Archive for the ‘écriture’ Category

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La petite Belou est malade 3

20 décembre 2010

Le couloir n’est pas blanc. Pour une raison idiote cela te dérange. Le sol en lino est gris, les murs sont jaunes et les portes bleues ou violettes, c’est selon. Vous êtes installés sous des néons à la lumière crue et vous attendez. Tu es assise et lui debout. Ses jambes sont croisées et les tiennes pliées sous ta chaise en plastique. Ton corps entier est plié en deux, ta tête baissée, ton cou cerclé par tes mains, tes coudes enfoncés dans tes cuisses, tes doigts croisés sur des cheveux que tu tires, entortilles, coiffe-décoiffe-coiffe-décoiffe… Ton corps entier est en équilibre précaire sur cette chaise. Un courant d’air et tu pourrais basculer.

Tu regardes le sol gris, les semelles qui passent devant toi, tu te bas contre cette vague de nausée qui monte en toi depuis des heures déjà. Au fil du temps, les chaussures ont défilées de plus en plus fatiguées et couvertes de neiges. La vue de chez toi doit être sublime… Des flocons épais tombent sur Paris et transforment la ville en carte postale et Belou ne le voit pas. 

Belou est sous perfusion, Belou dort. Elle a été sous masque, elle a respiré des molécules dilatatrices qui ont permis à l’air d’atteindre correctement ses poumons, ses veines baignent dans la pénicilline, et son corps est réhydraté. Ses poumons sont encore en souffrance, ses bronches risquent toujours l’obturation. Elle a l’air si petite dans ce grand lit compliqué, reliée à des machines, des fils, des moniteurs qui vérifient en constance que son corps fonctionne.

S’il n’y a plus de complications, Belou ira bien. S’il n’ a pas de complications et qu’on fait très attention, Belou pourra peut-être passer Noël chez toi. Ce serait bien, ta petite fille, les rituels, le chocolat chaud et les brioches. Son père pourra l’avoir pour le nouvel an.

Là, vous attendez pour régler et pour organiser son séjour à l’hôpital. Le médecin de nuit est couché et le médecin de jour fait sa ronde, votre généraliste homéopathe est partie rassurée, Belou dort, et vous faites la queue depuis deux heures. 

L’urgence est passée, le diagnostique est posé, et c’est maintenant que tes jambes te manquent et que ton estomac se venge.

Que ne donnerais-tu pas pour une cigarette… Tes doigts continuent leur danse dans tes cheveux et ton cou, ils démangent de nicotine, ils sont noués et tendus.

Damien et toi êtes des anciens fumeurs opposés. Lui ne supporte plus l’odeur, le geste ou l’évocation de la cigarette. Toi, tu arrêtes de fumer à chaque fois que quelqu’un en allume une devant toi. Tu es en manque à chaque coup de stress, chaque date buttoir impossible à respecter, et après quelques verres aussi, quoique tu ne boives plus très souvent maintenant que la petite est là.

Tu inspires longuement en basculant en arrière. Tu dénoues tes doigts, les passes sur tes yeux et dans tes cheveux « embataillardisés ». Tu regardes brièvement Damien. Le contre coup de cette nuit s’affiche également sur son visage. Son costume est fripé, ses traits sont tirés. Des cernes noirs marquent ses yeux, et tu remarques que ses mains tremblent légèrement.

Il y a cette histoire entre vous, ce passé. 

Il y a surtout Belou dont vous partagez l’éducation, dont vous êtes « co-parents ». Sans elle vos chemins ne se seraient jamais recroisés, mais elle est là, elle illumine votre vie et elle vous force à la présence l’un de l’autre. Elle vous oblige à parcourir un sentier que vous rejetez mais qui vous est obligatoire. Pour elle, par amour pour elle. 

Ce matin vous vous faites face, toi assises sur ta chaise, lui à cinq mètres, debout, gardant sa distance mais présent. Vous avez communiqué avec les médecins et les infirmières tout en gardant le silence entre vous. Les mots que vous pourriez vous dire sont si grands qu’ils remplissent l’espace qui vous sépare et vous maintiennent ainsi, à votre place et dans votre rôle. Si cela ne concerne pas Belou, vous n’avez plus rien à vous dire.

Vous allez remplir des papiers et rentrer chez vous, lui en première en évitant les dérapages et toi à pied sur un manteau froid dont la blancheur commence déjà à être souillée par la pollution parisienne. Vous allez dormir quelques heures et passer brièvement ou boulot avant de retourner au chevet de Belou. Vos regards ne se croiseront pas, vos mains ne se toucheront pas. Vous envelopperez votre fille de tout l’amour dont vous êtes capables individuellement, vous ferez le nécessaire pour elle tout en attendant avec impatience qu’elle aille mieux, qu’elle sorte, et que votre vie où Damien et toi êtes invisibles l’un pour l’autre reprenne son cours.

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La petite Belou est malade 2

16 décembre 2010

« Il » qui n’est jamais monté chez toi est dans l’ascenseur. 

