h1

Lever

5 mars 2010

Il s'est levé.

Elle se roule en boule jusque la fenêtre, emmitouflée dans la chaleur de la couette. Le store ne tombe pas jusqu'en bas, elle peut apercevoir une parcelle de jour qui éclairci lentement les mailles du balcon. 

Elle pourrait rester des heures à regarder ce rayon gris perçant les nuages, tout en respirant lentement l'odeur de l'autre et le reste de ses rêves.

Il est encore là. Elle reste allongée. Elle déteste les matins tardifs où elle doit attendre son départ. Pour ne pas le croiser dans le couloir grelottant. Le regarder boire son café, prendre sa douche en même temps que lui s'habille.

Elle aime avoir ses levers pour elle.

S'étirer voluptueusement dans le silence, choisir son rythme. Quitter le monde de la nuit, prendre le temps du réveil et accueillir le jour petit à petit. La radio qui baille avec elle devant un café, les chaussons qui traînent au sol, le bouton sur le front qu'elle regarde d'un air interrogateur. 

Il part tôt, d'habitude. Sa voiture l'attend en bas, dans la rue un peu givrée. Elle ne démarre jamais tout de suite, crachote et tousse tandis qu'il frotte ses mains et pousse le chauffage.

Elle, elle travaille à côté et ne commence qu'à neuf heures. Ensuite, elle attend sur sa chaise qu'on veuille bien lui acheter un crayon, une revue, un livre ou du canson. Ses journées sont calmes, sauf en septembre et à Noël.

La boutique ouvre plus tôt, à sept heures. C'est le gérant insomniaque qui s'en charge. Il gère les clients pressés qui viennent se procurer les nouvelles du jour. Puis, quand elle arrive, il part se coucher. Son lit est froid et il y tombe lourdement, encore habillé et les doigts noircis de l'encre qu'il a vendue. Il resurgira pour le déjeuner et elle pourra prendre sa pause. Grignoter un petit quelque chose sur son canapé en regardant la télé.

Les matins sont lents. Les après-midi sont plus animés, mais le gérant est avec elle. Ils se partagent les clients. Elle prend les étudiants en passe de manuels, il se charge des mères angoissées, inquiètes. Il les bouscule un peu, parle plus fort qu'elles en prenant des allures de dictateurs d'opérettes. Elles repartent les bras chargées de matériel, le portefeuille et le coeur léger. Rassurées et gonflées d'orgueil. Elles ont fait ce qu'il fallait, leur enfant ne manquera de rien, ce sont de bonnes mères.

Les étudiants sont moins compliqués. Certains savent déjà ce qu'ils veulent, un complément de cours, un essai compliqué ou une méthode que tous les autres, ceux qui savent, leur ont recommandé. D'autres sont plus désorientés. Ils ont une liste froissée à la main, ou cherchent un livre miracle, celui qui leur permettra de comprendre la matière. Elle leur parle d'une voix douce dans le parfum du papier neuf, ils consultent ensemble les étagères blanches où sont alignés les titres en rang de bataille.

Ses journées sont faciles. Elles coulent jusqu'au soir. 

Elle termine à six heures. Le gérant ferme à sept. Après quelques courses, elle retrouve l'appartement silencieux. 

Lui revient à temps pour l'apéritif, et là la parole vient enfin. Le rire aussi. Elle se blottit contre lui  et il laisse sa main se perdre dans ses cheveux noirs en lui racontant une histoire de boulot. C'est simple. Rien d'extraordinaire. L'Histoire ne retiendra rien de sa vie, certains la trouveraient vide et ennuyeuse, mais ça lui est égal, elle pense être heureuse et c'est le principal.

La porte claque. Il est enfin parti.  

Elle soupire longuement et repousse les draps. Une nouvelle journée peut commencer… le café, la radio, les chaussons qui traînent. La librairie et les étudiants, et le soleil enfin.

h1

Les yeux sans visage (traduction)

1 mars 2010

C’est moi et ce n’est pas moi.

 

Tu surfes sur le web, les enfants au loin, ton mari fait une pause des jeux olympique (…ton mari sommeille).

 

Tu surfes sur le web, te sentant désoeuvrée, sachant que tu devrais écrire, ou cuisiner, ou nettoyer un truc, mais surtout que tu devrais écrire. Tes doigts s’agitent convulsivement et tu as ce besoin en toi, cette exigence avide de mots. Sauf que les mots t’échappent, peut-être parce qu’ils sont trop effrayants ou trop tristes ou trop vrais. Peut-être parce que-ce que tu écris, tu l’as lu et relu jusqu’à la nausée et l’épuisement, au point de faire pleurer de l’encre à tes doigts.

