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L’encre volée – faux épilogue

12 juin 2009

A l'époque Seuil en a presque voulu. C'était trop court pour eux et pour moi l'histoire était terminée. Contrairement à leurs attentes, je n'avais rien à ajouter. Aujourd'hui je me dit que je ne suis pas allée jusqu'au bout.
Qui sait, l'été sera long et j'ai prévu d'écrire. Je reprendrai peut-être ce texte.
C'était mon premier roman abouti et, finalement, ce n'était pas si mal que ça.  Quoique un peu trop dramatique. En tout cas je peux aujourd'hui me pencher sur ces lignes sans embarras et avec même quelque tendresse. J'ai mis une partie sur facebook, voici la fin.
(les fautes d'orthographe sont d'origine

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)
A suivre?

Faux Epilogue.

Un
soleil de printemps. Elle avait eu envie de voguer sur la Seine et regardait le
scintillement de l'eau qui se reflétait contre les monuments ornant le fleuve.
Songeuse et seule. Un peu perdue dans des pensées agréables et sans nom.

Une
journée de vacances en solitaire, les enfants enfermés à l'école et l'être aimé
au bureau. Et elle, les mains vides, les doigts vides, ses pensées errant au gré
de l'eau, une brise légère dans les cheveux.

Son
livre est imprimé, finalement. Elle a réussi à en extirper les phrases de son cœur
et à aligner des pages intimes et belles qui ont su toucher un éditeur, puis un
public. Combien de ventes déjà ? Beaucoup, presque trop. Parfois, un flottement
interdit se demande s'Il l'a lu. S'il sait qu'elle a réussi son rêve et écrit
un livre. Un livre qui se trouve maintenant dans les vitrines de toutes les
librairies et qui égaie un instant la vie des gens. Puis son esprit court
ailleurs. Il est pensée non grata, une ombre inconsistante reléguée au passé.

Il
n'existe plus.

Elle
a failli ne pas l'écrire. Son histoire, ou plutôt leur non-histoire. Le titre
voulait tout dire pour elle, d'ailleurs, au départ, elle n'avait que ça, un
titre. Et quelqu'un le lui a pris, une espèce de ponte qui a imaginé un
best-seller appelé " le Carnet Rouge ". Alors elle s'est arrêtée.
Sans lire le ponte. Tout en ayant envie, mais luttant, rancunière à mort,
contre cet auteur pie voleuse. C'était " son " titre !

Puis,
un jour, elle s'est résignée en faveur d'un autre. Celui-ci existait peut-être
déjà, elle n'a pas voulu savoir.

Les
pages sont venues à vive allure, s'enchaînant sans peine comme si les longs
jours d'attente avaient créé un bouchon, et que maintenant qu'elle se donnait
le droit de faire exister cette histoire, les pages légères se précipitaient
toutes voiles dehors en grande bousculade, de peur de perdre leur unique chance
d'être.

Et
chaque mot tracé le faisait disparaître.

Elle
se souvient des questions qui revenaient parfois la hanter avec leurs doutes.
Et si… auraient-ils pu prendre un chemin différent qui les aurait réunis ? Sa
vie en aurait-elle été plus heureuse ? Mais, la dernière phrase achevée, le
point enfin final posé, son esprit trouva la paix et il devint oubli.

Il
reviendra parfois, c'est certain, comme aujourd'hui où elle songe doucement à
leurs soleils de printemps sur les terrasses de cafés parisiens. Son nom
ressurgira parmi d'autres souvenirs et odeurs du passé, pour s'effacer ensuite
lentement et disparaître à jamais. Elle n’a plus mal.

Elle
lève les yeux et regarde la foule à terre. Touristes en casquettes et citadins
pressés. Une masse grouillante écrasée par l'histoire des pierres qu'ils côtoient.
La pierre de taille aveuglante de lumière et de présence.

*

Il
a lu son histoire et n'a pas réagi. Lui qui avait enfin accès à ces mots qui
l’avaient tant obsédé. Maintenant, il essaie l'oubli. L'oubli des lignes du
passé qu'il a vu défiler sous ses yeux fatigués.

Accoudé
sur une rambarde, il regarde les péniches et leurs lentes migrations. Sa femme à
Dijon dans ses vins, son amant et les non-dits du petit-déjeuner, un fils
absent qui ressemble à sa jeunesse et à ses espoirs.

