Archive for the ‘écriture’ Category

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Irène

17 juillet 2010

Vous avez les pieds campés dans l’eau, les mains tendues à plat sur le sable mouillé. Vos yeux gris vigilants scrutent les rochers et les lignes parallèles de coquillages ramenés par la marée.

Nous nous croisons parfois dans une amicale compétition. Au fil des ans, nos mains ont cherchés les mêmes grains de café sur la plage. Cernées par les bigorneaux, couteaux, ongles ou encore coques et moules, nous recherchons l’invisible, un coquillage si petit et discret que nous revenons souvent bredouille. Consciente de leur rareté, nous ne prenons que les coquilles vides. En général, les promeneurs sélectionnent des espèces plus classiques et plus voyantes. Notre plage est connue pour la blancheur de certains spécimen qui font si jolis dans une assiette décorative, lors des pots de retours de vacances…

Nous sommes peu à rechercher ce coquillage, ou encore à savoir que, sur des kilomètres et des kilomètres de côte, il n’y a qu’ici qu’il se trouve. De ce fait, nous nous reconnaissons à notre posture particulière, solitaire et observatrice. Nous nous croisons, nous discutons quelques instants, puis nous repartons ausculter notre parcelle de sable, les pieds dans l’eau, le dos à la mer, aveugles et sourdes à l’agitation estivale qui nous entoure… Nous n’avons rien contre le beau temps, mais lorsqu’il fait gris, c’est mieux. C’est plus calme et le sable brûle moins les yeux. 

 

Je vous vois de loin. Vous êtes toujours habillée de noir, vos cheveux mi-long blonds platine s’échappant d’un bandeau et oscillant au grès du vent ramenant les vagues sur la plage. Votre fils a l’âge du mien, ils jouent dans les rochers tandis que nous nous courbons vers le sol. Au fil des rencontres, j’ai appris de vous ce que vous avez bien voulu me livrer. Vous me parlez de votre travail près de Rungis. Vous passez votre journée à planifier d’autres journées, celles de « vos hommes » sur la route. Ils sont une trentaine à dépendre de vous pour leurs itinéraires, leurs chargement aller et retour, leurs jours de repos. Lors des vacances, ils viennent vous voir penauds lorsque leurs datent ne correspondent pas à celles de leurs épouses. Vous écoutez, vous notez, vous trouvez une solution, en décalant « ci » et en s’arrangeant avec « là »… Vous êtes douce et menue, mais les nouveaux ne s’y trompent que peu de temps. En vous réside une force tranquille aussi rassurante qu’attirante, mais attention, pas question de vous manquer de respect… les rares qui s’y sont frottés ont été reçus, par vous puis par « vos hommes » ensuite. 

– Et quand ça ne suffit pas, le patron s’en mêle, et dehors!

Vous trouvez vos corps chauds ailleurs. Vos routiers, ce sont vos gosses, vos frères, pas de ça au boulot… Et il y en a eu, des corps chauds, au fils des ans où dormir seule vous était insupportable. Ensuite… la vie, le père de votre fils. Un corps stable jusqu’à ce qu’il ne le soit plus. 

– Il s’est tiré au moment où je voulais le mettre dehors, ça tombait plutôt bien. Il me prend mon loupiot un week-end sur deux et une partie des vacances.

Depuis, vous avez vidé votre lit. Hormis quelques visiteurs lorsque le petit n’est pas là, vous dormez seule, enroulée dans vos draps, et collée à un oreiller, parce qu’au fil du temps, vous avez oublié ce que c’était que de réchauffer votre lit toute seule. Mais finalement, cette solitude est plutôt bienvenue, vous vous concentrez sur votre petit homme. Vous venez fidèlement au camping à côté à Pâques et en juillet. C’est pratique pour venir sur cette plage. Vous avez peu de besoin… le petit y passe la journée à combattre les vagues et explorer les rochers, et vous, vous alternez entre votre quête de l’invisible coquillage et votre contemplation de l’eau mouvante et bruyante que vous aimez tant. Assise en haut d’un bloc de granit usé par les tempêtes, vous gardez un oeil sur votre enfant et un autre sur l’étendue bleue et immense, et tout est bien. 

