Posts Tagged ‘happy-end’

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White (translation)

30 novembre 2010

Blanc

 

 

My memories of you are in black and white. You’re sitting inside a french window’s frame, your feet against your thighs and your hands around your knees, on which you rest your head. Your back is propped up against the white wooden frame, you stay thus, patiently, while your mother and your sisters take out, unfold, dust and puff your immaculate dress and veil.

Your skin glows from two months in the south of France, your dark hair is tied wildly in a knot in your back and your eyes (green), can’t but laugh at all this fuss. You stay without moving, you let them do what they need to do. You know that today isn’t your day but theirs.

You, well, your happiness is elsewhere, in chestnut eyes in which sparkles got lost somehow. You never needed the symbols, your rules were clearly established, it’s crazy how much the two of you already talked then. Our eyes went from our silent couples to yours and we could not understand where this river of words came from. We knew that, every day, you would share every insignificant details of the moments lived in the absence of the other, and we found this strange, childish and even ridiculous (we didn’t have a clue).

All this white… It made you nervous. A white meaningless to you, you’d lived with the man who was to wait for you at the town-hall and then the church for two years, you would have preferred colors, something lively and joyful that could withstand stains and dust, Celtic music in the church and a party under a circus tent with juggling clowns and sea lions spitting fire. You would have wanted your day to start slowly with the languor of an XIXth century waltz, the which would have turned faster and faster with time and left your guest breathless and dropping on a bench to drink their champagne glass straight up before getting to know the cute girl next to them.

You’d have like that, that your guests leave with sparkles in their heart, a je-ne-sais-quoi filled with whimsical audacity.

But and very quickly, you let go. You gave this day to your family knowing very well that the rest of your life together was yours to own. 

I have other images of you with a lot of white and little black, just enough to create a contrast and let the light stand out on your face, in your smile and gestures. You standing in the middle of your room, arms apart while your mother dresses you, you eyes closed and your head turned towards the window and your older sister who applies your make up. You in the stairs as you’re going down with precautions,  you laughing so heartily as you discover the mule your husband to be graciously provided for your transport (your father substituted a collection car to it), you getting out of the car as the engine was still running in your hurry to make it quicker to the town-hall, almost closing the door on your dress… You’d rolled it’s train in a bundle under your arm while you ran.

From all these images, from this day, one stands out that I chose to keep. We can’t see your face, we wouldn’t recognize you – nor would we recognize your husband. We see you kneeling by the side of your beloved, white on black, light on dark. I remember your faces bent and harmonious. And a veil with white lace, coming from your hair and resting very elegantly on your armchair thanks to your mother (again). This picture was taken by someone else than I and I find it special and peaceful. What you gave us on that day was just a symbol but it was precious, you gave us the possibility to rejoice with you and share a piece of your happiness. You both were like this veil, present and invisible, exposed to our scrutiny yet protecting your shared secrets, your details, your still daily banter and words.

 

The French version of this text originated quite a discussion on facebook with both French and English speakers who made the effort to use google trad (heh!). Thus this translation for the « lost » passages. Thanks for your feed back and ideas and questions. Your interest in my work help me so much on unmotivated and grey days…

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Des cheveux fins et des après-ski

15 février 2010

 

 

Tu sorts de la voiture comme une fusée. 

Le monsieur qui vit dans la sienne est là, tu regardes à travers sa fenêtre avec curiosité. Il dort, la tête penchée sur ses ongles croisés, avec son manteau vert et son béret. 

Ta Grand-Mère n’a pas le temps de te rattraper. Tu t’engouffres sur le sentier à travers les arbres. Le parking est loin de l’école, il faut dévaler le chemin qui aboutit sur l’imposant parterre à gauche, devant la mairie. C’est un petit château classé entouré de pigeonniers, derrière lui la Marne, et à côté l’école, qui fut un jour ses communs.

Tu ne sais rien de tout cela, les arbres, la pelouse soignée, les fleurs, la jolie école, tout cela est normal, tout cela fait partie de ton monde.

Ton monde, le monde. Tant de choses à découvrir.

L’enfant qui tient ma main vole à ta poursuite, un peu hésitante. Elle aussi a envie de courir dans la neige, de virevolter en riant. Elle te suit avec prudence, elle n’a pas décidé encore.

Il y a peu de temps, elle aurait marché à petit pas en maintenant la distance entre ton manteau brun et le sien. Rose vif. 

Une tâche rose et une autre brune.

 

La directrice t’a pris par la main et t’a emmené dans chaque classe. Neuf fois, elle est entrée en souriant, un peu nerveuse, un peu crispée, très soulagée aussi.

