Posts Tagged ‘français’

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Extraits divers

27 juin 2011
Ci-dessous quelques extraits issus de ma contrainte quotidienne sur le blog du Convoi des Glossolales :
 
Ses mains volent sur le clavier avec légèreté, faisant naître grondements de tonnerres et roucoulements amoureux. La scène parait si grande, et elle si petite sous le faisceau serré de lumière blanche perçant l'obscurité, face à ce gigantesque piano qui se plie pourtant à ses moindre gestes. Elle est arrivée humblement et sereinement. La salle de concert s'est tue en un souffle, le temps qu'elle s'asseye et qu'elle ferme les yeux en lançant ses doigts devant elle. Depuis une heure déjà elle domine les notes et offre à son public un éventail d'émotions authentique et pur. Rien n'est imposé. Il suffit cependant de fermer à son tour les yeux pour voyager avec elle. Le temps continue de filer au gré des notes, puis le silence s'impose, d'un coup, comme une douleur. Notre cœur bat alors que nous savourons les dernières résonances donnant sur rien, nous restons immobiles, saisis… cet instant est le meilleur compliment qu'on puisse lui faire. Après il y aura les gens debout, les applaudissements, les bouquets de fleurs et les "encores". La musique existe aussi grâce au néant qui après l'avoir précédée revient sans être plus tout à fait le même.

 

* * *

L'eau froide la réveille. Elle s'était endormie sur les marches à l'extérieur de la gare, dans l'attente. Le poids du voyage et l'atmosphère lourde appelant l'orage avaient fermé ses yeux de fatigue, un sommeil sans rêve l'avait délivré de l'anxiété précédant son retour au village. Sac à main serré contre elle et valise aux pieds, elle avait vogué dans l'insensibilité figeant le temps et ses sens. La pluie l'a sortie de sa torpeur, son chauffeur arrive enfin. Elle déplie son corps, ramasse ses affaires et avance.

* * *

Au troisième étage, Gizelle joue de la clarinette. La fille de la voisine est assise par terre et crayonne un dessin de princesses et de fleurs. Gizelle regarde son front penché avec concentration, ses cheveux blonds qui tombent en un rideau enchevêtré et elle se dit qu'elle aimerait bien avoir un enfant à elle… Elle s'arrête de jouer, la petite lève les yeux et attend. Gizelle sourit, et reprend.

 

* * *

Elle vient tous les samedis, s'assoit au fond de la salle et observe le va-et-vient du café. Ses fonds de poches lui permettent tout juste de s’offrir une limonade, elle ne paye pas de mine avec sa natte dans le dos et ses devoirs de CE1 qu'elle étale soigneusement sur sa table une fois sa boisson terminée. Le patron fait mine de la tolérer. En réalité il sait que s'il la chassait se son établissement elle ne pourrait retourner avant quelques heures dans le petit deux pièces ou vit sa mère avec ses frères. Ici elle trouve une sorte de refuge, elle ne gêne personne. Il a pris l'habitude de l'avoir en salle, de relire ses devoirs et de lui offrir un chocolat chaud pour son goûter. Il la cherche du regard les samedis de vacances qu'elle passe chez ses grands-parents : c'est un peu sa petiote à lui aussi.

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Petits Extraits d’humour coquin

15 juin 2011

Ci-dessous quelques extraits issus de ma contrainte quotidienne sur le blog du convoi des glossolales

 

 

Elle monte les marches en courant, son foulard orange soulevé par le vent. Il la regarde, sans bouger, et l’attend. Souriant.

* * *

De son siège il ne voit que son profil décidé et ses mains gracieuses qui volettent dans ses cheveux noirs afin d'y remettre de l'ordre. Elle est entourée de grâce et de mystère… Il aimerait oser ses désirs, se lever et plonger dans ses yeux noirs, lui adresser la parole et avoir enfin une réponse, un début de rêve ou une désillusion… Comme tous les matins elle se lève une station avant lui et il la regarde partir. Demain, peut-être…

* * *

Les verres tintent. Un rire cristallin résonne. Sandrine se penche en avant l'air conspiratrice tandis que sa voix grave se projette jusqu'à son voisin d'en face. A côté, son stagiaire Mattéo est troublé alors que son regard plonge pour la première fois dans le décolleté en dentelle d'une femme plus âgée que lui et tout autant troublante.

