Archive for the ‘écriture’ Category

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Peinture

14 novembre 2010

Tu es assis par terre. Le jour se lève difficilement, une sorte de mélange gris orangé au travers duquel les rayons du soleil peinent à  se frayer un chemin. Tu es démuni face à un pot de peinture verte. Ton jean est un peu trop chic, tes mains fines et éduquées se battent avec le couvercle alors que tes lunettes tombent régulièrement le long de ton nez. 

Cela ne devait pas être. Tu trembles légèrement, tu essayes de ne pas penser, d’oublier l’impossible. Le vert indiqué sur l’étiquette te rappelle la couleur des bancs publics. Tu es adossé au muret, l’énorme boîte calée entre tes basquets de citadin. Les pierres montent à cinquante centimètres, puis se dresse la palissade en bois ancrée dans le ciment. Un entrelac usé et poncé qu’il va falloir peindre. 

Ton père avait vu large. Il y a assez pour au moins deux couches, sans parler des pinceaux qui jonchent le trottoir à côté de toi dans toutes les tailles et compositions. Comme s’il savait qu’il ne peindrait pas le tour de sa maison et que cette tâche te reviendrait. Comme une admission qu’il était incapable de deviner quel type de pinceau te conviendrait, quel genre d’homme tu es devenu.

Tu n’as pas envie d’être ici. Dehors, frissonnant dans la brise du matin. Tu ne souhaites pas être là où tu es, pourtant entrer dans la maison de tes parents t’est aussi impossible que rentrer chez toi serait impensable. 

La clé de ta boîte aux lettres se bat contre le couvercle en fer, tu sais qu’il te faudrait un tourne-vis, tu vois exactement où est la boîte à outil dans le garage, mais ton corps reste en place alors que tu refoules.

Tes larmes, ta peine, ta frustration, la colère de l’impuissance. 

Tu as trente-cinq ans, tu es fils unique, et dans une chambre là-bas, juste derrière toi, une femme est agenouillée près d’un homme dormant dont elle tient la main. C’est sans doute un portrait touchant, ta mère auprès de son compagnon de vie, jusqu’au bout, jusqu’à la fin, une petite mère qui accompagne chaque respiration sifflante, chaque seconde d’agonie, qui est là et qui aime encore ce corps inconscient, cette âme imparfaite, buveuse et infidèle qui est restée avec elle malgré tout et c’est ce qu’elle retiendra, qu’il est resté. Malgré les enfants qui ne sont pas venu après toi, malgré son apparence menue et ordinaire bien incapable de se battre contre des filles plus jeunes, plus rieuse et joueuses, des filles insouciantes qui pouvaient le distraire sans la contrainte du quotidien. Tu as fui cette vie le plus tôt possible, juste après le bac, pour y revenir le moins possible. Ton quotidien dans le marais est stable et heureux, tu ne donneras jamais à ta mère les petits enfants qu’elle aurait aimé chérir et elle ne saura jamais réellement pourquoi. La réalité de ta vie t’appartient, tu l’assumes pleinement et sans revendication, c’est ainsi, mais tu connais également les limites de ceux qui t’ont donné la vie, et par délicatesse, par amour peut-être aussi, tu n’as simplement jamais abordé certains sujets.

Tu ne pouvais pas rester à l’intérieur. Dans cette maison qui a rapetissé à mesure que tu grandissais et dont le papier peint n’a pas changé en quarante ans. Il fut fort bien posé à l’origine, certe, mais il souffre aujourd’hui de tâches d’humidité, de décollements discrets dans les angles, et surtout d’un arrière gardisme ethétique qui en fait quasiment un vintage rétro chic.

Tu es sorti sans bruit ce matin, le ventre à sec mais la tête pleine et en quête de vide. Tes mains arrêtent de se battre et se posent à plat sur le pot de peinture, alors que ton visage se tourne vers le ciel naissant, un soupir se libère enfin de ta poitrine, tu inspires doucement en comptant les secondes, tu bloques, et tu lâches lentement. 

Dans le coin de ton oeil, un géant s’avance vers toi. Son ombre s’étire alors que les nuages libèrent enfin le ciel.

T’as une cuillère dans l’poche fiston, ce s’rait plus facile pour ouvrir c’te pot d’peinture. Tu la coinces bien dans l’fente et t’uses du cont’poids

Il rit de sa voix sonore et grasse que des années sur les marchés à vendre du fromage ont parfois un peu cassée.

