Les cheveux noirs épars en nuage sur ses épaules, comme des fils gonflés se chamaillant l’espace, elle va et vient dans sa chambre trop petite.
Ses pensées bourdonnent comme des abeilles en guerre. Des guerrières blessées et perdues en manque d’ennemis à combattre. Prêtes à piquer, prêtes à mordre comme les guêpes. Au bord de devenir ce qu’elles ne sont pas et de s’entretuer si on ne les lâches : si on relâche l’espace, elles le libéreront, pour offrir le silence, le vide, la place de construire autre chose.
Ses yeux sont noirs aussi. Ils s’enfoncent au delà des murs de la chambre, de la pluie dehors soutenant des nuages sombres. Ses yeux se posent et voient, ils sont les seuls à savoir.
De sa colère triste, une rage nait d’où elle tient sa survie.

Éparse
17 février 2013
Paix
10 février 2013Sa chevelure inonde les draps alors qu’elle se repose lentement en arrière. La lumière rase sa peau, épousant son corps.
Sueurs.
Un soupir retombe.
Il s’entrelace à ses doigts et son bras et ses hanches, s’emmêle à ses cheveux, son odeur, rejoint son sommeil.
L’été résonne par delà le vent dans la fenêtre qui se faufile entre les voiles pour se perdre sur les murs. Les fleurs bruissent en murmures. Doucement.
Il reste un peu de temps, encore, avant les cascades dans les escaliers. Il faut se dépêcher au repos, avant que les enfants ne reviennent.
Le souffle s’apaise.

Envol
9 février 2013Elle s’élance comme dans un élan vers le ciel. Les yeux noirs penchés, le sourire de guingois. La main en arrière afin qu’il la rattrape.
Il aspire à s’envoler avec celle qu’il sait si bien lire, dont il aime la lumière aussi légère que ses pensées sont lourdes.
Ensemble, ils s’équilibrent.
Ensemble, ils sont sourds tant ils s’écoutent.

Mécanique
7 février 2013Elle tricote et détricote, elle détricote et retricote, elle réfléchit en mode structure jusqu’à ce que les mots s’en mêlent et s’en lassent à s’y perdre.
Un mot lui manque qu’elle cherche au bout de l’ongle, sur la lèvre, en mordillant.
Son doigt s’enlise dans ses cheveux, son esprit s’attarde et prolonge l’instant de l’oubli.

Les maux des mots
3 février 2013Parfois les mots ne peuvent… Leur donner existence.
Parfois, les mots ne peuvent : leur donner existence, c’est admettre le présent.
Parfois seul le silence peut nous permettre.
Quel joli mensonge, quel joli cauchemar…
Il y a des mots, parfois.
…leur permettre de s’accorder à l’air, connaître le timbre de leur sens insensé qu’on ne saurait accepter. Avancer. Continuer. Aller d’un battement de cœur au suivant. Obliger les secondes, les semaines, les ans. Une résonance en chair, un instant griffé à jamais, une âme dénudée de voiles.
Il y a des mots, parfois, que l’on tait. Accepter leur résonance c’est autoriser qu’ils soient. C’est se lancer dans une course de fou avec un volant sur auto pilote sur une route aux tournants verglacés, c’est arrêter de réfléchir, être infiltrée de failles en incertitudes et se nourrir de peut-être. Les mots parfois sont des murs devant lesquels tout s’arrête.
Alors vient le silence. L’effacement du cœur, de l’âme et des sens. Tant que d’autres mots n’existent pas, le reste peut être. Tant que rien n’oubliait ce lien à en saigner, je ne pouvais que continuer.
Se voir imposer des mots en maux et devoir ensuite se taire parce qu’on a juré : j’ai promis.
Liées de mots de deux mots j’ai promis sur un mal allant sur des maux. J’ai du faire le pari du silence. A partir de là, ce qui est tû n’existait pas, le monde a continué ses tours sans que personne ne sache que l’axe était faussé : quel joli mensonge, quel joli cauchemar…
Avec des mots j’ai promis de taire des maux, et ensuite le silence, et ensuite l’absence de soi, l’absence d’échos devant l’à venir, arrêtée devant un ravin muet, je ne pouvais qu’attendre.
Parfois, tant que l’on ne dit rien, les miracles sont possibles.
Jusqu’au jour où l’on ouvre les yeux, enfin. Avoir huit ans, sous sa couette, là derrière l’ombre se cachaient les tragopans, Mélampus, les catoblépas et leurs regards fatals, les sirènes et leurs chants mél-odieux…
Quel joli mensonge, quel joli cauchemar…

