Posts Tagged ‘français’

h1

Alzheimer

2 octobre 2011
P1040008

Je serais ta mémoire 

Si nous avions le temps,

Les images qui s'effacent

Plus rien que le présent.

Je serais ton espoir

Si nous goûtions aux vents,

Mais déjà, plus de traces

De nos marches d'antan.

Je serai ta mémoire.

En puisant en arrière, j'inventerai demain.

Tu seras mon espoir.

Car grâce à ton besoin, j'existerai enfin.

h1

« La Compa » (Le Churchill)

20 septembre 2011
Photo

C'était un jeu entre eux autrefois.

Leurs points de rendez-vous étaient codés, seuls les membres du groupe pouvaient comprendre. Ils se donnaient rendez-vous "Place Pereire" et non Place de Maréchal Juin, et allaient boire un verre au "St James", autrement connu comme le James Joyce, ou encore au "Churchill", campé devant l'arc de Triomphe sous l'enseigne du Sir Winston. Seuls Le Saint-Cyr et le Parc Monceau avaient droit à leurs appellations propres. Le parc abritait des promenades confidences limitées au duo, trios ou quatuors, de préférence par temps gris ou encore le dimanche, à l'ouverture, pour éviter la cohue.

Il leur arrivait parfois de donner rendez-vous à des amis étrangers à leur groupe, qu'ils perdaient par fausse inadvertance dans Paris avec leurs lieux inexistants. Les garçons en jouaient en semant des filles trop pressantes, et les filles en riaient alors que leurs prétendants dépités n'arrivaient jamais au rendez-vous. Ils partaient à Lyon avec une carte de Paris et retrouvaient malgré tout le quartier Latin, où encore s'évadaient à Lourdes ou à vélo sur les routes de France avec un simple sac et une boussole.

Ils, c'était nous.

Nous étions nombreux et peu à la fois, plusieurs noyaux coexistant, soeurs, cousins et amis d'enfances, ceux de Chaptal, Carnot ou de St Ursule, ou encore les "expatriés" de Levallois.

Parfois, les garçons se retrouvaient autour de Top Gun et recréaient la bande son tandis que les filles préféraient fumer des cigarettes sur le toit en rêvant études et vacances. Le monde était à nous et nous le refaisions des nuits entières dans des canapés affaissés aux relents de "cervelle", Gin-Baileys-grenadine (jamais plus!), sous lesquels la télécommande s'était égarée, ou encore à trois heures du matin, assis au milieu d'une rue pavée, sous les éclairages publics et dans l'inconscience des voitures tardives.

Sympathisants de droite et de gauche se déchiraient autour de la direction des taux d'intérêt et de l'utilisation des budgets publics mais le conflit au Moyen-Orient était résolu, sauf avec un récalcitrant bien sûr et il fallu un jour convenir d'honnir le sujet. Nous lisions le Monde et le Figaro et regardions les nouvelles du vingt-heure. Nous construisions des châteaux tout en donnant du whiskey aux poissons rouges, "pour voir", nous tombions amoureux dans des overdoses de nuits blanches et de café en cherchant des citations intelligentes pour retranscrire nos émois.

Le bac approchait, les préparations et séparations à venir aussi. Certains se marièrent, certains se brouillèrent, le groupe s'est dissous avec le temps mais les noyaux sont restés, et aujourd'hui grâce à Facebook ou Foursquare, d'autres liens réapparaissent en douceur nostalgique.

En ce moment, je passe beaucoup devant le Churchill, et je savoure les chemins du Parc Monceau aussi, avec à chaque fois une pensée immense vers vous tous : à bientôt… (autour d'un drink

J )

h1

Parfois Sophie s’oublie (pauvre Sophie)

20 septembre 2011

Photo

 

Parfois Sophie s’oublie, le temps d’une soirée,

Elle retrouve l’insouciance de l’enfance, passée.

 

Elle écoute, les mots virevoltant autour d’elle,

Ces échos, si légers, d’existences essentielles.

 

Les pierres sont à leurs places dans son ancien quartier,

Les arbres sont plus grands, les femmes plus voutées.

 

Parfois, Sophie se plait à oublier les ans,

Qui ont coulés, loin d’elle, dans son aveuglement.

