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And then I remembered to run for the rain

11 mars 2011
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Regarder les choses

10 mars 2011
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Regarder comme une dernière fois

S'imprégner les sens en émois

S'en souvenir et tout écrire

Respirer l'air les poings crispés

Ultime gorgée savourée

Poumons gonflés, prête à en rire

Regarder la lumière en face

Le cœur ouvert, les larmes aveugles

Puis ténèbres, prenant sa place

Regarder comme la dernière fois

L'espérance d'autres lendemains

L'attente d'un nouveau matin.

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extraits décroissants

7 mars 2011

L’eau chaude lui brûle un peu la gorge. Il est installé devant la télévision, comme tous les soirs, il a mangé son assiette sans trop y regarder et boit une tisane au thym, comme tous les soirs. Il a rajouté un bouchon de rhum, puis deux, puis trois, comme tous les soirs. Il se resservira, un peu plus de rhum, un peu moins de tisane, le pas hasardeux pour revenir sur le canapé, comme tous les soirs. Comme tous les soirs, Thérèse préparera son dîner, chauffera son eau, fera la vaisselle. Comme tous les soirs elle se fera petite souris silencieuse, attendant qu’il s’endorme devant sa TV, priant pour qu’il n’ait pas la force d’aller se coucher. Elle se couchera après lui et se lèvera avant, pour préparer son petit-déjeuner, pour que tout soit prêt, et qu’il se prépare et parte vite, vite, la laissant enfin au silence de leur maison.

 

* * *

Elle tape du poing sur la table. Son téléphone s’en décroche, ses notes valsent, un stylo roule de dossier en dossier et tombe sur la moquette vieillie et rarement aspirée. Elle retape, s’empare d’une agrafeuse qu’elle fait voler à travers la pièce. En cinq ans de présence, Amélie n’a jamais perdu son calme ni élevé la voix, elle est toujours sereine, posée, courtoise, dit les choses fermement avec sourire et pragmatisme, c’est une collègue de travail idéale. Sa voisine de bureau arrive justement essouflée et en manteau et évite de justesse l’objet qui percute la porte et éclate, envoyant des petites agrafes décorer le sol. « Bon, euh… je vais prendre un café », hasarde cette dernière qui bat prudemment en retraite. Amélie respire, détend ses doigts au maximum et les fait voler au-dessus de son clavier tel un pianiste afin de rédiger le premier mail de sa journée. Elle en a une dizaine d’autres en tête juste derrière, tous courtois, fermes, implacables. On va voir ce qu’on va voir.

* * *

Bertrand se souvenait, petit, être resté des heures devant le four, songeur, admirant la maîtrise de Julie face à cet engin que d’aucun aurait trouvé archaïque. Qui aujourd’hui utilisait encore la cuisinière de ses grand-mères ? Mais les jours de tempête, on trouvait toujours quelque chose de chaud à se mettre dans le ventre chez la vieille Julie. Elle ne dépendait ni de l’électricité, ni de ces bouteilles de gaz lourdes et encombrantes dont la plupart des maison étaient équipées. Sa maison était principalement chauffée grâce à deux solides cheminées et, si Bertrand se souvenait bien, il y avait deux radiateurs à huile, un dans la salle de bain, l’autre dans l’ancienne chambre de Candice. Là où elle devait dormir…

 

* * *

L’odeur du dissolvant me ramène immanquablement à elle… Petite, j’aimais me nicher contre le canapé, à ses pieds, si près d’elle mais sans la gêner. Tous les dimanches soirs, elle défaisait, limait puis refaisait ses ongles. La couleur variait peu, rouge carmin, bordeaux, ce que l’on pouvait oser à l’époque. J’aimais tout, l’odeur acide du dissolvant, le bruit de la lime chauffant l’ongle, puis l’ultime attaque olfactive du verni. Ensuite, elle agitait ses mains joyeusement dans tous les sens en attendant que cela sèche.