* * *

Il n’y a plus de portes, plus de couloirs à arpenter, de pièces à traverser, plus de pas à faire, de mots à chercher, il n’y a plus que deux corps qui se frôlent, se cherchent peau contre peau au bout de leurs doigts, deux êtres qui se trouvent, se découvrent, qui ont brisé les portes, arpenté les longs couloirs de leurs craintes et fait le chemin, deux âmes entremêlée qui dansent en ne faisant plus qu’un.

* * *

Lorsque Bertrand avait donné rendez-vous à Lili au Da Rosa, il ne pensait pas qu'elle viendrait accompagnée de sa sœur et de son beau-frère. 

* * *

"10 avril 1960 – Mon amour, tu trouveras ci-joint la liste des courses et un billet de cinquante francs. Ne va pas chez le boucher d'en face, j'ai découverts par la voisine qu'il faussait sa balance."

 
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D’espoirs

25 Mai 2011

Une fois par semaine elle achète de l'espoir au bureau de tabac, pour un euro cinquante elle repart avec un rêve dans sa poche. Elle a ses rituels, l'achat du vendredi, jour du tirage, puis quelques jours qui passent et le retour à la réalité lundi matin alors qu'elle consulte les résultats en ligne en buvant son café. Toutes les semaines elle se rêve une existence autre que son quotidien, elle s'imagine sans le stress des factures et des traites à payer. Pendant son weekend elle s'est vue dépenser des millions et sauver le monde. Son lundi la rassure, rien n'a changé mais elle peut tenir jusqu'au vendredi prochain ou une fois encore elle se délestera de quelques pièces pour refaire battre son cœur un peu plus vite et avoir l'impression de vivre.

Tous les vendredis elle revit le même enfer, les doigts qui tremblent, ses pas qui la portent au café alors que son esprit se révolte, tu n'as aucune chance, et que son coeur bat violemment d'incohérences et de désirs puissants de changement, d'autre chose, de la liberté que cet argent pourrait lui procurer. Une liberté qu'elle n'ose prendre, elle s'imagine comme un oiseau mutilé des ailes qui ne parvient à guérir et qui a besoin d'être porté, tiré, lancé vers les airs.

Ses doigts qui tremblent coupent des cheveux, effilent, colorent, massent, ils sont assurés alors, elle sait deviner jusqu'où écouter une cliente, par leurs mots silencieux et les regard de ces femmes qui défilent sous ses mains, elle devine le reste et soigne, transforme, illumine la façon dont elles se voient et n'osaient s'imaginer. 

Au fil du temps ses guerres internes la rongent vers l'extérieur, doucement, insidieusement. Elle ne demande plus à ses clientes comment elles vont, personne ne remarque les cernes qui noircissent ses yeux jour après jour alors que l'hiver n'en fini pas de refroidir la terre. Les samedis sont les plus rempli, elle qui tenait le rythme en rêvant de voyages se replie sur ses désespoirs. Elle sait qu'elle doit être ses propres changement, elle seule peut acter ses espoirs et leur donner vie. 

Un matin elle oublie son sac en allant travailler. Il lui reste un ticket de métro pour aller jusqu'à son salon, le soir elle rentre chez elle sans faire son détour habituel. Elle se coule un bain, immerge son corps dans l'eau trop chaude, et ferme les yeux. La lumière dans la salle de bain est éteinte, elle a simplement allumé une bougie et parfumé son eau de sels bleus qui lui rappellent la mer. Elle repose son âme et laisse flotter son imagination. 

Soulagement. 

