Posts Tagged ‘français’

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Un drapeau, un symbole, une urgence

13 novembre 2009

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Parce que la terre ne nous attendra pas. 

Parce que je souhaite à mes enfants un héritage sain et non pas l’obligation de réparer nos erreurs. 

Parce que je veux qu’ils vivent et non qu’ils survivent.


… faites passer, faites connaître!


Reprise de l’info du site Climate Flag :

L’initiative de Climate Flag vise à promouvoir le lancement d’un drapeau aux couleurs de l’arc-en-ciel estampillé « CLIMAT », afin qu’ à l’instar du drapeau PAIX, il devienne un symbole universel pour alerter le grand public à l’urgence climatique.

À l’occasion du Sommet de l’ONU sur le climat à Copenhague en décembre, mais aussi parce que le changement climatique est désormais un enjeu majeur d’actualité, personne ne doit rester inactif. L’idée est plutôt simple : faire en sorte qu’un maximum de personnes, de groupes et d’associations s’approprient ce symbole, le diffusent, et l’utilisent dans leurs événements jusqu’à décembre. Il faut faire comprendre aux dirigeants politiques qu’un accord ambitieux et fort doit impérativement être signé à Copenhague, puis ratifié par tous les Etats. Nous devons tous agir d’un commun accord, l’Humanité a rendez-vous avec son avenir.

Pour l’utiliser, téléchargez le logo ici, et fabriquevotre drapeau, votre badge ou tout autre gadget pour le diffuser au maximum. Faites passer le message ! Le climat n’attend pas.

Pour tout conseil ou information, vous pouvez envoyer un mail à climateflag(a)googlemail.com

Sur facebook

Le drapeau aux couleurs de l’arc-en-ciel est un symbole international et universellement reconnu comme étant libre de droits et gratuit. Son usage en tant que drapeau de la paix « PACE » est tout à fait compatible avec les objectifs de ceux qui veulent mettre l’accent sur le climat et l’urgence climatique à l’origine de ce « climateflag ». Cette initiative est totalement gratuite et n’a aucun but lucratif.

 

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Z’auriez pas un job pour moi, M’sieur?

4 novembre 2009

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Nous nous appelons Ana, Blandine, Candice, Sandrine, Stephan et Saliou. Nous avons entre 30 et 56 ans. Deux d’entre nous sommes mariés avec trois enfants, trois fument quotidiennement, deux sont accros au « Mountain Dew« , et l’un – sans enfant mais avec des potes – possède une Picasso sept places avec plein de gadgets sympa. 

Nous habitons tous le 93, nous sommes responsables de projets systèmes d’information, analyste programmeur, spécialisée RH et gestion de carrière, hybride assistante de direction rêvant d’événementiel, responsable relation presse et communicante en interne ou en externe, c’est comme vous voulez m’sieur. Nous  sommes des « Cadres » au chômage en recherche sinon de l’âme soeur, au moins du poste idéal au sein de l’entreprise idéale pour un parcours et une carrière idéale (… avec… un salaire idéal…).

 

Nous avons passés trois jours ensemble répartis sur deux semaines. Nous avons décortiqués nos CV, relus nos lettres de motivations, nous avons simulés des entretiens et nous sommes beaucoup dit « parlez moi de vous… ». Nous avons écouté les projets des uns et des autres, nos parcours, nos craintes, nos doutes, nos souhaits et nos espérances. Nous nous sommes regardés, jaugés, critiqués, nous avons argumenté, soutenu, défendu, le ton est parfois monté, les mains s’agitant pour mieux soutenir nos arguments, le corps en avant contre la table, presque prêt à s’élancer pour mieux illustrer nos propos… Le corps parfois affalé au fond de notre fauteuil, en panne, en manque de café, de sommeil, en pleine digestion voluptueuse après un repas Libanais un peu trop apprécié. 

 

Quelques soient les raisons, toujours, nous nous sommes respectés, chaque prise de position se voulant constructive et positive par rapport à nos cheminements respectifs. Nous avons parfois déséspéré nos supers animateurs-recruteurs-consultants qui ont travaillé pour Accenture, Saint Gobin et des cabinets de recrutement prestigieux dont on ose à peine murmurer le nom, avec nos digressions, nos besoins de café, de thé, nos questions (im)pertinentes et nos éclats de rires. Pourtant, à la fin, ils nous ont trouvé assez dynamiques et sympatiques, pour des chômeurs-cadres-du-9-3 en panne de confiance et d’inspiration. 

 

Nous avons passé trois jours à l’APEC

 

Après le parcours Assedics/ANPE/non-maintenant-c’est-pôle-emploi/euh,-c’est-quoi-un-MBA-monsieur?, nous nous sommes retrouvés dans un cadre surprenant, où nos consultants comprenaient de quoi on leur parlait, et de quoi on ne leur parlait pas aussi. 

 

Des personnes qualifiées et dont le poste avait un sens. 