Depuis quelques temps, je suis auteur contraint quotidiennement sur le blog du Convoi des Glossolales. A l’inverse des auteurs affranchis qui écrivent quand ils veulent je me suis soumise à une exigence périodique choisie de texte. Un seul paragraphe, et chaque texte est non signé. Cela me permet d’avancer en terme de régularité, d’improvisation et d’innovation. Je suis cependant fière de certains de mes paragraphes, qui quoique non signés sur ce blog m’appartiennent toujours, et que j’ai souhaité partager avec vous.

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La femme qui crie

5 mars 2011

Tu dévides tes mots sans pudeur ni retenue. Tes colères, tes envies, tes désespoirs, tes joies tues, et tes bonheurs aussi, jaillissent en désordre de toi. Après une vie de silence contraint, ces instants sont une délivrance. 

Tes phrases se bousculent, se mélangent, ton cerveau et ta bouche ne pensent pas en même temps, être cohérente t’est quasiment impossible. 

Debout, mains devant toi comme pour te défendre, tu parles en salves saccadées… Tu as gardé en toi des larmes amères et désespérées, tu chéris le souvenir de bonheurs intenses et secrets que tu livres comme un chant, un arioso, comme la naissance d’un adieu qui nous serait destiné.

Tu ne sais combien de temps dure cet instant, ce cri, ces paroles. Est-ce simplement une fuite de ton esprit, le temps d’une respiration, d’un battement de coeur? Tu as l’impression que cela dure des heures et une seconde à la fois, tu te sens nue sous les flots de paroles qui s’échappent de toi. Après tant d’attente, elles n’ont pas la délicatesse d’avancer avec douceur, elles s’engouffrent dans la brèche par saccades et tu découvres la plénitude première d’un abandon, bras tendus, mains ouvertes, tu vomis tes mots en aveugle dans un cri douloureux et orgasmique à la fois. 

Tu ne sais pas, le déclic, le pourquoi, ce qui fait qu’aujourd’hui le « ça » des psy surgit de toi enfin pour s’exprimer. 

Il faut que ça sorte. C’est tout. Tes noirceurs, tes frustrations, tes joies non partagées… Ta peur d’exister en réel, de laisser les autres s’approcher de toi et t’affliger de leur marque, de leur influence. 

Les masques que tu t’es imposés ont pesé sur ton âme au point que tu t’es retrouvées en défense permanente. A force de te cacher, tu as oublié qui tu étais, à force de t’inventer, tu as aujourd’hui peur de la petite fille tapie en toi qui pleure, et qui rit aussi, parfois.

A force de te côtoyer, nous avions oublié que derrière ta carapace aiguisée se cache une femme blessée, que tes attaques parfois cruelles proviennent d’une insécurité dont tu ne parviens à te guérir, que tu préférerais une solitude amère à l’aveu de cette faiblesse. L’admettre, t’y abandonner, ce serait impossible. Il faudrait un bouleversement tel, il faudrait que tu affrontes ce qui est cassé en toi, il faudrait que tu souffres avant d’être pleinement heureuse. Ce chemin t’effraie, aussi jusqu’à aujourd’hui chaque jour s’est additionné à ton silence crispé et mécontent.

La chaleur bienfaisante des autres percerait tes murs, la lumière entrant de ces fenêtres sur le monde te rendrait vulnérable. Non que tu ne nous aimes… bien évidemment ce sentiment existe fortement en toi, avec une force égale à ton besoin de l’être, aimée… La guerre qui se livre en toi ne cesse jamais, être digne, indigne, mériter, démériter, c’est compliqué. 

Etre aimée te serait aussi terrible que l’est, aujourd’hui, le fait de ne point l’être. 

Aimer, c’est espérer le bonheur de l’autre et accepter qu’il puisse vous faire mal, c’est être en force vulnérable et c’est inacceptable. Aimer quelqu’un, c’est forcement lâcher prise, être désarmée face à l’autre, et un adulte qui t’aime est donc forcément un être faible indigne de la réciproque. Tu t’es ainsi battue dans tes inconsistances et ambiguïtés, jusqu’à l’épuisement, jusqu’à cette dernière note.

