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Pieds nus

19 juillet 2013

Elle rompt l’immobilité. Ses pieds s’ancrent au sol et la sortent de l’assise, ses jambes se tendent et son buste se déplie dans un silence interrompu d’un craquement, se perd dans le vertige entre deux pour se tenir droit, en grâce, elle hésite, attend le temps de retrouver une balance avant de faire un premier pas.
Petite, elle avait interdiction par sa mère de rester pieds nus sur le parquet. La transpiration laissait des traces humides dont l’acidité attaquait le bois ciré. Déjà, pourtant, elle ressentait ce besoin d’être liée au sol, de sentir et d’exister par chaque pore de son corps. Le carrelage brillant et froid de la cuisine suivi de la tomette cassée du couloir, le parquet en chêne du salon et des tapis diversement soyeux. La moquette de sa chambre et la dalle du balcon. Dehors aussi, en vacances, elle rechignait à chausser ses pieds, à les couper du monde. Sentir l’herbe mouillée au réveil et craquante le soir, les graviers du chemin aux coins minuscules et coupants, la pierre marquant le chemin entre la maison et le puits, le puits et le garage, le garage et le portique, le portique et la maison. Le sable chaud et l’eau froide du nord et les rochers noirs décorés de moules et de lichen des mers.
Ses pieds sont nus et attachés au sol et à son parquet vitrifié qui ne craint l’acide. Elle hésite, elle avance.

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