 

C’est bien, parfois, de prendre du large par rapport aux mots. D’avoir la pensée vide, rien, d’avoir le néant pour univers. La maison vibre d’un silence suspicieux, tu a éteints la musique, il n’y plus rien à part le vent. Un vent puissant qui déferle sur la maison, les arbres, qui rend la lumière du soleil plus précise en poussant au hasard de lourds nuage noirs.

 

Tu sais que tu veux écrire à propos de lundi dernier. Le texte prend lentement forme dans ta tête, tu n’es pas sûre encore, est-il en français, en anglais? C’est un texte à propos de rencontre et de partage. Qui parle d’être assise sur un tabouret dans l’obscurité, avec une lumière tamisée soigneusement choisie. Qui parle de plonger dans l’objectif d’un appareil photo. Il y fait noir aussi, mais tu n’y cherches pas la lumière, tu cherches un oeil, tu cherches son regard. Tu n’es pas certaine de ce qu’il voit, de ce qu’il veut et tu ne sais pas quoi donner. 

C’est déconcertant. C’est intense, aussi.

 

Tu surfes le web à la recherche de mots et l’image surgit violemment devant toi. Te saute dessus. Non, ça, ce n’est pas toi, n’est-ce pas?

Il y avait eu un premier résultat, pur, bleu, lumineux, et déjà c’était toi sans l’être. Tu l’avais reçu par email, elle avait été envoyée avec soin. Tu étais prévenue de son existence. Une nouvelle fois, tu étais déconcertée, mais finalement tu as réalisé que tu appréciais le résultat, et même que tu l’aimais vraiment.


Tu étais prévenue qu’elle existait quelque part, cette image de toi, et  qu’un étranger, un artiste, était penché dessus. Tu as cherché son travail sur la toile et tu as trouvé des choses que tu aimais beaucoup et d’autres moins. Tu es allée sur son facebook, son flickr, tu aurais dû trouver l’image plus tôt.

 

Aujourd’hui tu atterris sur son blog, tu tombes sur toi étalée en pleine page d’accueil. Ce morceau de toi est apparu violemment sur l’écran, sans s’annoncer et déjà âgé de quelques jours. L’image était inattendue de plus d’une façon, tu la reçois comme un coup.

 

D’abord tu la rejettes, tu la déteste. Elle n’est plus cliniquement immaculée, et elle pleure de l’encre. Puis, tu as réalisé qu’elle ne t’appartenait plus. Tu l’avais donnée à quelqu’un, et ce faisant tu y avais renoncé. 

Tu n’es pas certaine de ce que tu en penses encore. Cela prendra peut-être du temps (et peut-être que tu l’apprécies terriblement, finalement). Cela demandera peut-être de rencontrer cet étranger qui ignorait la tristesse de tes mots, et qui ne sait pas à quel point son travail et celui de son [associé] t’a rendu justice aujourd’hui.

Crédit photo : Tanguy de Montesson et Gilles Billian

h1

The eyes without a face

28 février 2010

24151_334494224080_534264080_3

 

It is me, and yet it isn’t… 

 

You’re surfing the web, your kids are gone, your husband’s taking a break from the Olympics’ (… your husband’s asleep).

 

You’re surfing the web, feeling idle, knowing you should be writing, or cooking,  or cleaning something, but more that you should be writing. Your fingers are twitching and you have this want in you, this hungry need for words. Except that the words escape you, maybe because they are too scary, or too sad, or too true. Maybe because this that you’re writing, you’ve read it over and over to the point of nausea and exhaustion, to the point where your fingers cry ink.

 

Sometimes, it’s nice to take a break from the words. To think empty, blank, to think white. The house is suspiciously silent from the lack of children, you turned the music off, there is nothing left but the strong wind. A wind forcing itself on the house, the trees, making the sun’s light sharper by bringing dark clouds randomly under it. 

 

You know you plan to write something about last Monday. It’s slowly forming itself in your head, you’re not sure yet, is it in French, is it in English? It’s about people and connecting. It’s about sitting on a stool in the dark, with well chosen light, staring in a camera lens. It is dark in there too, but you’re not looking for light, you’re looking for an eye, for his eye. You’re not sure what he sees, or what he wants, hence you don’t know what to give. 