 

En sourire, en espiègle, elle se déjoue du vide

Et son charme, envoutant, fait oublier ses rides.

 

Chez elle, rien ne l’attend, qu’une triste amertume

Qu’elle croque sans pitié, tout au bout de sa plume.

 

Dans le reflet des verres, elle retrouve la vue.

Dans le reflet des âmes et des corps repus,

Sophie, parfois, exhale d’un cri, sans retenue.

Le tableau très discrètement visible en arrière plan est de Claire de Chavagnac Brugnon et s’intitule « Aile de Corbeau ».
h1

Les parents d’Alice

27 juillet 2011

Quand papa a rencontré maman, il a été séduit par sa longue natte brune et vertigineuse, et par ses yeux gris comme l’orage au sein duquel mer d’huile bretonne se serait perdue, et qui lui firent percuter sa propre voiture. C’est  ce qu’il lui plait de raconter. Il aime revenir sur cette anecdote, c’est une façon pour lui de dire à maman qu’il l’aime comme eu premier jour, et plus encore.

Quand mes parents se sont rencontrés, ils faisaient leurs études à Rennes 1. Gestion pour papa, première année de Médecine pour maman, un cursus vite abandonné au profit de celui d’orthophoniste.

Il faisait beau sur cette belle ville de Rennes donc, commence ainsi papa, et il avait emprunté la 204 de ses parents pour emmener une jeune fille danser. Lorsqu’il s’engageât dans la ruelle où habitait son rendez-vous, maman était de son côté très occupée à rater un créneau au volant d’une R4 cabossée que ses frères avaient rafistolée pour elle.

A ce moment du récit, maman rajoute d’un air soit complice soit las en fonction de son humeur :

– C’est bien le seul créneau que j’ai jamais raté.

Papa patienta obligeamment plusieurs minutes, tandis que maman, « rendue nerveuse par la voiture qui attendait » ne parvenait plus à se garer. Finalement, un brin excédé, il sortit de son véhicule, laissant la porte ouverte et le moteur tourner, et proposa très fermement à maman de faire le créneau à sa place.

– Si vous pensez vraiment pouvoir faire mieux que moi !

Maman sortit à son tour en levant les pieds brusquement, calant sa R4. Elle planta au passage ses yeux gris alors très assombris dans ceux de papa.

A ce moment du récit, papa place ses mains sur son cœur et fait mine de chavirer, quitte à en tomber de sa chaise.

– J’en fus tellement troublé que je ne fis pas attention aux vitesses.

Se croyant en première, il redémarra, fit ronronner le moteur… et partit en arrière percuter la portière toujours ouverte de la 204 de ses parents.

S’ensuivit une vive discussion, c’est votre véhicule, c’est vous le conducteur, c’est mon phare arrière, c’est ma portière, apprenez à vous garer mademoiselle, et vous à reconnaître vos vitesses monsieur…

Puis tout à coup, maman éclata de rire, les mains ouvertes devant elle, se rassit dans sa voiture qu’elle gara avec adresse. Puis, « plantée telle une déesse », elle sourit à papa et lui disant avec un accent forcé de la ferme :

– Allez mon bon monsieur, offrez-moi donc un café, nous allons régler cela à l’amiable.

Maman avoue alors qu’elle ne sait ce qu’il lui a pris, d’autant qu’elle était, ce son côté très courtisée par le fils d’un notaire. Papa conclue en balayant devant lui et nous regardant :

– L’affaire fut réglée par une bague au doigt, et voilà.

Et voilà.

Tout semble si parfait et facile. Malgré leur attachement l’un à l’autre, mes parents eurent pourtant une parenthèse de tristesse indifférente, deux ans dans l’absence l’un de l’autre. D’abords en silence aveugle sous le même toit, puis un an de séparation sans jamais qu’ils parviennent à prononcer le mot divorce.

Avant la dépression de maman, ils s’aimèrent protégés d’innocence, vierges aux réelles souffrances que la vie sait si bien nous infliger. Lorsqu’ils choisirent  de continuer à construire ensemble, leur gestes, quoique plus lents, furent empreint d’une gravité sereine et profonde, leur silence continuant confortablement les conversations à bâton rompu qui accompagnaient leur chemin. Nous étions le témoin quotidien de ce lien qu’ils avaient réussi à préserver et à faire grandir.

h1

Extraits en pluie

22 juillet 2011
Photo

Quand il pleut, elle lâche sa poupée et s'élance pour tromper la chaleur sous les gouttes. Ses nattes virevoltent en cadence alors qu'elle danse. Les bras tendus, les doigts écartés, son chant ravi m'entoure d'une joie innocente et simple.

