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acouphènes

17 octobre 2010

Tu te réveilles le matin enroulée dans ta couette, le nez caché sous l’oreiller fuyant le froid. Les yeux refusant de s’ouvrir sur la réalité, les mains coincées autour d’un pli de couverture dans un geste enfantin dont tu ne parviens à te débarasser. Tes pensées ne fonctionnent pas encore, tu n’as pas encore conscience de ton corps, cinq doigts, dix doigts, vingts doigts, des cheveux secs et des bras, ta peau, tes genoux cagneux, tes seins trop petits, tout est là. Tu te réveilles, tu connais l’heure au claquement de la porte de la voisine et de sa voiture qui démarre à sept heures pile. Le jour peine à travers la vitre en manque de propreté, heurte le store mal fermé et glisse vers toi. Tes paupières encore closes le devinent à travers l’oreiller. 

Tu n’as que quelques secondes, parfois tu les oublies et te rends compte au bruit accompagnant la douleur que tu les as laissées filer. Tu n’as que quelques secondes d’éveil insensible, de paix absolue avant que les sifflements ne se réveillent, avant que la douleur ne s’immisce à nouveau dans ton cerveau. 

Tu n’y penses même plus, c’est normal. Le manque de bruit, le manque de souffrance,  ça c’est anormal. 

Parfois le dimanche matin cela te réveille… En fonction du vin, bu en quantité plus qu’en qualité, des tambours accompagnent des sonneries de téléphone à peine cachées par le vrombissement d’un avion. Tu erres comme un zombie à la recherche d’un doliprane en regrettant les sifflements aigüs dont tu as pris l’habitude. Qui t’accompagnent depuis si longtemps qu’à partir de 7h05 tu les oublies. 

Parfois tes doigts effleurent le piano et essayent de retranscrire les harmonies qui arpentent ta tête. C’est toujours plus joli, sur le piano.

Plus jeune tu allumais la musique à fond et tu te rendormais sans entendre les plaintes des voisins. Un bon hard-rock, ça planque tout… Aujourd’hui tu te lèves péniblement et regrettes de ne pouvoir prendre ton café directement en perfusion. 

Les jours difficiles, tu troques la caféine pour une bonne camomille bien serrée avant de faire la tournée des lits, les enfants à lever, la routine à assurer, un job à rejoindre. Une vie normale à mener malgré ta différence, mais que tu savoures autrement grâce à elle. Les couleurs sont plus vives, la lumière est plus belle. Tes rires remontent d’un ravin profond où tu t’étais perdue jadis et éclatent dans l’air, on les entend de loin. Quand à ton ravin, il est noir et triste et sanglote les échos des vents passés. Aujourd’hui tu en es entièrement sortie et tu le regardes d’en haut, reconnaissant ses pans durement escaladés, reconnaissante du sentier plus serein qui est aujourd’hui le tien.

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