It’s unsettling. It’s powerful as well.

 

You’re surfing the web, trying to make the words come, and then it hits you. This image, that is definitely not you. Or is it?

There was a first result, pure, white, blue, already it was you and it wasn’t. You’d received it by email, surrounded by care. You were warned it was there. You were unsettled, again, but found that you liked it, and then that you loved it.

 

You were warned it was there out in the world, and that a stranger was working on it. You looked for his work, on the web, and found things he did that you liked, and others that you didn’t. You went on his facebook, on his flickr, you know how to work the web, you should have found it sooner. 

Today, you hit his website, and found a part of yourself on the home page. 

This image, this piece of you came violently on the screen. It was unannounced and a few days old. It was unexpected in more than one way. It was a shock.

 

You hated it, at first. It wasn’t immaculate anymore, and it was crying ink. And then you realized it wasn’t yours to own. You had both given it to someone and given it up. 

You’re not sure what you really think yet, it might take a while, (but maybe you do like it terribly). It might take meeting the stranger who didn’t know how sad you were with your words, and how true both his work and that of his partner were of you today.

h1

Elle a un carnet rouge

23 février 2010

Elle a un carnet rouge.

Assise dans le métro, dans l'inconscience de ses secousses. Il la regarde écrire, de loin. Admire son front penché, la mèche de cheveux qu'elle mordille, vieille habitude prise lors des cours de philo, sur les bancs de l'école en Terminale. Elle passait un bac littéraire, le bac des rêveurs humanistes refusant de mettre le monde en équations. Huit heures de philosophie hebdomadaires, et systématiquement une mèche de cheveux entre les dents. Malgré les douces réprimandes du professeur, il n'y avait rien à faire. 

Maintenant elle écrit. Dans les cahots du métro, sur un banc, partout. Sur son carnet rouge. Et aujourd’hui, il la regarde. 

En général elle se laisse écrire des amours romantiques, son sourire accompagne le dénouement héroïque des aventures de ses amants déchirés, séparés, réunis…

Son stylo court sur les pages. À vive allure. De son siège, il admire son écriture qu'il ne voit pas très bien, mais il aime la façon volontaire dont elle mène sa plume. Pour une fois elle change de registre et écrit un poème. Un poème de pluie et de soleil, la mer contre les rochers, la plage embrumée, les roses du jardin et leur parfum enivrant.

Elle se penche très concentrée sur ses lignes, ajoutant au plaisir des mèches celui de mordiller un peu d'ongle et de capuchon. Pensive. À la recherche du mot, de la magie du rythme et du chant des rimes.

Il faudrait détourner le regard, le poser ailleurs. Il est fasciné, presque jaloux de son absence. Il aimerait qu'elle lève la tête et le remarque. Connaître le son de sa voix et la couleur de ses yeux… Une force l'empêche de se lever, l'oblige à regarder, consumé par son front, sa mèche, ses mains et le stylo qui vole, qui galope, s'arrête brusquement et rature, biffe, efface, butte sur un mot, une phrase, une idée perdue en route, et repart de plus belle.

Sa main se crispe soudain. Elle s'immobilise toute entière, la plume arrêtée sur le carnet. Elle reste les yeux baissés, transpirant légèrement.

Quelque chose en lui se met à trembler. L'oiseau effrayé va partir, il ne le reverra jamais. Il ne saura jamais ce qui est écrit sur ces pages. Il doit savoir, connaître les secrets qu'elle y a déposés, lire ces lignes qu'il l'a de loin vue tracer.

Le métro s'arrête. Elle s'enfuit comme une voleuse, serrant son sac contre elle, le sac au carnet rouge. Il est là, dedans, à l'intérieur. 

Il doit savoir il doit savoir il doit savoir, il s'élance derrière elle, derrière sa nuque et ses cheveux ondulants, derrière son parfum unique et sa démarche pressée et gracieuse. En lisant le carnet, peut-être pourra-t-il atteindre une parcelle de son âme, comprendre ce mystère qui l'obsède maintenant tout entier. 

Elle freine brusquement, à la recherche de la sortie. Pris dans son élan, il la bouscule. Plonge dans ses yeux noisettes dilatés de surprise.

(… vieux texte à réinventer)

h1

Des cheveux fins et des après-ski

15 février 2010

 

 

Tu sorts de la voiture comme une fusée. 