* * *

Du haut des falaises, elle laisse le vent s'engouffrer dans ses vêtements et créer des voiles derrière elle. Ses cheveux noirs et bouclés volent derrière elle, ses yeux sombres survolent la tempête. Les vagues agitées montent, blanches d'écumes, leurs cimes reflètent un ciel obscur fuyant la lumière. Il n'y a plus de bruit hormis celui du chao, plus de vie autre que la furie qui se déploie devant elle. Elle s'imprègne de cette eau libre et belle, déploie des bras pour mieux sentir le vent avant de partir à regret rejoindre sa vie tranquille et sereine.

* * *

L'enfant regarde la pluie à travers la vitre. Les gouttes se précipitent avec furie contre la paroi, hésitent et se rassemblent enfin en de grande larmes lumineuses coulant jusqu'à la terrasse en pierre rose.

* * *

La radio à fond déferle dans le véhicule. Les basses vibrent le volant et rythment les cahots de la route. Elle peine à garder les yeux ouverts. Plein phares dans l'aube naissante, clim au maximum qui inonde sa peau d'un air glacial, essuies-glaces qui parent inutilement au temps sec mais la font sursauter à chaque passage. La nuit fut trop courte et la route trop longue. Elle est au bout de ce qu'elle peut parcourir, il lui faut trouver un fossé pour y reposer son véhicule et son corps. Elle pousse un chemin de terre, coupe le contact, les phares, elle s'enroule dans la laine douce et s'anéantie de sommeil. Une heure. Deux peut-être, avant de continuer. Elle est en retard là où personne ne l'attend.

* * *

Du fond de son lit, Aude entend le mugissement du vent. Le son du raclement des branches traverse le mur de la maison et vient nourrir ses frayeurs d'enfant. Dehors l'orage gronde et la pluie bat la terre. Elle se sent en sécurité sous sa couette sans être tout à fait rassurée, les éléments qui se déchainent dépassent son entendement. Enfin deux bras aimant viennent l'entourer tandis qu'une voix douce murmure dans ses oreilles. Aude se blottit contre sa maman et se rendort apaisée.

* * *

Il y a comme une éclaircie dans le ciel. Sophie lève les yeux de sa peine et prend le temps de la lumière. Elle inspire cet instant fugitif, sens la fraîcheur de l'apaisement avant de refermer les yeux. Il faudrait que cette journée s'achève, c'est tout.

* * *

L'été glisse d'un jour à l'autre, les ciels gris se succèdent et fondent sur la terre en averses fines et drues. Agnès lève les yeux de son ordinateur et soupire. Son regard se perd dehors à la rencontre d'un ciel dans le ciel, d'une superposition de gris passant de l'ombre à la lumière. Tout à coup, un vent se lève et le soleil illumine une pluie nouvelle, la lumière blanche irradie les toits sous l'obscurité entière de l'orage naissant. Agnès admire cette rencontre entre tout et son contraire, elle s'imprègne de cet instant immense avant de replonger le nez dans ses dossiers.

Ces paragraphes sont issus de ma contrainte quotidienne sur le blog du Convoi des Glossolales. Je vous invite à y découvrir de talentueux auteurs.

h1

Rosalie

16 juillet 2011

 