T’as jamais été doué pour l’bricolage… pourtant va falloir y donner un coup d’neuf à c’te palissade… La maison va êt’ trop grande pour ta mère. Si tu veux un bon prix, faut qu’ça brille.

Faut qu’ça brille…

L’ombre disparaît. Elle n’a jamais été là. 

Dans la maison, un cri se lève. Tes mains quittent le fer du couvercle pour ton visage et tu laisses aller ta peine. Tes chemins s’étaient éloignés des siens mais sans ton père aujourd’hui tu ne serais rien. 

Désormais plus assuré, tu parviens à faire sauter le couvercle du pot. L’odeur de la peintre te saute au nez, mais d’un geste délibéré tu choisi ton pinceau, tu « touilles la sauce », debout et la tête enfin libre, et tu te mets au travail. 

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The spring in your steps

4 novembre 2010

Sometime, you think you've reached the end. The end of the road, the end of your will. You don't understand how you go on but you do, because there is no other way, because you won't know of different paths than your own. Because the unthinkable does not exist in your world and values, and so there it is, there is no solution but to walk forward in the darkness.

After all, it is your own road on which you walk through life, or rather, you belong to it, you've lost yourself in its hills, somewhere along the way, bend after bend, obstacle after another, you've shed bits of yourself and can't remember being something else than what you are today. There's been happy moments, shiny memories filled with carefree joy and light, and maybe that's where your energy comes from nowadays.

Most days you feel grey and unseen and unimportant. You're the tallest girl I know, and also the thinnest, yet you feel petite and obese. You're trapped in your life, you're trapped in your body, in your unfulfilling job, in the unseen pain of the everyday details and futilities. 

Every detail is so important and failed. 

You feel invisible, like, no one sees you, no one really needs you even though you're indispensable and so demanded upon that you never seem to have time for yourself. You manage a team of eight in a marketing firm and you can't remember having time on your own, just you and the silence and the wind in the leafs. You'd walk down the river and lie on the grass under an old tree, and you'd watch the sky and the sun through the branches, and you'd listen and be heard. 

How horrifying… To be alone with yourself once more and face the truth of what you think you've become. You've put the bar so high for yourself that you're bound to fail.

Sometime though, you forget that you hate your life and yourself and the choices you've made. You had reasons for them, they were probably sound ones but now that you look back everything seems wrong. Yes, somedays you let go of what you think you should be, your soul takes a break and puts its personal cross aside. For a while your body relaxes, your face becomes appeased and the shadow of a smile that I've sadly become used to gives light to a true laugh. You tilt your head gracefully, (unbeknownst to yourself you are a truly graceful and beautiful person…), your eyes look upon the world with happiness for a short while. It is not easy for you, to be happy, to be carefree.

I see you. From afar I close my eyes and I see your chestnut hair, your grey eyes that always reminded me of a painting of the ocean. There are storms and stories behind your eyes, unspoken tales that even I don't know.

You could never be invisible to me, I could never not need you in my life. And I could never ask anything of you other than what you would want to give me. It's like that. We met in the crib, our mothers had the same nanny, we went to the same schools, the same library and bell-ringing club, we fought over opinions and candy and sometimes dated the same boys. We helped each other with acne cream, college choices, husband decisions and anti-wrinkle cream shopping. You're my kin. I saw you grow up and make choices, I gave you my opinion and sometimes we fought and I gave up, but even I can't quite say when the corners of your mouth took a sad turn.

Strangely enough, I've seen a new spring in your step lately. Something that looks a lot like hope and will. The determination to be who you are and nothing else, as if you were in your car and turned left instead of going on the same old boring road. Your path seems rockier and harder, and yet new and exciting and scary and perhaps fulfilling. 

I think it's called being yourself again. 

You could never be careless but you seem carefree, or at least carefully free… I can't put my finger on it, and it doesn't matter. I think I can trust you to make your own path, I'll worry for sure, I'll wake you up in the middle of the night and ask you silly questions, and, well, maybe next Saturday we could go to the pub and get drunk like old times, and you'll tell me the story behind this new smile haunting your lips.