Enfin le rituel est brisé, demain elle ira travailler le pas différent, les yeux souriants d'un billet non acheté, elle serre contre elle ses espoirs d'avenir et se dit que l'enfer est terminée, elle va pouvoir avancer et construire sans attendre de miracles venus d'ailleurs.

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Extraits en flirt

19 Mai 2011

"Bonjour, votre cerisier fait de l'ombre à mon lila, c'est un bel arbre mais il prend trop de place et empêche le mien de s'épanouir". Elle porte une robe rouge à pois blancs quoiqu'il a plutôt l'impression que le morceau d'étoffe s'est posé sur elle, a entouré son corps avec espièglerie et y reste suspendu malicieusement. Ses cheveux blonds sont en bataille et décorés de brindilles, ses ongles maculés de terre, elle est pieds nus et tient un sécateur dans ses mains. Il imagine tout à fait la scène, elle taillait ses rosiers en savourant l'herbe sous ses pieds, a levé les yeux encore une fois sur son arbre, comme tous les jours, et exaspérée est venu le voir. C'est vrai qu'il est grand son cerisier. Il faut faire quelque chose. Elle continue à parler en tirades, le suit alors qu'il farfouille dans son garage, tire une échelle, monte sur les branches et s'attelle à apaiser son courroux. Ses plaintes charmantes se transforment en indications, (plus à droite, oui, bravo), puis en sollicitude (voulez-vous une limonade?). Les branches pleuvent à terre. Il redescend. "Vous devriez aller vous rafraîchir si vous voulez être à l'heure au restaurant". Elle en reste bouche bée, la bouche ouverte, il l'a enfin désarçonnée. "Je passe vous prendre dans une heure." Elle s'en va en bafouillant et il sourit. Six mois qu'il n'osait l'aborder, cela valait bien quelques coup de scie.

* * *

Ses pas se pressent. A la sortie du métro, se battre contre la pluie fine et éviter les flaques, aller d'arbres en abri-bus pour rester au sec. Elle vérifie sa tenue, s'arrête brièvement pour remettre du gloss. Plus que quelques pas, un coin de rue à tourner avant de passer devant la librairie. Parfois elle s'arrête, en général elle s'arrange pour y faire ses achats, mais des livres, elle n'en achète pas souvent. Maintenant elle en offre. Elle ralentit doucement, sent chaque goutte minuscule sur sa tête, et passe nonchalamment devant la devanture. Du coin de l'oeil, elle surveille, elle ne sait jamais, parfois il relève la tête et lui fait un signe de la main. Elle passe, puis se presse à nouveau, court presque jusqu'à la station suivante… Elle s'engouffre dans le métro un peu essoufflée, en manque d'air, en manque d'audace. Un jour elle osera, peut-être, entrer et plonger dans ses yeux profonds, oser un sourire un peu plus appuyé… Arriver à la fermeture, et lui proposer d'aller boire un verre. Un jour elle osera ce risque, celui qu'il dise oui comme non, un jour elle devra sortir du rêve et avancer dans la réalité. En attendant elle s'adosse contre la vitre, ferme les yeux et soupire en attendant demain.

* * *

Il bascule son siège, met les pieds sur la table et sifflote en faisant tourner un stylo dans sa main. Aujourd'hui il y a une nouvelle secrétaire, une jolie intérimaire dont le rire résonne le long des murs jusqu'à son bureau. Sa jupe est un peu plus courte que celle des autres, son sourire plus malicieux et son regard plus franc. Il fait tourner son siège en regardant regardant par la fenêtre, ses doigts hésitent à glisser vers le bouton de l'interphone, ou vers celui de son pantalon peut-être, il y a une nouvelle secrétaire aujourd'hui, sa jupe virevolete et son pas sautille. Il rêve encore un peu, l'air pétille, son corps s'étire, le téléphone sonne. "Votre rendez-vous est arrivé."

