Le facteur est un farceur…
Archive for the ‘écriture’ Category

Fraises des bois
8 juillet 2009Tout ce temps à chercher l'endroit idéal pour un potager.
En réalité, mon jardin a déjà choisi pour moi.

Faits Divers (French)
8 juillet 2009Elle se penche sur leurs visages, doucement, en silence. Elle ne pense à rien. Son souffle réchauffe un instant leurs joues dans cette chambre si froide. Sa main s'approche avec tendresse et remet tristement une mèche en place.
Ce geste de mère, elle n'y a plus droit, mais elle ne s'en rend même pas compte. Remettre les mèche en place de ses enfants fait partie de ces nombreuses choses que les femmes font sans plus y penser. C'est comme ramasser les chaussettes qui traînent, penser à laver leur peluche préférée ou refaire le noeud de leur écharpe.
Elle est partie en laissant ça derrière. Le poids du quotidien, ces chaînes devenues insupportable, suffocantes, qu'elle a fuit un jour. Un jour, partie avec son sac, son portable, son désespoir de vivre. Elle s'est dévêtue de son manteau d'amour, de mère, d'épouse, comme ça, sans explications. Sans regarder en arrière, ou du moins pas tout de suite, sachant que sa survie dépendait de ça, de regarder en avant, sans réfléchir, de suivre son instinct et de mettre un pied devant l'autre, de plus en plus vite, jusqu'à sortir de la rue, du quartier, de la ville, jusqu'au RER, puis la gare, jusqu'au train qui l'a emmenée à l'autre bout du monde, un monde sans le quotidien, sans la poussière, la vaisselle, les couche à changer, le mari toujours en retard, ses trois kilos en trop, la moustache élégamment taillé avec coquetterie, tous les matins après l'amour, après l'amour avec sa femme qu'il ne voit plus, sa femme qu'il aime comme au jour de leur épousailles, avec sa longue robe blanche et son teint illuminé, et aujourd'hui, deux enfants plus tard, il ne voit pas le changement en elle, il ne remarque pas les signes de l'âge, ou plutôt, s'il les remarque, ils ne le dérangent pas, car c'est avec elle qu'il a décidé de vieillir, de devenir plus flasque, plus essoufflé, plus dégarni, et il ne comprend pas, il ne comprend pas son insatisfaction, sa frustration, pourquoi serait-elle malheureuse alors que lui est comblé, que leurs enfants sont si beaux et en bonne santé, il n'y a rien à voir, rien à comprendre, pour lui, sa femme est parfaite et lisse, et du combat qu'elle a mené pendant trop d'année entre les murs de leur maison, une maison où il ne manque rien, il ne devinera jamais rien. De la raison de ses absences, des murs vides qui l'accueillent tous les soirs alors que ses enfants sont confiés "temporairement" à ses beaux-parents pour quelques heures.
C'est ingrat, de tout laisser tomber du jour au lendemain, de partir acheter le pain et de ne jamais revenir, le bruit de ses pas sur le pavé qui claquent en écho à son coeur affolé, à son souffle rapide et douloureux, elle ne comprend pas tout ce qui lui arrive mais elle le devine, elle le sait, comme les femmes savent toujours, d'un coup d'oeil, d'une intonation de voix, une hésitation infime et elles savent, et comment lui, cet homme aurait-il pu comprendre —ce sont toujours les même mots qui reviennent, comprendre, savoir, deviner, ce sont des mots qu'on ne prononce pas, qui n'existent que dans le silence, le non-dit, et l'on ne peut que se demander ce qu'il se serait passé si ce déni n'avait pas existé, si la parole les avait fait exploser avant qu'ils ne puissent naître, alors elle ne serait pas là, aujourd'hui, dans l'interdit de ce geste, penchée sur ses enfants qu'elle aime sauvagement, intensément, d'un amour pourtant insuffisant pour la sauver elle de l'orage qui a tout balayé, qui a tout ravagé dans sa vie, dans leur vie.
Elle est partie. Elle est revenue. Ce soir.
