi sont plus animés, mais le gérant est avec elle. Ils se partagent les clients. Elle prend les étudiants en passe de manuels, il se charge des mères angoissées, inquiètes. Il les bouscule un peu, parle plus fort qu'elles en prenant des allures de dictateurs d'opérettes. Elles repartent les bras chargées de matériel, le portefeuille et le coeur léger. Rassurées et gonflées d'orgueil. Elles ont fait ce qu'il fallait, leur enfant ne manquera de rien, ce sont de bonnes mères.

Les étudiants sont moins compliqués. Certains savent déjà ce qu'ils veulent, un complément de cours, un essai compliqué ou une méthode que tous les autres, ceux qui savent, leur ont recommandé. D'autres sont plus désorientés. Ils ont une liste froissée à la main, ou cherchent un livre miracle, celui qui leur permettra de comprendre la matière. Elle leur parle d'une voix douce dans le parfum du papier neuf, ils consultent ensemble les étagères blanches où sont alignés les titres en rang de bataille.

Ses journées sont faciles. Elles coulent jusqu'au soir. 

Elle termine à six heures. Le gérant ferme à sept. Après quelques courses, elle retrouve l'appartement silencieux. 

Lui revient à temps pour l'apéritif, et là la parole vient enfin. Le rire aussi. Elle se blottit contre lui  et il laisse sa main se perdre dans ses cheveux noirs en lui racontant une histoire de boulot. C'est simple. Rien d'extraordinaire. L'Histoire ne retiendra rien de sa vie, certains la trouveraient vide et ennuyeuse, mais ça lui est égal, elle pense être heureuse et c'est le principal.

La porte claque. Il est enfin parti.  

Elle soupire longuement et repousse les draps. Une nouvelle journée peut commencer… le café, la radio, les chaussons qui traînent. La librairie et les étudiants, et le soleil enfin.

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