 

Ces trois jours sont terminés. Nous nous retrouvons chez nous, seuls à nouveaux, face à nos problématiques, nos questions, nos doutes et nos espoirs. Nous nous retrouvons plus forts dans notre solitude, car mieux armés et mieux accompagnés. Aujourd’hui, il y a facebook, twitter, nous ne perdrons pas contact, d’ailleurs, rendez-vous le 9 décembre pour les malchanceux qui ne seront pas en poste. On fera le point avec nos deux SuperConsultants, on se secouera mutuellement, et qui sait, peut-être que cette-fois ci on arrivera à tester ce resto, vous savez, M° Croix de Chavaux. A bientôt, et bon courage, donc!

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Une étincelle de verdure dans Paris

22 octobre 2009

C’est une surprise de verdure dans un quartier énervé de grues et de pelleteuses. 

 

D’un côté, rue de Belleville, des immeubles HLM habités sont entourés de filets de protection pour éviter que les plaques de revêtement ne tombent*. De l’autre, les travaux de consolidations des réseaux souterrains, qui anticipent sur le prolongement du Tram 3, éventrent le carrefour Porte des Lilas puis le boulevard Serrurier.

 

Le jardin se trouve au coin de la rue de Belleville et de la rue Haxo. Les plantes ont-elles chassée un immeuble ou une place de quartier? Mystère. 

 

Estampillé « Main Verte« , ce jardin associatif laisse une part de vie et de rêve dans des rues autrement désolées d’abandon (sinon humain, du moins financier).

 

Il est propre, soigné. Diverses espèces s’y épanouissent, leur bon voisinage égayé par des créations artistiques aux couleurs vives. Sur le gazon, deux chaises se regardent au-dessus d’une table de café et taquinent les tomates Coeur de Boeuf laissées là comme une invitation – à moins que ce ne soit une prise de position artistique. Ce rouge, parmi tout ce vert, c’est joli. Ca donne envie.

 

J’aurai aimé y entrer, admirer le travail et taper la cosette avec les jardiniers. Je ne suis restée que cinq minutes, dehors. Du mauvais côté des barreaux pour une fois, libre mais rêvant d’ailleurs. Cinq minutes d’enchantement au sein d’une journée autrement grise et enfermée.

 

/Merci/

 

 

* Je regrette de ne pas avoir pris la photo. Sur le coup, c’était un peu compliqué.

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Lucile.2 (Grandefousque)

6 octobre 2009

Grandefousque, Chapitre 2.2

Curieuse, Lucile était sortie de son lit. Désorientée, ses pensées flottants toujours dans le royaume des rêves, elle sentait à peine ses pieds nus contre la pierre rapeuse des escaliers. Elle n'avait plus qu'une dizaine de marches à franchir lorsque Poulpiquet, le valet de son père, s'était précipité dans l'entrée. Essayant de comprendre, elle avait regardé le petit être au corps tordu se battre avec obstination contre la lourde porte en bois aux portants en fer forgé. Le manoir disposait de plusieurs entrées, mais Lucile n'avait jamais vu cette porte ouverte. Poulpiquet lui avait dit un jour que personne n'en avait franchi le seuil après sa mère. 

Sa mère la portant dans ses bras, entrant dans leur demeure pour la dernière fois. 

Il y avait eu un grincement sinistre, les gonds avait enfin cédés et une bourrasque de vent glacé s'était engouffrée avec fracas, accompagnée de feuilles et de branches mortes. Clignant des yeux, Lucile n'avait d'abords rien vu. Puis, une femme était apparue. Elle avait discerné son ombre, une silhouette fine enveloppée d'un manteau et surmontée d'un chapeau marron, un sac sur le dos, d'autres dans ses mains. Pas de visage, quelques cheveux blonds et des lunettes. Elle s'était avancée de quelques pas et Poulpiquet s'était à nouveau débattu avec la porte afin de la fermer. Les sifflements de la tempête s'étaient assourdis, l'inconnue avait fixé Poulpiquet, la bouche sévère entrouverte, les traits figés et ironiques.

— Je vois qu'il a toujours son korrigan de compagnie.

Poulpiquet n'avait pas répondu se contenant de lever la tête avec défiance. Puis, il avait glissé un regard paniqué vers Lucile, réalisant enfin sa présence. De surprise — de choc peut-être? — les mains sèches de l'inconnue s'étaient ouvertes et ses sacs étaient tombés à terre. 

— Va chercher le professeur, avait sifflé Poulpiquet à l'intention de Lucile.

"Le professeur", pas "ton père", avait noté silencieusement Lucile. 

Elle avait tourné des talons, la petite fille en chemise de nuit, elle avait grimpé les marches jusqu'en haut, sous les toits, là où son père se réfugiait le soir près d'un feu lorsque le sommeil se refusait à lui, pour penser à sa femme morte tragiquement. Là où un portrait d'elle souriait encore et où l'odeur des roses imprégnait les tapis au sol. 