Title ist opcional
24 novembre 20121.
Elle nous avait donné des instructions.
La journée avait été belle, ensoleillée.
La première fois, nous n’avons pas obéis.
La seconde, nous avons prié.
2.
Vous l’avez rencontré au gré de la ligne 8
Le lendemain, vous mettez une annonce sur internet, le cœur battant d’un espoir de miracle.
3.
Mais la vérité c’est qu’il n’y a pas de miracles, simplement des hasards perdus vers la lumière.
4.
Il n’ira pas sur ce site car il ne va pas sur ce genre de site, et pourquoi la raison dévierait-elle de sa routine habituelle et rassurante ?
Elle vous redemandera encore et toujours de damner votre âme, parce que la sienne est enfermée dans un tiroir et que « business is business », comme si l’on arrêtait de respirer, de ressentir, comme si sa valeur d’être humain restait au pas du sas des bureaux.
5.
« It’s not personal it’s business » c’est toujours et encore du bullshit, parce que le business n’existerait pas sans les humains derrière (oui « humain », parce que, dans « hommes », on oublie les femmes et que sans elles there’s nothings guys).
6.
Tu écris un texte en franglais parce que ce soir tu es so tired, et que, en general, no hay un language por si solo qui se fait la war in deinem Kopf. Ca c’est la fucking verdad il mio lettore.
7.
Les instructions sont là. Le rêve est là. Les miracles sont invisibles, mais je crois qu’ils existent. Pour le reste, on connaît la fin de la pub.

Les Crèmes Fleurettes
10 novembre 2012Elles s’énervent, se regardent sans se voir tant elles se connaissent. Elles s’aiment, se haïssent, elles ne savent plus. La vie est devenue indispensable, le souffle, la présence l’existence et la persistance à être. Les années à flétrir le temps, les saisons à regarder par la fenêtre, les étés trop froids, les hivers trop long, les automnes si inconsistants, les printemps… ah, il n’y a rien à dire du printemps, elles s’accordent sur la sève qui fouette. Et revient la lumière, les jupes, les hommes, les terrasses en soleil. Et revient l’espoir d’un autrement.
A neuf ans, Mariette est tombée sur le chariot des desserts à la cantine de l’école, Jean s’est moquée d’elle. Huguette l’a aidée à se relever, lui a prêté son chandail. Depuis, on les appelle les crèmes Fleurette.
D’années en années, les vitres semblent plus ternes, moins propres, plus floues. La lumière peine, leurs yeux s’éteignent et le monde rapetisse. Le souffle court, elles se souviennent. Hier n’a pas d’importance, hier elles étaient vieilles. Mais un jour, elles le chuchotent comme un secret inestimable, un jour elles étaient belles. Le jour était doré et rose et sentait le pin, leurs chevilles fines sonnaient l’appel, battaient la mesure, attendaient de grandir, de s’affranchir.
A quatorze ans, Huguette a eu ses règles en cours de français. Elle était une tardive, elle n’était pas préparée. Jusque-là sa mère avait beaucoup rougit et surtout peu dit, même si Huguette savait l’essentiel. Mariette a glissé ce qu’il fallait sous la porte des toilettes et est allée chercher ses affaires de gym en dépannage.
Elles s’ennuient, s’insupportent, elles se connaissent trop. Tous les jours les mêmes poussières dans leurs conversations, elles ont l’impression de respirer du sable. Les lattes grinçantes du couloir menant à la cuisine. Chacune sa chambre, un salon, une salle de bain équipée pour l’aide qui vient tous les deux jours. Leurs enfants ont trouvé que c’était bien, cette absolution en huit clos interminable, dans le brouillard de l’ennui des jours. La surprise serait qu’elles se surprennent, l’inattendu serait que l’une meure avant l’autre. Ce qui tuerait l’autre, que de s’être faite dépassée.
Au troisième convolage de Mariette, Huguette lui a fait juré que ce serait le dernier. Elle-même ne se posait plus la question, son mariage était devenu une routine rassurante, avec défiscalisation de leurs valeurs ajoutées et délicalisation de leur sommeil. Mariette a ris et terminé sa flute de champagne d’un trait. A soixante-cinq ans elle avait autant de mentons que d’époux.
Aujourd’hui elles n’ont plus d’orgasme, chaque hoquet pourrait les briser en petits morceaux de squelette gris et dévitalisé. Petits pas couronnés de blanc, même manteau couvrant des courants d’air, le parapluie jamais loin. Elles s’écoutent sans s’entendre, s’attendent en s’écartant d’un mètre, quelques centimètres devant, il ne faudrait pas être trop docile, la première arrivée a gagné. Elles boitillent en béquilles, clac clac clac, petits pas, petits clacs, petites peurs. Le trottoir est si long, le parc est à cinquante mètres, c’est si proche qu’en plissant bien les yeux on le voit, s’est si loin que chaque pas est une victoire. Clac de la béquille, clic du sac à main contre les boutons du manteau, clanc du dentier.
Elles s’aiment ou se haïssent, elles ne savent plus.

