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extraits décroissants

7 mars 2011

L’eau chaude lui brûle un peu la gorge. Il est installé devant la télévision, comme tous les soirs, il a mangé son assiette sans trop y regarder et boit une tisane au thym, comme tous les soirs. Il a rajouté un bouchon de rhum, puis deux, puis trois, comme tous les soirs. Il se resservira, un peu plus de rhum, un peu moins de tisane, le pas hasardeux pour revenir sur le canapé, comme tous les soirs. Comme tous les soirs, Thérèse préparera son dîner, chauffera son eau, fera la vaisselle. Comme tous les soirs elle se fera petite souris silencieuse, attendant qu’il s’endorme devant sa TV, priant pour qu’il n’ait pas la force d’aller se coucher. Elle se couchera après lui et se lèvera avant, pour préparer son petit-déjeuner, pour que tout soit prêt, et qu’il se prépare et parte vite, vite, la laissant enfin au silence de leur maison.

 

* * *

Elle tape du poing sur la table. Son téléphone s’en décroche, ses notes valsent, un stylo roule de dossier en dossier et tombe sur la moquette vieillie et rarement aspirée. Elle retape, s’empare d’une agrafeuse qu’elle fait voler à travers la pièce. En cinq ans de présence, Amélie n’a jamais perdu son calme ni élevé la voix, elle est toujours sereine, posée, courtoise, dit les choses fermement avec sourire et pragmatisme, c’est une collègue de travail idéale. Sa voisine de bureau arrive justement essouflée et en manteau et évite de justesse l’objet qui percute la porte et éclate, envoyant des petites agrafes décorer le sol. « Bon, euh… je vais prendre un café », hasarde cette dernière qui bat prudemment en retraite. Amélie respire, détend ses doigts au maximum et les fait voler au-dessus de son clavier tel un pianiste afin de rédiger le premier mail de sa journée. Elle en a une dizaine d’autres en tête juste derrière, tous courtois, fermes, implacables. On va voir ce qu’on va voir.

* * *

Bertrand se souvenait, petit, être resté des heures devant le four, songeur, admirant la maîtrise de Julie face à cet engin que d’aucun aurait trouvé archaïque. Qui aujourd’hui utilisait encore la cuisinière de ses grand-mères ? Mais les jours de tempête, on trouvait toujours quelque chose de chaud à se mettre dans le ventre chez la vieille Julie. Elle ne dépendait ni de l’électricité, ni de ces bouteilles de gaz lourdes et encombrantes dont la plupart des maison étaient équipées. Sa maison était principalement chauffée grâce à deux solides cheminées et, si Bertrand se souvenait bien, il y avait deux radiateurs à huile, un dans la salle de bain, l’autre dans l’ancienne chambre de Candice. Là où elle devait dormir…

 

* * *

L’odeur du dissolvant me ramène immanquablement à elle… Petite, j’aimais me nicher contre le canapé, à ses pieds, si près d’elle mais sans la gêner. Tous les dimanches soirs, elle défaisait, limait puis refaisait ses ongles. La couleur variait peu, rouge carmin, bordeaux, ce que l’on pouvait oser à l’époque. J’aimais tout, l’odeur acide du dissolvant, le bruit de la lime chauffant l’ongle, puis l’ultime attaque olfactive du verni. Ensuite, elle agitait ses mains joyeusement dans tous les sens en attendant que cela sèche.


Depuis quelques temps, je suis auteur contraint quotidiennement sur le blog du Convoi des Glossolales. A l’inverse des auteurs affranchis qui écrivent quand ils veulent je me suis soumise à une exigence périodique choisie de texte. Un seul paragraphe, et chaque texte est non signé. Cela me permet d’avancer en terme de régularité, d’improvisation et d’innovation. Je suis cependant fière de certains de mes paragraphes, qui quoique non signés sur ce blog m’appartiennent toujours, et que j’ai souhaité partager avec vous.

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