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Solitude

5 octobre 2010

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Tu restes devant ta fenêtre, les doigts croisés. Devant toi, la mer s’écrase impitoyable de bleu et de gris, l’écume s’élance contre les rudes rochers que le temps n’aura pas réussi à éroder.

 

Ta chambre est fonctionnelle. Tu ne demandes pas plus. Contrairement à tant de personnes, la couleur des murs ne t’influence pas et t’importe peu. 

 

Dehors, il fait froid. Un crachin gris et persistant tombe sur la terre depuis deux jours. Depuis deux jours, tu évites les sorties au maximum et tu restes avec toi-même. La solitude ne te fait par peur. Tu as bien un smartphone qui pourrait te permettre de garder le contact avec le monde extérieur, mais par choix, délibérément, tu le gardes éteint. Tout va bien, vraiment.

 

Est-ce l’âge, est-ce la thérapie qui fait enfin l’effet attendu? Tu te beignes de silence et d’absence. Ton silence ne sera jamais immaculé, ils sont si peu, ceux qui connaissent la nature des sifflets vrombissants qui vrillent tes tympans depuis tes 25 ans. Ceux pour qui le terme d’acouphène n’est pas une simple notion académique, ceux qui savent à quel point le plus profond de la nuit torture tes oreilles et ton sommeil, ceux qui comprennent ton besoin et ton intolérance au  bruit. A quel point certains bruits couvrent ta torture quotidienne, et quand justement ton supplice est exacerbée par les décibels. C’est un équilibre fragile, c’est un balancement précaire entre soulagement et souffrance.

 

Ici, tu es bien. 

 

Ici, on te laisse être. Parfois, tu te dis que cela pourrait être bien, de rencontrer quelqu’un. Quelqu’un qui comblerait ton existence muette, quelqu’un qui accepterait que son bavardage quotidien ne rencontre que des regards amoureux dénudés de mots. Quelqu’un qui n’attende pas de toi un déluge de parole et de sentiments. Une femme qui se contenterait de sa propre compagnie et qui se réjouirait des nuits sans solitude, dans la chaleur de ton corps et de tes mains caressantes. 

 

Ta femme était un peu comme cela. Elle t’aimait tel que tu étais, dans tes silences et ta différence, dans tes ardeurs masculines qui lui laissaient toutefois la liberté de choisir la couleur du papier peint. Ta femme n’est plus là, tu lui rends souvent visite dans le cimetière nouveau, tu lui apporte des fleurs et tu restes planté devant sa tombe, silencieux. Silencieux alors que ton âme lui envoie des billets enflammés et empreints de regrets. Silencieux parce que le chemin entre tes pensées et les mots que tes lèvres pourraient prononcer est trop difficile et inaccessible. 

 

Ici la tempête fait rage. Tu la regardes par la fenêtre, en sécurité. Tu entends à peine les hurlements du vents, le vacarme assourdissant de la nature qui rejoint l’orage tourbillonnant sous ton crâne. Le désordre du dehors rejoint tes fracas intérieurs, et finalement, malgré tout, tout est bien. 

 

Tu survivras.

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2 commentaires

  1. Et dans le silence, trouver sa voix… J’aime.


  2. Très joli compliment, merci :)



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