C'est
dans sa chambre qu'il a trouvé le livre. La chambre du fils. Il a hésité un
instant avant de demander d'une voix un peu enrouée s'il pouvait lui emprunter
cet ouvrage.

Regard
surpris du jeune homme, étonné que son père et lui puisse partager un même
centre d'intérêt.

Sa
femme était partie, encore, et il du attendre que son fils déserte à son tour
leur demeure inutile pour oser s'installer et l'ouvrir. En silence, sans
musique, sans cigarettes non plus – l'âge aidant, il avait arrêté – mais avec
une bouteille d'un millésime quelconque abandonné par son épouse au cours d'un
bref passage.

L'odeur
du livre neuf qu'on ouvre presque pour la première fois.

Il
l'a retrouvée tout de suite… sa lumière, sa fraîcheur, et un peu de ce mystère
qui l'avait séduit un fugitif instant avant de devenir une obsession. Premières
phrases douloureuses, comme un long étouffement humide, tant sa présence est
forte et les mots justes. Puis sa poitrine qui se détend, une souffrance un peu
lourde encore sournoisement tapie en lui.

Il
a revu le soleil du jardin du Luxembourg, ses rêves enfantins et le marchand de
glace juste devant l'entrée. Il a revécu les rires qu'ils avaient partagés et
les rêves qu'ils s'étaient confiés comme des trésors fragiles, qu'ils avaient écrits
sur un brouillon déchiré et confiés à la Seine dans des bouteilles poussiéreuses.
Comme ça, pour s'amuser, pour l'aventure des flots et les histoires qu'on
pouvait inventer… Maintenant, les bouteilles sont arrivées jusqu'à la mer et
ont échoué sur les côtes anglaises… ou bien elles sont allées jusqu'au Pôle
Nord et sont prisonnières d'un iceberg… ou peut-être se sont-elles brisées à
quelques mètres de là, contre le bord de la rive ou sur la coque d'un bateau.

Et
surtout cette chose en lui qui a pleuré des larmes amères. Tout ça pour ça ?
A la fin du livre, ses mains ont tremblé tant elle était présente en lui, et
tant la force de cette présence lui donnait le vertige, comme autrefois
lorsqu’il avait touché le fond de son autre lui, celui qui se cache dans les
limbes obscurs, prêt à ressurgir à la moindre chance.

Ses
yeux errent sur l'eau scintillante. Une drôle d'embarcation surgit lentement du
pont avec une femme en blanc en proue, les gestes libres et les cheveux au
vent. Il reste immobile et la regarde, profondément remué par la façon
particulière dont elle bouge et incline la tête. Sans comprendre pourquoi. Il
regarde cette étrangère, son dos, sa nuque parfois dévoilée par la brise, la grâce
de sa main effleurant la rampe.

*


Nous sommes bientôt arrivés Madame.

Elle
se retourne, surprise. Fait face à l'homme en uniforme et le remercie de
l'avoir prise à bord en dernière minute.

Son
nom résonne tout à coup autour d'elle. Elle agite la tête, d'où cela vient-il ?
C'est un murmure dans le vent, un écho inaudible qui pourtant retentit très
fortement en elle. Elle se retourne sans rien voir. Elle aurait rêvé…

Il
faut rallumer son téléphone. Cinq messages en absence, son éditeur va être fou.

L'escapade
est terminée.

*

Elle
se retourne et il plonge dans son sourire. Le sourire de ses yeux, le sourire
de son visage, ce sourire qu'il pourrait redessiner dans le noir et qu'il n'a
su retrouver en personne d'autre. Un sourire de lumière qui illumine celui qui
le reçoit, comme un précieux et unique cadeau. Qui va se loger là, dans le cœur,
et qui ne s'oublie jamais.

Il
faut qu'il l'appelle. Qu'il l'acclame comme il n'a pas su le faire autrefois.
Ses lèvres sont entrouvertes, il va crier son nom du haut de son perchoir et
elle lèvera la tête. Leurs regards se rencontreront et elle le reconnaîtra…
et quoi ?

Et
rien. A sa vue, il sent la fièvre remuer en lui et le cauchemar qui est prêt à
l’engloutir de nouveau. Il sent cette pulsion bourdonner avec violence, celle,
destructrice et effrayante, qui l’a dévoré jadis et dont le souvenir le fait
encore frissonner de honte et de peur.