 

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des mots en pluie verglacée

27 février 2011

Quatre extraits de mes paragraphes « contraints » mis en ligne en janvier sur le blog du Convoi des Glossolales, que je vous invite à aller découvrir…

Il marche à petits pas sur le trottoir verglacé, sa progression imperceptible illuminée par les lampadaires de la ville encore endormie. Nous sommes debout, en face, emmitouflés de sommeils et luttant contre le froid. Dans l'attente du bus, nous trompons l'attente glaciale en regardant ses efforts contre le gel au sol. Il n'a plus beaucoup à parcourir, 30 mètres, il en a 50 derrière lui, depuis le tabac où il est allé boire un café au comptoir et se fournir en Gauloises. Accroché aux murs, gagnant calmement quelques centimètres, il nous ignore. Entre lui et nous, les voitures encore givrées vont et viennent, s'arrêtent au feu, repartent. Le bus arrive. Nous montons. Il s'adosse à un arbre et nous regarde partir en s'en allumant une. Quelque soit le temps, il a son rituel vieux de quelques décennies et ce ne sont pas des degrés en dessous de zéro qui l'arrêteront. Le bus s'éloigne, nous bipons nos titres de transport tandis qu'il se transforme en tâche nonchalante.

* * *

Longtemps il l’a cherchée. Après cette rencontre muette, malgré lui, dans la foule grouillante, il s’attache au moindre détail qui lui rappelle son existence. Une main fragile, une démarche familière. Mais ce n’est jamais elle. Les nuques lui font tourner la tête. Il suit les femmes des yeux, regardant leurs silhouettes, leurs démarches, guettant leur voix, leur rire, l'effluve d'un souvenir. Sachant que ce n’est pas elle mais se raccrochant à ce dernier espoir.

* * *

Le bruit régulier des gouttes qui suintent de la gouttière t'accompagne. D'ordinaire cette résonance de métronome t'agacerait, mais aujourd'hui il te rassure, leur régularité à quitter le toit pour claquer au sol te garde éveillée, sur le qui-vive. Consciente. Tu as perdu le goût et l'odorat, tes yeux s'accordent mal et tu te raccroches aux deux sens qui te restent intacts. Allongée toute la journée, tes bras reposent hors des draps métisses un peu rugueux, tes cheveux sont éparpillés sur l'oreiller. Tes parents t'ont installée dans leur chambre, ta fille dans le bureau et eux dans le salon. Tes parents ont eu très peur, ta mère essaye de se frayer un chemin à toi par sa cuisine, ses soupes, compotes, par ce que tu peux avaler. Tu as trente-cinq ans et ton coeur s'est arrêté. Tu es tombée au sol, quelqu'un t'a rattrapée, heureusement tu étais dans une mairie disposant d'un défibrillateur et d'un personnel formé. Entre le kiné, l'infirmière, l'orthophoniste, les câlins de ta filles et les sourires de tes parents, tu comptes les gouttes qui tombent du ciel et te rappellent que tu es vivante.

* * *

Elle est en sécurité dans cette voiture aux odeurs de cuir. Rien ne peut l’atteindre. Pas encore. Elle aimerait qu’il revienne. Cahotée par les rebonds, Elle m’endormira, bercée et tranquille, comme un enfant, la tête calée contre la porte de la voiture.  En attendant, elle a froid, et n’ose mettre le chauffage de peur de vider la batterie. On ne sait jamais avec ces voitures. Ce n’est pas la sienne. Alors elle reste immobile, la main posée sur la porte le long de la fenêtre, le cou raide et les doigts un peu gelés.  La porte de l’immeuble s’ouvre enfin et elle voit sa silhouette un peu floue se détacher de la lumière de la rue. La portière fait un bruit sourd alors qu’il la referme. C’est bon, dit-il en soufflant. Il pose la clé sur le tableau de bord et fait démarrer la voiture.

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Oh Brother

26 février 2011

Her brother always seemed to get away with everything he did and she both envied and hated him for that. He had the guts and the arrogance to do as he pleased and never seemed to give second thoughts about consequences nor gossip.

