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Sous la lumière de l’ombre

1 février 2015

C’est un soir parmi d’autres.

Dans la routine des jours, elle a oublié.

Dans l’absence. L’inexistence d’une présence.

Assise, les mains à plat sur la table cirée en bois sombre. La nuit percée par la lampe au-dessus d’elle qui ne suffit pas à éclairer toute la pièce.

Elle respire.

Les yeux fermés, tendue vers le vide, un sourire.

Entre l’avenir et elle, un ravin. Elle s’est posée à la limite, regardant de l’autre côté, sans savoir encore quand exactement ni comment elle atteindra l’autre bord.

En face, un champ de fleurs possibles, la mer chargée de vents, une fenêtre ouverte sur un jardin en friche, des vêtements épars sur le sol, les rires des enfants portés par la brise, du linge sur un fil derrière la maison, l’odeur du romarin se dégageant du four ronronnant à l’aube de repas animés.

Elle inspire, bloque, expire en ouvrant les yeux sur la solitude de sa cuisine.

Le silence l’accompagne en sortie de rêverie.

Il fait un peu froid, dans cette nuit à l’ombre compromise par la lune pleine surplombant quelques nuages qui n’oseraient la cacher. Dehors, rien ne bouge. L’immobilité des choses n’est troublée que par quelques résonnances, une voiture en retard, un grincement de porte, quelques chats entrechoquant des poubelles.

La solitude est une présence familière et, singulièrement, elle ne se sent jamais seule. Une âme bat, non loin d’ici et pourtant en arrachement de distance. Un cœur, une âme, un regard.

Des cœurs, des âmes, des regards.

Sa vie est pleine.

Ils sont là.

Elle ne sait pourquoi. D’autres âmes se sont attachées à elle. Des amitiés inattendues, des partages en dons désintéressés, des lumières qui se trouvent et se renforcent. Elle se sent humble et bénie, malgré sa laïcité elle ne trouve pas d’autre terme, elle sent une force bienveillante veillant sur elle, elle pense à toutes les femmes dont elle descend et les imagine unies et bienveillantes, penchée sur la terre et veillant sur les leurs. Elle envisage la vie au féminin malgré toutes les indignités dont ses sœurs saignent et meurent.

Le temps passe. La table est encore là, la cuisine autour d’elle survivant à la lumière vacillante, puis au-delà un couloir donnant sur un salon, une entrée, deux chambres et un bureau et une salle de bain, enfin. Son appartement est en enfilade, en élongation étroite et alambiquée et pourtant, elle l’aime.

Elle pourrait rester longtemps, ainsi, immobile et voyageant de par ses songes, bravant la fatigue et les réalités à venir. Aujourd’hui est une bulle de savon, aujourd’hui, on peut encore éviter de penser à hier et reporter le réveil des choses à demain.

Les choses à venir ne s’effacent pas, elles attendent patiemment, il est dans l’ordre établi qu’elles existent un jour et elles le savent et plutôt que de caracoler, elles trouvent leur portion d’ombre constante jusqu’à ce que la lumière soit.

Les mains, à plat sur le bois de la table, les pieds au bords de l’abime, le cœur en résonnance d’un univers ressentis et non appréhendé, elle n’est armée que de sa lumière, de sa certitude de l’à venir, des joies et des larmes souhaitées et attendues…

Jeune, elle s’était dit jamais moi, jamais ces cernes, ces compromis, jamais cette tristesse voilant la joie du jour, elle s’était jurée d’être aveugle plutôt que de pleurer. Aujourd’hui, elle sait, que les larmes peuvent jaillir du bonheur indicible de l’invisible silence d’une lumière si douce et intense, d’une certitude si entière et indiscutable, d’une ancre lancée dans un port permettant de se poser, une heure, un jour, une éternité, c’est à elle de voir.

Aujourd’hui, elle sait.

Il n’est jamais trop tard. Tant qu’un cœur bat. Tout est possible.

