Posts Tagged ‘silence’

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Compass

8 octobre 2019

I had sworn we never would, but here we are, back in the same space together, trapped. Together and apart, breathing in in spite of ourselves, tied to the same fate like cursed Siamese, pulling in and away. Here I am, here you are, saving face, reluctantly running and standing still.

As long as your work is unfinished, as long as pathos gets in the way, your steps are retracing themselves in a repetitive and inescapable circle.

All I can is to watch you, I stand at the center like the point of a compass, only instead of pointing the way I have become an anchor.

If I close my eyes I will still know where you are – not very far, not really close, getting uselessly breathless.

My words are not welcome, I am not doing anything other than waiting, and yet, I am tired.

There should be a way forward. For both of us. By steadying you, have lost myself. Where is my path, the one that led me here – where are my choices? The wind of time and doubts has erased my past and thus I know not which way to face in order to find myself again.

Yet there is no despair, only hope and the certainty of a better way. I watch you running to exhaustion, pulling forward and shielding away. Waiting for the spark, the trigger that will derail you from his useless quests. A spark that is not I. Once you can fly away, where will I be?

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Journée grise

25 mars 2019

Aujourd’hui rien ne va, la connectique, les collègues, le menu à la cantine. Le soleil brille trop fort, la clim est glaciale, le boss a des questions pénibles et une tâche de sauce sur sa cravate que personne n’ose évoquer. Les doigts passent encore et encore dans les cheveux, les ongles grattent l’ennui et pleurent de pellicules. Les pieds s’agitent et les tons montent, les portent claquent : la journée oscille entre tâches planifiées et urgences, la migraine pointe. Lorsque la lumière rampe enfin vers l’ébauche de la nuit, dans les heures grises et hésitantes, la relâche arrive, enfin, le dos se dénoue, le cou craque en un soupir résigné. Il y a les semaines à tenir, les engagements à respecter, les siens et ceux des autres, le reste à ne pas penser, cette barrière grise dans ton agenda des protocoles à venir, de la fatigue de devoir mourir pour revivre, tu avais négligé ta mortalité, à force d’entendre qu’on va mourir, c’est comme Pierre et le Loup, on oublie. Tu regardes tes collègues partir un à un et tu songes à ton absence non annoncée encore, avec une date de retour évoquée mais non confirmée. Il faut avancer malgré l’agacement et la peur, si tu te donnes le choix tu crains de tomber tel un cheval écroulé au bord d’un chemin, c’est comme au tennis, point par point, pas à pas, arriver jusqu’à l’échéance grise, déjà, puis la vaincre. Car il n’y a, si tu y penses, pas d’autre issue possible qu’atteindre la lumière après l’épreuve, de revenir ayant vaincu la mort, malgré l’épuisement et les traits courbés… tu imagines tout sauf qu’être ne soit plus.

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Spleen

18 mars 2019

Tu plonges tes yeux, tu ne sais plus, si près du feu et les bouteilles vides, tu as un peu froid d’un côté et tu brûles de l’autre. La soirée s’est étirée en longueur sans que tu t’en aperçoives, le verre entre, ni plein ni vide, les chaussures trop serrées comme ton cœur qui se coince contre tes poumons à l’asphyxie. C’est bien pour ca, l’alcool, la chaleur, les heures d’oublis en brouillard de toi-même. Personne pour te rappeler de respirer, te secouer de ta torpeur. Seul entouré d’âmes perdues, aucun échec possible, plus bas n’existe pas. A force, ta tête dodeline contre le dossier de ton fauteuil, tu aimerais imaginer des conversations sophistiquées mais c’est si compliqué, l’énergie s’évade… au final tu abandonnes le train de tes pensées.

Ici rien ne compte ou n’existe, tes problèmes te retrouveront dans doute au au réveil. En attendant tu te perds dans le ricanement d’un spleen, sans rien attendre, en larmes d’abandons.

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Eux

16 mars 2019

Elle glisse de l’un à l’autre, leurs visages penchés et concentrés, ses enfants, le cœur gonflé, elle fixe cette image en elle.

Ils se parlent par intermittence, de passent un épluche légume ou quelque condiment. Elle aime tant les regarder ensemble, souvent elle marche un peu en arrière et remplit ses yeux de ce portrait, lui si grand et un peu trop fin, elle plus petite et dont les pas s’accordent aux siens. Alors qu’ils avancent ils se tournent légèrement l’un vers l’autre et ponctuent leur conversation de gestes amples et convaincus.

Elle aime leur grâce et leur complicité. Ce soir c’est pour elle qu’il cuisinent, joyeux anniversaire maman, ses deux ados parfois mutiques et étranges, le soir est calme et le ciel transparent, ils sont ensemble.

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Etire la douleur

15 mars 2019

Lorsque tu t’allonges enfin ton dos soupire, l’acte en lui même est pénible, plier les jambes en s’enroulant vers l’avant pour s’assoir sur le lit, basculer les jambes et le corps en arrière.

Puis, tu ne bouges plus, crispant la cage thoracique qui se remet de la douleur, laissant entrer l’air, enfin, et le calme, peut-être.

A force de souffrances nocturnes tu rêves de sommeil tout en craignant le réveil, ton quotidien rythmé par les cachets dont l’heure de prise est minutieusement notée sur un carnet. Ton corps est ton bourreau dont tu ne peux t’éloigner, la lassitude du temps s’installe alors que l’espoir s’éloigne.

Lentement tu tends le bras pour éteindre la lumière et lancer la musique. L’apaisement de Chopin t’enveloppe, ton esprit s’échappe alors que s’offrent à toi quelques heures d’effacement bienvenues.

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La ligne entre

13 mars 2019

Quand la pluie s’arrête enfin, la vie se fige, surprise, le silence s’installe en retenue de souffle et en accueil de la nuit.

Tu ouvres toutes les fenêtres, les lumières allumées s’épanchent vers le jardin qui exalte de terre humide, de pétales froissées, du glissement en regrets vers le réveil.

Les gouttes en écoulement le long du métal de la grille, le vent dans les feuilles, les insectes, puis la rue s’anime à nouveau. 

Une porte claque au loin, tu inspires en restant entre. Pas tout à fait dehors, plus vraiment dedans, en équilibre sur la ligne.