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extraits irrémédiables

2 mars 2012

Cette journée est passée si vite, Sophie regarde par-dessus son épaule sans comprendre. Ce matin elle cirait ses chaussures blanches avec application, dans la joie et l’angoisse des moments à venir. Et ce soir, elle arrache les épingles de son chignon avec frénésie, n’ayant d’autre hâte que de trouver un sommeil réparateur. On l’avait prévenue… Le jour de son mariage, tout le monde en profite. La mariée, elle, doit attendre d’avoir les photos de l’événement pour comprendre ce qu’il s’est passé.

* * *

Ce soudain silence dans sa vie la déconcerte. L’apaisement attendu se refuse à elle, les sens en alerte elle ne comprend pas. Elle se souvient de la cohue, du bruit, de l’énervement agacé qui devenait le sien, et pourtant aujourd’hui elle sombre dans le vertige assourdissant de l’inexistant. Il n’y a plus de cris, de portes qui claquent, plus de disputes, ce néant la glace elle ne parvient à s’y faire. Doucement, elle réapprend le manque.

 

 

* * *

Qu’un homme puisse lui dire ainsi qu’il la quitte parce qu’il l’aime lui parait aussi insensé qu’incongru, qu’on l’aime certes mais qu’on la quitte non, elle ne sait si elle doit en rire ou se vexer, le prier de vider les lieux ou le supplier de rester. Elle a l’habitude de dicter ses règles. Finalement elle réalise que c’est en le laissant partir qu’elle prendra le risque qu’il revienne, mais pour cela encore lui faut-il accepter qu’il puisse finalement rester pour toujours au loin. Elle raccroche le tchat et éteint l’ordinateur, secoue sa tête, agacée et énervée, ses cheveux courts et sombres luisent sous les lumières en veille. Elle s’étire, s’enveloppe dans ses draps à en faire des nœuds et cherche en vain le sommeil.

* * *

Trois gouttes sombres sur le tapis, un rayon de lumière et le monde qui bascule.

* * *

Il lui semble avoir passé sa vie à l’attendre, dans des parcs, des cafés, sur le parvis de la mairie ou à la maternité. Une vie à attendre qu’il arrive, qu’il se décide, une vie devant l’horloge à expliquer ses oublis, ses distractions et ses retards, à accepter, expliquer, coercer tendrement sans surtout le cabrer. Aujourd’hui elle est fatiguée. A force elle réalise qu’elle n’attend plus. Elle ne guette plus les pas, elle n’oriente plus ses choix en fonction de lui, elle se sent libre et seule et c’est plus simple ainsi. Il lui faudra sans doute plusieurs jours avant de réaliser qu’elle n’est plus là, que ses placards sont vides, qu’elle est partie.

* * *

Lui n’avait jamais imaginé qu’elle puisse partir. Elle avait été un point d’ancrage dans sa vie, quelque chose qui ne changeait jamais, avec sa douceur rassurante et son don pour évacuer les tracasseries quotidienne de son horizon. A force il ne la voyait plus, elle était devenue une ombre évidente qui lui permettait d’avancer dans sa vie et sa carrière, de prendre cet élan tel un goulu vers le succès, l’argent, les autres femmes. Lorsqu’il est arrivé chez lui il n’a pas réalisé tout de suite ce vide qu’elle y avait laissé. Jusqu’à l’heure du diner bien sûr, pour lequel il du se contenter des deux yaourts perdus au milieu du frigidaire.

 

 

Ces paragraphes sont issus de ma contrainte quotidienne sur le blog duConvoi des Glossolales. Je vous invite à y découvrir de talentueux auteurs.

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