Et lorsqu'elle est prise en flagrant délit de présence, d'amour, en flagrant délit de retour, c'est alors que la colère prend le dessus, qu'il a ce geste malheureux et ineffaçable. La violence prend le pouvoir, sa douleur ressurgit d'un coup, d'un seul, et ça suffit. Le corps humain est si beau et si fragile, lui qui n'avait jamais eu le moindre geste violent, il n'a suffit que d'une poussée, si brève, si légère, pour la faire basculer contre ce coin de table. C'est ce qu'il dira aux forces de l'ordre.
Le sang jailli de sa tête et asperge le tapis du salon.
C'est à son tour de vouloir s'enfuir, tourner des talons, mais non, c'est impossible, ses pieds sont trop ancrés au sol, ou peut-être n'est-il pas assez intelligent. Alors il faut agir vite, vite, avant que les enfants ne se réveillent, avant qu'ils n'ouvrent les yeux et ne voient leur mère de retour, pauvre petit chiffon recroquevillé au milieu du salon, le visage invisible caché par ses cheveux fins, et ce sang trop vif, à l'odeur puissante et inévitable – il faudra aérer longtemps, une fois qu'il aura caché le corps, une fois qu'il aura vidé la pièce de ses témoins gênant. On disait autrefois que les objets sont muets, mais ils sont aujourd'hui les premiers accusateurs de nos actes, il suffit de si peu de chose, un bout de cil, une goutte de sang, une pellicule insidieuse tombée de nos cheveux, et l'on sait tout de nous. Notre marque de shampooing, de parfum, de cigarette, de crème hydratante.
Après, après ces instants de stupeur, il appellera lui-même la police.
Tu lis cet article avec ironie, il n'y a que dans les journaux que l'on trouve ce genre d'histoire invraisemblable. Dans un film, le public aurait rit et serait reparti incrédule.
Que l'article ne rassure pas quant au devenir des enfants, cela tu ne le remarques pas. Insouciante alors, ton rire avait résonné, bref, sonore, irréfléchi. En général la rubrique des faits divers te paraissait trop sordide, à lire seule, cela pouvait créer des cauchemars aux effets effrayants. Mais avec moi, dans le jardin au soleil, un thé sur la table, cela devenait amusant, irréel, impossible. Imaginer une seule seconde que des êtres parvenaient à un tel état de détresse, c'était drôle et incongru.
Involontairement cruel aussi.

I wrote this one for Coos
6 juillet 2009
A long time ago. It had just happened.
I can't believe I never shared this with you. I guess I'm not all that daring after all.
I hope this is OK. I have no idea really, of what it was like for you. I could only guess from over the arms of the sea.
Ain't your boy strong.
oxox
First there's a shock. An invisible shift, your heart freezes for eternity yet when you wake up not a second had passed. Then you move, quick, there's no time to think, no space for hesitations. Adrenaline shoots your veines and takes over as you rush over to the hospital. Between these two moments, the shock and the move, you can't rely but on what you know, who you are, your primary instincts as a mother.
It's hard to come down.
So strong was the urgency, so powerful the adrenaline, your heart beating so fast it hurt. But you only notice it now, the pain, the powerful wave of exhaustion, of relief. The surprise that it's over. Your child's been taken away, away from you, in another room and you're sitting on a chair in the hallway.
There's paperwork, there's waiting.
For the doctor, the nurse, for someone to tell you it's over, it's OK, rest tranquille mother of a child. Your memory won't keep these images of white blouses hurrying around him in a purposeful silence. Only a glance suffises to tell — they've seen so much already, this is nothing. They've seen enough yet no time must be lost. You and them know that he can't breathe, he could but a minute ago but now if oxygen doesn't rush soon he'll die.
It only takes a shot. It only takes ten seconds, less than it took to eat that cracker. In a swift move, the needle is in and out, you child's eyes flutter and he falls asleep, breathing, saved.
What could he understand? Of what happened to him, what will he remember? Of the consequences, what can you explain?
You come home and raid your cupboards, plastic bag in hand, you come home angry at yourself and at the universe and rid it of any susbtance that could harm him again.