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Pantin

29 octobre 2010

Votre démarche est saccadée, brisée, chaque escarpin pointu levé haut et lancé devant vous avec une raideur involontaire. Ils sont beaux ces escarpins, en daim brun foncé et entourant des pieds qui se savent à peine en vie. Qu’importe : vous avancez. Avec votre silhouette fine, vos bras longs qui échappent parfois aussi à votre contrôle, et surtout avec votre immense sourire gai et joyeux ornée d’une masse de cheveux noirs et courts, vous être méprenable avec une marionnette d’Arlequin qui se serait déguisée en salariée d’un laboratoire pharmaceutique. 

Cette idée vous plairait si quelqu’un osait vous la soumettre. 

Il est difficile d’ignorer ce qui tient les fils de votre maladie. Les causes de cette dégénerescence nerveuse qui vous déguigande et force vos mains à s’accrocher aux murs, aux portes, aux bras, pourvu qu’il y aie de la moquette et que je ne glisse pas, la tête haute, souriante, toujours, et avant tout digne et défiante. Vos doigts serrent mon coude nerveusement, nous marchons lentement tandis que vos fils et pantins disparaissent soudain. Votre débit ne ralentit, pas bien au contraire, il se penche sur les subtilités des process de validation interne, m’étourdit dans la complexité des relations humaines et me perd arrivé au découpage de la France et au coûts des campagnes de promotion transplantation et oncologie, je manque d’air, reprenons à l’envers et recommençons. C’est la fin de l’année fiscale, les dossiers doivent être bouclés, chaque chose à sa place et pas une virgule qui déborde des budgets. 

Il n’y a, pour moi, aucun enjeux. Mon avenir se fera ailleurs que dans ces couloirs. Je ne fais que passer. Je souris, je hoche de la tête, je processe, je réorganise. Je sais faire ça. Passer, observer, diagnostiquer et porter remède. A force, j’ai aussi appris à lâcher prise et à partir. En me retournant parfois avec la joie du chemin parcouru, mais surtout avec le souhait d’aller plus loin, de vivre et construire la route de mon choix. Un jour, peut-être  pourrais-je poser mes bagages quelque part et avoir l’envie et la possibilité de rester. En tout cas, j’aimerai bien… 

Je vous apprécie. Vos collaborateurs aussi. Ils parlent de vous à mots feutrés, par allusions. Une réalité à moitié assumée, tue et ouverte et laissant place à maintes conjonctures. Chaque phrase en suspent exprime affection, respect et peine.

La peine de vos collaborateurs, de ceux qui vous on vu votre lutte s’accroitre au fil du temps. La tristesse liée à votre maladie qui ne peut qu’avancer, même en stagnation il n’y aura jamais de progès et que très peu espoir de mieux être. 

Eux ne peuvent rien à part essayer d’alléger les moments que vous passez à leurs côtés dans l’entreprise qui vous emploie. Ils abrègent vos trajets et viennent à vous. Ils badgent, rient avec vous et vous offrent leur bras le plus naturellement du monde.

Le sol vous parait si près de vous parfois.

Je le sais dès que je vous vois. J’ai travaillé en pharmacovigilance dans le laboratoire qui justement fabrique les drogues que vous devez vous injecter. J’ai reçu les alertes de médecins traitant des femmes malades, atteintes de formes progressives ou cycliques, parfois les deux, parfois despérément enceintes et sans issues, j’ai lu et analysé les articles de presse relatifs aux stades d’avancement, aux effets secondaires, aux recherches et théories. 

J’en sais trop et pas assez. 

Cela n’a, en fait, aucune importance.

Vous continuez à sourire, à garder le cap. Vous parvenez à vocaliser votre quotidien de façon libre. Je veux dire par là que vous laissez à votre interlocuteur la liberté de vous écouter et de recevoir ce que vous exprimez.

Vous réussissez à ne presque jamais vous plaindre, même si parfois en fin de journée vos yeux pétillent moins, votre sourire retombe. Vos mots se voilent des fantômes de ce que vous refusez de dire. Injustice, souffrance, peur, colère, ces termes-là n’existent que dans le silence qui hante alors votre bureau. J’ignore combien de temps nous continuerons à nous croiser, à travailler ensemble. Quand aura lieu la prochaine poussée, quand votre mi-temps thérapeuthique ne suffira plus. Je continue à écouter, observer, hocher de la tête en souriant. A dire que oui, tout est possible, qu’ensuite c’est une question de moyens, de volonté, d’organisation. Que je peux être, aujourd’hui, votre moyen, votre volonté, votre organisation. 