Rosalie enfouit ses secrets au plus profond d’elle même, ses mots tus, ses petites souffrances et malins plaisirs, les désirs qu’il ne faut pas avoir, les questions qu’elle n’ose pas poser aux adultes, les regards qu’elle aimerait qu’on porte sur elle et les rêves qui lui semblent si grands que jamais elle n’oserait se pencher pour leur donner vie, de peur d’être engloutie, d’être dévorée par une frénésie gourmande et destructrice, quelque chose d’intense qu’elle devine sans comprendre ou qu’elle comprend sans deviner, elle n’a que sept ans, des cheveux bruns tous raides qui tombent sur ses tâches de rousseurs et des yeux sombres et brillants, elle est à peine née et déjà elle marche sur un manteau d’inavoué qu’elle refoulera et fuira, comme tous les autres, comme nous les autres dont les fondations reposent sur nos névroses inconscientes qui nous ont façonnées et qui nous définissent, comme sa mère aussi qui ne pousse pas la porte vers la délivrance, l’affrontement, la thérapie, sa mère dont elle retrace les pas et de qui elle a appris le mensonge, l’évitement de soi, dont elle lit les larmes de la veille sans y penser, sa mère à qui elle ressemble comme toutes les petites filles veulent devenir leur mère, porter des talons hauts et se déplacer à travers la vie arborant une assurance complexe et vacillante, sauf que Rosalie peut-être pourra être sauvée, il suffirait d’un faux pas pour retomber dans la justesse, changer de route, elle ne sait pas tout cela alors qu’elle continue à empiler ses silences et blessures et ses rires qu’elle n’ose pas, oui il suffirait peut-être d’un simple souffle en elle pour qu’enfin tout respire comme l’herbe et l’étang et les arbres dehors qui se redéploient sous une pluie d’été chaude et bienfaitrice, après tant de jours assoiffés la nature se redresse et exhale son rappel enivrant qu’elle peut survivre à tout et surtout à nous.

Enfermée dans sa chambre, Rosalie regarde. L’eau tombe d’un ciel lourd et gris relâchant malgré lui par endroit un souvenir du soleil. L’obscurité définit le paysage du jardin familial, le vent secoue et gémit.

Ses cheveux fins sont collés à son front contre la vitre froide sur laquelle des gouttes mènent leur flou en lumière. Ses yeux regardent, inlassablement.

Elle n’enfouit rien, ne souhaite rien, ne songe à rien. Elle s’ignore.

Cet instant est simple.

h1

Une soirée chez Belou

5 juillet 2011

Belou est penchée sur son dessin. Il fait nuit dehors, les lumières parisiennes scintillent au dessus des toits et vous offrent leur chatoiement empêchant l’obscurité. Belou n’a pas de veilleuse. Quand elle a peur la nuit, elle ouvre les rideaux de sa chambre côté salon et laisse les lueurs de la ville baigner ses murs.

Belou s’est installée par terre au milieu de la pièce. A genoux, courbée vers sa feuille, elle a méthodiquement étalé ses feutres par ordres de couleurs autour d’elle. Ils forment un arc en ciel de plastique égayant le parquet tous les 4cm. 

Ses cheveux se sont échappés de ses barrettes et tombent sur son visage et volent un peu autour d’elle : Belou a des cheveux de lumière fins et électriques. 

Elle devrait être couchée, tu restes persuadée que le sommeil est un élément indispensable au développement des enfants et qu’ainsi son cerveau et sa mémoire se développent, qu’elle grandit mieux et en meilleure santé.

Quoique étayée par des études scientifiques, ta croyance te vient de l’enfance et du soin quasi religieux dont tes grands-parents paternels entouraient cette activité. Qu’il soit nocturne ou diurne, l’acte de dormir était entouré d’un respect attentif relevant presque du sacré. Veiller sur ses rêves, lui assurer une routine vers le repos est pour toi un acte qui te rassure et t’assure que tu lui prodigues le nécessaire. Que ta culpabilité peut se taire. La culpabilité liée au père, liée à toi et aux manques qu’elle ignore mais que tu te pardonnes difficilement. Tu as des exigences envers toi-même que nul ne suspectera jamais.

Les horaires de Belou sont stricts, elle a grandi dans ton organisation nécessaire de mère seule, et c’est pourquoi les quelques écarts que tu concèdes prennent tout de suite l’ampleur d’une fête tout en bonheur. Belou a grandi avec une mère organisée et bohème à la fois, tu parviens ainsi à garder un minimum de contrôle sur le temps qui court si vite, tout en préservant le fantasque indispensable à la magie que tu souhaites lui transmettre. Comme toi, Belou sait deviner l’invisible et danser face à la lumière qui éclaire tout et rien, Belou sait être une fée, un rayon de soleil perçant la pluie. 

Parfois, tu la regardes et tu ne sais comment ton coeur parvient à contenir tant d’amour. Il n’y a pas de tristesse, pas de regrets ni de remords, l’amour qui te lie à ta fille est pur et infini, il commence avant même qu’elle n’aie été conçue et va au delà de jours à venir.