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Tu respires ta peine (tu respires à peine)

16 Mai 2011

Floc floc floc… Les gouttes perlent sur la peinture satinée. Des cloques se sont formées qui n'éclatent pas, elles sont gonflées à bloc et reflètent la lumière jaune provenant de l'imposante lampe posée sur la déserte…

Autour des cloques, l'eau s'immisce par une faille là où la peinture s'est effritée. Elle s'éparpille en gouttelettes qui hésitent au chemin à suivre. Tendues vers le sol, elles s'aventurent timidement à la découverte du plafond, puis s'élancent en honneur à Galilée, floc floc, elles reflètent la lumière dans un fugitif éclair et s'écrasent dans la bassine prévue à cet effet.

Tu as le temps de regarder. Le plafond, les cloques, le manège. La bassine se remplit patiemment, elle est bientôt au bord. Tu imagines la personne qui va venir, l'homme à la bassine qui s'occupe à surveiller le temps et à vider l'eau. Tu imagines aussi que personne ne vienne et que cette bassine déborde en une flaque d'abord discrète et oubliable, puis en une marée persistante dont les traces marqueront les murs. Tu imagines l'eau s'introduire dans le sol qui est le plafond du voisin du dessous, le trajet de l'eau qui recommence inexorablement vers le bas de floc en floc et de flaque en flaque.

Tu es assis et tu attends. 

Aujourd'hui, tu es encore descendu à Concorde. Tu as marché vers la correspondance en bout de quai en te demandant pourquoi tu n'étais pas monté en queue, il y a eu un courant d'air et tu t'es souvenu, tu as juste eu le temps de remonter dans le métro avant que les portes ne se ferment sur ton visage livide. Ton corps tremblant t'as lâché sur un siège, tu t'es retrouvé comme une de ces gouttes, en vertige, sans savoir que faire. Tu as continué jusqu'à Châtelet en reprenant ta respiration, doucement, encore un trajet, encore une journée, il faut continuer jusqu'à demain et le jour d'après et ainsi de suite, de stations en stations, de tremblements en respiration, il faut faire le chemin, porter son deuil, sa peine, continuer à regarder la lumière et à s'émerveiller pour elle, par elle, vers elle malgré son absence, malgré l'air qu'elle a emporté avec elle, malgré les larmes qui coulent en toi comme ces gouttes du plafond et qui à force créent une rivière salée de douce amertume. Un jour tu retourneras en Bretagne et face à la mer tu libéreras cette eau, tu ramasseras les coquillages qu'elle aimait, tu oseras sourire et être heureux en son absence.

Mais pour l'instant il faut t'y faire. Il n'y aura plus de détours, il n'y aura plus de chemins ensemble. Sa présence en toi est si forte encore, elle réside dans chaque parcelle de lumière glissant jusqu'à toi, son rire te vient des fontaines et son parfum se mêle à celui des fleurs du balcon. Tous les jours tu oublies et tu descends à Concorde. Tous les jours, à la même heure, les jambes te manquent. Tu aimais tant ce rituel du soir, tu passais la prendre, c'était un si petit détour, elle sortait en riant du bureau, ses doigts se mêlaient aux tiens et vous faisiez le trajet ensemble jusqu'à chez vous.

Tu ne sais comment avancer, pourtant il le faut. Tu as promis sans réfléchir, elle t'a regardé avec ses grands yeux et t'a demandé de promettre et maintenant il faut continuer.

Tu es assis dans une salle d'attente, tu respires ta peine et tu patientes. Tu tends ton visage vers les cloques au plafond, tu espères qu'elles éclatent et lancent leur eau sur ton visage sec, comme une explosion de larmes mêlées de plâtre, qui pleureraient à ta place.