Son
nom meurt sur ses lèvres. C'est hier qu'il aurait fallu le prononcer. Prendre
son sac et partir à sa recherche, se mettre à genoux et la convaincre de rester
à lui, les convaincre tous les deux que c’était fini, cette espèce de frénésie
malsaine qui les avait détruits. C’est hier qu’il aurait fallu vaincre ce démon
à l’appétit insatiable qui attend qu’on relâche sa bride.

C'est
ainsi. Il ne l'appellera pas. Jamais, pas hier, pas cette fois, plus jamais. Et
déjà elle est loin, une silhouette blanche dans le soleil de l'eau.

 

Nous
sommes bientôt arrivés…

 

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Comment décrire un champ de bataille quand on est une fille? (et qu’on s’habille en rose) – SF –

18 mai 2009
Tableau_blanc_3

A priori, le résultat risque d'être aussi probant que le super dessin illustratif.
Ayant grandi avec deux sœurs, je suis loin d'être étrangère aux batailles de griffes, de coups de pieds, de moulinets et de tirage de cheveux. Il y avait aussi les morsures, la technique à terre avec les jambes ultra soniques, sans oublier le hurlement de la "morhquitu" (… et je vous laisse deviner ma technique…). Ceci dit, il y a une différence entre se chamailler pour survivre au sein de la fratrie et décrire un champ de bataille. L'essayiste que je suis a visionné les Aliens entre ses doigts et les pauses pipi, sautant systématiquement  le gore et le pas beau qui fait peur dans les films et les histoires. Les scènes de bataille dans les bouquins ne devaient pas durer plus de cinq paragraphes que je lisais de toute façon en diagonale (blabla, bataille, blabla, boum, point final à la ligne.). Quand on a lu Balzac, on sait sauter des pages.
Etant partie sur l'antithèse de mon genre habituel, je devais continuer sur ma lancée et surtout, surtout ne pas abandonner. J'ai donc serré les dents, et ai écrit très silencieusement et toujours d'une traite les lignes qui suivent. Je les laissent aujourd'hui s'exprimer sans les avoir retouchée, mais avec une coupe. Si j'ai sauté ce paragraphe, vous l'auriez sans doute négligé aussi, et le résultat est à peu près aussi bien que la production d'un ado de treize ans. A la relecture, ce n'est pas très visuel. Normal.

Alors, le rose? :)

*  *  *  *  *

Le choc fût terrible. Lassés par des années de luttes stériles, les deux camps avaient rassemblé leurs derniers éléments terrestres et aériens dans un ultime affrontement. (…)

Les robots avaient quitté leurs antres, ne laissant que carnage et souffrance derrière eux, et il fallait s’y mettre à plusieurs pour les achever. Les bêtes d’acier agonisaient ensuite dans des flaques d’acide qu’il fallait éviter à moins de périr rongé.

Mais le pire ennemi des troupes au sol était bien les nacelles aéroportées, ces vaisseaux de guerre de tailles et d’armements variables. D’abord occupées à se battre entre elles, elles s’intéressèrent bientôt aux soldats grouillants à terre, pointant sans pitié leurs lasers sur le camp adverse.

La guerrière ne sentait plus les coups. Se battant avec la même énergie, son bataillon restait pour l’instant soudé face à la mort qui semblait l’attendre. Les soldats communiquaient entre eux grâce à des oreillettes fixées sous leur peau, qu’il suffisait de presser pour transmettre vers les autres membres de l’escadron. Parfois des ordres concis émanaient du haut commandement, les faisant avancer vers la droite ou la gauche à la rencontre de nouveaux adversaires.

Une troupe de robots les assaillit et sans savoir comment, elle se retrouva bientôt isolée du groupe, face à l’ennemi.

Que la bataille continue pensa-t-elle avec indifférence, le bruit avait disparu, il ne restait que le silence de son cœur décharné, des rires qui ne résonneraient plus jamais dans la campagne verdoyante.

Depuis combien de temps se battait-elle ? Elle n’aurait su le dire… Son corps tendu par l’effort continuait sans relâche, mais son esprit restait hors du combat. Elle se sentait détachée de ses gestes alors que ses doigts tuaient et que les hommes face à elle disparaissaient un à un devant la justesse de ses coups. Combien de fois avait-elle rechargée les batteries de ses lasers, combien de corps lacérés et de vies ôtées avec une précision quasi chirurgicale ? Elle ne savait pas, le temps avait cessé d’exister, elle ne sentait même plus l’odeur de sang et de sueur qui alimentait d’ordinaire sa transe, la transe du combat et de l’ennemi à anéantir.