Chaque instant
22 octobre 2012C’est une histoire d’étages, de mots, d’envies sourdes qu’on n’entend pas, c’est l’histoire de pouvoirs abusés et de caprices orgueilleux, l’histoire de la guerre d’une journée, une histoire comme toutes les autres, celles dont on a clôt les chapitres et celles que l’on aimerait écrire, qui racontent une fatigue campée et refusant de bouger, accompagnée de cette lassitude de devoir changer, désabusée, pourquoi encore, pourquoi moi, j’ai tant voyagé pour me trouver, j’aimerai m’arrêter, et pourquoi encore, toi, pourquoi ne voyages-tu pas, toi qui n’as pas collé ton front contre les volcans d’incertitudes ou pris les armes pour défendre ce que tu es, qui tu es, et surtout vers qui tu te construits, en sérénité hors des sentiers et des habitudes ; toi qui me racontes ton histoire à travers des sourires aux dents trop blanches qui m’effraient tant elles semblent avoir emprunté leurs éclats aux froideurs des glaciers, tant au fond de tes yeux je lis cette peur tapie au fond qui ne fera jamais surface mais qui guide aujourd’hui tes gestes et tes craintes liées à demain, c’est l’histoire d’un volcan et d’un glacier qui ne pourraient prétendre, s’attendre à s’entendre ni se comprendre.
Dans l’immeuble d’en face des caméramans tournent encore le même film. Ils se font plaisir.
Que pourrais tu bien te raconter, pour rassurer tes heures ombrageuses… le savais-tu, il paraît que lorsqu’on aime chaque instant est un présent, les hommes et les dieux ne peuvent rien, contre les histoires d’espoirs racontées sur une plage noire qui nargue le ciel et le temps, un mirage dans lequel tu sombrerais et vers lequel je m’évade, les yeux dans des bleus aux reflets vert lumineux.
Nous restons devant les mêmes paysages, chacun à notre étage, nous regardons les ombres des nuages jouer avec les façades aux reflets changeants.
Chaque instant que je vis est bien présent, ancré à en mordre ma chair, viendra bien le temps de regarder en arrière où tu resteras campé dans ma fatigue et les cernes en regrets.
Et si hier perdait ses lendemains, et s’il n’y avait plus d’été, dans les fumés du volcan d’un glacier oublié, nous serons ainsi restés, chacun en manque de devenir.
Le Dernier Présent – Alexis HK
Que pourrais-je bien te raconter
Pour rassurer tes yeux ombrageux ?
Il parait que le monde va s’arrêter sous peu
Il parait que le ciel ambitieux
Produirait trop de superstitieux
Il parait que les hommes et les dieux
Ne savent plus faire l’univers heureux
Chaque instant comme dernier présent
Quand on sent que sombre est l’avenir
Chaque instant comme dernier présent
Quand je sens la peur de l’heure de partir
Que pourrais-je bien te raconter
Pour rassurer tes yeux ombrageux ?
Ça me fait du bien de te parler
Tant que nous sommes ici tous les deux
Chaque instant comme dernier présent
Quand on sent que sombre est l’avenir
Chaque instant comme dernier présent
Quand je sens la peur de l’heure de s’enfuir
Nous irons vers le prochain été
En caressant les beaux souvenirs
Le temps que le temps pourra prêter
A nos enfants pour les laisser rire
Chaque instant comme dernier présent
Quand on sent que sombre est l’avenir
Chaque instant comme dernier présent
Quand je sens la peur perdre ton sourire
Alexis HK « Le dernier présent »
Sortie officielle le 17 octobre 2012

A new Kill-Kim à savourer
22 octobre 2012For the image and the text, click here : http://www.kill-kim.com/galerie.html
Les francophone sont plus que bienvenus par ici : http://www.kill-kim.fr/galerie.html

Flots
10 octobre 2012
J’ai vu le ciel se renverser autour de ma tête et l’eau noire précipiter sur moi ses profondeurs glacées, j’ai embarqué un frêle esquif et bravé les eaux, mon regard plongé dans l’horizon mouvant au gré des courants et des bourrasques.
Mon équipière accrochée à la barre, j’ai viré de bord et empanné, tirant la voile au près du vent, les yeux rivés sur les penons et les doigts crispés sur l’écoute en doublon des taquets. Ses yeux à elle tenaient le cap, il n’y a jamais de chemin droit en mer, la route la plus sûre reste invisible, incertaine, et surprenante de détours aux savants calculs.
Nous avons volé sur les flots, la carène osant à peine s’ancrer à l’eau, nous avons souri aux nuages immenses percés de lumière, à ces ombres éblouissantes et basses nous rappelant à la fragilité de nos existences. Assises et trempées de pluie, puis debout en trapèze, le corps entre ciel et terre, pieds sur la coque et culs frôlant l’eau sombre bordée d’écume, nous avons joué avec l’apesanteur, à l’écoute de chaque frémissement et prête à réagir, lâcher ou retenir, glisser de bâbord à tribord en se plaquant au trampoline.
Il y avait une extase exutoire, et une contemplation partagée aussi, chocolat en main et les sens en vigilance du vent de terre irrégulier. Il y avait l’acceptation que les certitudes n’existent pas, que la vie va trop vite et qu’ici le temps s’arrête. L’air revient aux poumons, les questions disparaissent, le cœur s’apaise.
Faisant fit de mes peurs, je suis allée au devant de toi, Océan.
Image de Sylvain Lagarde http://mnemospection.com/blog/index134f.html

