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Le Téléphone

8 janvier 2011

Un coup bref à l’interphone suivi d’une cavalcade dans les escaliers… Belou est de retour! Ton troisième café à la main, tu ouvres la porte et une tornade se jette sur toi. La valisette rose à roulette reste en plan sur le palier tandis que deux bras aimants entourent le haut de tes jambes et que Belou pose sa tête sur ton ventre… Ta fille est une géante, malgré son année d’avance elle est l’une des plus grande de sa classe de CP. Elle peut déjà porter du huit ans sans que cela ne choque, et des adultes bien intentionnés la trouvent parfois « bien en retard pour son âge » lorsqu’ils l’entendent hésiter sur les mots qu’elle lit dans la rue sur les panneaux publicitaires. (Tu ne réponds plus. Tu les toises de ta propre hauteur jusqu’à ce qu’ils passent leur chemin.)

Belou est là, avec une heure d’avance, tu es encore en pyjama et ton corps entier se sent puni de tes excès de la veille, dont tu n’as d’ailleurs qu’un souvenir confus…  Tu sais qu’Olivia t’en fera un récit amusé tout à l’heure, lorsque tu iras récupérer ton téléphone portable oublié chez elle. 

En attendant tu dévores ta fille des yeux…

Belou ramasse sa valise et s’attelle à ranger ses affaires. Elle n’aime pas être en transit, entre chez toi et chez Damien, même si son chez elle est plus ici que là-bas. Elle trie, met au sale, remet jouets et livres à leurs places. De la cuisine, tu l’entends déplacer des objets et vider très discrètement une partie de sa valise. Quelques trésors rapportés de chez son père, sans doute. 

Parfois, Belou n’aime pas partager avec toi. Ce qu’elle y a fait, les vêtements et cadeaux qu’on a pu lui offrir. Elle ne te cache jamais rien d’important en terme « de vie ou de mort », mais tu sens que ces secrets ont une place dans son mode de fonctionnement. 

Damien et toi avez les vôtres, de secrets, votre histoire est pour sa plus grande part tue, Belou n’en sait pas grand chose… Un jour, Papa et Maman s’aimaient très fort, ils vivaient ensemble. Et tu es arrivée. Mais, pendant le voyage qui t’a amenée jusqu’à nous, certaines choses sont eu lieu, rien de grave, rien dont tu n’es responsable, mais Maman et Papa n’ont pas pu ni voulu continuer à vivre ensemble. Alors tu as deux chez toi, mais une routine, deux parents séparés, mais uni par l’amour que nous avons pour toi. Tu es notre trésor, notre cadeau, nous sommes heureux de ton existence et nous t’aimons. 

Ces mots ont bercé Belou depuis sa naissance. Pour l’instant ils semblent lui suffire. Tu sais que, le jour où elle posera des questions plus précises, il te faudra replonger dans ce passé que tu essaie pourtant d’oublier. Tu connais le poids des silences et le pouvoir libérateur des mots. Des mots qui peuvent enfermer, aussi, si on ne les dit qu’à moitié, si on les ments, si on ne joue pas le jeu.

– Tu as faim? demandes-tu d’une voix gaie.

L’idée même d’un repas te soulève le coeur, à part du café dont tu te passerais bien de l’odeur, ton estomac n’acceptera rien.

– Non, pas tout de suite Maman, avec la nouvelle année on a petit-déjeuner tard.

Ouf.

Soulagée, tu tournes le dos au frigidaire. Tout à coup, la sonnerie de l’appartement résonne. Sans doute Olivia qui te rapporte ton portable. Tu vas lentement pour ouvrir la porte sans prendre la peine de regarder par l’oeil de boeuf.

Et là…

– Bonjour Isabelle.

C’est un homme blond cendré, aux yeux noisettes. Il est moulé d’un jean très seyant et d’un pull col roulé vert foncé, le tout recouvert partiellement d’un manteau 3/4 style capitaine de bateau. Ces informations parviennent facilement jusqu’à ton cerveau. Mais pour le reste… rien. Il connait ton prénom tandis que tu ignores le sien. Tu réalises soudain que tu es encore dans ton pyjama en coton bleu, que tu as les yeux écarquillés et que cet étranger a l’air de te connaître. Une petite main attrape ta jambe alors que Belou jette un regard spéculateur sur votre visiteur.

– Bonjour Monsieur, dit-elle poliment.

– Bonjour Belou, répond-t-il très sérieusement.

Ses yeux rieurs te dévisagent de façon dérangeante… 

– Tiens, je t’ai ramené ton portable. Tu l’avais laissé dans ma voiture. 

Tu ne comprends pas. Tu n’as pas quitté le domicile d’Olivia hier, n’est-ce pas? 

N’est-ce pas??

– Maman, tu ne laisses pas entrer le Monsieur qui te rapporte ton téléphone? demande Belou.

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