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première nouvelle ratée… :)

13 mai 2009
Guerriere

Le texte qui suit date d'il y a sept ans. Je triche donc un peu, il ne s'agit pas d'une création nouvelle.
Empêtrée dans des essais littéraires dits "classiques", j'avais fait un tour sur mes étagère et remarqué que les livres relevant de "l'imaginaire" – SF et Fantasy – prenaient presque autant de place que les livres plus avouables (souvent candidats malheureux à des prix prestigieux). Alors, pourquoi pas moi? Quoique souvent considérés comme des genres moindres, la littérature SF et Fantasy ont elles aussi la capacité de faire réfléchir et de permettre une évasion de l'esprit. Des films et séries TV sont également reconnue pour leur profondeur, comme par exemple la reprise de Battlestar Galactica (par David Eick et Ronald Moore), qui a gagné un Peabody Award…
Nous étonnons toujours à notre capacité de rêver d'inventer des histoires farfelues, trait que nous retrouvons avec bonheurs dans nos enfants. Alors, pourquoi pas moi?
J'ai donc écrit presque d'une traite, revu, relu, corrigé (merci Bescherel), réécris, coupé, charcuté, relu une dernière fois… Puis ma nouvelle de 8100 mots est partie chez la revue Québecoise "Solaris", qui publie de jeunes auteurs inconnus(parce que pour être dans Bifrost, il faut déjà être un people). Solaris a eu l'extrême gentillesse de m'envoyer un mail de refus personel en m'expliquant que, si j'écrivais bien, en revanche il fallait que j'arrête de regarder Star Trek et la Guerre des Etoiles… heh, la claque. :)

Je poste donc ici le début de la nouvelle, et mettrai la suite petit à petit. Etre publié ne rend pas grand monde riche, mais permet de partager ses meilleurs comme ses pires écris. A défaut de l'être, autant partager ailleurs, donc ici. Et puis, j'ai promis la suite à quelqu'un il y a déjà trop longtemps.
Ces lignes sont celles que j'ai écrites en premier. Déjà à l'époque, je n'arrivais pas à faire un choix entre Science Fiction et Fantasy, trouvant que, "Science Fantasy", ça sonnait super bien. Nan? Un mage qui tient un fusil laser sur le dos d'un cylon avec une fée sur son épaule, trop top. Dommage, les éditeurs n'ont pas l'air d'accord.
J'avais l'image de mon héroïne en tête, l'image d'une guerrière qui avait soigneusement construit un mur autour de ses souvenirs et de ses sentiments. Une femme soldat, une guerre, c'était un défit pour moi, et complètement éloigné de tout ce que j'avais pu maladroitement écrire jusque là. C'est d'ailleurs encore très adolescent tant dans l'écriture que dans la construction du récit.