Plus tard, pour la suite, nous verrons. 

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fleur

25 octobre 2010
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Elle a poussé toute seule, sans rien demander à personne, surtout sans demander à quiconque si elle en avait le droit, si c'était le bon moment, la bonne saison, si ses soeurs à côté allaient faire comme elle, sortir de leur sommeil pour aller vers le monde.

Pousser en même temps que les autres, c'est d'un commun…

Il fait froid, les feuilles ternies s'élancent des arbres dans une ultime course, pour un saut final dans le vent mordant de tourbillons, espérant peut-être qu'un enfant les remarquera et en fera un bouquet de rouille pour sa maman.

La fleur est là, jolie, fragile, déterminée à être nulle autre que ce qu'elle a décidé de devenir, droite, jeune, lumineuse.

Elle m'a bien plu, cette fleur…

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acouphènes

17 octobre 2010

Tu te réveilles le matin enroulée dans ta couette, le nez caché sous l’oreiller fuyant le froid. Les yeux refusant de s’ouvrir sur la réalité, les mains coincées autour d’un pli de couverture dans un geste enfantin dont tu ne parviens à te débarasser. Tes pensées ne fonctionnent pas encore, tu n’as pas encore conscience de ton corps, cinq doigts, dix doigts, vingts doigts, des cheveux secs et des bras, ta peau, tes genoux cagneux, tes seins trop petits, tout est là. Tu te réveilles, tu connais l’heure au claquement de la porte de la voisine et de sa voiture qui démarre à sept heures pile. Le jour peine à travers la vitre en manque de propreté, heurte le store mal fermé et glisse vers toi. Tes paupières encore closes le devinent à travers l’oreiller. 

Tu n’as que quelques secondes, parfois tu les oublies et te rends compte au bruit accompagnant la douleur que tu les as laissées filer. Tu n’as que quelques secondes d’éveil insensible, de paix absolue avant que les sifflements ne se réveillent, avant que la douleur ne s’immisce à nouveau dans ton cerveau. 

Tu n’y penses même plus, c’est normal. Le manque de bruit, le manque de souffrance,  ça c’est anormal. 

Parfois le dimanche matin cela te réveille… En fonction du vin, bu en quantité plus qu’en qualité, des tambours accompagnent des sonneries de téléphone à peine cachées par le vrombissement d’un avion. Tu erres comme un zombie à la recherche d’un doliprane en regrettant les sifflements aigüs dont tu as pris l’habitude. Qui t’accompagnent depuis si longtemps qu’à partir de 7h05 tu les oublies. 

Parfois tes doigts effleurent le piano et essayent de retranscrire les harmonies qui arpentent ta tête. C’est toujours plus joli, sur le piano.

Plus jeune tu allumais la musique à fond et tu te rendormais sans entendre les plaintes des voisins. Un bon hard-rock, ça planque tout… Aujourd’hui tu te lèves péniblement et regrettes de ne pouvoir prendre ton café directement en perfusion. 

Les jours difficiles, tu troques la caféine pour une bonne camomille bien serrée avant de faire la tournée des lits, les enfants à lever, la routine à assurer, un job à rejoindre. Une vie normale à mener malgré ta différence, mais que tu savoures autrement grâce à elle. Les couleurs sont plus vives, la lumière est plus belle. Tes rires remontent d’un ravin profond où tu t’étais perdue jadis et éclatent dans l’air, on les entend de loin. Quand à ton ravin, il est noir et triste et sanglote les échos des vents passés. Aujourd’hui tu en es entièrement sortie et tu le regardes d’en haut, reconnaissant ses pans durement escaladés, reconnaissante du sentier plus serein qui est aujourd’hui le tien.

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Solitude

5 octobre 2010

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Tu restes devant ta fenêtre, les doigts croisés. Devant toi, la mer s’écrase impitoyable de bleu et de gris, l’écume s’élance contre les rudes rochers que le temps n’aura pas réussi à éroder.

 

Ta chambre est fonctionnelle. Tu ne demandes pas plus. Contrairement à tant de personnes, la couleur des murs ne t’influence pas et t’importe peu. 

 

Dehors, il fait froid. Un crachin gris et persistant tombe sur la terre depuis deux jours. Depuis deux jours, tu évites les sorties au maximum et tu restes avec toi-même. La solitude ne te fait par peur. Tu as bien un smartphone qui pourrait te permettre de garder le contact avec le monde extérieur, mais par choix, délibérément, tu le gardes éteint. Tout va bien, vraiment.