Of course, someone had to walk behind him and clean up the pieces. Life is about balance she thought… He had no boundaries and therefore she lived surrounded by walls of duty. She took care of their parents as they declined in age, she kept their house cleaned and livable. She eased things up with ex-girlfriends and bartenders and even went as far as to pay his tabs once or twice. 

Yes, when her brother moved away from Oldbrooks to cold and wet Perth in Scotland, she had felt relieved. 

For seven years, her life fell into a well oiled routine, between her part-time job working for the public library, her parents in their lovely house with a garden and a spruce, and Olbrooks’ Ladies’ Bookclub. She had been courted once or twice in the past by the doctor’s son and by the Pastor. The son followed his father’s step. He became a doctor and grew both a moustache and a beer stomach. The Pastor married Jane who was blond and carefree and younger, with light grey eyes and lips like pink rosebuds. 

The idea of love appealed to her, but her heart never fluttered. At 34 she didn’t think she had it in her to make any man happy, and even less for her to be happy.

When their mother died, her brother barely made it to the funeral and seemed nonplussed. He’d « made it good » over there in Perth, and was planning on marrying a widow of some sort. He kept his visit short, which was fine by her as it meant less time fearing whatever mishap he was bound to make. It there’d been any she never heard. He stayed out mostly, looking sombre and mysterious, and she didn’t pay much attention to rumours about poker games and money he may have owed.

After he was gone, she reflected that not once had he asked if there was anything she and her father needed.

A few years went by, news from him became scarce. He appeared to succeed in marrying his widow but the marriage didn’t last long. She had no idea how he earned his living. Some letters addressed to their father sometimes pleaded for money. He would sigh, then shrug, then write a check swearing it was the last time.

Now her brother was coming back, arrogant as ever, and she was waiting for him with a vengeance. He’d written with instructions about how he saw fit to « handle » things and the succession… About him being « the Man » now… But she was well prepared and ready, she had her little secret boiling in her heart and making it beat slightly faster and a mite too hard. 

Their father had finally given his last breath, poor soul, after months of agony during which she’d stayed at his bedside, fed him like a baby and cleaned his sheets. Some friendly souls from the parish came to look after him so she could keep on working. Their father left them with a good house thanks to her, and a very lovely bank account. She knew all about this, she’d kept his books and made good choices with the investments. She also knew what she wanted to do with some of the money. She wanted to go on a cruise and have the kitchen repainted. The house would feel more like it was hers, and after all these bitter years dedicated to others, she felt she’s earned it all right.

Her brother was coming back, tonight. He would be welcomed with the Irish stew he’s requested, but with a twist. She had finally given in to the Doctor’s son’s attentions, with a few conditions well spelled out. It wasn’t so bad after all, sleeping with a man, she could get used to it. She could get used to being courted on a regular basis and to being his mistress, marriage was out of the question now, she was going to have a little house and sharing was out of the question. 

She put her hand in her pocket and took a vial out. A few drops, that was all that was needed.

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Tic-Tac

25 février 2011

De loin, on dirait une adolescente normale, avec l’aplomb, la révolte et la nervosité de ses comparses. De près, elle ressemble à une statue figée, à un être en devenir incertain du chemin à prendre, des pas à enchaîner.

Elle est assise côté fenêtre, l’air pensif, une main frêle posée sur le système de ventilation. Ses cheveux bruns sont à peines propres et encore moins coiffés et cachent une partie de son teint pâle. Ses ongles sont coupés à ras. Autour, les petites peaux arrachées ont donné naissance à des croutes et des cicatrices rosées.

Elle est emmitouflée dans une parqua noire qu’elle refuse de quitter malgré le chauffage, et elle regarde le paysage défiler sans le regarder, ailleurs. Son esprit est en transit, elle est partie d’un endroit et s’en va quelque part, elle s’est posée dans ce train en laissant ses questions sur le quai. Elle les retrouvera en descendant, sa vie d’incertitudes n’aura pas changé.