The next day, you keep all your children home. As if the world could hurt them all now, your daring children that only a forthnight ago peered over an Irish cliff, by the tormented sea. You need them close, withing an arm's touch. Already you're so far ahead, planning school, meals, shopping lists. Because it's not over, it's only starting. The industry is so keen on surprising mixes, death could be anywhere, lurking around an ingredient list.
You're still coming down but as you count, one, two, three, it's easier to let air in.
(My parents gave me these moments. Twice (and twice more).
For Isa, twice, if not two times twice.
For Fred, twice (I'm adding the surgery to the penicillin), and now over and over and over…
Boy, ain't we strong gals. Ain't I lucky my kids are fine. It won't ever end, this worrying over their safety. Once a parent, always a parent.
I can forgive mine now I think. I understand their equation of safety over freedom. But I hope I can trust my children more and let them have both.
oxox)

Libre
5 juillet 2009
On m’a rappellé dernièrement que nous n’étions certainement pas esclaves de nos propres blogs.
La tendance qui se dessine ici, c’est que le français me permet d’inventer des histoires, et l’anglais d’exprimer les miennes.
A plus tard, donc.

It’s always hard to leave / anglais
3 juillet 2009The French version will come up soon. Probably during the weekend. It will be calm, peaceful and thankful. Very P.C.Probably.
This isn’t. This is a mess, it’s pink and purple. It’s a mess of unprepared unplanned misspelled untamed words. It’s like me.
The song is Mika’s Cry on my Shoulder. It’s sad and beautiful and weirdly filled with hope.
I guess that’s how it should be. You go somewhere. You work. You get the work done. You get a pay check.
The rest is just personal stuff.
Whether you make friends. Whether you’re happy. Whether your work is important and appreciated. Just get it done quickly, OK.
Just get it done.
I guess if you put it down, it’s basic and simple.
But of course, because we’re humans and complex and complicated, it’s not all that simple. We mingle. We make friends.
Or not.
We get to know and appreciate people, collegues, people from across the hall. This girl looking a bit lost because she can’t find her glasses (and we can so relate to her don’t we), this other one who seems so confident, how we wish we could be more like her. This guy from accountance we think’s gay, except he has a girlfriend. And this other one we think’s hot, except he had a wife and two kids (and a mistress, but that we find out later over a gossipy coffee break, and oh, she’s pregnant by the way).
Awkward.
We get to know people, not numbers, not virtual acquaintances. They matter. They help us get the work done, they fill the day with laughter, or purpose, or sadness.
When they’re sad, and we care, or when we’re sad, and they don’t care.
Or when they have the power over you. The power to make you feel appreciated and part of something meaningful. Or the power to make you feel insignificant and stupid and meaningless. (What kind of manager are you? Are you sure? Is it OK to question that? What if you stop communicating with me, what then? How can I get the work done? I’m not all that magic you know…)
I’ve had that. I’ve had jobs. I came, I got the work done. I left. And I started again, somewhere else, all over, and again. And what’s more, and whatever.
In the last few months, I’ve had all that. I’ve had the human discoveries. I’ve had the joy, the sadness. The feeling that my work mattered, that I was doing something worthwhile, and the roller-coaster of quiet tears and despair from a pressured unsettled underpaid underappreciated PR scrub (= I’ve let myself become a free sand bag #fail).
Hello hierarchy.
I’ve had friends and ennemies, I thought I couldn’t do it anymore, that it wasn’t worth it, only it was of course, because every one of these kids is worth it, and because I owed to every single one of them to get my crap together, to get over myself and to keep on walking. And of course I had help, someone strong to keep me strong. Not from whom I would have expected it (and yet, I should have), but help and support and friendship anyway. I owe her so much.
The Auteuil kids. That’s who they are, I don’t care whether my nickname’s corporate or not.
