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Elle danse encore, elle dansera toujours

27 juin 2009

J’aimerais remercier Denis de m’avoir permis de conserver ces lignes. Quoique cette histoire n’est pas la sienne, elles le concernent car écrites directement après l’enterrement de Catherine Pénard-Guiot, sa femme. Catherine avait 43 ans, Catherine était plus jeune, plus vivante, plus généreuse et plus rayonnante que nous. Notre rencontre sur terre fut trop brève et pourtant elle a bouleversé ma vie. 

Aujourd’hui, c’est toujours un peu plus difficile.


Merci Catherine. Ta joie danse encore au plus profond de mon coeur.


J’aimerais également inclure une pensée particulière vers Tante Christine, pour qui une messe est célébrée ce soir. Je n’y serais pas physiquement, mais en union. 


Extrait des Larmes de Pierre (non terminé, non envoyé, non rien du tout…)


Tu vas à un groupe de soutien.


Ou plutôt, on t’y a inscrite. Un peu au hasard. Ton entourage, ta mère, a pensé qu’il te fallait ça. Que tu n’y parviendrais pas toute seule. Comme si elle pouvait savoir mieux que toi. 


Murée d’indifférence, tu t’y rends. La plupart des participants parlent de la perte, de la souffrance, de la dépression. Des âmes meurtries regroupée en cercles sur des chaises, la moquette usée au sol et la peinture qui commence à se fendiller dans l’indifférence.


#


Cette longue plainte douloureuse qui souffle au-dessus de vous, qui traverse vos corps, résonne autour de vous et teinte la vie d’absence et de grisaille.

Un jour, tu entends cet homme qui a perdu sa femme, qui a perdu sa flamme, la lumière de sa vie, qui se retrouve seul, vide, perdu. D’une voix rouillée il relate avec des mots simples la joie qu’ils ont eu de se découvrir, de passer vingt ans ensemble. Combien il erre dans l’existence sans pourvoir l’entendre ou la toucher, respirer en elle, sentir la peau de celle qu’il aime. Sans regretter un seul instant le moindre de ses choix, les femmes qu’il a pu quitter, les amis qui se sont fâchés, car il n’y en avait qu’une, il n’y avait qu’elle et il lui était impossible de continuer autrement dès lors qu’il l’a connue. 

Le reste n’avait pas d’importance.


Avec pudeur et humilité, il raconte le bonheur d’avoir vécu, les souvenirs qui apaisent parfois ses insomnies, le drame silencieux de la maladie, qui l’a emportée morceau par morceau, qui a brisé son corps et finalement emporté la lumière qui dansait en elle. Les nuits froides à se retourner dans son lit car elle n’est pas à côté de lui. Il ne reste plus qu’une photos dans un cadre, une voix sur un répondeur. L’absence est la plus terrible des tortures. Le spirituel a beau consoler et rassurer, l’homme garde en lui cet instinct animal et physique qui crie au manque, car les autres illuminent nos existences de leur présence, ils sont nos fers de lance, nos ancres, les moteurs qui nous permettent d’avancer et de trouver du sens. Seuls, nous ne sommes rien. Nous nous définissons par rapports aux êtres dans des relations qui peuvent autant nous grandir que nous rabaisser, et eux se définissent par rapport à nous dans ces mêmes liens. C’est un pouvoir fragile et important, c’est quelque chose de sublime et de tragique que cette dépendance à la chaleur humaine.


En face, une voix s’élève et parle du désert et de la couleur du blé. C’est un homme  aussi, qui parle de la possibilité d’une île où nous sommes attendus. Quand le soleil brille assez fort et qu’on se brûle les yeux à scruter l’horizon, on parvient presque à les voir, à les entendre encore, eux, les absents, partis sur cette île qu’on ne peut rejoindre avec des rames, qu’on ne peut deviner à travers ses larmes, mais qui est bien là et cette certitude lui permet de continuer, de mettre un pied devant l’autre et de ne pas abandonner la partie. Car il faudra qu’il en ait, des histoires à raconter, le jour où il rejoindra sa plage, où il pourra se percher sur ses falaises escarpées avec elle; et s’il arrive les mots vides, la vie inutile, sans n’avoir fait rien d’autre que d’attendre de pouvoir traverser, alors à quoi bon, et surtout, comment pourra-t-il alors la regarder en face?


Tu écoutes cette voix. Sans pleurer – tu attendras d’être dehors, les épaules voûtées face au trottoir et seule, tremblante de violents sanglots silencieux et secs – sans pleurer tu bois ce timbre grave et ces mots qui enfin ont un sens. Tu en cries presque, enfin, enfin quelqu’un qui te parle, cet inconnu vêtu de noir, assis sur une chaise face à toi. Tu oses à peine regarder son visage. Seule compte la musique qui coule de ses lèvres.


A partir de ce moment tu as ton île à toi et il s’y promène et y grandit noyé de soleil et d’insouciance. Maintenant toi aussi tu plisses des yeux pour apercevoir ce monde inaccessible. Quand le moment sera venu, tu trouveras tes rames et tu le rejoindras. Vous referez connaissance, quoique tu saches déjà tout de lui, cet être qui vole avec les anges. Après les jours noirs où tu as sombré dans tes abîmes, tu sens enfin l’air frais caresser ton visage et qu’importe la saison, pour toi c’est le printemps.

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