Archive for the ‘récit’ Category

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Les mots moites

18 juillet 2013

Elle cherche les mots, le stylo s’échappant de la sueur de ses mains, le papier moite courbant sous l’encre hésitante et vive. Les phrases se perdent alternant entre l’essoufflement et des instants en vide. Elle est pied nu sur le parquet. Une fenêtre dans son dos permet un souffle à peine frais.
Le jour s’éteint peu à peu. Au loin un chien aboie, son cri résonne au dessus des jardins endormis.
Elle persiste, passe au clavier, la gorge sèche de poussière malgré les glaçons dans un verre perlant sur son vieux bureau en bois ciré. Il y aura une trace ronde, une de plus, s’ajoutant aux tâches rappelant les années, son enfance, le bac, les déménagements, les soirées balbutiantes d’écriture en sur place.

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Il la regarde

20 Mai 2013

Elle se penche sur son livre posé sur la table. La lumière rebondit vers son visage, ses longs cheveux, la ligne de son cou.
Il la regarde.
Elle bouge à peine en tournant les pages, ses lèvres s’entrouvrent sur un sourire alors qu’elle s’évade, ailleurs, transportée de mots et de rêves.
Il aimerait sculpter cette scène, la graver sur un pan de marbre blanc, en dessiner la beauté en relief d’ombres sublimant la lumière, peindre son bras posé et ses doigts lissant le bord du livre. Il aimerait immortaliser cet instant sur un cliché, les reflets qui se glissent doucement le long de son corps, illuminant sa peau et des pans de tissus, laissant deviner et entre apercevoir tout en rappelant les sensations d’hier et de demain. Il brûle de garder ainsi à jamais l’image de la femme qu’il aime dans un coin de portefeuille, dans un repli de son coeur, sur un pan d’écume voyageant sur des nuages qui fonceraient vers le soleil jusqu’à s’y fondre, afin de la faire renaitre au moindre bruissement d’aile et de vent. Par ce moment simple qui veut tout dire, par cette image d’un quotidien banal, il accède à leurs rires les plus fous et heureux, à cette fougue qu’ils ont à s’aimer et à respirer l’un avec l’autre et l’un vers l’autre… c’est parce que tout cela existe qu’elle est là aujourd’hui, intemporelle, magnifique, belle, elle.
Il la regarde, la rejoint dans cette tranquille immobilité, et imprime dans son âme cet instant.
Tout à coup elle lève la tête, lui sourit lentement, puis se plonge à nouveau dans son livre.
Il la regarde.

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Réveil strident

15 avril 2013

L’air vibra d’un cri.
La réalité se précipita sur la cour et les pavés et le soleil glissant les ombres, un son strident heurtant les murs et franchissant les fenêtres lors de son voyage vertical dans la cour de l’immeuble, rebondissant contre la matière passée, le crépi hésitant sa couleur, le lierre grimpant le tuyau de gouttière fendu par endroit d’où jaillissaient des fuites, combien de fois Huguette avait-elle dit qu’il fallait implémenter un plan Orsec du lierre, cette saloperie trompait les chats qui manquaient de tomber grognait-elle, mais aujourd’hui le lierre était bien là et l’existence d’un cri essayait de se frayer dans ses feuilles odorantes et ses tiges griffant le plastique sans être particulièrement ralenti – à force de s’être fait attendre ce cri entendait bien exister et forcer l’entrée des tympans des ombres derrière les fenêtres, des ombres qui, face les unes aux autres et se connaissant toutes se chuchotaient le secret de la cour, de la veille, des secondes précédant l’arrêt du temps, ces heures de lunes immobiles et terribles à veiller le silence, à être les seuls à connaître le secret étouffé de cette cour dans laquelle résonnait ce matin la reconnaissance de la fin de la nuit.

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Le printemps impossible

15 mars 2013

Après l’hiver vinrent les jours sombres. Le printemps était là, peinant sa charge de pluie aplatie par les vents. Autour de lui la renaissance se préparait, un murmure précédant le changement coulait en flots ininterrompu et annonçait le soleil.
Il s’accrochait à la Seine dérangée dans son lit et menaçant les rives, au givre du matin, aux écharpes entourant les cous et aux gants sur les mains, les yeux rivés sur les bas nuages masquant la lumière grandissante. Il se raccrochait en arrière à l’idée impossible d’une vie sans deuil, au souvenir d’un cheveux roux enroulé à une brosse, au souffle d’un parfum s’exhalant d’un livre au marque page arrêté, posé là, sans bouger, à l’agonie face à une histoire arrêtée au milieu dont il ne connaîtra jamais la fin.
Le monde s’acharnait à vouloir l’oublier et lui s’arc-boutait contre cette érosion, contre les vagues sur la plage effaçant nos marques. Tous les jours, ses pensées l’amenaient à ce bout de terre sous le marbre froid de sa dalle, peut­être y avait­-il quelques fleurs autours, des pâquerettes, un ou deux chardons. Peut-­être un oiseau y chantait­-il. Il l’espérait, il fallait que ce soit calme et gai, là-­bas.
Chaque instant forcait ses pieds à contre sens, s’y rendre voulait dire se rendre, abandonner la lutte, accepter qu’elle ne soit plus. Marcher sur l’herbe derrière l’église, dans ces carrés entourés d’un muret, en haut de la colline, c’était laisser libre son âme des pleurs qu’il retenait, se résigner à la peine, envisager l’existence autrement qu’accompagné d’absence.