Le monsieur qui vit dans la sienne est là, tu regardes à travers sa fenêtre avec curiosité. Il dort, la tête penchée sur ses ongles croisés, avec son manteau vert et son béret. 

Ta Grand-Mère n’a pas le temps de te rattraper. Tu t’engouffres sur le sentier à travers les arbres. Le parking est loin de l’école, il faut dévaler le chemin qui aboutit sur l’imposant parterre à gauche, devant la mairie. C’est un petit château classé entouré de pigeonniers, derrière lui la Marne, et à côté l’école, qui fut un jour ses communs.

Tu ne sais rien de tout cela, les arbres, la pelouse soignée, les fleurs, la jolie école, tout cela est normal, tout cela fait partie de ton monde.

Ton monde, le monde. Tant de choses à découvrir.

L’enfant qui tient ma main vole à ta poursuite, un peu hésitante. Elle aussi a envie de courir dans la neige, de virevolter en riant. Elle te suit avec prudence, elle n’a pas décidé encore.

Il y a peu de temps, elle aurait marché à petit pas en maintenant la distance entre ton manteau brun et le sien. Rose vif. 

Une tâche rose et une autre brune.

 

La directrice t’a pris par la main et t’a emmené dans chaque classe. Neuf fois, elle est entrée en souriant, un peu nerveuse, un peu crispée, très soulagée aussi.

– Bonjour, je vous présente votre camarade. Vous le connaissez depuis presque deux ans, mais aujourd’hui on va tout recommencer à zéro. Bonjour, je vous présente un nouvel ami, il est gentil, il a envie de se faire des copains.

On efface tout et on recommence.

Ta Grand-Mère n’a pas le temps de te rattraper. Elle marche comme elle peut, avec son amour immense niché au chaud entre son écharpe et son manteau, elle t’emmène le matin, vient te chercher le soir, elle fait le lien entre ta famille, les médecins, les psy, l’école, les autres mamans, la mairie, ta Grand-Mère est le centre du monde. 

Tu ne sais rien de tout cela, des inquiétudes, des larmes, des négociations. Son amour, sa présence, ses mots d’encouragement, tout cela est normal pour toi. 

Tu plantes tes après-ski au milieu de la pelouse et tu lances ton bonnet en l’air. Tes cheveux fins éclaboussent ton visage et tu écartes les mains en riant. A côté de toi, une tâche rose marque la neige aussi. Ses pas n’osent pas encore croiser les tiens mais son rire rejoint ta joie.

Vous vous tournez vers le portail, vers la grille. A l’intérieur, les enfants jouent déjà, on entend leurs cris. Il ne reste qu’une ligne droite. Vous vous élancez, tu ne ralentis pas, tu ne vois même plus ce qui fut ta bouée en métal, hop, un crochet pour un bisou et tu disparais dans les jeux bruyants de tes camarades. 

Mon enfant fait demi-tour, s’agrippe fougueusement à moi et repart tout de go. A son tour, elle devient une élève comme les autres. 

 

Je suis un moment ma tâche rose des yeux, comme ta Grand-Mère suit la sienne, ton blouson brun et ton bonnet bleu. Nous repartons, à petits pas, avec précaution. Avec un sourire timide dans la neige silencieuse. 

h1

The phone call

14 février 2010

 

It was only a couple months ago, when a mother made me cry.

It is my last day here, at work. I count trucks, I answer phone calls, I fill in charts. It’s pretty boring, but there is a pay check at the end of the month. 

I’m not really good at keeping a job. Not that I don’t work well. I show up, I do as I’m told. I blend in, I’m invisible. I guess I’m so good at making myself forgotten, people don’t miss me, once I’m gone. The temp agency already called me this morning. I’m to fill in for a maternity leave in a billing department, for a big insurance company. It’s a little closer to home, it’s slightly better paid, I think they did me a favor. No client of theirs ever complained about me. 

Except two months ago, when I cried at work. I cried at work, I cried in the subway, I cried in my car coming back from the supermarket. 

I don’t know how it started. I don’t know why. I have an older daughter, she’s seven, she’s never been a problem. She’s like me I guess, she’s nice and polite and behaved. Her grades are good, her friends are average, her teachers probably forget her from one year to the next.

My son, he’s different, he is smart and beautiful. 

My son, I don’t know what’s wrong with him. 