D’habitude il fait le code, sonne à l’interphone et attend que Belou descende. Aujourd’hui « il » s’arrête au 6ème, terminus de l’ascenseur et gravit rapidement 4 à 4 les marches menants jusqu’à chez toi. Tu as laissé la porte ouverte, votre médecin est au chevet de Belou et converse au téléphone, et tu es debout au milieu de la grande pièce lumineuse qui vous sert d’entrée, de salon, de cuisine et de salle à manger. C’est une grande pièce en mezzanine au bois laqué de blanc, aux grandes fenêtres donnant sur Paris et au plafond arrondi. La chambre de Belou est à droite, sous l’étage, et a une vraie fenêtre vitrée ornée d’un rideau qui donne sur « la salle à manger » pour avoir de la lumière. Un escalier étroit mène au-dessus, sur la mezzanine, où ta chambre et la salle de bain sont séparées par un large palier ouvert qui te sert de bureau.

– Bonjour Damien.

Vous vous êtes revus, de temps en temps. Souvent au début, quand votre présence était nécessaire dans votre « passation de Belou », puis de moins en moins : puis le moins possible. Il a toujours cette mèche foncée qui tombe sur son front dans un début de boucle, ses yeux noirs profonds, ce visage carré et déterminé, quoique avec des débuts de rides, et des mains larges mais au doigts fins. Des doigts de pianiste. Sa peau blanche contraste avec son manteau trois-quart en feutre sombre.

Il s’arrête sur le pas de la porte quelques secondes et imprime tout dans ses yeux. Ton angle cuisine fonctionnel et moderne teinté de bordeaux, le bar qui scinde les espaces. La petite table rectangulaire blanche sur laquelle traîne ton ordinateur. Le coin salon un peu en angle virant au vert de chine, au beige et au kaki, les grandes bibliothèques et placards blancs qui vont jusqu’aux plafond. Chaque détail de ton espace est offert à son regard. 

Instinctivement, tu recules d’un pas. Tu as choisi cet appartement improbable, réunion de diverses chambres de bonnes, alors que tu étais encore enceinte de Belou. Cet espace a été ton refuge, tu y a pleuré des larmes amères, tu l’as quitté en te tenant le ventre la nuit où Belou est née, tu y est revenue avec ton bébé, ta petite. Tu t’y es reconstruite, Tu y es devenue une autre, une mère seule, une femme indépendante et heureuse malgré tes blessures. 

Qu’il soit là, c’est comme s’il pouvait accéder aux moindre parcelles d’intimité que recèle ton âme. A chaque chose personnelle que tu as mis dans l’agencement et la décoration de ce nid pour Belou et toi. 

C’est violent et brutal mais ce n’est pas l’essentiel, tu n’as pas le temps de penser à toi ni au passé. L’important ce soir, c’est cette petite fille chiffonnée de transpiration sur son lit, tellement moite que ses cheveux ont l’air noir, à la respiration sifflante et rauque et qui a à peine la force de s’agiter dans son inconscience fiévreuse.

D’un signe, tu lui indiques qu’il peut entrer et aller jusqu’à la chambre de sa fille. Belou devine plus qu’elle ne comprend sa présence et s’agrippe à lui. Son autre main se tend vers toi, sa main gracile et tremblante de fièvre que tu prends sans réfléchir. Pour la première fois depuis sa naissance, Belou a son père et sa mère ensemble à ses côtés.

L’interphone sonne mais Belou ne vous lâche pas. Le docteur va doucement et ouvre aux ambulancier tandis que Damien et toi vous regardez au-dessus de votre enfant. Votre échange silencieux est court et fugitif. Ton appartement est soudainement envahi par des inconnus qui s’affairent autour de Belou. Tu es éjectée de son chevet, son lit est vide tout à coup et Belou est dans les escaliers, sur un brancard et rattachée à une perfusion. Votre homéopathe généraliste prend les choses en main.

– Je vais avec eux dans l’ambulance, déclare-t-elle. Vous n’avez qu’à suivre en voiture. 

Cela n’a pas l’air très protocolaire, mais face à son regard d’acier les ambulanciers s’inclinent. 

– Ce n’est la faute de personne, dit-elle avant de disparaître. Elle vous enveloppe de loin avec bienveillance. 

– Ne cherchez pas qui a fait quoi où quand elle a commencé à être malade. Ces trucs là sont insidieux. Ce qui compte, c’est qu’elle aille mieux, et pour ça elle a besoin de vous deux. 

Ces trucs là. Tu ne sais même pas de quoi il s’agit exactement. Angine de poitrine? Pneumonie? Les mots tournent dans ta tête alors que tu enfiles machinalement un manteau. Tu prends ton sac et, agitée de tremblement, tu parviens enfin à fermer à clé.

– Je suis garé sur l’arrêt de bus, je t’emmène.

Damien saisi le bras de ton manteau et te guide délicatement dans la bonne direction. 