Après elle ne savait pas. Obéissant docilement, elle était retournée se coucher et s'était rapidement endormie malgré des éclats de voix. Elle aurait aimé rester et écouter, le manoir avait tant de coins sombres qu'il n'était pas difficile de s'y cacher, mais quelque chose dans le regard de son père l'avait presque effrayé. Comme une douleur animale, mêlée de peur et de colère. Elle s'était endormie donc, bercée par la tempête rageant autant dehors que dedans.

Et ce matin, l'inconnue avait disparu, Poulpiquet vaquait discrètement, presque trop efficace pour être honnête, et son père s'était enfermé dans sa bibliothèque. Elle pouvait l'entendre aller et venir, claquant les livres sur les tables, tournant les pages, à la recherche de quelque chose, une ligne, un mot, un secret qui se serait caché entre les pages jaunies de manuscrits qu'on ne trouvait nul part ailleurs.

Du moins, c'est ce qu'elle imaginait, toujours allongée par terre, son doigt traçant des cercles dans la poussière, son esprit luttant contre la musique assourdissante qui cognait sa tête. Ses pensées commençaient à divaguer vers des objets tels qu'un balai et une éponge… Avec assez de volonté, on pourrait peut-être remettre cette pièce en état… en lavant les vitres, peut-être qu'on y verrait plus clair.

Tout à coup, Lucile eu un sursaut. L'obscurité régnant n'avait rien à voir avec la saleté des fenêtres. Cette idée prit forme avec force.

Elle se leva et alla pencher la tête dehors. Un amoncellement sombre tournait lentement au-dessus de la forêt. Jamais le ciel ne lui avait paru aussi bas et menaçant. La cime des arbres semblaient pouvoir les toucher et l'air était si oppressant que Lucille eu du mal à respirer.

Papa va partir.


Pourquoi avait-elle pensé cela? Il y eu comme un déclic, comme une idée lumineuse, une évidence qui s'imposait en elle. Cela était déjà arrivé. Le ciel s'obscurcissait, Mélanie Nuage arrivait avec son panier de provision, son père et Poulpiquet disparaissaient une ou deux heures. Jamais très longtemps. D'ailleurs, le ciel ne restait jamais sans lumière de façon aussi persistante. En général, lorsque elle entendait le chant précurseur de Mélanie, tout était redevenu normal.

Comment ne l'avait-elle pas remarqué avant? Et pourquoi la lumière ne revenait-elle pas cette fois-ci?

    C'est l'heure des hirondelles

La gigoudine gigoudaine,

C'est la ronde des belles du ciel,

La gigoudine gigoudain.



Lucile dévala les escaliers pour aller à la rencontre de Mélanie.

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toile / canvas

27 septembre 2009

(English : scrolldown)

 

 

C’est rond comme un hublot. Comme une fenêtre sur le monde qui ne s’ouvre qu’à ceux qui veulent bien la voir.

 

C’est une toile, sur un chevalet. 

 

En face, un gamin de 6 ans. Un chevalier Zoulou sans peur et sans reproche qui ne lâche jamais son objectif. A six ans, il se fixe des objectifs et se donne les moyens pour les atteindre. Déjà, rien que ça c’est bouleversant.

 

Il y a quelques mois, c’était son anniversaire. Il avait été très gâté, la fée Myrtille était passée et lui avait offert des objets précieux avec lesquels il traçait déjà des lignes joyeuses et inspirée. 

Le Magicien Bassboy, lui était un peu en retard. Interrogés, M et Mme Zoulou avaient répondu un peu évasivement. « Un livre, ou un truc sur les Chevaliers, ça lui fera plaisir ». 

 

Et c’était vrai.

 

Ce sur quoi ils n’avaient pas compté, c’est que Chevalier Zoulou n’a besoin de personne pous se créer son univers aussi imaginaire que magique. A six ans, il sait déjà qui il est (et nous aussi, quelqu’un de chiant et de compliqué et d’immensément merveilleux, un enfant magnifique et ancré, à la limite de l’autisme et du génie. Bref, une personne.). 

 

Avec cette fenêtre, avec les moyens que le Magicien lui a donnée pour s’exprimer, Chevalier Zoulou a déjà crée sa première oeuvre. 

Celle-là, il va peut-être la garder. Il a néanmoins déjà exprimé le souhait de vendre les prochaines à une broquante, « pour faire de l’argent« , « payer les toiles« , et « donner de l’argent à sa maman« , qui elle, n’a pas de travail. (Bravo Maman!)

 

« 10€, c’est un bon prix? C’est un peu cher mais c’est pas cher? Peut-être que Papa l’aimera et achètera la toile, et comme ça tu auras l’argent et Papa aura la peinture? » (La notion de compte commun lui échappe encore).

 

En tous cas, il projette de créer de jolies tâches de couleurs, des portraits peut-être, ou des traits comme sa Grand-Mère.

 

*  *  *  *  *          *  *    *    *  *          *  *  *  *  *

 

 

It’s round like a porthole. Like a window on the world, that opens only for whom wants to see it.

 

It’s a round canvas, on an easel.