I danced to the songs they sang. I sang with them. I sang without them, in my office, dancing along their tunes, and how lucky was I that my coworkers considered that completely normal (too bad they don’t read my blog). I’ve cried over a child I’d met and whose story was so upsetting, the only way I got over it was to hug my own children. I actually shook with shock listening to an adult telling his story. The story of a hurt unloved child who streamed throught life and had barely reconciled himself with the human kind, who at 50 was still this unloved violented child. The unique confidences of Didier. An Auteuil kid still. My leg could hardly carry me back and I really thought this journalist and I would never make it home alive (ah ah, I was driving…). I also thought this journalist and I didn’t deserve to hear that story. Maybe I was unprepared, but at least I was aware of the preciousness of what I was listening to, unlike her. If you must know, I’ve blacklisted her forever.
The worst stories, of course, remain untold. If you don’t know where to look, if you don’t remember to look at all, you won’t see them. You won’t even guess that they might exist.
It’s so easy to forget. You’re in an office with people you care about and with people you don’t. You work, you get things done. There are no kids there.
It’s so easy to forget, why you’re even here
in the first place. Because it’s not just about a pay check. It can’t be, or if it is, what kind of vampire are you, really. (and don’t get me wrong, vampires are hot and sexy. In books.)
I’ve laughed and cried. I’ve felt proud of my work and honestly, I did my best, all things considered.
Do I have regrets? Yes. Does it matter? No. Will I be OK? Yes.
I’ve grown. I’ve laughed. I’ve grieved. I prayed, I cursed. I’ve had great happiness and great sorrows.
But overall, I feel blessed. It’s over, even if I wish it weren’t, that’s how it is and this decision isn’t and never was in my hands – I guess that’s all you need to know.
I might even be relieved.
Things are always like us, complex and complicated, yet I do think that we can make them simple. We can make things work.
I can’t. We can. How subtle a difference. I can walk halfway, but I need some one to meet me once I reach the middle. Right? It’s amazing how the people who were waiting for me there were absolutely not whom I would have though of. Like, all the team BUT for one person (and not the other way around). And how blessed am I to have had this gift, this sign of appreciation for my work, and my presence, and who I am. This, more than the tokens placed on my desk, was the best gift I could have had from you. All of you there. All of you not there (thanks for your emails, and see, I already forgot the BUT.)
Thank you.
So, it’s all a bit confused tonight I guess (can I confess this? we drank champagne. I have bubbles in my head and I feel fuzzy and cuddly). As the days go by, some stuff will become more focused, while some other stuff will blur and disappear forever.
I guess, what I meant to say all along, is that this job was a learning experience for me, and that I feel priviledged in a way. I met great people.
You.
And maybe you too.
Some I got to know real well, and others I feel I barely got to know – I wish I had more time but that’s how it is.
I won’t get the work done anymore but you will (and everytime Mika’s Relax will come on the radio, you’ll be looking for my phone).
I might learn how to spell, I might be able to make subtle changes or decisions, like, which picture here I did not tamper with? Iphoto is so much fun. And like, is Ellie Goulding’s version of Sam Sparro’s Black and Gold absolutely unbearable or genius?
It doesn’t matter.
You’ll still be there. Carrying your load and twice more. Grieving personal losses, some shared and some unspoken. You’ll keep on taking a stand. For the kids. And because of that, I can go on. Somewhere else. With somepeople else. Grieving my personal crap, some shared some unspoken. And knowing that life can be beautiful, and that I can make a difference for the better, however small. It will still be a difference.

Il faut du temps, la paix revient
30 juin 2009
Tes promenades cessent, à la place tu pars au village. Avec le train les distances se resserrent, cela prend la journée mais tu peux faire l’aller et retour et arriver à temps le soir.
Personne ne s’en rends compte.
Tu y va presque tous les jours. Tu restes devant sa tombe sans rien dire, sans penser. D’abords déchirée, révoltée. Et puis, le temps passant, le désespoir laisse place à une immense et lourde tristesse.
Il y a quelque chose d’étonnement reposant à entretenir une tombe. A arroser les plantes, enlever les feuilles mortes, s’assurer que la tombe reste belle. On pense au disparu tout en étant actif, en ayant l’impression de se rendre utile. Au fil du temps, les rencontres se créent autour des arrosoirs et des points d’eau. Ce sont les mêmes visages qui se croisent, chacun s’affairant lentement auprès de la pierre de son défunt.
