Posts Tagged ‘writing’

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Eux

16 mars 2019

Elle glisse de l’un à l’autre, leurs visages penchés et concentrés, ses enfants, le cœur gonflé, elle fixe cette image en elle.

Ils se parlent par intermittence, de passent un épluche légume ou quelque condiment. Elle aime tant les regarder ensemble, souvent elle marche un peu en arrière et remplit ses yeux de ce portrait, lui si grand et un peu trop fin, elle plus petite et dont les pas s’accordent aux siens. Alors qu’ils avancent ils se tournent légèrement l’un vers l’autre et ponctuent leur conversation de gestes amples et convaincus.

Elle aime leur grâce et leur complicité. Ce soir c’est pour elle qu’il cuisinent, joyeux anniversaire maman, ses deux ados parfois mutiques et étranges, le soir est calme et le ciel transparent, ils sont ensemble.

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La ligne entre

13 mars 2019

Quand la pluie s’arrête enfin, la vie se fige, surprise, le silence s’installe en retenue de souffle et en accueil de la nuit.

Tu ouvres toutes les fenêtres, les lumières allumées s’épanchent vers le jardin qui exalte de terre humide, de pétales froissées, du glissement en regrets vers le réveil.

Les gouttes en écoulement le long du métal de la grille, le vent dans les feuilles, les insectes, puis la rue s’anime à nouveau. 

Une porte claque au loin, tu inspires en restant entre. Pas tout à fait dehors, plus vraiment dedans, en équilibre sur la ligne. 

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Dis, et si?

12 mars 2019

Dis, et si ?

Et si nous quittions les sentiers embrumés par la nuit, dis, si nous franchissions les lignes à défaut de les faire bouger, prétendre que demain est possible, qu’hier était léger et inconséquent, dis, oublions les mots, les taux, les probabilités dont l’encre noire menace le vent… quelques pas de côté, ma main dans la tienne, en sourires en regards, en lumière matinale perçant les feuilles… Dis, et si, et si l’existence d’aujourd’hui n’était qu’un songe, un peu trop agité, incertain, un peu trop triste aussi, en vers de gris, en bleu trop pâle, inspirer, s’assoir, confronter, recommencer, dis, viens avec moi, dansons. Quelques pas de côtés, loin du sentier, dis-moi en silence, dis-moi oui, la vie, ce cri intérieur qui rugi, non, refus, dénis, entourés de murs, dis, et si, si je marchande avec la réalité, comment te sauver, que sacrifier. Et s’il n’y avait plus rien à dire, jusqu’où continuer à se battre, persévérer, serrer le mords et avancer, dis, et si je n’abandonnais pas, ce choix, toi, ralentir le temps, de l’ombre la lumière finira toujours par sortir, quelques soient les jours, arrêter de compter et être.

Dis, et si ?

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Révisions

11 mars 2019

Quoique droitières elles fumaient toutes les deux de la main gauche ainsi elles pouvaient tirer sur leur clope tout en faisant autre chose, écrire, tourner les pages, piocher dans un bol de fraises tagada.

A l’époque un paquet ne coûtait pas cher, 10 francs le paquet de gauloises bleues, facile de tomber dedans pendant les révisions du bac. Elles se faisaient face autour d’une table ronde, dans l’appartement de leur tante, séparée par les livres, fiches et trousses. Les deux cousines, la blonde et la brune, la matheuse et la linguiste. Deux semaines de révisions intenses pour le Bac, les journées coupés par la pause déjeuner et séries sur M6. Clopes dans une main, fiches dans une autre, elles se partageant le travail, l’une faisant réciter l’autre, l’autre expliquant à l’une.

Situé dans une petite rue calme, l’appartement inoccupé virait au jaune, au vieux, il leur fallait aérer en arrivant à cause des odeurs de cire, et en repartant pour désenfumer. Le salon fut ainsi leur refuge, seules elles auraient sans doute été moins studieuses.

Parfois il serait si simple d’y retourner, au temps où tout restait possible. Aucune porte, alors, ne leur était fermée. Elles construisaient leurs prochaines étapes dans l’insouciance et la légèreté.

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Le vide entre

9 mars 2019

Les verres ont formés des ronds sur la table du bistrot. Elle tient le pied du sien et en suit le bord du doigt, en rappel de l’enfance et des symphonies qu’ils inventaient à l’heure du dîner.

Ils sont face à face, leurs main ne se touchent plus, les pieds soigneusement rangés et les yeux baissés.