 

Facing it, a 6 years old. A Knight Zoulou with no fear nor regrets, who never lets go of his objectives. At 6, he already knows how to set goals and give himself the means to reach them. This, by itself, is breathtaking.

 

It was his birthday a few months ago. He’s been very spoiled.  The BlueberryJam faery had comme and given him precious tools with which he already drew joyous and inspired lines.

Magician Bassboy was a mite late. Upon interrogation, Mr and Mrs Zoulou had answered somewhat evasively. « A book, or stuff related to Knights, he’ll like that ».

 

And it was true.

 

What they had overlooked, was his ability to create his own magical and imaginary universe with no help but his own. A six, he already knows who he is (and so do we, someone overbearingly complicated, immensely marvelous, a magnificent and anchored child, on the verge of autism and genius. In short, a person).

 

With this window, with the means given to him by the magician to express himself, Knight Zoulou has already painted his first creation. 

 

This one, he might keep. But he’s already expressed the wish to sell his next ones at a yard sales, « to make money« , « pay for the canvasses« , and « give money to his mother« , who’s out of work.  (Nice work Mom…)

 

« 10€ (15$), it’s a good price? It’s a bit expensive but it’s not too expensive? Maybe Dad’ll like the painting a buy it, and you can have the money and Dad can have the painting? » (the idea of a shared Bank account eludes him still)

 

Anyway, he plans to create nice couloured stains, portraits maybe, or dashes like his Grand-Mother.

 

 

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Lucille (Grandefousque)

22 septembre 2009

Grandefousque, Chapitre 2. Première partie

Lucile entendait les chants. Depuis aussi loin qu'elle puisse se souvenir, elle avait été bercée par des voix qu'elle seule semblait percevoir. Elle rêvait souvent que sa mère lui parlait à travers la musique qui l'accompagnait en permanence, qu'elle n'était pas vraiment morte mais s'était transformée en notes légères qui veillaient sur elle. Parfois, c'est à peine si elle les entendait, elle devait tendre l'oreille si fort que son cou la lançait, et il lui semblait que la musique ne continuait qu'en elle. Lucile avait toujours su qu'elle était spéciale. Les quelques enfants qu'elle avait côtoyés ne semblaient pas avoir la même vie solitaire qu'elle. Ils avaient des amis, une grande famille, ils allaient à l'école et couraient à travers champs en riant à coeur joie. Ils ignoraient l'obscurité mystérieuse de la forêt, sa beauté envoutante lorsque des rayons perçaient à travers les branches, la surprise délicieuse qu'on éprouvait à découvrir une nouvelle clairière. La fillette qui vivait au coeur des arbres leur paraissait bien étrange, avec son regard vert si direct et ses long cheveux sombres. Elle était un peu trop grande, un peu trop mince… 

Lucille aurait aimé avoir des amis qui puissent la comprendre, mais les jeunes villageois était trop différents d'elle. Toutefois, malgré sa solitude, elle était heureuse et  n'aurait changé de vie pour rien au monde. Elle aimait parcourir la forêt à l'écoute de des bruits de la faune et du vent, sentir la mousse sous ses pieds, coller son oreille à terre et écouter les vibrations provoquées par les animaux. Elle était entourée de mille chuchotements rassurant, la nature lui prodiguait ses fruits et sa beauté merveilleuse. En réalité, Lucile ne se sentait jamais seule.

Elle sortait rarement de la forêt. Il suffisait qu'elle s'éloigne de quelques pas dans la plaine pour que le son s'éteigne. Sa poitrine se resserrait alors et elle ne parvenait plus à respirer. Elle ne parvenait pas à rester loin trop longtemps, il lui fallait tourner des talons, quitter Grandefousque et revenir. Sans les voix, sans la musique, tout lui paraissait gris et menaçant. 

Alors que Mélanie Nuage prenait le sentier menant vers la forêt, Lucile était allongée sur le ventre au milieu de l'une de ses nombreuses pièces vides. N'ayant jamais vu d'autre manoir, il lui paraissait magnifique avec ses trois escaliers et ses nombreux étages, ses quelques fuites au toit et les grincements du vent passant sous les portes. A force d'abandon, des pans entiers de la demeure avaient pris une odeur particulière, mélange d'humidité de rouille et de poussière que Lucile flairait avec délectation : pour elle, c'était le parfum de la sécurité, c'était chez elle.  La tête reposant sur ses mains, Lucile réfléchissait tout en observant une sauterelle hoqueter  de-ci de-là sur le parquet. 

Les chants hurlaient en elle. Ce n'étaient plus de discrètes notes agréable, mais une tempête de bruit qui lui donnait le vertige. Elle s'était réveillée avec une légère migraine et avait tardé à remarquer que la musique s'intensifiait à mesure que le ciel s'assombrissait. Elle avait beau secouer la tête, impossible de se débarrasser du bruit. Elle avait erré dans le manoir jusqu'à l'étourdissement, avant d'atterrir ici, dans cette pièce vide et inutile. 