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La petite Belou est malade – 1

15 décembre 2010

La semaine dernière a été difficile… La neige, le froid… Tu avais fait ton possible pour que Belou soit bien couverte de la tête aux pieds et qu’elle soit au chaud et au sec. Le plan hiver était fermement en place, oranges et clémentines quotidiennes, cuillères de miel le matin, plus ces petites granules hebdomadaires « pour renforcer les défenses immunitaires » prescrites par la généraliste homéopathe, que vous prenez religieusement par habitude. Toi, tu crois que le corps peut bénéficier de coups de pouce subtil, et cela n’empêche pas ce même docteur de te prescrire des antibiotiques lorsque c’est nécessaire.

Dans le sac que Belou a emmené chez son père pour son un weekend sur deux, tu avais tout prévu, cagoules en doubles, chaussettes en angora, polaire ET pull en cachemire. Le froid mordant s’était mis à piquer mais c’était un froid sec qui te faisait moins peur que l’humidité qui parfois s’engouffre en nous en des frissons interminables.

Lorsqu’ « il » te l’a rendue, il a poussé l’inquiétude jusqu’à t’appeler. D’ordinaire votre routine est bien établie. « Il » passe prendre Belou à la sortie de l’étude à 18h vendredi soir et te la re-dépose en bas de l’immeuble dimanche également à 18h. 

« Il » ne monte jamais. 

Belou s’engouffre dans la porte cochère et s’élance dans les escaliers en bois tapissés de velour vert qu’elle monte en cavalcade en s’agrippant à la rampe. Quoique vous habitiez au dernier étage, elle n’a  que très rarement la patience d’attendre l’ascenseur. Elle franchi la porte, t’enveloppe fougueusement de ses bras puis va pour prévenir son père. Les beaux jours, elle ouvre la fenêtre et agite vigoureusement son bras droit vers le sol dans un dernier adieu. En hiver, elle se contente de faire clignoter la lumière trois fois. Tels sont ses rituels personnels partagés avec son père, des codes au sein desquels tu es inexistante mais que tu acceptes pour son équilibre et sa construction personnelle. Parce que le déchirement que représente son père ne doit pas lui être transmis, parce qu’elle n’est pas responsable de votre séparation, parce qu’elle a le droit d’aimer cet homme sans qui elle ne serait pas. Cet homme que tu as aimé un jour du plus profond de toi et dont l’existence te fait mal encore, parfois. 

On ne se remet jamais tout à fait d’avoir été abandonné.

La règle entre vous est que tout passe par mail, sauf urgence. Cela fonctionne bien. Vous ne vous croisez jamais sauf pour les éventuels spectacles de fin d’année, vos relations sont virtuelles et inaudibles.

Pourtant, dimanche, « il » t’a appelée. Belou était dans les escaliers qu’elle montait lentement, tu l’attendais en haut du palier lorsque sa voix a résonné dans son portable. 

« Isabelle, je voulais te dire… Je la trouve fatiguée, un peu fébrile. Nous ne sommes quasiment pas sortis ce weekend mais je pense qu’il faudrait surveiller. »

…Tu ne sais jamais exactement si tu es touchée ou agacée qu’il soit un bon père.

En effet, la petite fille qui t’enlace de ses bras a l’oeil brillant, le pas ralenti. Elle se plaint d’avoir mal à la tête, de ne pas avoir faim. Tu parviens à lui faire manger quelques cuillères de soupe avant de la mettre au lit. Le thermomètre indique 37,8, tu es modérément inquiète. 

Le lendemain, ta journée est chargée et tu laisses Belou à l’école. Tu la retrouve le soir à 38,2°C. Elle est pale et rouge à la fois, elle ne tousse pas mais semble avoir du mal à respirer. Tu t’arranges avec la voisine pour qu’elle garde la petite et tu prends rendez-vous chez le médecin pour 17h30. Avant ce n’était déjà plus possible, son cabinet est débordé. Avant ce n’étais pas possible, tu es également débordée. 

Tu prends de quoi travailler de chez toi et tu pars tôt. Chez le médecin, la généraliste homéopathe a l’air inquiète quoiqu’elle se veuille rassurante. Elle prescrit directement de la pénicilline et te dit qu’elle passera voir la petite demain soir. 

« Surtout ne vous déplacez pas, je viendrai. »

24h après, lorsque la généraliste sonne chez vous, elle trouve une maman désemparée et une Belou brûlante enveloppée de serviettes humides dont la fraîcheur alliée aux antibiotiques et anti-inflammatoires ne suffit pas à faire baisser la fièvre. 

Belou se tourne et se retourne dans ses draps en sueurs, s’assure que tu es là et réclame son père entre deux respirations sifflantes. 

La généraliste te regarde. Elle est proche de la retraite, son visage fin et ridé esquisse un sourire. Avec discrétion, elle hoche de la tête. 