Le cimetière de notre village est simple. Les dalles soigneusement alignées témoignent du passage du temps à mesure qu’elles reculent vers le fond. Là, la pierre blanche est tachée de grisaille et les croix sont souvent rouillées.
C’est là que vous vous reverrez. C’est là qu’enfin vous parviendrez à vous toucher, c’est un geste simple mais si difficile, son bras autour de tes épaules. Vous ne direz rien, le temps de vous recueillir, le temps de partager vos larmes.
Serrés l’un contre l’autre.

Elle danse encore, elle dansera toujours
27 juin 2009J’aimerais remercier Denis de m’avoir permis de conserver ces lignes. Quoique cette histoire n’est pas la sienne, elles le concernent car écrites directement après l’enterrement de Catherine Pénard-Guiot, sa femme. Catherine avait 43 ans, Catherine était plus jeune, plus vivante, plus généreuse et plus rayonnante que nous. Notre rencontre sur terre fut trop brève et pourtant elle a bouleversé ma vie.
Aujourd’hui, c’est toujours un peu plus difficile.
Merci Catherine. Ta joie danse encore au plus profond de mon coeur.
J’aimerais également inclure une pensée particulière vers Tante Christine, pour qui une messe est célébrée ce soir. Je n’y serais pas physiquement, mais en union.
Extrait des Larmes de Pierre (non terminé, non envoyé, non rien du tout…)
Tu vas à un groupe de soutien.
Ou plutôt, on t’y a inscrite. Un peu au hasard. Ton entourage, ta mère, a pensé qu’il te fallait ça. Que tu n’y parviendrais pas toute seule. Comme si elle pouvait savoir mieux que toi.
Murée d’indifférence, tu t’y rends. La plupart des participants parlent de la perte, de la souffrance, de la dépression. Des âmes meurtries regroupée en cercles sur des chaises, la moquette usée au sol et la peinture qui commence à se fendiller dans l’indifférence.
#
Cette longue plainte douloureuse qui souffle au-dessus de vous, qui traverse vos corps, résonne autour de vous et teinte la vie d’absence et de grisaille.
Un jour, tu entends cet homme qui a perdu sa femme, qui a perdu sa flamme, la lumière de sa vie, qui se retrouve seul, vide, perdu. D’une voix rouillée il relate avec des mots simples la joie qu’ils ont eu de se découvrir, de passer vingt ans ensemble. Combien il erre dans l’existence sans pourvoir l’entendre ou la toucher, respirer en elle, sentir la peau de celle qu’il aime. Sans regretter un seul instant le moindre de ses choix, les femmes qu’il a pu quitter, les amis qui se sont fâchés, car il n’y en avait qu’une, il n’y avait qu’elle et il lui était impossible de continuer autrement dès lors qu’il l’a connue.
Le reste n’avait pas d’importance.
Avec pudeur et humilité, il raconte le bonheur d’avoir vécu, les souvenirs qui apaisent parfois ses insomnies, le drame silencieux de la maladie, qui l’a emportée morceau par morceau, qui a brisé son corps et finalement emporté la lumière qui dansait en elle. Les nuits froides à se retourner dans son lit car elle n’est pas à côté de lui. Il ne reste plus qu’une photos dans un cadre, une voix sur un répondeur. L’absence est la plus terrible des tortures. Le spirituel a beau consoler et rassurer, l’homme garde en lui cet instinct animal et physique qui crie au manque, car les autres illuminent nos existences de leur présence, ils sont nos fers de lance, nos ancres, les moteurs qui nous permettent d’avancer et de trouver du sens. Seuls, nous ne sommes rien. Nous nous définissons par rapports aux êtres dans des relations qui peuvent autant nous grandir que nous rabaisser, et eux se définissent par rapport à nous dans ces mêmes liens. C’est un pouvoir fragile et important, c’est quelque chose de sublime et de tragique que cette dépendance à la chaleur humaine.
