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Attendre l’orage

3 septembre 2020

Par de-ça la fenêtre les bruits résonnent, au-delà du vent quasi inexistant, un crissement strident, des craquèlements secs et un bourdonnement sourd. La nature a soif.

Alanguie de chaleur, elle s’écrase sur des draps propres et se concentre à respirer. L’orage à venir pèse sur sa poitrine qui peine à se soulever. Elle vagabonde en pensée dans les couloirs lumineux de la maison, les yeux fermés, de pièces en pièces elle imagine cet espace étranger qui semble lui rendre avec indifférence le peu d’affection qu’elle lui porte. Tout est trop grand, trop rangé, trop blanc.

Un chien aboie, quelques voix dans le jardin. Elle reste immobile et s’entraîne à arrêter le temps, pour rêver, disparaître, pour refuser d’attendre. Elle s’aimerait plus forte, égoïste même, elle aspire à retrouver l’odeur du sel, si la mer était là, près d’elle, si elle avait osé s’évader, alors elle marcherait les pieds dans l’eau et les cheveux libérés.

Petit à petit monte une effervescence, la maisonnée s’agite, c’est sans doute l’heure du dîner. Il fait trop chaud, elle refuse de bouger. Bientôt tonneront les éclairs, la pluie s’abattra sur le sol sans merci, éclaboussant la terre, heurtant les tuiles et tambourinant les vitres. Au moins l’extérieur reflétera son âme, à tourner à en cogner les murs. Elle la regardera de son refuge en regrettant de ne pas être dehors, pieds nues sur l’herbe trempée et repue de joie. Elle regarde la vie sans franchir ses propres barrières, se disant que c’est trop tard. C’est tellement plus facile de rester invisible.

Un jour peut-être, respirer sera facile, vivre sera naturel, elle pourra se défaire des chaînes qu’elle a accepté qu’on lui impose. Elle se battra pour elle-même.

Inspire…

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Le désir en attente dans un RER bondé (ou quand le titre est plus long que le texte #commelundi )

12 novembre 2013

Agrippés.
Il fait froid dehors.
Un doigt enroulé, un cheveux tortillé,
Refuge.

Peau et corps, yeux et cœur.
Le RER avance.
Frôlement, désir,
Il faut attendre.

Agrippés, enroulés, enlianés.
Bientôt.

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Un souffle entre deux

20 mars 2013

Ses yeux plongent en vertige de sommeil.
Assise sur le palier en bois blanchi de poussière, les jambes libres oscillant dans le vide, les cuisses coincées contre les barres en fer froid torsadant vers le bas. En leur sommet, du bois encore, autrefois triomphant de vernis brillant et aujourd’hui pâli et sans âge.
Elle est seule de silences et d’envies. Derrière elle la fenêtre embuée de pluie, qui laisse entrevoir la fin d’une nuit alors qu’une lumière grise ose à peine le jour. Quelque part dans l’immeuble, un volet claque, doucement.
Un soupir penche son corps, ses mains entourent les bras en fer, sa tête se cale entre deux barreaux. La route vers le bas s’enroule, les marches s’additionnent et se confondent en désordre.
Le monde dort encore, et elle, seule, veille. Peau contre métal, le corps recouvert d’une simple robe en coton chiffonnée de la veille. Sur le palier, entre-deux, elle attend.