« Il vaudrait mieux l’appeler avant que l’ambulance n’arrive. Je vais la faire transférer à Trousseau. »

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La petite Belou

12 décembre 2010

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Tu es assise sur le rebords de ton lit. Tes yeux gris peinent à s’ouvrir, tes bras restent en poing sur le matelas dans un geste avorté pour te lever. Pieds à plat au sol, tes cheveux blonds cendrés et courts en bataille, tes lèvres entrouvertes sur le silence. Tu restes sans bouger. 

Tu regardes par la fenêtre. Le matin hivernal inonde ta chambre d’une lumière blanche et crue annonçant un froid coupant, encore. 

Encore un matin, encore un hiver. 

Hier et avant-hier tu t’es levée sans réfléchir, à peine consciente, tu t’es cognée la tête contre la pente du plafond en lâchant une bordée de juron, tous les matins tu oublies que tu vis sous les toits et tu entretiens ta bosse permanente en haut du front, juste à la naissance des cheveux. Tu marches lentement jusqu’à la chambre de la petite Belou et tu te penches sur son sommeil, émerveillée par son existence qui perdure. Tu ne croyais pas que c’était possible, cette vie en toi, cet être qui t’enlace quotidiennement d’un amour inconditionnel et absolu et qui te pousses vers le meilleur de toi-même. Tu restes quelques instants à la regarder, à respirer son odeur d’enfant et à imaginer ses rêves… Tu t’éloignes enfin en te grattant machinalement le cou – un geste qui te viens du sevrage de la cigarette – et tu lances la machine à café et le chocolat chaud de Belou avant de laisser l’eau de la douche glisser sur ton corps et le réveiller avec douceur. Tu commences brûlant et tu baisses jusqu’à obtenir une eau froide qui te pousse à sortir. 

Ta douche ne dure jamais plus de cinq minutes. C’est efficace et c’est écologique. 

Ensuite la routine s’enroule autour de Belou et toi. Une fois habillée tu réveilles la petite avec un câlin et un bisou dans le cou, tu lui tends ses vêtements qu’elle enfile en « grelottant » sous la couverture. Vous vous asseyez face à face et trempez vos tartines dans vos tasses. Elle gazouille sur la journée à venir, tu l’écoutes, tu la regardes. Vous vous brossez les dents côte à côte, tu tresses ses cheveux en une natte dans le dos et elle vérifie que ton maquillage n’a pas débordé. Une fois en bas de l’immeuble, couvertes, gantées, écharpées, casquées, tu roules avec précaution jusqu’à l’école primaire où elle va en CP. Elle descend, te rend son casque et s’élance dans la cour de récréation après avoir agité la main énergiquement une dernière fois en ta direction. Ses yeux noirs rieurs se détournent vers une copine qui approche et Belou s’envole loin de toi.

Parfois cela te fait mal, de voir à quel point elle ressemble à son père. Malgré sa blondeur, Belou a les traits un peu carrés, et surtout des expressions qui te sont étrangères et qui te ramènent à « lui ». 

Tu es graphistes dans une petite agence de com touche à tout et comme  tu ne peux pas toujours emmener du travail chez toi, tes horaires sont parfois difficiles.

Le soir c’est une voisine qui récupère la petite. Belou fait ses devoirs sous son regard vigilant, joue, regarde un peu la télé. En général tu t’arranges pour arriver  pour le dîner au moins trois fois par semaines. Le reste du temps, la voisine prépare des restes ou un plat congelé et s’occupe de la routine de Belou jusqu’à ton retour.

Les soirs où tu arrives après son sommeil, tu restes quand même à ses côtés et tu la regardes en lui tenant légèrement la main, le coeur triste de ne pas avoir été là, de ne pas avoir entendu les détails de sa journée, les potins de sa classes, les choses qu’elle a apprises aujourd’hui. Le CP, c’est l’année où l’on apprend à lire et tu suis avec joie ses progrès. 

Aujourd’hui c’est « un weekend sur deux ». Belou n’est pas là. « Il » est passé la prendre directement à la sortie de l’école, tout était prévu, Belou était partie toute guillerette avec son sac. Elle allait vivre des aventures extraordinaires avec son papa et revenir remplie d’histoires dimanche. Des histoires censurées car Belou et son papa ont leur monde à eux, leurs liens que tu respectes à défaut de les partager. Tout à coup Belou s’interrompra  au milieu d’une phrase, le corps penché en avant tant elle est investie dans ce qu’elle vocalise. Tout à coup, Belou te regardera avec gravité pour te dire « Mais tu sais maman, je t’aime ». Ce ne seront pas des mots s’excusant pour aimer aussi son père mais une simple affirmation tranquille.

Tu t’es réveillée ce matin en ayant oublié qu’aujourd’hui était un weekend sur deux. Malgré la fatigue et l’envie de rester la tête sous l’oreiller, tu avais amorcé une tentative pour te lever, un rire aux lèvres et des jeux à proposer… avant que la mémoire ne te revienne… 

Belou n’est pas là, tu restes ainsi ni couchée ni levée, regardant par la fenêtre sans voir, frappée une fois encore par son absence qui se répétera régulièrement tant que Belou sera chez toi, qui se répétera de façon hachée et supportable tant qu’ « il » voudra bien te la laisser sans réclamer une garde partagée équilibrée. 