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Battement d’une larme au sein d’un coeur fêlé

18 décembre 2014

Il faut recommencer, réapprendre, les doigts qui se délient, les espoirs qui renaissent, le corps secoué par la mort et réveillé à nouveau vers la vie, réconcilié de sa souffrance quotidienne tandis que l’oxygène se fraye en force des étranglements quotidiens et explose les poumons, le cœur, les cernes, l’âme déployée en attente d’infini, il faut oser, croire, avancer, se libérer de ses propres barrières et donc oser croire, surtout, en soi, en l’impossible, en la force de la lumière sortant de l’ombre, en la possibilité d’un lendemain ; il faut fouette cocher, il faut serrer le mors et s’élancer, s’autoriser des pas en étourdissements et en étonnements d’être encore là, ici, le chemin existe toujours devant, le brouillard des jours, des mois et des années se perce enfin des rayons chauds d’un astre bienveillant et immense, alors que les larmes des disparus n’ont pas encore séché et que la terre fraîche reste à creuser ; il faut se souvenir gravement et tendrement des jours passés, des pas côtes à côtes le long de la rive, entourés de bleu et de vent humide – chérir ce qui fut et ne pourrait être – il faut croire qu’on peut oser s’élancer et s’autoriser un bonheur en peine des absents avec au cœur un feu brûlant de les avoir connus, cette sagesse solennelle caressée d’une brise en sourire léger de savoir que sans eux nous ne serions qu’une ombre, qu’ils nous ont révélé à la lumière, nous ont donné chair et résonance, nous ont positivement marqué au fer au point que chaque palpitation manque de défaillir en vertige de leur départ et que nos mains se rattrapent et nous raccrochent au présent sans parvenir à combler les manques…

Tournoie autour de nous la joie permanente dont ils ont imprégné nos êtres, même s’ils nous ont quittés et que leurs noms résonnent au dessus des vagues d’une mer constante et imprévisible : quel que soit leur nom, quel que soit leur âge, quel que soit le temps dont ils ont fait grâce à la terre, quel que soit l’apaisement ou la violence de leur arrachement, nos cœurs sont des rescapés, des survivants, agenouillés et en faille sur le sable salé, debout face à une falaise hurlante à invoquer le ciel, chaque respiration dépouillée de leur présence, de la certitude qu’il existe une cohérence, une raison, chaque apport d’oxygène nous rappelle à l’humilité face à l’Immense et nous enveloppe du sentiment béni d’avoir frôlé l’indicible et d‘avoir été aussi entièrement Aimé.

Il n’y a pas de mots, il n’y a pas d’explication, les mesures de la faille en nous n’a pas d’importance, nous avons été aimé, et cet amour ne saurait disparaître quelles que soient les circonstances.

Nous avons le droit de pleurer, d’être en colère et de ne vouloir tolérer les règles d’un jeu pipé à l’issue inéluctable – nous sommes dans l’arène particulière de notre propre Hunger Game, chaque seconde éloigne notre curseur du début pour le rapprocher de la fin et nous ne connaissons pas la distance à parcourir… et pourtant, et pourtant, nous continuons, nous vivons, nous aimons, chaque battement de cœur est souffrance et rappel, chaque regard ou sourire en célébration d’un instant arrêté, d’un chant éblouissant apaisant nos blessures, glissant le long de nos cicatrices pour soutenir les jours à venir car il faut recommencer, il faut s’élancer librement vers l’espoir de la vie, forts d’une armée de souvenirs bardés d’amour et de lumière, il faut oser vouloir tout, maintenant, avant que la marée ne remue le sable et n’efface tout.

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Corps

5 novembre 2013

Les yeux à peine réveillés, elle contemple ses doigts abîmés par le froid sec. Les ongles cassants, les cheveux froissés. La peau qui pèle un peu malgré les crèmes et les soins.
Debout. Elle refuse de s’assoir.
Son estomac gronde, il a de l’avance sur la routine immuable à laquelle elle s’astreint, ses négociations en chantage de l’univers. Si je fais ce qu’il faut, si je suis sage, alors tout ira bien. Alors la vie peut continuer. Mon corps tiendra, il cessera de s’attaquer, de se détruire, d’être son propre ennemi par lequel la souffrance survient. Mes enfants iront bien, je ne leur aurais rien transmis d’autre que mes yeux et mes mains et l’amour infini qui gonfle mon cœur vers eux.
Elle a beaucoup de questions et peur des réponses, elle connaît les échéances, il y a, devant elle, un instant qu’elle devra affronter mais en attendant elle tient. Elle a essayé, l’hôpital, l’attente, les lunettes d’un médecin face aux questions qu’elle représente. Un cas, un sujet intéressant. Elle est auto-immune. Elle est déjà cassée. Le reste, on ne sait pas.
Elle a reçu les lettres de convocations aux dates impossibles, confronté ses peurs, son emploi du temps, sa course quotidienne. Elle s’est soumise aux rendez-vous imposés, on reçoit une lettre et on s’y plie, on modifie sa vie pour coller à des dates, devenir un dossier passant d’étages en couloirs sans comprendre et sans choisir. Elle a essuyé la violence d’une blouse blanche sourde à son besoin d’être actrice, d’être inclue dans le process, de pouvoir refuser l’invasif, de choisir par quoi on commence. Son corps s’est arque-bouté et lui a dit non.
Ce n’est pas grave. Elle est partie. Elle sait quand elle ne peut pas. Pas ainsi, et elle choisi, et c’est facile lorsque tout autrement est impossible. Elle sait partir, s’enfuir, anticiper et se préserver. Elle est experte en lutte en sourdine, en douceur, sans compromis dès que son corps, qui comprend tant de choses avant elle, lui indique la voie du repos. Elle ne peut qu’accepter.
Avec ses questions, son corps en repli, ses gènes défaillants, sa culpabilité de mère, avec ce moment à venir ou elle trouvera une autre façon d’obtenir les réponses, petit a petit, en surveillance bienveillante. Un jour.
Le RER s’arrête. Il fait encore nuit dehors. Tournée face à la vitre, elle regarde le début du jour qui frise l’horizon. Son visage se reflète et se mêle au paysage et elle l’interroge. Elle a l’air si normale. La faim gronde encore et elle sourit.