Il ne leur reste plus grand chose hormi le silence. Le cliquetis de vaisselle provenant de la salle derrière eux, la radio nasillant quelques airs nostalgiques, le bruit de la pluie qui les empêche de partir et tambourine inlassablement les vitres, obscurcissant la vue vers la place, l’avenue, le métro.

Elle remarque qu’il est encore nerveux. Son indexe gratte furieusement la peau au coin de l’ongle du pouce, il fait cela quand il est en manque de cigarettes. 

Elle s’attache sur les ronds un peu poisseux, son verre de vin à peine touché. Le sien quasi vide. Il a bu de grandes lampées brusquement, comme si cela pouvait lui donner du courage « pour la suite », pour ce qu’il lui fallait dire et entendre.

Il aurait fallu que l’un d’entre eux parte tout de suite. Leur conversation est terminée mais ni l’un ni l’autre n’ose la pluie, ou ne souhaite l’imposer à l’autre.

Tout à coup la tornade s’arrête, le soleil inonde avec autant de violence qu’il était parti et tout scintille. Le trottoir, l’arrêt de bus, les voitures… cet éblouissement est insupportable. Elle se lève en bousculant sa chaise, ses pas se hâtent, vite, il faut disparaître et laisser derrière elle ce portait misérable d’une histoire mal terminée, elle en court presque, s’échappe    et enfin respire.

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Elle

8 mars 2019

Son sourire éclate en rire et s’embrase de la lumière couchante. Les bras en l’air, elle valse dans le champ d’herbe folle, en inventant des hymnes glorieux et entraînant, ses nattes défaites ont glané quelques herbes et fleurs et tu la regardes, tu la dévores silencieusement des yeux, ta fille tant aimée.

La journée s’est éloignée du temps, vous vous êtes échappée de la ville et avez roulé au hasard. Parfois tu lui demandais de choisir, tout droit, à droite ou à gauche, au grés de votre chemin, débarrassée du poids des obligations que vous retrouverez bien assez tôt. 

De zig en zag, un village, une rivière, un gîte grimpé de chèvrefeuille odorant, et hop, le retour attendra demain. Du jardin au sentier, de la forêt aux champs, vous avez marché, dansé et chanté.

Un peu fatiguée, tu t’assois tandis qu’elle continues à valser sous le rougeoiement du jour agonisant. 

Elle est belle, elle est libre ta fille. La société ne l’a pas encore enfermée, pour l’instant encore, le monde lui appartient.

Tu te perds un instant dans le vent qui porte son chant, et, toi aussi, tu souris.

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Letter from the Other Beyond

30 janvier 2017

From Darkness I have woken, an imperceptible sight all my body could muster, a breath. Amidst time’s interstice for centuries I laid, crushed under World’s Worries and Burdens, falling far and deeper in my own self’s oblivion, greyness and dust, as I welded myself in rock, my body my tomb crushing light and tomorrows, my other self a Timekeeper forcing me into healing nothingness.

A million puzzle pieces, and who am I.

A million tears and eternal sorrow as the Circle of Things retraces its own steps, two walls guarding its path on each side.
Words burning the sky and engraving my soul – everything has happened before and will happen again – are we condemned? Our angels grieve with poignant compassion and our soil cries her children’s blood… each and every time Humanity’s Nevermores became Oncemores, each and every mistake an atrocity.

I feel so tired. Why should I ever resurface.

Yet from Darkness I have woken, an imperceptible sight all my body could muster, a second breath. My body so heavy, I don’t have the strength. My eyes won’t open, I don’t want to see, I don’t want to move nor do I want to be. I will myself to Nothing or else my heart will break a million times again, should I let Reality be, World, you are exhausting me.
History tells us all, if only we were listening, but we keep on our ways, Arrogant Youth never parting from the Circle, religiously reenacting the same scenario and retracing human errors again and again.
Quiet the Worrier, shut up Cassandre, this time it will be different. I know.
Alas, aren’t we so small and insignificant, shouldn’t we be humbled.

It hurts. To breathe and to be alive. To hope and to risk everything.

How terrifying let your gard down to love and believe in others. And yet, what if we were to belong in a herd of journeyers, our steps joining an adjacent path creating new possibilities. Once upon a time, what if we weren’t hopeless. We may be nothing alone, but together wouldn’t we be an army guided with Knowledge and Light?

I can’t lay still for much longer now, a decision must be made.

If you are neutral in situations of injustice, you have chosen the side of the oppressor. If an elephant has its foot on the tail of a mouse and you say that you are neutral, the mouse will not appreciate your neutrality.
Desmond Tutu