Il sait. 

Il te la laissera et se contentera, lui, de ces week-end fugitif, des déjeuners du mercredi et la moitié des vacances. C’est ainsi qu’il essaie de se faire pardonner d’avoir bifurqué de route avant sa naissance, c’est ainsi qu’il s’assure que tu as, près de toi, un être aimant qui prends soin de toi.

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White (translation)

30 novembre 2010

Blanc

 

 

My memories of you are in black and white. You’re sitting inside a french window’s frame, your feet against your thighs and your hands around your knees, on which you rest your head. Your back is propped up against the white wooden frame, you stay thus, patiently, while your mother and your sisters take out, unfold, dust and puff your immaculate dress and veil.

Your skin glows from two months in the south of France, your dark hair is tied wildly in a knot in your back and your eyes (green), can’t but laugh at all this fuss. You stay without moving, you let them do what they need to do. You know that today isn’t your day but theirs.

You, well, your happiness is elsewhere, in chestnut eyes in which sparkles got lost somehow. You never needed the symbols, your rules were clearly established, it’s crazy how much the two of you already talked then. Our eyes went from our silent couples to yours and we could not understand where this river of words came from. We knew that, every day, you would share every insignificant details of the moments lived in the absence of the other, and we found this strange, childish and even ridiculous (we didn’t have a clue).

All this white… It made you nervous. A white meaningless to you, you’d lived with the man who was to wait for you at the town-hall and then the church for two years, you would have preferred colors, something lively and joyful that could withstand stains and dust, Celtic music in the church and a party under a circus tent with juggling clowns and sea lions spitting fire. You would have wanted your day to start slowly with the languor of an XIXth century waltz, the which would have turned faster and faster with time and left your guest breathless and dropping on a bench to drink their champagne glass straight up before getting to know the cute girl next to them.

You’d have like that, that your guests leave with sparkles in their heart, a je-ne-sais-quoi filled with whimsical audacity.

But and very quickly, you let go. You gave this day to your family knowing very well that the rest of your life together was yours to own. 

I have other images of you with a lot of white and little black, just enough to create a contrast and let the light stand out on your face, in your smile and gestures. You standing in the middle of your room, arms apart while your mother dresses you, you eyes closed and your head turned towards the window and your older sister who applies your make up. You in the stairs as you’re going down with precautions,  you laughing so heartily as you discover the mule your husband to be graciously provided for your transport (your father substituted a collection car to it), you getting out of the car as the engine was still running in your hurry to make it quicker to the town-hall, almost closing the door on your dress… You’d rolled it’s train in a bundle under your arm while you ran.

From all these images, from this day, one stands out that I chose to keep. We can’t see your face, we wouldn’t recognize you – nor would we recognize your husband. We see you kneeling by the side of your beloved, white on black, light on dark. I remember your faces bent and harmonious. And a veil with white lace, coming from your hair and resting very elegantly on your armchair thanks to your mother (again). This picture was taken by someone else than I and I find it special and peaceful. What you gave us on that day was just a symbol but it was precious, you gave us the possibility to rejoice with you and share a piece of your happiness. You both were like this veil, present and invisible, exposed to our scrutiny yet protecting your shared secrets, your details, your still daily banter and words.

 

The French version of this text originated quite a discussion on facebook with both French and English speakers who made the effort to use google trad (heh!). Thus this translation for the « lost » passages. Thanks for your feed back and ideas and questions. Your interest in my work help me so much on unmotivated and grey days…

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Blanc

29 novembre 2010
Blanc

Mes souvenirs de toi sont en noir et blanc. Tu es assise dans l'encadrement d'une porte-fenêtre, les pieds joints contre tes fesses et les bras encadrant tes genoux sur laquelle tu as posé ta tête. Le dos calé contre le bois banc tu restes ainsi, patiente, tandis que ta mère et tes soeurs sortent, déplient, époussettent ta robe et ton voile immaculés.

Tu es bronzée de deux mois dans les Landes, tes cheveux sombres sont noués à la diable dans ton dos et tes yeux (verts) rient de toute cette agitation. Tu ne bouges pas, tu les laisses faire. Tu sais que ce n'est pas ton jour mais le leur. 

Toi, ton bonheur est ailleurs, dans un regard noisette dans lequel se sont perdues des paillettes dorées. Vous n'aviez pas besoin de ces symboles, vos règles étaient clairement établies, c'est fou ce que vous pouviez déjà vous parler à l'époque. Nous regardions nos couples silencieux puis reportions nos yeux sur vous sans comprendre l'origine de ce flux de mots. Nous savions qu'à la fin du jour vous partageriez chaque détail insignifiant du temps passé hors de la présence de l'autre, et nous trouvions cela étrange, infantile, et même un peu ridicule (nous n'avions rien compris).