 

Est-ce l’âge, est-ce la thérapie qui fait enfin l’effet attendu? Tu te beignes de silence et d’absence. Ton silence ne sera jamais immaculé, ils sont si peu, ceux qui connaissent la nature des sifflets vrombissants qui vrillent tes tympans depuis tes 25 ans. Ceux pour qui le terme d’acouphène n’est pas une simple notion académique, ceux qui savent à quel point le plus profond de la nuit torture tes oreilles et ton sommeil, ceux qui comprennent ton besoin et ton intolérance au  bruit. A quel point certains bruits couvrent ta torture quotidienne, et quand justement ton supplice est exacerbée par les décibels. C’est un équilibre fragile, c’est un balancement précaire entre soulagement et souffrance.

 

Ici, tu es bien. 

 

Ici, on te laisse être. Parfois, tu te dis que cela pourrait être bien, de rencontrer quelqu’un. Quelqu’un qui comblerait ton existence muette, quelqu’un qui accepterait que son bavardage quotidien ne rencontre que des regards amoureux dénudés de mots. Quelqu’un qui n’attende pas de toi un déluge de parole et de sentiments. Une femme qui se contenterait de sa propre compagnie et qui se réjouirait des nuits sans solitude, dans la chaleur de ton corps et de tes mains caressantes. 

 

Ta femme était un peu comme cela. Elle t’aimait tel que tu étais, dans tes silences et ta différence, dans tes ardeurs masculines qui lui laissaient toutefois la liberté de choisir la couleur du papier peint. Ta femme n’est plus là, tu lui rends souvent visite dans le cimetière nouveau, tu lui apporte des fleurs et tu restes planté devant sa tombe, silencieux. Silencieux alors que ton âme lui envoie des billets enflammés et empreints de regrets. Silencieux parce que le chemin entre tes pensées et les mots que tes lèvres pourraient prononcer est trop difficile et inaccessible. 

 

Ici la tempête fait rage. Tu la regardes par la fenêtre, en sécurité. Tu entends à peine les hurlements du vents, le vacarme assourdissant de la nature qui rejoint l’orage tourbillonnant sous ton crâne. Le désordre du dehors rejoint tes fracas intérieurs, et finalement, malgré tout, tout est bien. 

 

Tu survivras.

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scrumptious Jack is coming soon

30 septembre 2010

Announcement – Father Jack is currently at the Sherlock Holmes. Due to a chain of soon to be revealed events, he is stuck under a table, his hand not too far from Father John’s face. Kofi, owner of the town’s best curry and Buddist leader is sitting on the floor, his legs crossed and laughing his head off.

Andrew the pub owner is not happy…

The town’s gossip will get back to you as soon as possible on this matter. Thank you for your patience.

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Andrew James

12 septembre 2010

Sherlock

 

Ophelia Bernicle didn’t always have fat fingers. She used to be simply Ophelia Clark, a blithe young thing filled with beauty and nonsense, and Andrew James was deeply in love with her. Their last names had brought them together in their first years of school, fancy that, theirs could have been first names, how silly was that… 

They grew from carefree children to careless teenagers, and then light headed young adults. Life was easy and in front of them, they owned it, they had yet no regrets nor ghosts crossing their paths as they looked back on their short existence.

She already had a heavy hand on peroxide regarding her hair and a taste for flashy jewelry, but she was beautiful and spirited and she could get away with it. Andrew loved everything about her, and that was that.  

He had it all planned out in his head, and one day he even had the courage to talk to her about it. About owning a pub and spending a life together. Ophelia wasn’t against the former, but the pub was a deal-breaker. Come on love, a pub, really? We’d have no life, we’d be tied every lunch and dinner and night. She tried to persuade him otherwise but Andrew had set out this path for himself and he was as pig headed as she was… 

They tried to reach out to one another for several months to no avail, and then Thomas Bernicle intruded in their lives. From the moment he set his eyes on Ophelia Clark, she wasn’t Andrew’s anymore. Thomas was unreliable and exiting and handsome and the last one leaving the pub after the call for the last drink rang. He would never look at anyone exactly in the eyes and Andrew found that unsettling. He knew he was wrong for Ophelia, but after all these days of yelling and pulling weight and being angry with one another, Andrew had given up. He didn’t put up a fight, he let Ophelia go and pretended he didn’t care anymore.