Ce soir c’est le dernier jour d’école, Belou est officiellement en vacances et elle a le droit de veiller.

Tu t’es assise sur ta table carrée en bois blanc. Devant toi, des limes à ongles, du dissolvant et du vernis, et à côté une verveine au miel de lavande bio qui refroidi. Tu as cessé de te demander comment le miel pouvait être bio, comment l’apiculteur pouvait être assuré qu’aucune abeille n’avait suivi de chemin de traverse vers une fleur élevée aux produits chimiques, voire OGM, comment peut-on savoir, même dans un fief préservé on n’est pas à l’abri d’une jardinière zélée et accro au Gaucho ou au Régent, il y a écrit bio sur le bocal en verre, tu as voulu faire un geste de consommatrice éthique et voilà, ta tisane est adoucie au miel bio. 

Ton matériel ultra sophistiqué de femme moderne aux ongles peints reste cependant en souffrance. La tête penchée, tu mordilles l’ongle de ton pouce gauche sans le ronger tout à fait et on contemplant ta fille.

Cette année a filé… La maladie de Belou te parait si loin, la peur de la perdre, le déchirement qui t’a été imposé de concéder une part plus importante à son père, suivie des larmes coulées alors que tu découvrais sa paternité à venir… 

Belou va avoir un petit frère. 

Scolairement, ta fille passe en CE1 sans soucis. Ta fille qui a un an d’avance, qui avait appris à lire toute seule et connaissait ses tables d’additions en moyenne section de maternelle, a surfé sur les apprentissages du CP. 

Tu la trouves plus grande, ses traits sont plus fins. Ses yeux taisent de plus en plus la vie qu’elle mène hors de toi, Belou ne partage plus ses moindres pensées avec toi, elle choisi délibérément ce qu’elle tait et les weekends passés avec Damien et Nadège font partie de ce nouveau mystère dont elle te garde à distance. 

Damien va voir un autre enfant, avec une autre femme. 

Un enfant qu’il aura attendu, d’une femme qu’il va épouser. Tu n’attends plus rien de lui, mais malgré l’absence d’amour entre vous il reste en toi la colère bouillonnante d’un passé douloureux que vous n’avez jamais évoqué. 

Damien va avoir un autre enfant que le tien. Belou va devenir grande soeur, son coeur déjà s’agrandit et se prépare à accueillir ce bébé à qui elle sera liée par le droit du coeur autant que celui du sang…

Et toi?

Toi, tu as revu l’Etranger Jacques.

Après quelques incompréhensions et quiproquo, vous avez trouvé ensemble un sentier que vous aimez à arpenter. Chacun sur vos gardes, en précaution l’un de l’autre, vous avez créé un espace où vous retrouver. Tu ne te souviens toujours pas de votre soirée de rencontre et lui ne se résout pas à te retranscrire la conversation que vous avez eu alors. 

Pour toi, cela n’a pas d’importance, comptent les rires partagés, les sorties amusantes ou culturelles, et aussi cette redécouverte des sens qui te fait un peu rougir rien que d’y penser. Depuis six ans que ta vie est illuminée par Belou, quelques hommes ont existé plus ou moins fugitivement. Aucun n’a connu ta fille. 

Jacques, lui, passe qu’elle soit là ou non. Il ne reste pas forcément, partage un moment avec vous, un instant chaleureux avant de repartir vers son appartement parfois égayé par ses deux enfants, une fille et un garçon dont il a la garde une semaine sur deux. Tu n’es pas certaine du chemin à venir, tu as décidé que tu te poserais la question plus tard, un autre jour, qu’aujourd’hui tu pouvais lâcher et te détendre et profiter de l’instant présent. Tu t’occuperas de l’avenir quand il se présentera.

Belou tire la langue et suçote un feutre bleu. Tu grondes gentiment, amusée et agacée à la fois. Imperturbable, elle se lève en silence, doucement et les bras tendus, et vient se blottir contre toi, une main enroulée autour de ton cou et l’autre vagabondant vers tes limes et tubes de vernis. Tu l’enserres avec fougue, oubliant introspection et questionnement.

C’est le début des vacances. Demain, il fera beau.