Cela te rendait un peu nerveuse, tout ce blanc. Un blanc qui ne voulait rien dire, tu cohabitais avec celui qui allait t'attendre devant la mairie puis l'église depuis deux ans, tu aurais préféré de la couleur, quelque chose de vif et de joyeux et d'intâchable, de la musique basque dans l'église et une réception sous un chapiteau de cirque avec des clowns jongleur et des otaries cracheuses de feu. Tu aurais voulu que cette journée soit comme une valse aux abords langoureusement lents, qui aurait tournée de plus en plus vite en laissant les participants riants et joyeux et essoufflés à en tomber sur une banquette, siffler un verre de champagne et aborder la première jolie dame venue. 

Tu aurais aimé que les invités repartent avec des étincelles dans le coeur, un je-ne-sais-quoi-cadeau-bonux-saupoudré-d'une-pincé-de-fantasque-et-d'audace. 

Mais très vite, tu as lâché. Tu as donné cette journée à ta famille en sachant pertinemment que le reste de votre vie vous appartiendrait.

J'ai d'autres images de toi avec beaucoup de blanc et peu de noir, juste assez pour créer un contraste et faire ressortir la lumière sur tes traits, dans ton sourire et tes gestes. Toi debout au milieu de ta chambre, bras écartés alors que ta mère t'habille, toi le visage tendu vers la fenêtre, yeux fermés et face à ta soeur aînée qui te maquille. Toi dans les escaliers, qui descend avec précaution, toi riant devant la mule que ton futur époux a mis à ta disposition (ton père lui substituera une voiture de collection), toi sortant alors que la voiture roule encore pour arriver plus vite devant la mairie, et claquant presque la porte sur ta robe dont tu as roulé la traîne en boule sous ton bras le temps de courir.

De toutes ces images, de toute cette journée, je n'en garde qu'une. On n'y voit pas ton visage, on ne t'y reconnaîtrait pas – et ton mari non plus. On te devine, agenouillée à côté de ton aimé, blanc sur noir, lumière sur ombre. Je me souviens de vos visages courbés et recueillis. Et ce voile de dentelle partant de tes cheveux et dont on ne voit qu'une parcelle élégamment posée sur ton fauteuil par ta mère (encore). Cette photo prise par un autre est paisible, harmonieuse. Ce que vous nous aviez offert ce jour-là n'était que symbolique, vous nous offriez la possibilité de nous réjouir pour vous et de partager quelques rayons de votre bonheur. Vous étiez comme ce voile, présent et invisible, exposé à nos yeux tout en savourant vos secrets, vos détails, vos mots qui vous accompagnent encore aujourd'hui.

Ces souvenirs de toi…

Crédit photo : Tanguy de Montesson

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Fire in the Sky

27 novembre 2010

The sky is on fire. Its flames extend beyond clouds and buildings and hits your face which you've instinctly turned towards the window. All this gold on your dark skin and curls, it is beautiful. 

Your eyes closed, your wobbly head resting on the train's door, a quiet smile on your face tilted towards the dying sun, I sit next to you on a folding seat and I envy your peace. 

We cross path often, you and I, we take the same train from Paris to the Eastern suburbs. It is usually late in the day… as the winter crawls upon us, we feel heavier and spent by the time we commute back to our respective towns. We don't always chit-chat, there are days, like today, when we let each other rest in her thoughts and from her day. 

I know that you're a dentist, that you have two twin boys, I know that your days are long, from the time you get up to get them ready for school to the moment when you can rest your feet, you only have so few but precious hours of sleep. I've never heard of any man in your life, I've never asked but from your sad smile I guessed there were some disappointment and tears. 

You always look prim and proper and neat. You have to, you explained once, your clients are already stressed enough as they are. "If I dress as I usually do during the weekend, they'd never let me touch their teeth!". And then you laughted with warmth and amusement and it was as if a new flower had bloomed on the train. 

"This light burning the sky outside, it is so heart wrenchingly superb" you utter suddenly. "You should take a picture". You've learned by now that my twitching hands constantly snap shots of the most useless and sometimes the most amazing things. You open an eye and let out a laugh, for, of course, I have already taken a good dozen pictures with my phone. You take yours out and shoot me. Snap!

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Process

25 novembre 2010

          Non non, tu ne comprends pas. Il faut que tu fasses fis de l’avertissement.

          De l’avertissement de quoi ?

          Regarde, tu entres dans le système, tu valides

          C’est ma DA ça ?

          Non, une EPA. D’abords tu as une EPA, et ensuite elle se transforme en IPA avant de devenir une IRPA.

          Et ma DA alors ?

          Ce n’est plus une DA, c’est une DP.

J’ai la tête qui tourne, tes mots font le tour de mon esprit sans trouver leur sens. Je suis assise à côté de toi, posée comme je peux sur la sortie du chauffage, entre tes cartons et dossiers empilés aléatoirement au fils tu temps. Je sirote un café en arrondissant mes yeux au possible, et en me disant que cette coupe de champagne avant le déjeuner n’était pas une bonne idée.