Within days, twenty year old Ophelia was out of Andrew’s life. She was soon married and pregnant with little Tom. It wouldn’t be until Melissa, her second born, and Andrew’s son Matt went to school together that they would see each other again. Life and Thomas Bernicle had taken away her joy and laughter. She had become heavy and sad, with a bitter mouth and suspicious marks on her arms that she tried to conceal with tired lifeless clothes.

Happiness doesn’t always find you, you have to make your own happiness. Andrew  firmly believed that. So Ophelia was gone. So he was left on the curb. It didn’t mean he didn’t have the right to go on and build a different kind of life for himself. And Rose and himself were very happy. She worked as an accountant in a small firm downtown, and took care of Andrew’s paperwork after he was granted both his business and his liquor license. 

He opened his own pub, like he’d set out to do. They called it the Sherlock Holmes in homage to Rose’s passion with the stories. She was good with the customers and the staff, and once nature granted them their wish, she was a very loving mother to their two children, Matt and Violet. 

Rose was a petite yet strong woman, with a very white creamy skin, dark hair and navy blue eyes. How quickly pneumonia had snatched her seven years ago and left Andrew a widower took everyone by surprise. Matt was twenty-three and Violet twenty. Both helped their father with the aftermath with sadness yet efficiency. Rose had taught them well. Yes, it was sad, but life would go on and time would soothe their pain.

It was ironic how both Andrew and Ophelia had became widowers. Though Thomas Bernicle’s death had happened much earlier in their lives and had left Andrew with a sour guilty taste in his mouth… If he hadn’t been so strict on his car key policy towards drinkers, Thomas wouldn’t have walked home… And yet, who knows, had he taken the wheel, someone else might have ended up dead in the gutter like he did. Thomas Bernicle seldom came into Andrew’s pub, probably because of Andrew’s stern management of drunks and fools. Andrew suspected he’d been thrown out of a couple pubs before trying his luck at the Sherlock Holmes. He had let him in that night, had taken his car keys in exchange for a pint, and then had sent him away for his last walk home before a car hit him and left him for dead, his head and feet in the gutter.

Little Tom Bernicle was an agitated thirteen year old when the tragedy occurred, and Melissa was but eight… She was a quiet reserved girl that one… Not anything like her parents, whereas Tom seemed set on following his father’s foot paths. 

When Melissa was eighteen, she applied for a job as a waitress at the Sherlock Holmes with a timid yet determined voice. She was capable and discreet and Andrew was soon glad he’d hired her. He never told her the confrontation he’d had with her brother Tom, though he suspected she knew. The useless Tom Bernicle had dared walk into his pub one morning and ask for half of Melissa’s wages. « It’s for our mother, Ophelia, I think you know her… Mel’s to give her half her earnings to keep us going, it’s only fair that she pays her share now that she’ old enough to work, right mate…« . 

Andrew had replied very coldly that he would come for tea at Ophelia’s and discuss the matter with her. Tom wasn’t all too happy about it. He’d raised his voice and tried to throw a punch. He was obviously inebriated early in the day, and it didn’t take much to throw him out. 

Later on that very day, Andrew knocked on Ophelia’s door. She was surprised to see him, she said, but why don’t he come in. They drank tea and he didn’t stay long as Rose wouldn’t appreciate the gossip that would inevitably occur. He didn’t need to stay long anyhow to reach an understanding. « It would be nice to see more of you at the Sherlock Holmes, » he said, « you could perhaps come in every Thursday and have a glass of sherry, and if by any chance Melissa has decided to contribute to the expenses in your household, I could give you what’s to be yours then. It would be handled discreetly between friends, would it not? »

And thus Ophelia came into the habit of coming on Thursday nights for a while. The pub was lively though not too crowded and she would often meet old friends and chat with them. The sad lines under her eyes became somewhat lighter weeks after weeks, and she continued to come in after Rose’s death, and after Melissa was long gone to London. 

