Posts Tagged ‘Corps’

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Etire la douleur

15 mars 2019

Lorsque tu t’allonges enfin ton dos soupire, l’acte en lui même est pénible, plier les jambes en s’enroulant vers l’avant pour s’assoir sur le lit, basculer les jambes et le corps en arrière.

Puis, tu ne bouges plus, crispant la cage thoracique qui se remet de la douleur, laissant entrer l’air, enfin, et le calme, peut-être.

A force de souffrances nocturnes tu rêves de sommeil tout en craignant le réveil, ton quotidien rythmé par les cachets dont l’heure de prise est minutieusement notée sur un carnet. Ton corps est ton bourreau dont tu ne peux t’éloigner, la lassitude du temps s’installe alors que l’espoir s’éloigne.

Lentement tu tends le bras pour éteindre la lumière et lancer la musique. L’apaisement de Chopin t’enveloppe, ton esprit s’échappe alors que s’offrent à toi quelques heures d’effacement bienvenues.

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Corps

5 novembre 2013

Les yeux à peine réveillés, elle contemple ses doigts abîmés par le froid sec. Les ongles cassants, les cheveux froissés. La peau qui pèle un peu malgré les crèmes et les soins.
Debout. Elle refuse de s’assoir.
Son estomac gronde, il a de l’avance sur la routine immuable à laquelle elle s’astreint, ses négociations en chantage de l’univers. Si je fais ce qu’il faut, si je suis sage, alors tout ira bien. Alors la vie peut continuer. Mon corps tiendra, il cessera de s’attaquer, de se détruire, d’être son propre ennemi par lequel la souffrance survient. Mes enfants iront bien, je ne leur aurais rien transmis d’autre que mes yeux et mes mains et l’amour infini qui gonfle mon cœur vers eux.
Elle a beaucoup de questions et peur des réponses, elle connaît les échéances, il y a, devant elle, un instant qu’elle devra affronter mais en attendant elle tient. Elle a essayé, l’hôpital, l’attente, les lunettes d’un médecin face aux questions qu’elle représente. Un cas, un sujet intéressant. Elle est auto-immune. Elle est déjà cassée. Le reste, on ne sait pas.
Elle a reçu les lettres de convocations aux dates impossibles, confronté ses peurs, son emploi du temps, sa course quotidienne. Elle s’est soumise aux rendez-vous imposés, on reçoit une lettre et on s’y plie, on modifie sa vie pour coller à des dates, devenir un dossier passant d’étages en couloirs sans comprendre et sans choisir. Elle a essuyé la violence d’une blouse blanche sourde à son besoin d’être actrice, d’être inclue dans le process, de pouvoir refuser l’invasif, de choisir par quoi on commence. Son corps s’est arque-bouté et lui a dit non.
Ce n’est pas grave. Elle est partie. Elle sait quand elle ne peut pas. Pas ainsi, et elle choisi, et c’est facile lorsque tout autrement est impossible. Elle sait partir, s’enfuir, anticiper et se préserver. Elle est experte en lutte en sourdine, en douceur, sans compromis dès que son corps, qui comprend tant de choses avant elle, lui indique la voie du repos. Elle ne peut qu’accepter.
Avec ses questions, son corps en repli, ses gènes défaillants, sa culpabilité de mère, avec ce moment à venir ou elle trouvera une autre façon d’obtenir les réponses, petit a petit, en surveillance bienveillante. Un jour.
Le RER s’arrête. Il fait encore nuit dehors. Tournée face à la vitre, elle regarde le début du jour qui frise l’horizon. Son visage se reflète et se mêle au paysage et elle l’interroge. Elle a l’air si normale. La faim gronde encore et elle sourit.