Until he was three, I never had any complaints. His nanny was a nice woman who looked after him and two little babes. He was the oldest, maybe he ruled over them a little. I guess he didn’t play much with them, they were too little. Maybe her house was his kingdom, and it was normal there, it was normal that he was better than adults at chess and other old board games. When you play on a board, your head is bent down. You don’t have to look at the person facing you.

His first year of school, it was hard. Not a week went by without having to defend him in the headmistress’ office. My son is not a mean child, my son is not violent. He would never hit girls. He would never refuse to cooperate. He would never know how to manipulate other children.

I couldn’t hear it, I refused the words, the way she looked at me with her silents questions and judgements. 

I do not hit my son. I am not hit on by my husband. 

That’s what she insinuated, with her silences and her watery eyes goggling me with annoyance. She started to hate me, and my child, and the problem we created in her school.

I, I was beyond hating her, for the guilt, the pain, for the words.

Slowly, I realized that all her words weren’t lies, and that my son wasn’t the same boy I knew than the one that went in her school. And I got depressed and lost my job, and I started temping.

Yet I hoped things would be better this year. We still wouldn’t take him to see a specialist, but he started karate. He was taught all about honoring his opponents and respecting others.

Then the letters started coming, from different mothers, one, two, three… Every week, a different one, for a different girl. This time, the words weren’t said to my face, they were written to the system, photocopied to me and sent by postal mail. Angry incoherent words read by many eyes, that burned my heart with pain and guilt and shame. 

And the last one came…

The last letter was a work of art. A work of worry, with well chosen phrases as precise as a scalpel. There was no anger, no confusion, just cold worried facts, a reminder of the law and a warning : once more, and we’ll go to the cops. 

It was a letter telling the story of a boy who hit a girl, a boy who put his hands around her neck and squeezed. A boy who manipulated other kids : you hold her like this, and I’ll hurt her. The words told the story of a horrible stranger and yet the stranger was my son. 

Your son needs help, your son must have the help he needs, your son deserves to become a balanced young man who respects girls.

That’s what the mother said, with her chiseled ways.

The system took over. 

Nowadays, every week, he sees a child psychiatrist, a psychomotor specialist, a teacher for « special kids », he’s had his IQ tested and had a whole psych evaluation.

My son is smart, very smart, but until two month ago, my son didn’t know how to play. He didn’t understand how kids in his class played, what were their rules, he felt excluded and he hit them.

Today, my son runs to school and laughs. There is still work that needs to be done, but already he is a changed little boy who know what it is to be carefree and to have friends. Already, he is on the path to freedom and happiness. 

Today, I can breathe, I can relax. And maybe who knows, people from my next job, they’ll see me and remember that I am there. Maybe they’ll want me to stay a while.

 

This mother, she made me cry. I think she saved my boy.

But I will never tell her. She tried to call me just now. I recognized her phone number from her letter, it hurt me so much I know it by heart, and I hung up on her. 

h1

Train

3 février 2010

Assise au bord du siège, contre la paroi du train, elle sort de son sac un trousseau de clé, un paquet de mouchoir, des pastilles pour la toux, quelques papiers chiffonnés.

Elle fouille.

Elle fouille, elle ne trouve pas. Ses sourcils se froncent, des sourcils aussi noirs  que ses cheveux. Leur masse brillante est retenue à la diable par des pinces et quelques mèches s'échappent. Elles volent autour de sa tête, caressent ses joues pâlies par l'hiver.

Ses mains s'agitent discrètement, plongées dans ce grand sac sans fond posé sur ses genoux. Elle se tient droite, les jambes serrées et les pieds en pointe pour offrir une plate-forme stable à ses affaires.  Au sac, aux mouchoirs, aux clés, aux pastilles. Aux papiers aux allures de chiffon qu'il ne faudrait surtout pas faire tomber.

Elle continue à fouiller, les lèvres en plis, le front tendu, les coudes aux corps qui veillent à ne pas déranger ses voisins. Finalement, ses doigts fins extirpent un long étui rouge, en cuir. 

Elle soupire, y range ses lunettes, allume son ipod et ferme les yeux, la tête contre la vitre du train.

h1

La plage aux grains de café

28 janvier 2010
P280110_19

Te souviens-tu de nos promenades sur la plage aux grains de cafés? Elle était plus isolée que les autres. Elle était moins mondaine, moins peuplée. L'atteindre était difficile. Le sable granuleux refusait de devenir fin et blanc, il collait en mosaïque à nos pieds, chaussures, ou sacs. Il semait ses couleurs salées dans nos affaires, exaspérant nos mères, nous exaspérant plus tard lorsque nous sommes revenues avec nos enfants. Eux aussi ont du se rincer dans une bassine tiède avant de gagner le droit d'entrer dans la maison. 