* * * * * *
Elle ouvrit brusquement les yeux. Le jour pointait à peine et les autres étaient encore assoupis, mille silhouettes inconscientes allongées sur le sol. Le ciel lourd et sombre laissait présager une violente averse d’ici le retour de la nuit. Elle resta un moment assise, immobile.
Ses cheveux sombres et longs étaient ramassés dans un chignon serré, fait assez inhabituel dans les rangs. La plupart des autres femmes ne s’embarrassaient pas de tant de mèches et préféraient une coupe à ras, qui n’entravait pas leurs mouvements lors des combats.
A ses yeux, son apparence physique avait peu d’importance. Elle n’était qu’une ombre parmi les autres au sein de l’armée de la mort qui avançait inexorablement, laissant le sol aride et désespéré derrière elle depuis que l’empereur de paille avait attaqué l’empereur régnant, massacrant tout sur son passage.
Aujourd’hui aura lieu le combat, aujourd’hui sa vengeance continuera dans la transe de cette danse mortelle.
Dans la pantomine macabre du pouvoir, elle a choisi son camp et décidé de survivre après qu’on lui aie tout enlevé. La jolie fermière sereine est un lointain souvenir à demi effacé et le chant des enfants riant dans le jardin ne retentit qu’en écho invisible, lorsque son corps est las et qu’elle n’arrive plus à oublier. Elle n’a plus de nom, plus d’amis, ses compagnons d’armes passent, et seule sa rage de lutter reste, intacte et puissante.
Il n’y avait pas de vent. Le calme de la clairière n’était troublé que par quelques ronflements et couvertures remuantes. Elle déplia son corps lentement et plaça sa tasse sur les braises tout en surveillant les alentours. L’eau ne tarda pas à être chaude et l’arôme du thé remplit ses sens. C’était presque indécent d'en savourer un avant d’aller tuer… Il ne manquait que les biscuits et la cuillère qui tinte sur le rebord de la tasse. Elle la serra des deux mains, retrouvant ce geste d’antan lorsque le maigre feu d’hiver la laissait encore glacée
Le froid ne l’atteignait plus.
Longtemps, elle avait cru qu’elle ne valait rien. À force d’entendre qu’elle n’était qu’une femme, elle avait fini par le croire, oubliant qu’elle était surtout un Homme dans la marée noire et sans âme dont s’était dotée l’humanité. Enfin ses yeux s’étaient ouverts et elle avait vu que c’était faux. Elle avait sa place. Avec l’entraînement adéquat, elle pouvait être aussi forte qu’un homme, voire même plus habile. Elles n’étaient pas si rares, celles qui n’avaient plus que l’armée pour vie, qui avaient abandonné leur passé ou à qui l’on avait arraché les quelques parcelles d’espoirs qu’elles avaient voulu préserver devant la cruauté de la guerre. Face à la mort, tous les guerriers sont égaux. Ou presque.
Contrairement aux soldats pris dans l’engrenage de la violence, elle restait lucide sur ses motivations. Aucun camp n’avait tort, ou plutôt, la partie causant le plus de ravage et parvenant à faire plier son adversaire aurait raison. Deux hommes se battaient pour un siège et c’est la terre entière dont le sang devait couler. Qu’ils s’appellent empereurs s'ils le souhaitent ! Ils n’en restaient pas moins bourreaux. Que l’un ait attaqué l’autre n’avait plus d’importance dans le monde ravagé qu’ils avaient créé.
Elle avait choisi le côté des gagnants, en tout cas c’est ce qu’elle aimait croire, cela lui permettait de continuer. L’ennemi était en face. Ceux qui avaient tout détruit autour d’elle, ses rêves, ses souvenirs, ses joies et sa raison de vivre. Elle était devenue la reine des glaces, la reine des morts et n’aurait de cesse tant que tous ne seraient pas anéantis.
Ses rêves avaient disparu. Ses nuits ne représentaient qu’un instant de repos physique où elle reprenait des forces avant de recommencer. Elle dormait peu, un détail qui inspirait le respect dans les rangs de son escadron. Les femmes y étaient moins nombreuses et peu facilement reconnaissables, préférant se fondre dans la masse, mais certains hommes avaient du mal à les traiter en égales.
Elle était différente et sa légende attirait régulièrement des curieux qu’elle ignorait avec le même détachement qu’elle traitait ses camarades. Son bataillon ne s’offusquait pas de son attitude et suivait au contraire ses envolées avec énergie et détermination. Elle avait plusieurs fois été approchée par la hiérarchie et refusé systématiquement toute promotion. Elle souhaitait rester en bas, simple soldat, et suivait les ordres qu’on lui donnait sans poser de questions. Sa place était là, dans l’action. Elle avait consciencieusement appris toutes les techniques de lutte, savait se servir de toutes les armes quel que soit leur degré de complexité technologique, et surtout était pourvue d’un instinct infaillible pour repérer les failles de ses adversaires.
Sa façon de s’enfoncer au cœur de la mêlée, laissant derrière elle une haie de dépouilles fumantes, transcendait jusqu’aux plus faibles. Ils étaient fiers d’elle, fiers de leur force et de leurs morts. Elle était le fer de leur lance, la fermeté de leurs gestes, l’acharnement de leur combat.
Le jour s’était installé et les formes autour d’elle commençaient à s’étirer péniblement.
Gnared s’approcha d’elle et la fixa d’un œil qu’elle soupçonna ironique. Elle n’aimait guère les mages en général et celui-ci la mettait particulièrement mal à l’aise.
– Sylvinne et Adriann nous mènerons au combat cette fois-ci. Le capitaine a été transféré à l’hôpital de la capitale.
Elle hocha de la tête. Ce choix n’avait rien de surprenant. Elle avait déjà croisés à plusieurs reprises Sylvinne et Adriann lors de combats passés. Ils faisaient partie des meilleurs éléments et combattaient toujours ensemble.
Elle laissa sa place près du feu et alla entretenir ses armes. Aujourd’hui serait peut-être sa dernière bataille.