Elle sort l’équivalent d’un walkman et s’enfonce sur son siège et dans sa musique. Tu connais ce type de casque, il permet d’apprécier une écoute de qualité sans occulter totalement les bruit extérieurs. Tu la sens en alerte et luttant contre le sommeil. Elle continue à regarder par la fenêtre, tu te plonges dans tes mots croisés. Finalement c’est simple, tu étais sorti de chez toi l’angoisse au ventre ce matin, le stress aux mains. Tu n’avais pas osé fumer de peur que l’odeur ne l’insupporte. Il fallait que ça marche, aujourd’hui, il fallait qu’il puisse y avoir un demain et une semaine prochaine.

Tu la regardes sans la cerner très bien encore. Tu n’auras pas le temps de faire sa connaissance. Son visage lisse est percé d’un regard déjà si vieux, parfois illuminé d’un éclair d’innocence émouvant. Comment peut-on être si jeune et avoir tant vécu, tant supporté, tant surmonté. Tu ne sais pas. Tu l’accompagnes. C’est ton boulot, d’être à ses côtés, de l’aider à soulever sa valise dans le porte-bagage, de veiller à ce qu’elle descende à la bonne gare et qu’elle soit prise en charge ensuite par un autre maillon du système. Tu ne connais que son nom et celle de la personne qui l’attend. Elle suit un parcours qu’un juge a choisi pour elle, on ne lui a pas demandé, les décisions sont prises en dehors de sa volonté. Pourquoi est-elle ici, pourquoi cette enfant de quatorze ans se retrouve dans un train, seule hormis toi, tu l’ignores. Cela n’a pas d’importance au regard de ta mission. Mais quand même, tu es ému. Elle est ta première fois, tu étais encore au chômage hier… Tu te sens maladroit, sans savoir si tu dois lui parler ou la laisser. Elle a l’air si tranquille dans sa solitude… Finalement, tu lui tends un paquet de tic-tac. Elle écarte le casque de sur ses oreilles et se sert en te souriant timidement. « Merci ».

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Pour la tribu de Marie

17 février 2011

Dans le vertige de l’air qui frappe son visage, Valentine se tient fort au bastingage. La mer est noire, perlée de blanc, sombre et haute sous un ciel si bas que le bateau peine à passer. La mer est forte, furieuse, agitée. Valentine ferme les yeux, mains cripées, elle sent le sel de la mer se mêler au vent de la tempête et cacher les larmes qui coulent sur son visage. Ses cheveux longs et bruns sont emmêlés autour de son cou, sous sa capuche. Elle sourit d’extase comme à chaque fois qu’elle vogue au loin, lorsque les côtes s’éloignent, que la vie devient transparente et se mêle aux éléments. Elle sourit et elle pleure, son vertige est en elle, lié à une corniche et à des doigts qui glissent. Ici, au milieu de l’eau, les nuages ont chassé la lumière et elle a le droit d’être heureuse et triste à la fois, de jouir de sa vie en pleurant celle d’une autre, elle ne sent plus ses pieds glacés, ses mains blanches agrippées au bois, ses lèvres arrêtées sur un rire et ses yeux sur le vide si loin d’elle à Paris.

 

Ce texte est dédié à Marie. Je ne t’ai pas connue mais je vois sur les visages des tiens la tristesse de ton absence. Ce texte et ce vertige sont donc, en fait, dédiés à la tribu de Marie. 

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extraits jovialement volubiles

17 février 2011

Encore quelques extrait de mes paragraphes « contraints » mis en ligne sur le blog du Convoi des Glossolales, que je vous invite d’ailleurs à aller découvrir… J

 

Sa voix est douce au téléphone. Tout à coup elle lui semble loin, à des milliers de kilomètre alors qu'elle n'est que de l'autre côté de la vitre. S'il ferme les yeux, il savourera le voyage de sa voix chantante et la distance sera la même. Une vitre, c'est comme un ravin. Il ne peut pas la toucher, sentir son odeur, sa chaleur, il ne peut pas la rassurer, la serrer délicatement dans ses bras, il ne peut rien à part la dévorer des yeux, lui dire je t'aime d'un regard et avec des mots et la paume de sa main qu'il étend, afin qu'elle y pose la sienne en transparence. Elle a l'air si forte dans sa fragilité tragique, et derrière sa tête haute il décèle une peur sauvage qu'elle n'avouera jamais. Elle ferme les yeux de lassitude, peine à déglutir. Son crane lisse parait trop grand pour son visage, ses cheveux sont tombés lentement d'abords, puis par mèches, avant qu'elle ne les rase. Son séjour en chambre stérile se poursuit, ils comptent les jours avant qu'elle ne sorte, avant qu'elle ne soit plus radioactive, avant que son cancer régresse, avant qu'elle puisse enfin se blottir contre lui, tout simplement, peau contre peau, cœur contre cœur dans le silence.