Son père aussi lui semblait étrangement agité. Hier déjà, lorsque l'inconnue avait frappé à leur porte, son visage s'était fermé. Il n'était pas sorti de la bibliothèque depuis. Lucile ne pouvait s'empêcher de penser que les événements étaient liés. La musique, l'inconnue, l'agitation de son père.

A part Mélanie Nuage, personne ne venait jamais leur rendre visite. Quoique la clairière abritant leur demeure soit plutôt grande, trouver le chemin menant au manoir n'était pas tâche facile. Aussi avait-elle été surprise d'entendre quelqu'un frapper lourdement à la porte principale. La nuit était tombée depuis longtemps et un orage tordait la cime des arbres avec violence. La pluie frappait la terre avec dureté, faisant gicler jusqu'aux cailloux, salissant les fleurs et les herbes odorantes, le tonnerre assourdissait jusqu'aux moindres pensées. 

Curieuse, Lucile était sortie de son lit. Désorientée, ses pensées flottants toujours dans le royaume des rêves, elle sentait à peine ses pieds nus contre la pierre rapeuse des escaliers. Elle n'avait plus qu'une dizaine de marches à franchir lorsque Poulpiquet, le valet de son père, s'était précipité dans l'entrée. Essayant de comprendre, elle avait regardé le petit être au corps tordu se battre avec obstination contre la lourde porte en bois aux portants en fer forgé. Le manoir disposait de plusieurs entrées, mais Lucile n'avait jamais vu cette porte ouverte. Poulpiquet lui avait dit un jour que personne n'en avait franchi le seuil après sa mère. 

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Supporters de rugby en manque de recyclage

13 septembre 2009

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Hier, Monsieur mon mari a emmené nos deux garçons Zoulou et un de leur pote voir le match de Rugby Stade Français / Castre au stade Jean-Bouin. 

 

Ceux qui ont l’habitude des stades ou des grandes salles de concert le savent, non seulement il est désormais interdit d’entrer avec les capuchons des bouteilles d’eau, mais il faut jeter ces capuchons devant les vigiles. On ne sait jamais, pour les rigolos qui les auraient glissés dans leurs poches, ou les papas souhaitant éviter les inondations de sacs, chaussures ou bermudas et les pleurs qui ensuivent. Ces mesures viennent du foot, et sont loin d’empêcher, à mon avis, les jets de projectiles (il suffit d’avoir un peu d’imagination ou, comme l’explique Cyril, des bouchons en double dans son sac).

 

Bombardés, voire saturés d’info comme tous leurs petits copains, nos zoulous sont bien informés tant en matière d’écologie que de Grippe A et de mesures d’hygiène. Ils recyclent, jettent leurs déchets « verts » dans un compost, ne font plus de calins à leurs parents en cas d’angine et se lavent les mains en comptant jusqu’à 30 ou en chantant « Une sourie verte ». Ils savent fermer les robinets qui gouttent et ramènent leur boite de gâteaux de l’étude histoire de bien trier dans la bonne poubelle.

 

Aussi quelle n’a pas été leur déconfiture en observant que leur capuchons (recyclables) allaient dans la même poubelle que les restes de hot-dog et autres détritus. Ces trois zoulous responsables avaient chacun leur bouteille dans une main, labellée à leur nom pour éviter tout échange de microbes, et un drapeau bleu ou rose dans l’autre. Ils venaient soutenir leur équipe sous le soleil, et on peut penser qu’ils ont fait un bon boulot au vue du score contre Castre. (Même si d’autres diront que cela tient à leur changement d’entraîneur). 

 

Si ces Zoulous ignorent le coût pécunier qu’impliquerait la transformation de salles et stades en lieux civiques et respectueux de l’écologie, ils connaissent déjà malheureusement le coût de la pollution et de l’irresponsabilité « du business » en général: à 6, 8, et 10 ans, ils ont déjà perdu des copains, emportés par le cancer ou une maladie dégénérative. 

 

Ils savent que ce sera plus à eux qu’à nous de nettoyer les ordures et la planète malade que nous leur aurons transmis… Des bouchons, l’inexistence de recyclage, cela ne tuera personne directement. C’est pourtant le symbole d’une prise de conscience que nos enfants ont, et dont ils nous reprocheront l’absence plus tard.

 

Et nous, nous savons que, pour la première fois dans notre histoire moderne, la génération qui suit est en moins bonne santé que la précédente.

 

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Ma fille, elle, croit aux fées. (Grandefousque)

7 septembre 2009

Grandefousque



Chapitre 1.

A première vue, le village de Grandefousque ne sortait en rien de l’ordinaire. Situé à deux lieues d’une dense forêt et à une vingtaine seulement de la ville de Saint-Malais, ses maisons s’éparpillaient d’abords à travers des champs verdoyants bordés de fleurs sauvages odorantes, pour ensuite se concentrer et former un maigre centre ville. Les chemins de terre cédaient la place à quelques pavés maladroitement posés, censés épargner les habitants de la poussière de la campagne. Quelques bâtisses élégantes se rassemblaient autour de la place centrale, tournant le dos au reste comme pour oublier l’existence des moins lotis. De loin, les murs de pierre roses et les toits d’ardoises grises formaient un arrangement chatoyant et pittoresque. 