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Extraits de larmes, d’amour et d’oignons

13 Mai 2011

Le soir en repartant de ma visite je regarde l'horizon avaler le soleil, ce disque enflammé rugit dans le ciel pourpre et c'est beau. Je suis dans le train du retour, ma vue alterne entre des champs ondulants et des tours perdues dans la campagne. Je pose mon livre, je bois la fin du jour de mes yeux et de mon âme, dans un élan vers toi, si loin et pourtant à côté de moi… il suffirait que je tende la main… Je sais que tes yeux quelque part se réchauffent de ces feux agonisants et qu'une part de moi est près de toi. Ces dix minutes de ciel me remplissent de paix et allègent ma peine. Un jour tu quitteras tes barreaux, la société te pardonnera tes méfaits et nous prendrons ce train, ensemble, une dernière fois.

* * *

La goutte perle le long de sa joue, se perd presque dans sa barbe naissante puis hésite sur la commissure de ses lèvres. Une autre goutte s'ajoute, rallie la première, et descend dans son cou. Il ferme les yeux, sens d'autres larmes monter dans ses yeux. Ses doigts s'agitent, coupent, il continue en reniflant jusqu'à avoir formé un tas d'oignons émincés qu'il mélange à la chair hachée.

* * *

L'engin la nargue par son silence. Dehors le vent s'est tu, les oiseaux sont cois. Les arbres paisibles dorment tandis qu'elle attend. Elle attend un seul son qui, strident, briserait la tranquillité de la nuit, son corps crie pour ce bruit et la voix de l'aimé au creux de son oreille.

* * *

Les lettres pleurent de ses yeux et les mots coulent de ses doigts. Il dit adieu de loin de peur de fléchir face à son regard de biche et ses lèvres tristes et tentantes. L'encre lui est difficile mais nécessaire. Après tout, il est marié. La nounou de ses enfants ne devait être qu'une passade d'été, il ne pensait pas que, dix ans après, il en serait à payer son loyer et celui de ses parents. Il l'aime, mais il préfère quand même son compte en banque, et plus encore celui de son épouse…

Je suis auteur contraint sur le blog du Convoi des Glossolales

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Slow Down my Beating Heart – texte bilingue français-anglais (!blonde au volant)

7 Mai 2011

 

Aujourdhui une blonde derrière un volant et un texte écrit simultanément en français et en anglais.

Today, a blond chick behind the weel and a story written simultaneously in English and in French (the spellcheck imploded)

Bonne lecture ! / Enjoy ! J 

 


La voiture ne lui appartient pas. Elle est basse, si rapide, elle colle presque à la route.

 La musique vibre ses tympans, U2 tourne autour delle dans cet engin de cuir et métal qui vole presque sous ses doigts crispés sur le volant.

La vitesse, elle aime ça.

Il ne reste plus de mot pour les émotions qui étaient si présentes en elle il y a à peine un instant : elle est immergée dans le présent. Comment elle a eu ces clés na pas dimportance, ou du moins elle  tente de sen persuader.

La voiture ne lui appartient pas et elle sen sert et elle se sent en vie, elle est plus quelle-même, elle est devenue lengin, elle a déployé ses ailes sur lautoroute et est prête  pour tout, pour ce que vous voudrez.

La voiture ne lui appartient pas. Pourtant, pour une raison quelle nexplique pas, elle est devenue sienne, quoiquelle ne soit pas de nature voleuse, elle sy est installée, les clés en main, elle a caressé le cuir des sièges, senti lodeur laissée par loccupant précédent. Un parfum intriguant et étrange imprégnant encore lintérieur du véhicule.

Pourtant, malgré l’étrangeté de la situation, tout était bien.

Ivre de sensation, elle sest enfuie sur les routes. Elle ne se souvient pas de ce quelle fuie, elle ignore vers quoi elle va. Rester immobile n’était plus possible.

Cette voiture est incroyable  Cette voiture, cest elle, elle ne veut plus en sortir, jamais, elle ne veut pas la rendre, elle ne veut pas se souvenir quelle nen est pas la propriétaire. Parce qui sait, vous savez, peut-être quelle pourrait le devenir.

Peut-être. Lespoir fait vivre.

En attendant, Elle conduit de plus en plus vite alors que la musique enfle et que le monde sestompe.

