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La petite Belou est malade – 1

15 décembre 2010

La semaine dernière a été difficile… La neige, le froid… Tu avais fait ton possible pour que Belou soit bien couverte de la tête aux pieds et qu’elle soit au chaud et au sec. Le plan hiver était fermement en place, oranges et clémentines quotidiennes, cuillères de miel le matin, plus ces petites granules hebdomadaires « pour renforcer les défenses immunitaires » prescrites par la généraliste homéopathe, que vous prenez religieusement par habitude. Toi, tu crois que le corps peut bénéficier de coups de pouce subtil, et cela n’empêche pas ce même docteur de te prescrire des antibiotiques lorsque c’est nécessaire.

Dans le sac que Belou a emmené chez son père pour son un weekend sur deux, tu avais tout prévu, cagoules en doubles, chaussettes en angora, polaire ET pull en cachemire. Le froid mordant s’était mis à piquer mais c’était un froid sec qui te faisait moins peur que l’humidité qui parfois s’engouffre en nous en des frissons interminables.

Lorsqu’ « il » te l’a rendue, il a poussé l’inquiétude jusqu’à t’appeler. D’ordinaire votre routine est bien établie. « Il » passe prendre Belou à la sortie de l’étude à 18h vendredi soir et te la re-dépose en bas de l’immeuble dimanche également à 18h. 

« Il » ne monte jamais. 

Belou s’engouffre dans la porte cochère et s’élance dans les escaliers en bois tapissés de velour vert qu’elle monte en cavalcade en s’agrippant à la rampe. Quoique vous habitiez au dernier étage, elle n’a  que très rarement la patience d’attendre l’ascenseur. Elle franchi la porte, t’enveloppe fougueusement de ses bras puis va pour prévenir son père. Les beaux jours, elle ouvre la fenêtre et agite vigoureusement son bras droit vers le sol dans un dernier adieu. En hiver, elle se contente de faire clignoter la lumière trois fois. Tels sont ses rituels personnels partagés avec son père, des codes au sein desquels tu es inexistante mais que tu acceptes pour son équilibre et sa construction personnelle. Parce que le déchirement que représente son père ne doit pas lui être transmis, parce qu’elle n’est pas responsable de votre séparation, parce qu’elle a le droit d’aimer cet homme sans qui elle ne serait pas. Cet homme que tu as aimé un jour du plus profond de toi et dont l’existence te fait mal encore, parfois. 

On ne se remet jamais tout à fait d’avoir été abandonné.

La règle entre vous est que tout passe par mail, sauf urgence. Cela fonctionne bien. Vous ne vous croisez jamais sauf pour les éventuels spectacles de fin d’année, vos relations sont virtuelles et inaudibles.

Pourtant, dimanche, « il » t’a appelée. Belou était dans les escaliers qu’elle montait lentement, tu l’attendais en haut du palier lorsque sa voix a résonné dans son portable. 

« Isabelle, je voulais te dire… Je la trouve fatiguée, un peu fébrile. Nous ne sommes quasiment pas sortis ce weekend mais je pense qu’il faudrait surveiller. »

…Tu ne sais jamais exactement si tu es touchée ou agacée qu’il soit un bon père.

En effet, la petite fille qui t’enlace de ses bras a l’oeil brillant, le pas ralenti. Elle se plaint d’avoir mal à la tête, de ne pas avoir faim. Tu parviens à lui faire manger quelques cuillères de soupe avant de la mettre au lit. Le thermomètre indique 37,8, tu es modérément inquiète. 

Le lendemain, ta journée est chargée et tu laisses Belou à l’école. Tu la retrouve le soir à 38,2°C. Elle est pale et rouge à la fois, elle ne tousse pas mais semble avoir du mal à respirer. Tu t’arranges avec la voisine pour qu’elle garde la petite et tu prends rendez-vous chez le médecin pour 17h30. Avant ce n’était déjà plus possible, son cabinet est débordé. Avant ce n’étais pas possible, tu es également débordée. 

Tu prends de quoi travailler de chez toi et tu pars tôt. Chez le médecin, la généraliste homéopathe a l’air inquiète quoiqu’elle se veuille rassurante. Elle prescrit directement de la pénicilline et te dit qu’elle passera voir la petite demain soir. 

« Surtout ne vous déplacez pas, je viendrai. »

24h après, lorsque la généraliste sonne chez vous, elle trouve une maman désemparée et une Belou brûlante enveloppée de serviettes humides dont la fraîcheur alliée aux antibiotiques et anti-inflammatoires ne suffit pas à faire baisser la fièvre. 

Belou se tourne et se retourne dans ses draps en sueurs, s’assure que tu es là et réclame son père entre deux respirations sifflantes. 

La généraliste te regarde. Elle est proche de la retraite, son visage fin et ridé esquisse un sourire. Avec discrétion, elle hoche de la tête. 

« Il vaudrait mieux l’appeler avant que l’ambulance n’arrive. Je vais la faire transférer à Trousseau. »

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One comment

  1. Aïe ! Et bien j’espère qu’il n’y a rien de grave…



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