Des batailles de ces derniers mois, de la mort qui a arqué ton corps, des larmes perçant ton âme, rien sur ton visage ne perce. Lisse. Bleu. Blonde.
Un sourire, une intonation, et les ongles jusqu’au sang. Quelques failles dans ton armure, recroquevillée, vrillée. Si fatiguée. En résilience, en interdiction de faillir. Il y a, toujours, cette ombre qui plane, cette terreur de l’enfance, cette ambivalence entre briller en fonction des attentes tout en restant invisible. Briguer l’excellence sans faire d’ombre. Parce que, sinon. Lisse, bleu, blonde.
Pas d’échecs, parce que, sinon, lisse, bleu, blonde. Pas de réussite, parce que, sinon. Lisse, bleu, blonde.
Les chants de fillettes, les cris, les joies, les pleurs, les mots, les coups, parfois des mots aussi efficaces que des coups, violence, culpabilité, lisse, bleu, blonde. La bipolarité schizophrène des adultes, l’attente de l’amour et la préparation au pire. Être attendue au sommet et savoir qu’y arriver, c’est mourir. Trouver des alternatives, des biais, des chemins de traverses jusqu’au bonheur. Sur-vivre en coulisse. Etre sauvée, par l’amour de ses sœurs, des yeux verts, ses enfants. Se cacher, attendre, patienter jusqu’à l’impatience. Lisse, bleu, blonde.
Cette semaine une page se tourne. Personne ne sait, sauf toi et quelques proches. De ta résolution, du fait que tu es déjà partie, il aurait suffi de peu pour te retenir mais trop c’est trop, cela prendra le temps nécessaire, cela ne sera sans doute pas facile. Tu traces ta route, en reconstruction, en reprise de confiance, en envies si fortes que, lorsqu’enfin tu te lâcheras, rien ne t’arrêtera. Lisse, bleu, blonde ? Vraiment ? Tu peux envisager le meilleur pour toi-même, parce qu’en fait, chez toi, ça va. Plus lise, encore bleu, peut-être blonde.
Aujourd’hui tu as planté tes mains dans la terre jusqu’à en noircir tes ongles, cette sensation, cette connexion à la vie et à terre, insuffle une énergie et une force indicible. Planter des graines, respirer, être. Les résultats ne seront pas immédiats. Qu’importe, tu sais être patiente, jusqu’au dernier souffle, jusqu’à la bonne respiration, et là, alors, il n’y aura pas de regards en arrière. Lisse pour ceux qui ne savent, bleu pour toujours, blonde parfois, si je veux.
Moi.
ambiance musicale : NTO – Time