* * *

Dans son sac, un goûter, des crayons de couleurs éparpillés, un paquet de mouchoir, sa trousse et ses affaires d'école et un carnet de mots. A sept ans sa collection est déjà large, avec "ekcellent", "amboulatoire", "roconnéssance", "de guingois". Son orthographe est créative mais phonétiquement juste, son écriture tient entre les lignes qui la contraignent, il n'y a aucune rature. Au fil des jours, il recopie de la rue, note à l'oreille, ferme les yeux et savoure le goût de chaque syllabe et voyage que ses mots lui procurent. Grâce à eux, sa vie se colore d'univers "aimprévus", d'aventures "rokambolsaisques" et de rêves "extraodinères".

* * *

Elle passe sa journée seule, sans enfants ni corvées ménagères. Semi-allongée, fenêtres ouvertes et le vent qui caresse doucement son corps songeur. En face d’elle, une radio dont elle laisse la musique lointaine imprégner la pièce, et sur un fauteuil une valise. Blanche, un peu usée, le genre de valise qui a une histoire racontée par les parents la larme à l’œil. Elle n’y touche pas mais la regarde souvent, comme attirée par l’objet inerte mu d’une puissance contre laquelle elle lutte passivement. Elle avait décidé de lui donner un coup de neuf, la veille, à l’aide de torchons et de recettes de grands-mères, et, chose faite, l’a laissée dehors plutôt que de la ranger dans le noir et l’oubli. Ce matin, dans le silence inhabituel qu’elle a savouré les yeux fermés, dans son lit, longuement, comme si se lever briserait le charme presque inattendu de sa solitude, la valise l’attendait, unique compagnon de cette journée silencieuse.

* * *

"Asseyez-vous". Il fait sombre dans la pièce. En son centre, un tabouret de bar noir sous un éclairage digne d'un plateau de cinéma, posé sur un tissu gris foncé. Je suis un peu nerveuse. Lui aussi, enfin, je ne sais pas, son expression est indéchiffrable mais ses mains tremblent. J'avance lentement, mon corps quitte l'ombre pour entrer dans la lumière blanche et crue. Mes poumons cherchent l'air, mes yeux s'efforcent de ne pas cligner. Je me pose, raide, mains sur mes genoux, tête droite. "Ne vous inquiétez-pas, ça ne fera pas mal". Il a un petit sourire complice. J'aimerai avoir un verre de vin dans mes veines. Il se détourne, ses gestes silencieux et mesurés, et reviens vers moi un appareil photo bien en main, l'énorme objectif tendu vers moi. "On y va".

 

 

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Valentine Sisters ((tag :thankyou))

14 février 2011

Yes love is about the 365 days of the year. 

Everyday, every second. 

Today is for you : today is for my tribe of good girlfriends out there who listen when I need a sympathetic ear, who shed their tears on my shoulder when they need comfort, who share drinks and sillyness and laughter.

I love you because of everything you are, because of the joy you are in my life.

I love every moment, every second, with you or apart, things are more tasty, music more vibrant, life is more beautiful because you are… There… Somewhere…

You are happy, sad, in good health, sick, hopeful or hopeless, but always you shine.

You are in France, you are in the Netherland, you are in the USA, in Greece, Italy, you are all over the world, time is not always our ally, some phone calls in bed are with you going to sleep and I waking up. You are next to me, on twitter, facebook, on the phone, via regular or digital mail, we toast in pubs or via chats… 

Hey you sisters, I love you.