Du doigt, elle pousse un bouton qui libère le ciel. Le vent sengouffre dans ses cheveux blonds, un sourire illumine son visage. Ceci, tout le reste, tout ira bien.

La voiture ne lui appartient pas. Le monde ralenti alors quelle accélère, bras tendus sur le volant, pédale au pied, elle accélère sur une ligne droite, sur la route vide et large et immense et pourtant étroite, encore quelques notes, Bono au micro et the Edge à la guitare Elle aimerait senvoler réellement, tendre corps et âme vers le ciel et sy fondre. 

Elle ferme les yeux.

The car isnt hers. Its low on the ground, and oh so fast.

 Music vibrates within her ears, U2 twirls around her in this machine made of leather and metal. Its almost flying under her fingers clenched on the weel.

Speed She likes that.

There are no words left for the feelings that were so much alive right before : as of now shes lost in the moment.

How she got the keys its not important, or at least she wants to think so.

The car isnt hers and shes using it and shes alive, shes more than herself, shes become the machine, shes spread her wings in the highway, shes ready for anything, whatever you want.

The car isnt hers. Yet it became hers for a reason she cant explain, althought shes not a thief by heart she settled inside, keys in her hands, her fingers caressed the leather seats, she smelled the perfume left by the previous occupant, a strange intriguing fragrance still lingering within the vehicule.

Yet, withstanding the foreigness of things, she was home.

Drunk on sensations, she flew away on the roads. She cant remember what shes running from, she doesnt know what shes driving towards. Standing still wasnt an option anymore.

This car is amazing This car is her, she doesnt want to get out, ever, she doesnt to give it back, she doesnt want to remember that it isnt her.

Because, who knows, perhaps it could, you know, become hers.

Maybe. We all live in hope. (whatever works J)

In the meantime, shes driving faster and faster as the music goes louder and as the world blurs.

By a push on a button, her fingers free the sky above her head. Wind engulfs in her blond hair, a smile lights up her face. This, everything, its all going to be OK.

The car isnt hers. The world slows down as she goes faster, arms straight on the weel, foot on the pedal, she goes faster on a straight line, on the empty and large and immense and nevertheless narrow road ; there are only a few notes left, Bono on the mike and The Edge on the guitar… She wishes she could fly for real and merge with the sky, soul and body.

She closes her eyes.

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Escapade fraternelle

3 Mai 2011

Tu savais en roulant  le plus loin possible de la table que tu avais encore perdu. Qu'une bataille t'attendait dans la guerre sans fin qui t'oppose aux tiens et qu'une fois de plus ta voix se perdrait dans le brouhaha de thérapies non entamées, de frustrations de l'enfance enfouies maladroitement si profondément qu'elles n'ont de choix que de rugir vers la surface, sans égard pour autrui. Il ne s'agit jamais de raison mais de passions déguisées, les participants ont beau s'attifer et se farder, la grande pièce lambrissée aux odeurs de cire dans laquelle vous vous réunissez ressemble plus à une cours de récréation qu'à une salle de syndic.

Toi tu essaies de rester tranquille sur ta chaise roulante. Tu sais que, de part ton état, une place particulière t'est accordée, qu'on t'aménagera un passage, qu'on se précipitera avec bruit et qu'on fera grand cas de ton confort. Toi, tu aimerais bien arriver discrètement, de façon inaudible, tu aimerais qu'éventuellement on t'apporte un verre d'eau parce que tu en auras émis le souhait et non parce qu'une de tes tantes se sentira mieux et utile d'avoir estimé qu'il t'en fallait un. Et aussi parce qu'une fois qu'elle se sera levée avec un dévouement ostentatoire, fait le tour de la tablée une première fois puis une seconde pour t'apporter ton verre, ton statut d'invalide sera une nouvelle fois entériné et que des décisions seront prises en dépit du bon sens contre lesquelles tu ne pourras lutter. Parce que tu es le fils aîné de leur frère aîné et que tu leur rappelles sa disparition. La ressemblance physique, la chaise, l'accident de voiture. 

