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Rosalie

16 juillet 2011

 

Rosalie enfouit ses secrets au plus profond d’elle même, ses mots tus, ses petites souffrances et malins plaisirs, les désirs qu’il ne faut pas avoir, les questions qu’elle n’ose pas poser aux adultes, les regards qu’elle aimerait qu’on porte sur elle et les rêves qui lui semblent si grands que jamais elle n’oserait se pencher pour leur donner vie, de peur d’être engloutie, d’être dévorée par une frénésie gourmande et destructrice, quelque chose d’intense qu’elle devine sans comprendre ou qu’elle comprend sans deviner, elle n’a que sept ans, des cheveux bruns tous raides qui tombent sur ses tâches de rousseurs et des yeux sombres et brillants, elle est à peine née et déjà elle marche sur un manteau d’inavoué qu’elle refoulera et fuira, comme tous les autres, comme nous les autres dont les fondations reposent sur nos névroses inconscientes qui nous ont façonnées et qui nous définissent, comme sa mère aussi qui ne pousse pas la porte vers la délivrance, l’affrontement, la thérapie, sa mère dont elle retrace les pas et de qui elle a appris le mensonge, l’évitement de soi, dont elle lit les larmes de la veille sans y penser, sa mère à qui elle ressemble comme toutes les petites filles veulent devenir leur mère, porter des talons hauts et se déplacer à travers la vie arborant une assurance complexe et vacillante, sauf que Rosalie peut-être pourra être sauvée, il suffirait d’un faux pas pour retomber dans la justesse, changer de route, elle ne sait pas tout cela alors qu’elle continue à empiler ses silences et blessures et ses rires qu’elle n’ose pas, oui il suffirait peut-être d’un simple souffle en elle pour qu’enfin tout respire comme l’herbe et l’étang et les arbres dehors qui se redéploient sous une pluie d’été chaude et bienfaitrice, après tant de jours assoiffés la nature se redresse et exhale son rappel enivrant qu’elle peut survivre à tout et surtout à nous.

Enfermée dans sa chambre, Rosalie regarde. L’eau tombe d’un ciel lourd et gris relâchant malgré lui par endroit un souvenir du soleil. L’obscurité définit le paysage du jardin familial, le vent secoue et gémit.

Ses cheveux fins sont collés à son front contre la vitre froide sur laquelle des gouttes mènent leur flou en lumière. Ses yeux regardent, inlassablement.

Elle n’enfouit rien, ne souhaite rien, ne songe à rien. Elle s’ignore.

Cet instant est simple.

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