Néanmoins, malgré son charme, Grandefousque ne parvenait jamais à garder ses visiteurs très longtemps. Les gens de passage y étaient pourtant toujours bien accueillis. L’auberge « Le Chat Doré  » appartenant à Grand-Jean et sa femme Babette arborait un extérieur coquet et accueillant. Située sur l’artère principale, elle était propre et bien tenue, les repas y étaient simples et conviviaux. Fermiers et artisans s’y mélangeaient de bonne grâce, faisant résonner les murs de rires et de chants ancestraux. Les portes de tous étaient ouvertes, on pouvait s’exercer à lever la massue sur des bandelettes de cuir, aider le boulanger à pétrir son pain ou découvrir les chèvres chauds de la voisine. Le seul inconvénient était l’inexistence d’électricité et de téléphone (la question du wifi et des portables rencontraient un haussement d’épaule en guise de réponse) . Il y avait bien un poste chez monsieur Bouscaud, maire et médecin de la ville. Il avait aussi fait tirer un fil pour avoir la lumière chez lui et les bourgeois amassés sur la place centrale en avait profité pour s’équiper. En revanche, le reste des habitants n’en voulait pas. L’eau courante oui, c’était bien pratique de ne plus devoir tirer l’eau au puits, surtout en hiver, mais sinon,

– Ma foi c’est un luxe ben extravagant! s’exclamaient les Grandfousquais lorsqu’un voyageur surpris les questionnaient sur le sujet.

Cependant, malgré ce détail, la vie à Grandefousque paraissait paisible et reposante. Alors pourquoi ne pas rester plus longtemps? Nul ne pouvait se l’expliquer. Tout comme ils n’auraient pu dire pourquoi leur pas ne s’étaient jamais tournés vers la forêt. Quoiqu’ils n’en aient jamais touché mot à quiconque – on les aurait pris pour des fous – tous les visiteurs avaient à un moment ou un autre de leur séjour ressenti un grand froid étreindre leur coeur. Un silence mystérieux tombait soudainement autour d’eux, l’ombre se faisait plus grande. Les villageois se regardaient furtivement avant de fixer au sol, tuant leur mots à mi-chemin, finissant leurs gestes comme à regret. Les portes claquaient brusquement. Puis, de même qu’un vent qui se serait engouffré avec violence dans les rues pour en repartir aussitôt, la lumière refaisait surface et chacun reprenait ses activités avec nonchalance. Seul le visiteur devait se reprendre, un peu étourdit et se demandant s’il n’avait pas rêvé, songeant tout à coup qu’il serait peut-être temps de faire ses bagages. Un chant résonnait gaiement non loin et Mélanie Nuage faisait son apparition, balançant un panier de victuailles au bras et se dirigeant vers la forêt. 

– Encore une! s’exclamait parfois l’aubergiste à son intention. 

Mélanie hochait de la tête en souriant, saluait de-ci de-là et continuait résolument vers là ou personne n’allait jamais. 

Le soir venu, l’auberge était vide. Grand-Jean et Babette haussaient des épaules en soupirant et souvent, il y avait une tournée pour tout le monde.

*

Un jour, l’ombre refusa de partir. 

Mélanie Nuage avait senti les signes et entendu la musique, une musique que des oreilles non entraînées ne sauraient entendre. Quelques notes de cristal, un murmure enchanté qui émanait de la forêt attendant de s’éteindre. Il fallait faire vite alors, saisir une tarte, un saucisson et un panier, traverser le village d’un pas pressé et continuer jusqu’à la forêt. Au retour, elle prenait le temps d’admirer les fleurs uniques rencontrée sur sa route, de chasser un papillon ou de chercher une herbe particulière. L’aller devait être rapide, discret. Les villageois s’écartaient sur son passage, le visage grave, l’air entendu. Le temps qu’elle parte de chez elle et arrive sur la rue principale, l’ombre devait avoir disparu. 

– C’est moi qui chasse les nuages! lançait-elle parfois joyeusement à la ronde.

– C’est toi qui nous amène le soleil! lui répondait-on.

Un jeu de mot sur son nom. Une plaisanterie ancrée dans les habitudes qui lui survivrait peut-être. Mélanie n’était pas très belle, elle n’était ni très grande ni très fine. Brutalement veuve à vingt-deux ans, après à peine un an de mariage, elle ne s’était jamais remariée et s’était arrondie au fil du temps. 

Au fil de la solitude.

Ses cheveux bruns étaient tressés puis retenus dans un chignon recouvert d’un carré de toile selon un rituel que sa mère lui avait appris. Ses yeux bleus perçants pétillaient de bonne humeur et il émanait d’elle une impression générale inoffensive et accueillante. Pourtant, lorsque le froid traversait l’âme des villageois, lorsqu’elle devait se hâter d’aller « là-bas », la peur entourait ses pas et se reflétait sur les vitres des maisons aux portes closes. 