Ce conseil de famille est ton fardeau. Cet immeuble en indivision est ton calvaire. Six frères et soeurs et cinq étages, c'est foutu d'avance… Tu viens faire ton devoir, tu viens représenter ta famille, souvent soutenu par ta mère et tes frères d'ailleurs, mais tu sais que ta présence est un symbole qui se doit d'être muet et quasi invisible.

Tu les vois prendre des décisions en dépit du bon sens sans écouter tes conseils, sans prendre en considération tes années de droit du patrimoine et ton expérience réussie de trois ans dans un cabinet. 

Aujourd'hui, tu jettes l'éponge, tu n'essaye même pas d'écouter. La réunion peine à commencer, ton esprit s'envole ailleurs, sous un saule au bord de l'eau. 

"Il faudrait tout faire sauter", murmure ton plus jeune frère d'un ton ironique. Il s'est faufilé à côté de toi et te lance un regard en coin. Il a les yeux noir de votre mère et des cheveux fin soigneusement décoiffés. "On se casse?" te propose-t-il "maman a un pouvoir, elle se débrouillera". Tu étouffes un rire et tu hoches la tête. Il glisse à terre et te pousse très doucement en restant accroupi – activer ton fauteuil électrique dévoilerait immédiatement votre escapade. Personne ne prête attention à ta tête derrière eux qui glisse vers la sortie. Une fois dehors, ton frère court comme un évadé de prison et tu fermes les yeux pour mieux ressentir le vent du soir sur ton visage. Vous atterrissez autour d'une bière, un peu comme deux gamins séchant l'école. "A la tienne frangin".

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Extraits contrastés

1 Mai 2011

Elle a des cheveux bouclés blonds vénitiens qui viennent taquiner l'épaule gauche de son compagnon, là où elle a niché sa tête. Elle est un peu en travers sur leur oasis improvisé dans leur jardin, un sourire flotte et illumine son teint délicat. Couvertures et coussins gisent ça et là, ils dorment paisiblement à l'ombre d'un saule dont les branches pleurent jusqu'à eux. Lui est sur le dos, la respiration tranquille, les cheveux noirs tranchant avec sa peau pâle et cernée, son bras gauche recevant le corps de sa mie et revenant sur son ventre. Mains ouvertes, doigts enlacés aux siens. A côté d'eux des pas furetant silencieusement. Vingts euros pris dans un portefeuille, trente dans l'autre, les téléphones disparus mais les cartes SIM en évidence sur la table. Une hésitation devant quelques bracelets nonchalamment posés sur une desserte, finalement un glissé dans sa besace. Il les regarde avant de partir, ils sont beaux, innocents, il saisi leur appareil photo et prend un cliché d'eux unis dans leur vulnérabilité, il repose l'appareil et s'en va dans un autre jardin tenter le sort et remplir ses poches.

* * *

Le vin tourne dans son verre et envoie son reflet rouge sur sa peau… Elle lève les yeux, sourit, s'illumine d'une plaisanterie. Sa conversation est légère, sa cuisine excellente, ses gestes sont mesurés. Parfois elle éclate de rire, déployant sa gorge en arrière vivement et sans calcul. Le dîner bat son plein, les convives sont charmés, conquis, ils se disent que Georges son mari à bien de la chance, qu'ils ont l'air heureux tous les deux. Personne ne remarque ses manches un peu trop longue par cette chaleur, les ombres sous ses yeux couverts de fond de teint. Parfois Georges frôle sa main, son bras, dans un geste à l'apparence tendre et amoureuse… J'ai l'impression d'être la seule à voir le tressaillement de son corps, la panique dans ses yeux. J'ai glissé les clés de mon appartement Breton dans son sac, un billet aller simple, quelques euros. Je vais vous laisser, bonsoir, merci pour cette soirée… J'espère qu'aucun orage ne viendra troubler l'après-fête et qu'elle pourra partir.