En face, une voix s’élève et parle du désert et de la couleur du blé. C’est un homme aussi, qui parle de la possibilité d’une île où nous sommes attendus. Quand le soleil brille assez fort et qu’on se brûle les yeux à scruter l’horizon, on parvient presque à les voir, à les entendre encore, eux, les absents, partis sur cette île qu’on ne peut rejoindre avec des rames, qu’on ne peut deviner à travers ses larmes, mais qui est bien là et cette certitude lui permet de continuer, de mettre un pied devant l’autre et de ne pas abandonner la partie. Car il faudra qu’il en ait, des histoires à raconter, le jour où il rejoindra sa plage, où il pourra se percher sur ses falaises escarpées avec elle; et s’il arrive les mots vides, la vie inutile, sans n’avoir fait rien d’autre que d’attendre de pouvoir traverser, alors à quoi bon, et surtout, comment pourra-t-il alors la regarder en face?
Tu écoutes cette voix. Sans pleurer – tu attendras d’être dehors, les épaules voûtées face au trottoir et seule, tremblante de violents sanglots silencieux et secs – sans pleurer tu bois ce timbre grave et ces mots qui enfin ont un sens. Tu en cries presque, enfin, enfin quelqu’un qui te parle, cet inconnu vêtu de noir, assis sur une chaise face à toi. Tu oses à peine regarder son visage. Seule compte la musique qui coule de ses lèvres.
A partir de ce moment tu as ton île à toi et il s’y promène et y grandit noyé de soleil et d’insouciance. Maintenant toi aussi tu plisses des yeux pour apercevoir ce monde inaccessible. Quand le moment sera venu, tu trouveras tes rames et tu le rejoindras. Vous referez connaissance, quoique tu saches déjà tout de lui, cet être qui vole avec les anges. Après les jours noirs où tu as sombré dans tes abîmes, tu sens enfin l’air frais caresser ton visage et qu’importe la saison, pour toi c’est le printemps.

’till death does us part / anglais
25 juin 2009We all have a different relation-ship with death.
There are those who simply block the notion out of their minds, who stand still and fear it. Those in pain, whether physical or in other forms, who seek it desperately, awaiting or even provoking it. Some who defy it, or ignore it out of self confidence. Others who rush through life in a vain try to outrun it, knowing it, fearing it, trying to postpone it’s grasp as long as they can. And the wiser ones who accept it almost as a companion they will join one day, tranquilly accepting their fleeting existence. For we are but a flicker of light in such a vast universe.
We are all facing death, yet we all are alone facing it. Even when a close one dies, a child, family or friend, a collegue. We tend to flock, staying close to one another, sometimes touching or hugging. In silence or drinking or making bad jokes « in memory of ». The Irish got that part right.Anything to avoid loneliness.
And so we share our solitary mourning. Grieving the loss, and also remembering that we too will go one day. That we will leave this life behind and the people we had filled it with.
I’ve met death three times, in a very short time span, and somehow managed to convince it that now was not the time. Dying was simply out of the question (even when I actually thought I was dead. But then, my head was cracked open so I obviously couldn’t think straight). My only option was life, a life in pain but still a life, and the pain reminds me that I am still there and how lucky I am, really. Now that I have children thought, I probably would be more afraid, not for me, but for them. Even if I like to believe that they would be strong enough, that they would have been loved enough to stand up and survive and walk their own path.
This last week of June is filled with black stones for me. Not one day passes that I do not have to mourn someone. A Grand-Father, Grand-Uncle, an Aunt, a Friend. Some whom I knew from a distance, and others who had a significant impact in my life.Most of them died of cancer, very young, or too young anyway for I wasn’t ready to let them go.
I had planned to blog in French on Saturday, for it’s a significant date for me and the day always holds both very sad and very happy memories. And I think I shall blog for her and celebrate who she was and what she brought in my life on that day, as planned.