Lorsque Mélanie Nuage réalisa, à l’entrée de Grandefousque, que la lumière ne revenait toujours pas, son visage se crispa d’inquiétude. Elle entra dans le village avec précaution, scrutant les quelques Grandefousquais encore dehors. Elle s’arrêta devant l’auberge et interrogea Grand-Jean du regard. Accompagné de monsieur Bouscaud, il scrutait le ciel en secouant la tête. 

La porte de l’auberge s’ouvrit soudain et un homme court sur patte et vêtu de noir s’enfuit à toute allure en direction de la ville. Dans sa hâte de partir, il avait mal fermé son sac de voyage et quelques chemises s’envolèrent derrière lui sans qu’il prenne la peine de s’arrêter les ramasser. Cet homme d’affaire était venu dans l’espoir d’acheter quelques terres afin de construire une usine à bidon. Plus tard, on sut par la gazette hebdomadaire qu’il avait couru d’une traite jusqu’à Saint-Malais et exigé qu’on l’interne dans une maison de repos, jurant par tous les diables que Grandefousque était hanté et qu’il ne parviendrait jamais à se réchauffer. 

En voyant son dernier client disparaître, Grand-Jean éternua et grommela dans sa barbe:

– Babette ne va pas être contente. C’est pas bon pour les affaires tout ça, surtout qu’y a le petit qui va bientôt arriver…

– C’est pour quand déjà? demanda monsieur Bouscaud.

– Vous devriez le savoir, pesta Mélanie, c’est vous le médecin quand même.

Monsieur Bouscaud leva la main pour l’arrêter.

– Les naissances, c’est pour la sage-femme. Pour ce… pour ça là-haut, que dois-je dire à mes électeurs? Est-ce que… je veux dire, je croyais que cela ne devait plus arriver. 

– Eh, depuis huit ans on est plutôt tranquille, y en a qu’une de temps en temps… Alors, Mélanie? coupa Grand-Jean d’un ton protecteur.

– Je ne sais pas, soupira-t-elle. Je vais voir.

Mélanie Nuage continua son chemin, courant presque sur ses jambes rondelettes, sortant du village figé dans le noir, se hâtant à travers la campagne et arrivant à l’orée de la forêt. Là, elle s’arrêta afin de reprendre son souffle et ses esprits. Il ne fallait pas effrayer la petite. Lucile avait l’habitude de ses visites à l’improviste, mais son père ne lui avait jamais expliqué pourquoi lorsque Mélanie arrivait, il s’enfonçait profondément dans la forêt, parfois pendant des heures.


// A SUIVRE //

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Elle peut s’asseoir et réinventer la paix du monde qui s’arrête.

5 septembre 2009

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Longtemps , elle n’a pas écrit. Depuis ce moment terrible à Paris, dans sa chambre. Ce regard de lecteur méprisant, un lecteur si important qui d’un revers des yeux a fait éclaté ses certitudes. 

 

Elle est devenue muette. Après. 

 

Elle se souvient, elle a essayé pourtant. Sa plume est restée sèche. Elle s’est attardée là, sur sa chaise, à nettoyer son stylo ou regarder ses ongles. A surfer sur des sites futiles. 

 

Sans écrire.

 

Comment gratter le papier lorsqu’on n’a plus rien à dire, qu’on se sent si vide et inintéressante.

 

Elle s’ennuie.

 

Les lignes qui refusent d’exister, les carnets s’entassant dans un carton, dans l’obscurité, les yeux qui se ferment sur des mots à peine formés. Il manque toujours un mot, un souffle.

 

Elle se souvient qu’au départ, elle a fuit. Emmitouflée, insensible. C’était vital, de quitter cette capitale où son inconscience et sa naïveté gisaient au cimetière. Elle ne voulait pas se souvenir, alors. Se retourner et se regarder au passé, faire front et assumer sa part d’erreur.

 

Non. Alors elle a attendu. Elle a attendu jusqu’à ce que d’autres souvenirs s’empilent et masquent sa blessure mal fermée qui lançait sa fierté et son talent. (En convalescence, tout ressemble à du coton.)

 

Un jour elle s’est levée et a redécouvert qu’elle vivait. En équilibre fragile, elle a pris son crayon et écrit. Le soir. Une vieille lampe lui venant de sa grand-mère propage quelques rayon jaunes. Le reste n’existe pas, le reste est confiné à l’obscurité et l’oubli, et c’est parce que ce reste a disparu qu’elle peut s’asseoir et réinventer la paix du monde qui s’arrête.

 

Les première minutes sont toujours très lente, maintenant encore. L’oxygène interminable qu’elle savoure enfin. Sa poitrine oppressée réapprend à respirer et s’ouvre. Les yeux fermés, elle écoute l’air apprivoiser ses poumons. Il lui faut refaire connaissance avec le stylo qu’elle avait trouvé sous un meuble au café, ses mains redécouvrent son poids et sa texture, le joie de tenir un objet si modeste et si vital.