Il n'y avait pas vraiment de parking. Il n'y avait pas vraiment de route. Sur le flanc de la colline, attirée par le vertige de la falaise, le vent nous poussait vers la mer fracassant les rochers. A gauche, la sécurité de la terre et du roc. A droite, fougères et ronces surmontant le vide. Nous marchions doucement, notre pas sûr de précautions et d'adresse, notre corps n'oscillant jamais plus que nécessaire.

Depuis, ils ont bétonné. Ces agriculteurs tournés vers la terre, quelqu'un leur a démontré à force de chiffres que les plaisanciers ne se bornaient pas à encombrer leurs routes et effrayer leurs vaches. Les touristes dépensent de l'argent. Alors, aujourd'hui, je rejoins le sable de la plage aux grains de café en longeant la route. 

Le sentier que nous dégringolions existe encore, les jeunes s'y défient en riant. Heureusement pour moi aujourd'hui, une pente douce a  été aménagée et me permet de rejoindre ce sable jamais sec. Je me hisse sur un rocher, et je reste immobile. Je reste dans l'odeur du sel, dans le son des vagues. Souvent, les enfants de mes enfants ramassent des coquillages et les ramènent dans leurs chaussettes. Une fois rentrés, une fois rincés, ils feront des roudoudous, avec leurs mères. Ils caraméliseront le sucre, feront fondre du beurre, et rempliront leurs coquillages de ce mélange délicieux et brûlant. Ils les laisseront reposer sur le rebord de la fenêtre, attendant avec impatience de pouvoir y coller leur langue.

Sur la plage, les mères cherchent une autre sorte de coquillage. Nous aussi, nous sommes restées courbées dans le sable, fouillant le ressac à la recherche de grains de cafés. Ces coquillages minuscules, blancs striés de beige. Autour de nous, les pêcheurs du dimanche ramenaient des moules, des couteaux, des crevettes ou des coques. Nous étions peu à chercher ce coquillage, et nos récoltes étaient irrégulières : tant que nous en trouvions un, nous étions contentes. Nous ne parlions pas. Nous partagions ce silence coupé par le  chant du vent sur lequel s'harmonisaient les vagues et les mouettes. 

#

En donnant la vie à nos enfants, nous leur donnons la mort. Il n'est rien qui puisse y changer, nous même sommes dans notre propre course contre la montre, nous gravissons notre chemin vers une seule issue, vers l'absence, l'invisibilité du monde des vivants. Les croyants voguent vers un "autre chose" de meilleur et de lumineux, ou, selon les âges, de parfois brûlant et terrifiant.

… En nous mettant à la vie, nos mères nous ont condamné à mort. Les seules choses qui nous survivent sont les marques que nous auront infligées au monde. La plage aux grains de café sera encore là longtemps après nous. 

Je ne crois pas être immortelle à travers mes enfants, je n'oserai leur faire porter ce fardeau terrible d'être la continuité d'une pesante famille, aussi lourde que l'aube de l'humanité. 

Mes enfants ont des racines qui plongent profondément jusqu'aux entrailles de la terre. Ils les connaissent, les explorent, mais sont libres de s'en éloigner. Ils sont libres d'être qui ils sont et non ce qu'il faudrait qu'ils soient.

Mes enfants font partie de la vie qui palpite sur la terre, ils sont le vent du renouveau qui nous balaiera sur le côté sans regrets. Si je parviens à les libérer de nous, si je parviens à leur permettre de suivre leur propre chemin, alors j'aurai peut-être réussi à les sauver.

h1

Poem

24 janvier 2010

She looks upon the wind,

Eyes closed.

Salt on her lips, 

Waves crashing,

To neverness,

Her arms reaching out.

Storms are beautiful,

Alive.

She feels its power

It's strength pushing her

The edge is near, 

Her feet move, she lost control.

Stop.

Crushed against a rock,

Granite. Cold, anchored,

Immovable.

She's safe.

h1

Trying the post.ly thingy with a special Zoulou performance (and flat notes) :)

22 janvier 2010

This post.ly stuff is probably someone’s birthday present