– Bonjour, je vous présente votre camarade. Vous le connaissez depuis presque deux ans, mais aujourd’hui on va tout recommencer à zéro. Bonjour, je vous présente un nouvel ami, il est gentil, il a envie de se faire des copains.

On efface tout et on recommence.

Ta Grand-Mère n’a pas le temps de te rattraper. Elle marche comme elle peut, avec son amour immense niché au chaud entre son écharpe et son manteau, elle t’emmène le matin, vient te chercher le soir, elle fait le lien entre ta famille, les médecins, les psy, l’école, les autres mamans, la mairie, ta Grand-Mère est le centre du monde. 

Tu ne sais rien de tout cela, des inquiétudes, des larmes, des négociations. Son amour, sa présence, ses mots d’encouragement, tout cela est normal pour toi. 

Tu plantes tes après-ski au milieu de la pelouse et tu lances ton bonnet en l’air. Tes cheveux fins éclaboussent ton visage et tu écartes les mains en riant. A côté de toi, une tâche rose marque la neige aussi. Ses pas n’osent pas encore croiser les tiens mais son rire rejoint ta joie.

Vous vous tournez vers le portail, vers la grille. A l’intérieur, les enfants jouent déjà, on entend leurs cris. Il ne reste qu’une ligne droite. Vous vous élancez, tu ne ralentis pas, tu ne vois même plus ce qui fut ta bouée en métal, hop, un crochet pour un bisou et tu disparais dans les jeux bruyants de tes camarades. 

Mon enfant fait demi-tour, s’agrippe fougueusement à moi et repart tout de go. A son tour, elle devient une élève comme les autres. 

 

Je suis un moment ma tâche rose des yeux, comme ta Grand-Mère suit la sienne, ton blouson brun et ton bonnet bleu. Nous repartons, à petits pas, avec précaution. Avec un sourire timide dans la neige silencieuse. 

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Thérapie

9 janvier 2010

Contrairement à toi, Alice est allée au bout de sa « thérapie ». Elle a fait le travail. Une fois par semaine, toutes les semaines, dans le bureau d’un psy. Elle a demandé à faire une psychothérapie « cognitive » : Connais-toi toi-même, connais ton histoire, serre le mord et avance.

 

Semaines après semaines, mois après mois, elle s’y astreint. Elle prend le métro, la ligne 3, jusqu’au bout. Elle descend à Levallois, marche un peu et arrive face à une lourde porte en bois dont la peinture verte s’écaille. Il y a un code, puis un interphone. L’entrée est lumineuse, elle voit des plantes dans l’arrière-cour mais ne s’en est jamais approchée. Elle prend l’escalier de droite et monte au premier.  Les marches aussi sont en bois, recouvertes d’un tapis sombre auquel elle n’a jamais prêté beaucoup d’attention. Elle regarde en l’air, vers le palier puis la poignée de la porte. 

 

Alice essaye d’arriver cinq minutes en avance. Pour avoir le temps de se poser. D’atterrir. En entrant dans la salle d’attente, déjà, elle se dépouille du monde extérieur. Au départ elle se défait d’un simple voile, d’un souffle inaudible lui permettant d’entrer dans la légèreté. Au fil du temps, les couches cèdent les unes aux autres, le travail se fait. Elle parle. Elle se tait. En face, une paire de lunettes hoche la tête. Opine. Pose des questions. Prend la parole parfois. Elle n’est pas toujours d’accord, elle argumente. De retour chez elle, elle réfléchit. 

 

Le plus gros des progrès se font chez elle.

 

Mois après mois, année après années, Alice se défait de toi, de vous, de votre histoire et de celle d’avant, de ton histoire avec ta mère et de celle de ta mère avec la sienne. Elle se défait de vous et se réconcilie avec elle-même.

 

Elle est forte, ta fille. Elle suit son chemin et accepte qu’une partie n’en soit pas tracée par elle-même. Elle avance. C’est difficile, parfois, de ne pas lui en vouloir.

 

Un jour, elle ne s’installe pas. Elle garde son manteau, son sac sur ses genoux, les mains sereines. Elle est calme, détendue. 

 

Voilà, je ne viendrai pas la semaine prochaine. Cela fait trois ans que vous occupez mon mardi soir, avant, pendant, après, maintenant c’est terminé. Il ne s’est rien passé de particulier, mais je sais. Je reviendrai peut-être vous voir. Je ne dis pas que je vais y arriver toute seule. Mais je crois que c’est bon, je peux marcher sans canne. 

 

Le visage en face d’elle enlève ses lunettes et sourit.