          Bon c’est de la connerie tout ça, tu t’en rends compte. Mais c’est le process, il faut le faire.

          Euh…

          Là, tu cliques, tu valides, ensuite tu approuves, et avant que ça parte dans le workflow tu imprimes. Après il faudra que tu rapproches, mais seulement une fois que Bucarest a traité le dossier.

Je ne comprends rien. Tout ça pour un bouquet de fleur. Ces process sont fous, quel sadique les a imaginé? Je n’ose imaginer le quotidien de valideurs-worklotteur-rapprocheurs. Je n’ose imaginer ton quotidien, à toi, ni les process que tu as peut-être ramenés chez toi. (Avant de tirer la chasse d’eau les enfants, pensez à remplir le bon formulaire).

Tu agites tes doigts avec efficacité, attrapant au passage des quartiers de clémentines dont tu aspires le jus avant d’avaler la chair.

          …que tu vérifies que la PO soit passé, avec les bon GL account et SP…  

Ta voix continue, accompagnée en duo par ton pianotement rapide sur le clavier. Ma tête dodeline, mes yeux tirent vers le bas… le champagne a été suivi d’un repas (une soupe de carotte, des brochettes d’agneau et un fondant au chocolat), la journée s’est étirée de quelques heures et ton chauffage m’enveloppe d’un cocon de bien-être engourdissant.

Je n’entends plus tes mots mais des sons incompréhensibles, des lettres, des initiales Kafkaïennes dans un système absurde grâce auquel je serais peut-être remboursée de ces satanées roses blanches. Un jour, d’ici quelques mois… Un système de dingue qui coute un fric démentiel soi-disant pour éviter d’en dépenser trop, de l’argent. C’est sur, toute seule, j’abandonnerai mes 60€ avancés à cette boîte qui fabrique des pilules de bonheur mais déprime ses employés (plan de rigueur, PSE, encore des lettres), probablement non sans m’être tapée la tête contre le mur à plusieurs reprise et envoyé mes fournitures de bureau à travers la pièce en hurlant.

          Mais, dit-moi, c’est pour toi tout ça ?

Tu t’es retournée brusquement et tu me fixes de tes yeux ronds et marrons. J’essaie de ne pas loucher sur ton nez qui brille un peu… Je reprends mes esprit, je bredouille :

          Bah oui, pour les roses, tu sais…

D’un geste vif, tu m’attrapes par le bras et tu me mets debout. Je suis dégrisée d’un coup, et me demande quelles initiales j’ai raté dans le process.

          Et tu as ton reçu là ?

Je le tends sans mot dire.

          Bon, bah pas besoin de NDF, il faut juste que tu ailles à la RH, qui verra avec la compta, tu seras remboursée à la fin du mois. Allez va, j’ai des ARC à gérer et je suis à la bourre sur les DMOS.

Un peu hébétée je marche jusqu’à la fin du couloir et je commande un ascenseur. Oui, ici les ascenseurs se commandent sur le palier en indiquant quel étage est souhaité. Une fois à l'intérieur, on reste coincé comme des rats, chaque cage étant justement dépourvue de bouton.  Mon premier jour ici, j'ai dû du ressortir du bâtiment pour compter les étages et satisfaire une curiosité à priori simple et naturelle. Nous sommes sur une île entourée d'une eau verte et mouvante, tout ici est étrange et inhabituel… Cette boîte va me rendre dingue. Dinguidingue ding dong… Mon ascenseur est arrivé.

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Château

21 novembre 2010

Allez hue, tagada, tagada tsoin tsoin!

Tu arpentes les couloirs de ton royaume sur ton manche à balais orné d’une tête de cheval en tissu façonnée par ta mère. Ta main gauche, fermement agrippée à ta monture, porte fièrement la chevalière made-in-capsule-de-Kro que Tante Maé a fabriqué devant tes yeux émerveillés, tandis que ta main droite prétend avec conviction que le club de golf d’oncle Georges est l’épée cousine germaine d’Excalibur.

Les vacances d’été ont commencées il y a un jour, fort longtemps, tu ne sais plus, et elles finiront aussi un autre jour, plus tard, tu ignores quand. A ton âge, le défilement des jours n’a pas d’importance, bientôt tu seras en CP et tu apprendras à lire tout seul, tu n’auras plus à supplier ta soeur Amandine pour qu’elle te lise les aventures des chevaliers, de Messire Guillaume, des pirates. 