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un deux trois, un deux trois…

2 août 2009

Un dîner romantique dans un restaurant bien choisi, quelques regards éloquents échangés au-dessus d’une chandelle. Un cadre, une ambiance, les attentions classiques de la tradition courtoise.

Sur une place cernée d’ampoules colorés qui oscillent dans le vent, la musique s’étire langoureusement alors qu’il l’entraîne dans une valse nonchalante et fluide. Leurs peaux se touchent, leurs doigts frémissent, leurs corps se cherchent, tournant inlassablement, un deux trois, un deux trois ; leurs yeux s’évitent, leurs cœurs s’affolent, contre l’autre, loin de l’autre, doux vertige du décor qui s’efface, des lumières qui se fondent, qui s’oublient, et ils restent main dans la main, main sur la taille, comme deux figurines sur une boîte à musique qui ne s’arrêterait jamais, qui les figerait ainsi pour toujours dans un rythme ternaire immuable, un deux trois, un deux trois.

S’ils avaient à choisir, s’ils étaient encore libres devant l’avenir qui les attend, c’est ce moment qu’ils garderaient, qu’ils graveraient en eux. Oui, si leurs yeux, n’étaient pas tâchés d’encre, si leurs actes n’étaient pas déjà faussés…Si elle s’était affranchie de ses mots pour reconnaître la réalité, et s’il s’était délivré de son poison pour vivre pour lui-même…

Nous portons tous en nous des cicatrices plus ou moins bien refermées. Des plaies qui nous font encore souffrir comme de vieux rhumatismes ou dont le souvenir nous frappe au visage. Un nom, une odeur, un son oublié tant bien que mal. 

Nous portons tous en nous les marques de notre passé, ce sont celles qui nous forgent et racontent parfois notre histoire aux peintres s’attardant sur nos rides, ces reliefs qui enchantent les plaques des photographes. 

Nous portons tous en nous nos fantômes, vestiges d’ivresses intenses ou de moments désespérés. Un rien peut faire basculer le meilleur des souvenirs dans l’horreur, il faut beaucoup de joie et de sérénité pour obtenir l’inverse, pour faire glisser d’anciennes larmes vers une nostalgie douce amère. 

Nous traversons la vie dans une inconscience insouciante, négligeant avec indifférence les conséquences de nos actes. Combien de mots, combien de gestes et d’oublis ont pu faire souffrir ceux qui ont croisé notre route, que nous avons oublié et qui aujourd’hui encore boitent par notre faute 

Mais elle ne sait pas encore cela, elle. Vierge de toutes blessures, elle se laisse entraîner à la griserie de leur valse, ignorant qu’on ne sait jamais les traces qu’on laisse. Lui-même ne sait pas ce qu’il gravera en elle ni ce qu’il gardera de leur rencontre. Et plus tard, de toute cette triste plaisanterie, c’est cet instant qu’elle détestera le plus. Sans doute parce que ce sera le plus beau, le plus pur, celui qu’elle aurait préservé au plus secret de son être. Cette place ressemblant à tant d’autres, le vieil homme à l’accordéon, la danse des lumières autour d’eux, en eux, et cette harmonie parfaite et inoffensive. 

Mais il faut partir. La musique s’est arrêtée et ils se regardent, un peu essoufflés. 

C’est l’heure…

La toile finement tissée ne rencontre aucune résistance, au contraire, la porte e

st grande ouverte, elle est si accessible qu’il l’en mépriserait presque.

C’est vraiment trop facile.


IX.

Arrivés en bas de chez elle ils se taisent mais leurs yeux parlent à leur place. Le digicode, la porte en bois qui grince, les escaliers en spirale. Il est derrière elle, son regard vacille tant il est près du but, si près d’elle, de sa main glissant sur la rampe, du frottement de sa robe contre ses jambes, de sa nuque délicate que ses cheveux relevés dévoilent. De son secret enfermé là-haut, dans son appartement. 

Et s’il ne voulait pas aller jusqu’au bout, s’il voulait simplement vivre cette histoire, après tout il n’a encore rien fait, tout reste possible… S’il n’écoutait que lui et s’il l’enlaçait là, sous l’ampoule presque grillée, sur le palier. Elle est si excitante, si désirable, si parfaite. 

Mais son obsession ressurgit et le frappe brusquement, il doit s’arrêter un moment tant la douleur est forte. Il se débat un dernier instant et l’oxygène lui manque. Il ne peut plus reculer. C’est sa fièvre qui l’a amené jusqu’ici, c’est elle le maître maintenant. Il n’est plus temps de penser ou réfléchir, il fera ce qu’il doit faire. 

Occupée à fouiller dans son sac, elle n’a rien remarqué. 

La clef qui tremble dans la serrure, l’appartement qui s’offre à eux silencieusement. Il ne reste que leurs cœurs essoufflés et la lune solitaire qui les regarde à travers le carreau.

Ils ne se touchent pas, pas encore.

(extrait de L’encre Volée)