Someone died, someone passed away last night. Someone I worked with, or rather worked for. Whom I saw struggle with pain, a pain she first thought she could hide until she couldn’t. Whom we all saw fight like a lion against the monster that is cancer. Who won battles, one after the other, while still giving strength and expecting the best from us at all times. Because being unrelenting was the best compliment she could give us. Because keeping our minds off her illness was her way of protecting us as long as she could. She kept on going and on fighting until there was nothing but pain, until her body couldn’t go on even thought her mind could. So today, we flocked. We cried, we hugged. We stayed in silence, and then we went back to work. Because that’s how she raised us really, though she was probably more a teacher than a mother to her team.And tonight, I blog. I blog in English and that probably would have caused her to give me proper scolding in her brusque graveling voice, but in a way, because we were more alike than different, I think that’s OK. (I deal with emotions best in English.)
Tonight I’ll drink a glass of the Mercurey red wine we should have drank together, and toast her name. I’ll remember the twinkle she had in her brown chestnut eyes, and her real frank smile.
The purple pansies come from a Fondation d’Auteuil horticulture school in Sannois, France (95).

De l’espoir des mots (et du désespoir, et de l’inspiration) / French
23 juin 2009La lumière aujourd'hui est changeante. Elle hésite entre le soleil et la pluie, entre rire et pleurer. Finalement elle choisit le sourire : une ondée par-ci, une éclaircie par-là. Des éclairs de lumière sous une jupe de ciel gris.
Ces phrases ne sont pas de moi. Même si elles vivent et dansent pour mes yeux sur une page crème des éditions Gallimard. Christian Bobin leur a donnée naissance comme à beaucoup d'autres, dans son livre "La femme à venir".
Je n'ai pas tout aimé.
On ne peut pas toujours être d'accord avec l'auteur et ce qu'il décide de faire vivre à ses personnages.
C'était avant les forums de discussion, avant les portables. Le temps nous appartenait plus. Acheter un livre était un délice parfois spontané, plus souvent réfléchi. Pour mon petit budget d'étudiante, il fallait en feuilleter plusieurs, lire des fragments ça et là. Rester dans les jolies librairies de quartier aux conversations étouffées. Rester, lire, feuilleter jusqu'à trouver la perle rare.
A l'époque, je commençais souvent un livre par le milieu en terminant au début. Parce que l'écrivain avait son histoire et que moi je me créais la mienne. Parce que aussi le récit peinait à commencer et que je n'avais pas la patience d'attendre. Parce que, enfin, j'étais têtue et un tantinet paresseuse.
Ce n'était pas le premier de Christian Bobin. Je ne les ai pas tous lu, et pas dans l'ordre. Mon premier, "l'Inespérée", a transformé ma relation aux mots. En levant la barre si haut que je m'en suis cassée les doigts, que je n'ai pas écrit pendant deux ans.
Christian Bobin est autant reconnu que méprisé par ses pairs : même si ses phrases figurent en exemple dans les manuels de linguistique, les éditeurs ont inventé pour lui le terme de Bobinade.
En ce qui me concerne, le lire a été d'abord un éblouissement intense, suivi d'une tristesse insondable.
Il a fallu apprendre à lâcher. Lâcher le style d'écriture que je souhaitais obtenir. Lâcher le fait d'être publiée, d'en faire un métier.
Cela a pris du temps.
Revenir à une écriture plaisir. A une écriture qui s'assume, qui me dévoile et me cache. Une écriture vraie, maladroite et authentique. Accepter que, comme moi, mes histoires et les mots que j'utilise seront bancals, imparfaits, humains. Accepter que j'avais peut-être tous les défauts d'une écrivaillon et aucune qualité littéraire. Accepter, et rebondir.
Et puis, pour répondre aux docteurs de la Sorbonne pour qui les ateliers d'écriture sont une hérésie, si l'écriture telle qu'ils la conçoivent ne s'apprend pas, elle se travaille. Les meilleurs écrivains font leurs gammes, musclent leur plume, amassent les lignes, des mots, des tâches d'encre pour n'en garder qu'une infime partie. Celle qu'ils pourront montrer.
Alors, peut-être y a-t-il de l'espoir.
Pour ceux qui souhaiteraient faire un bout de chemin avec l'auteur, je vous conseille "La Plus que Vive", ou encore "Le Très Bas" sur Saint François d'Assise.