Andrew was glad. Sometimes, though not all that often, Ophelia would laugh or tilt her head in a way that reminded Andrew that they’d been young fools once. But it was such a long time away… Too long away…

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Sunny Rain

9 septembre 2010
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They were unexpected

These few drops there and there

That from one became ten

As the sun held its light

* * *

The water unannounced

Pounced, beat, sang

As we ran in vain

Under the sunny rain

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Mrs Bernicle

10 août 2010

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Mrs Benicle sat on her stool moodily  while staring at her glass of sherry. Andrew, the pub owner had been quite charming when serving her, yet she always felt uncomfortable under his frank, direct, piercing eyes. As if he could see things in her, the very things she so meticulously hid that even she had forgotten all about them. 

Melissa was late again. Five minutes, but still. Her daughter was so unreliable, so carefree and happy. It wasn’t normal. She was probably going to burst in, all charming and lively, smelling like fresh Ivy and with a funny anecdote to share. It was so annoying, the way she always became the centre of attention…

Mrs Bernicle checked her sad blond hair with her fat little fingers, putting everything properly back in place in her bun with small pins. Each finger on her hand adorned a ring with big semi-precious stones. They were heavy flashy rings, and she liked the statement she made while waving her hand.

– And what statement would that me Mum, had laughed Melissa one day.

Yes, her daughter was so different from her, and from her precious son. Tom. Tom was only two years older than Melissa, but he was definitely made from another kind of wood, or timber, whatever the expression was. Tom was so talented, yet he had been as unlucky in love as he’s been with his jobs. Girlfriends would never stay  long and employers just didn’t understand how Tom was different from others. More sensitive, with an artistic soul… The first few weeks always went well. Tom would come home enthusiastic.

– Mum, it’s the best job ever, he would say.

Mrs Bernicle’s heart would swell in pride. 

– Maybe he can move out then, she would think, somewhat hopeful. 

Even in his own flat, Tom would always need her. There would be the everyday details to oversee. Maybe he would settle down, have a proper girlfriend. They would sit for tea on Sunday afternoons, everything would be so lovely… But after these first few weeks, Tom would come home looking sombre and preoccupied. Problems would differ from one job to the other. Once it had been a jealous co-worker, then a new unforgiving boss, or Tom had had the flue, there would always be something… Until the one evening when she would sit in her kitchen, waiting for her son to come home drunk and angry.

– I’ve been given the sack again Mum!

Mrs Bernicle would be brave and loving then. She would pat Tom’s arm, assuring him that he was her wonderful boy, that things would work out. Next time… She would brush aside the bitter sadness in her fat little heart, her son should come first, and he needed her.

That’s what was wrong with Melissa : Mrs Bernicle’s daughter didn’t need her. Early on in school, she was one of the brightest student, always top of her class, and with ambitions. She did her homework eagerly and sat for hours in front of the kitchen table, learning her tables and lessons. She did so well with her A-Levels, the church’s educational fund committee had been impressed and had granted her a scholarship so that she could go on to Uni. And she had, the ungrateful thing! She’s left her mother and brother, she’d gone to the other side of the country to pursue her studies. Mrs Bernicle never bothered to ask her what it was that she was learning. Today, Melissa worked for a big American firm in London, probably doing important things and earning loads. She came back now and then, but never stayed home. 

– I don’t want to be a burden Mum, and besides, staying in a B&B is so much fun.

Fun. Melissa had fun. She was independent and pretty and successful, and she had fun. She didn’t have a drunk for a husband, who would eventually die in a gutter, thrown by a car in the dead of the night. She didn’t have to worry about her jobless son who moped home all day and asked for pub money in the evening. Melissa had it easy, didn’t she. 

Where was she, anyway? She was ten minutes late now. She was probably busy taking her time parking her car, or having a lively chat with some blokes. 

Mrs Bernicle took a sip of sherry. Better drink it now, Melissa was sure bound to laugh when she arrived :

– You always drink pink Mum, c’mon, let’s have a proper pint, and why sit at the bar? There’s a nice corner over there, we can sit on the couch and chat. We have so much catching up to do. 

What’s a mother to do? Mrs Bernicle will probably begrudgingly oblige and have a Hoegaarden. After all, what’s the point in fighting, better be polite. Besides, Melissa always buys the drinks… After a pint of two, she will probably laugh at Melissa’s jokes and even be chatty with Andrew the pub owner. Yes, maybe it will be fun after all, to have a carefree evening with her daughter. To forget her worries and her burdens, just for one night…

Fifteen minutes now… And there she is, all dressed up for her mother. Ah, my daughter, she is a pretty thing, isn’t she?