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En attendant la suite

5 juin 2012

(et toujours, un lampadaire devant)

Dans son cœur s’égrainent des notes sombres et lentes cherchant la lumière. Elle s’inquiète de leur résonance faisant jusqu’à vibrer son âme, et du silence ensuite conduisant jusqu’aux larmes. Dans ses yeux, des gouttes de pluies et l’espoir d’un vent soudain, qui grâce à ses bourrasques ramènerait le calme. Dans ses mains le vide des armes, de l’attente et du rien.

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D’espoirs

25 mai 2011

Une fois par semaine elle achète de l'espoir au bureau de tabac, pour un euro cinquante elle repart avec un rêve dans sa poche. Elle a ses rituels, l'achat du vendredi, jour du tirage, puis quelques jours qui passent et le retour à la réalité lundi matin alors qu'elle consulte les résultats en ligne en buvant son café. Toutes les semaines elle se rêve une existence autre que son quotidien, elle s'imagine sans le stress des factures et des traites à payer. Pendant son weekend elle s'est vue dépenser des millions et sauver le monde. Son lundi la rassure, rien n'a changé mais elle peut tenir jusqu'au vendredi prochain ou une fois encore elle se délestera de quelques pièces pour refaire battre son cœur un peu plus vite et avoir l'impression de vivre.

Tous les vendredis elle revit le même enfer, les doigts qui tremblent, ses pas qui la portent au café alors que son esprit se révolte, tu n'as aucune chance, et que son coeur bat violemment d'incohérences et de désirs puissants de changement, d'autre chose, de la liberté que cet argent pourrait lui procurer. Une liberté qu'elle n'ose prendre, elle s'imagine comme un oiseau mutilé des ailes qui ne parvient à guérir et qui a besoin d'être porté, tiré, lancé vers les airs.

Ses doigts qui tremblent coupent des cheveux, effilent, colorent, massent, ils sont assurés alors, elle sait deviner jusqu'où écouter une cliente, par leurs mots silencieux et les regard de ces femmes qui défilent sous ses mains, elle devine le reste et soigne, transforme, illumine la façon dont elles se voient et n'osaient s'imaginer. 

Au fil du temps ses guerres internes la rongent vers l'extérieur, doucement, insidieusement. Elle ne demande plus à ses clientes comment elles vont, personne ne remarque les cernes qui noircissent ses yeux jour après jour alors que l'hiver n'en fini pas de refroidir la terre. Les samedis sont les plus rempli, elle qui tenait le rythme en rêvant de voyages se replie sur ses désespoirs. Elle sait qu'elle doit être ses propres changement, elle seule peut acter ses espoirs et leur donner vie. 

Un matin elle oublie son sac en allant travailler. Il lui reste un ticket de métro pour aller jusqu'à son salon, le soir elle rentre chez elle sans faire son détour habituel. Elle se coule un bain, immerge son corps dans l'eau trop chaude, et ferme les yeux. La lumière dans la salle de bain est éteinte, elle a simplement allumé une bougie et parfumé son eau de sels bleus qui lui rappellent la mer. Elle repose son âme et laisse flotter son imagination. 

Soulagement. 

Enfin le rituel est brisé, demain elle ira travailler le pas différent, les yeux souriants d'un billet non acheté, elle serre contre elle ses espoirs d'avenir et se dit que l'enfer est terminée, elle va pouvoir avancer et construire sans attendre de miracles venus d'ailleurs.