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Chaque instant

22 octobre 2012

C’est une histoire d’étages, de mots, d’envies sourdes qu’on n’entend pas, c’est l’histoire de pouvoirs abusés et de caprices orgueilleux, l’histoire de la guerre d’une journée, une histoire comme toutes les autres, celles dont on a clôt les chapitres et celles que l’on aimerait écrire, qui racontent une fatigue campée et refusant de bouger, accompagnée de cette lassitude de devoir changer, désabusée, pourquoi encore, pourquoi moi, j’ai tant voyagé pour me trouver, j’aimerai m’arrêter, et pourquoi encore, toi, pourquoi ne voyages-tu pas, toi qui n’as pas collé ton front contre les volcans d’incertitudes ou pris les armes pour défendre ce que tu es, qui tu es, et surtout vers qui tu te construits, en sérénité hors des sentiers et des habitudes ; toi qui me racontes ton histoire à travers des sourires aux dents trop blanches qui m’effraient tant elles semblent avoir emprunté leurs éclats aux froideurs des glaciers, tant au fond de tes yeux je lis cette peur tapie au fond qui ne fera jamais surface mais qui guide aujourd’hui tes gestes et tes craintes liées à demain, c’est l’histoire d’un volcan et d’un glacier qui ne pourraient prétendre, s’attendre à s’entendre ni se comprendre.

Dans l’immeuble d’en face des caméramans tournent encore le même film. Ils se font plaisir.

Que pourrais tu bien te raconter, pour rassurer tes heures ombrageuses… le savais-tu, il paraît que lorsqu’on aime chaque instant est un présent, les hommes et les dieux ne peuvent rien, contre les histoires d’espoirs racontées sur une plage noire qui nargue le ciel et le temps, un mirage dans lequel tu sombrerais et vers lequel je m’évade, les yeux dans des bleus aux reflets vert lumineux.

Nous restons devant les mêmes paysages, chacun à notre étage, nous regardons les ombres des nuages jouer avec les façades aux reflets changeants.

Chaque instant que je vis est bien présent, ancré à en mordre ma chair, viendra bien le temps de regarder en arrière où tu resteras campé dans ma fatigue et les cernes en regrets.

Et si hier perdait ses lendemains, et s’il n’y avait plus d’été, dans les fumés du volcan d’un glacier oublié, nous serons ainsi restés, chacun en manque de devenir.

Le  Dernier Présent – Alexis HK

Que pourrais-je bien te raconter
Pour rassurer tes yeux ombrageux ?
Il parait que le monde va s’arrêter sous peu
Il parait que le ciel ambitieux
Produirait trop de superstitieux
Il parait que les hommes et les dieux
Ne savent plus faire l’univers heureux
Chaque instant comme dernier présent
Quand on sent que sombre est l’avenir
Chaque instant comme dernier présent
Quand je sens la peur de l’heure de partir
Que pourrais-je bien te raconter
Pour rassurer tes yeux ombrageux ?
Ça me fait du bien de te parler
Tant que nous sommes ici tous les deux
Chaque instant comme dernier présent
Quand on sent que sombre est l’avenir
Chaque instant comme dernier présent
Quand je sens la peur de l’heure de s’enfuir
Nous irons vers le prochain été
En caressant les beaux souvenirs
Le temps que le temps pourra prêter
A nos enfants pour les laisser rire
Chaque instant comme dernier présent
Quand on sent que sombre est l’avenir
Chaque instant comme dernier présent
Quand je sens la peur perdre ton sourire

Alexis HK « Le dernier présent »

Sortie officielle le 17 octobre 2012

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Rosalie ne connaît pas le son de sa voix

9 mars 2012
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Les mots s’abattent sur Rosalie en une avalanche brutale. Il n’y a pas d’issue possible, pas d’alternative. Elle laisse les cris fondre sur elle, le son siffle l’air, franchit l’espace à en égratigner sa peau et ronger sa confiance en elle. La voix qui la domine résonne rageusement, chaque virgule creuse un bleu sur son âme et chaque point défonce l’espoir.

Rosalie ne sait pas : la douceur d’une respiration entre un chant amoureux, le ronronnement des câlins doux maternels, le réconfort d’un rire chaleureux.

Son âme se blottit en elle, Rosalie aimerait se réfugier dans le noir, trouver l’oubli d’un coin de la cuisine, se réfugier sous la table, dresser des murs entre la voix et elle, interposer des objets faute de distance.

Lorsque la voix enfin se tait, les mots restent. Read the rest of this entry ?

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When John walks at night

29 janvier 2012

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Mots

21 janvier 2012

La dernière fois que Gabrielle avait touché à ce document, c’était un jeudi 13, déjà il faisait doux pour la saison alors qu’octobre l’insolent contredisait les dictons.

Le soleil s’immisçait par la vitre jusqu’à la somnolence, la bourse continuait à chuter dans le stress quasi résigné des salles de marché. Le téléphone avait arrêté de sonner. Gabrielle se souvient qu’elle avait ressortit un petit T-Shirt d’été et qu’elle regrettait presque ses nu-pieds. La France s’accrochait encore à son triple A et elle avait du mal à s’intéresser aux chuchotements feutrés des couloirs en attente d’un meilleur taux, d’un climat économique plus clément, de prévisions d’éclaircies.

Gabrielle, elle, sentait la chaleur du dehors réchauffer ses mains et chatouiller son inspiration.

Gabrielle, elle, rêvait tant d’être ailleurs qu’elle n’avait cure des convenances. Elle était inoccupée, désœuvrée, payée à faire joli derrière un bureau. Elle avait sortit sa clé USB et avait travaillé.

Pour elle.

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