* * *

Ses paupières sont closes, elle reste en boule sous les draps métisses frais et rugueux. Le jour peine à percer les rideaux, le sommeil tarde à la quitter. Elle entend sa maison se vider de ses bruits, la voiture dehors qui démarre, enfin, elle se déplie, jambes et bras loin d'elle, et savoure le calme voluptueux de sa solitude.

* * *

Parfois elle pleure sans savoir pourquoi, la fatigue, un film triste, un dessert raté ou quelque chose d'indéfinissable qui l'imprègne et qui doit sortir. Les larmes coulent et avec elles l'amertume, elle se laisse aller sachant qu'ensuite un manteau paisible viendra la recouvrir de légèreté.

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Extraits d’enfance

15 avril 2011

La maison est trop bruyante. Ses trois étages résonnent de cavalcades joyeuses, dans les escaliers, les couloirs, de cris et de chants. Quinze cousins sous un même toit crée du chahut, des chaussettes sous les lits, des pulls dans toutes les pièces, des plâtrées de pâtes servies dans de grosses gamelles de cantine. Tout à coup un jeu de cache-cache s'improvise. Des petits bruits de pas furtifs s'enchaînent, "le collé" compte puis part en quête. Il va silencieusement regarder derrière les rideaux, dans les cagibis, sous les fauteuils. Chaque découverte provoque un éclat de rire étouffé, le groupe des "collés" s'agrandit. A la fin du jeu, le total n'y est pas : il manque Jacques. Les bruits reprennent, son nom est scandé comme un chant victorieux mais il reste introuvable. Il a gagné le jeu mais est absent pour savourer sa victoire… Jacques est sur le toit. Il s'est glissé dans le grenier, a ouvert la lucarne donnant sur le ciel et s'est hissé sur les tuiles. Allongé au soleil, il ferme les yeux au vent et savoure le quasi-silence qui l'entoure.

* * *

Quatre silhouettes accroupies au bord de l'étang contemplent l'eau argentée dans lequel se reflète la naissance d'un jour hésitant. Elles sont enveloppées de manteaux noirs et d'écharpes, elles attendent. Les sons voyagent et résonnent, que ce soit le piaillement d'oiseaux nocturnes ou le craquement de branches par le pélerinage de discrets rongeurs. Tout à coup, une ombre chuchote. De concert, elles élancent leurs bras, leurs poignets, leurs doigts, lâchant chacune un galet qui saute sur l'eau en de multiples ricochets. Les ombres comptent. Un gagnant est désigné, puis elles repartent vers la maison. C'est le premier jour des vacances d'hiver, la tradition est respectée.

* * *

Clic clic clic, les ciseaux s'affolent, la petite fille pleure devant ses mèches noires et bouclées qui s'envolent vers la terre et tombent sans bruit à ses pieds. Ses orteils sont recouverts par ce manteau de plumes sombres, comme un duvet léger qui se réchauffe avec le temps. Sa mère s'affaire, coupe, égalise, effile, clic, clic, clic. La petite fille ne se voit pas, ses larmes étouffent sa vue et la vie autour d'elle se colore de flou coloré comme sur la palette d'un peintre. Finalement sa mère lui passe un dernier coup de peigne, balaie les vestiges de son enfance et pousse un léger soupir de satisfaction. Mouchoir. Reniflements. La petite fille se découvre dans le miroir, ses mains fines touchent doucement ses cheveux brillants et lisses qui encadrent son visage. Elle secoue la tête, surprise, étonnée, se sourit, fait des mines, oublie ses larmes et part en courant faire admirer sa nouvelle coiffure à la voisine.

* * *

Elle se baisse et ramasse un caillou noir et lisse qu'elle lui tend. Il hésite, ose une main timide. Le soupèse, caresse ses rondeurs avant de le glisser dans sa poche. Elle sourit, il attrape sa main et trottine gaiement à côté d'elle.

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