Aujourd’hui, hier, demain, tu chevauches ton balais dans les labyrinthes sombres de la demeure de tes parents. Tu ne vois pas les coins du papier peint défraîchis qui se décollent, les tâches d’humidité sur les moquettes. La poussière ambiante fait partie du quotidien, elle est partout, sur les meubles, les vitres, les tapisseries, tout comme les mouches mortes qui se sont perdues dans des pièces inutilisées et qui jonchent le sol. Tu joues à côté en les déplaçant du pieds avec précaution, et tu traces des dessins sur les commodes et les balustrades. Cette baraque immense et quasi abandonnée est ton terrain de jeu. Neuve, propre, astiquée, elle tuerait immédiatement toute possibilité de rêve et d’évasion (plus tard, adulte, tu développeras une allergie aux acariens et tu repenseras à cette époque avec une nostalgie ironique…)

Dehors il y a du soleil, des arbres, deux étangs (Tante Maé a failli se noyer dans l’un d’entre eux) et une balançoire, une planche de bois percée de deux trous et retenu à une branche noueuse par d’antiques chaînes qui en font le tour plusieurs fois avec des noeuds aussi lourds que compliqués. Cette balançoire improbable est le fruit du labeur d’un intellectuel, ton père, qui n’a pas le moindre sens pratique mais qui a tenu à t’offrir ce plaisir, les sensations de légèreté et d’envol que procure une balançoire. Alors il a fait comme il a pu, maladroitement mais sûrement.

Tu ne le sais pas, mais c’est ton dernier été ici. Ici où l’espace est à tes yeux infini, où tu connais chaque pierre, chaque tronc, chaque lézard que tu traques les après-midi de forte chaleur, alors qu’ils s’aventurent le long des murs.

Ta soeur, elle, en est consciente. L’année prochaine, elle ira en 6ème et elle sait qu’elle échappera au Collège de la ville à 20km d’ici. Le soir, alors que tu dors entouré d’aventuriers, de dragons et de mondes imaginaires colorés et festoyants, elle se tourne dans son lit à la recherche d’une issue au bruit qui lui monte du dessous. Des bruits qui au fil des mois se sont fait plus tendus alors que les factures s’alourdissaient, que les fissures du toit s’agrandissaient. Il fallait plus de bassines dans le grenier et moins de pièces à chauffer. Elle a vu les cernes de sa mère se creuser et les pas de son père ralentir.

 Elle qui va à l’école du village, comme toi, elle sait qu’elle a beau habiter un château, elle porte les vêtements de seconde mains achetés à ses camarades de classes lors de la bourse aux vêtements annuelle. Ce foyer coûte trop cher pour la bourse de vos parents.

Amandine ne sait pas exactement ce qu’il se passe le soir, en bas, dans la salle à manger. Un pièce immense et sombre sous ses trois mètres cinquante de plafond et ses fenêtres impossibles à nettoyer tant elles montent haut. Il n’y fait jamais clair, les petites lampes ne suffisent pas à l’éclairer. Elle écoute malgré elle les mots, les sons sans l’image. Elle entend sans voir les larmes ou les sourires. De « comment allons-nous faire » à « je ne vendrais pas », suivi des mots effrayants comme « séparation », « divorce », puis « réconciliation » et « vente ». Oncle Georges commentera qu’entre l’ISF est les frais de notaires c’est l’Etat qui aura gagné à la loterie. Amandine ne comprend pas oncle Georges, mais pour elle, vivre ailleurs qu’ici, c’est gagner. 

Amandine a hâte de quitter cet endroit biscornu, impratique et inadapté. Elle n’a pas, comme toi, le filtre du merveilleux, elle voit chaque grain de poussière, chaque marche branlante. Elle rêve d’un quotidien identique à celui de ses camarades de classes, d’une petite chambre ordinaire sans courants d’air, souries ni araignées. Elle sait que ce qui sera pour toi autant un arrachement qu’un parachutage violent dans la réalité sera, pour elle, un changement salutaire et bienvenu.

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fenêtre

19 novembre 2010

Un ciel gris bardé de plomb, des fenêtres qui se ternissent au fil des minutes. A mes pieds l’eau, qui coule entre les racines des arbres transits. Vendredi, fin de journée, les pas ralentissent dans les couloirs, les dos sont voûtés mais les yeux rieurs à l’approche du weekend. Du 7ème  j’entrevois au travers des branches transies de vents et d’hiver une file indienne de voiture le longs des quais,.

Les néons tremblotent, nos 4 doigts pianotent en rythme sur les claviers d’un son régulier que perce un sifflement de clim. Cette dernière est cassée et rappelle à nous le froid de l’extérieur. Nous sommes déjà en manteaux, gants aux mains et châles aux cous, assises un peu penchées, mais qui tapons, pianotons, réfléchissons.  L’heure tourne, nous la voyons du coin de l’œil, trop régulière, trop lente à l’approche du soir, mais trop rapide au regard des piles encore alignées sur le côté de note bureau.

Au loin devant moi, derrière les arbres, la Seine, les quais, à côté de grues et d’immeubles éclaboussés de tristesse, des guirlandes de lumières jaunes et rouges dansent allègrement sur la façade d’un restaurant. Pour m’y rendre il me faudrait badger, descendre, rebadger, affronter le vent et trouver un pont. Je m’imagine un endroit cordial et chaud, des gens heureux tenant dans leurs mains une boisson fumante.

Un jour, j’irai.