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Flore – Coquine Canicule 4

2 juillet 2010

Flore laisse la musique dévaler les escaliers. Elle est étendue sur le carrelage, bras et jambes écartés et à la recherche de la moindre parcelle de fraîcheur. Le son du piano éclate à travers la maison, d'abords grave et timide puis augmentant en présence et en gammes d'octaves au fils des minutes. Les notes cavalent, se heurtent à en devenir discordante, se cherchent puis s'apaisent. Elles sortent de l'ordinateur et se cognent au mur, longent le couloir blanc en glissant contre le parquet, sautillent autour d'elle, creusent son oreille puis s'envolent au plafond.

Flore imagine quatre mains sur deux claviers. Elle sait lire la musique sans pouvoir la jouer, ses mains ont poussé trop vite, à dix ans elle est toute en longueur sans savoir exactement ou commence et ou termine son corps. Cela change tous les jours… Elle se penchera sur la question lorsqu'elle aura fini de grandir. 

Enfant précoce, enfant différente, Flore a appris à lire toutes les clés possibles sur une partition "juste pour savoir". La musique est un langage qui la fascine, un univers à part reflétant ses humeurs, ses envies et angoisses. Flore a deux grands yeux noirs profonds et interrogateurs, une peau trop blanche décorée de quelques grains de beauté et une masse de cheveux sombres et brillants, lourds et souvent emmêlé.

Ses cheveux sont un désagrément qu'elle aimerait couper. Ses cheveux font la fierté de sa mère. 

Le carrelage est constitué de grands carreaux gris foncés. Quoique son corps y repose, l'esprit de Flore vagabonde ailleurs, dehors. Il ouvre la porte et s'aventure dans le jardin desséché, remarque les parterres jaunis et en voie de désertification.  Flore rêve les yeux ouverts que son esprit s'élève au-dessus des maisons et se promène dans la résidence. Elle voyage souvent ainsi, le corps immobile, voguant au gré de la musique et de ce qu'elle imagine, de ce qu'elle a observé autour d'elle que les autres ne voient pas. Elle sait que depuis une semaine, le fils Doumont et la fille Arriège se voient tous les jours. Il frappe discrètement, elle lui ouvre rapidement et ils disparaissent pendant des heures. Elle imagine Adèle Vaugnard allant de maison en maison avec son arrosoir dans une course illogique contre la chaleur accablante asséchant l'air et transformant les pelouses en terre poussiéreuse. Flore sait aussi que le périple quotidien d'Adèle Vaugnard se termine chez Paul Vignaud, que la mercière au fond de la rue va ramasser en cachette les prunes "précoces" de son voisin, et que les trois adolescents du bout de la rue se cachent dans le garage pour boire du coca en fumant du tabac roulé acheté au buraliste du centre, un homme aussi jovial que corpulent et complaisant.

Flore regarde le plafond blanc que ses parents ont repeint il y a déjà cinq ans. Ils ont fait du feu chaque hiver depuis et les coins des murs commencent à noircir. Elle est là et ailleurs, tout en gardant un secret tout au fond d'elle. Ce n'est pas un secret très grave, ce n'est pas un secret qui lui appartient. Ce matin, Paul Vignaud a timidement frappé à sa porte. Elle aime bien son voisin d'en face qui joue volontiers aux échec avec elle, "mais dans le jardin, de façon à être vus des autres voisins, d'ici à ce qu'ils se fassent des idées…". Paul Vignaud ne se positionne pas en adulte quand il lui parle, il réponds toujours à ses mille et une question étranges  qui lui viennent d'on ne sait où… Flore trouve tellement de choses scientifiques fonctionnelles et logiques, et tellement d'humains incompréhensibles et illogiques, forcément elle a des questions, et les réponses qu'on daigne lui donner en font naître d'autres encore. Paul Vignaud lui répond toujours avec patience et ne s'énerve jamais. Parfois, simplement, à la fin de leur troisième partie d'échec, il agite doucement la main en lui disant que son cerveau est fatigué, maintenant, et qu'il ferait bien une sieste. "Mais tu peux revenir demain, pour la revanche".

Sauf qu'en ce moment, il est impossible de tenir une minute dans le jardin, aussi leurs parties d'échecs ont-elles cessées. 

Paul Vignaud a frappé, donc, et lui a tendu une petite valise en cuir kaki, un carré usé et léger. Un peu ému, il lui a demandé de la garder un temps pour lui. "Je te confie un bout de ma femme, ce sont des petits riens, des morceaux de papiers, tu veux bien les garder pour moi? Je reviendrai les voir de temps en temps… mais là en ce moment, je préfère qu'ils ne restent pas chez moi."

Flore a hoché gravement de la tête, a saisi la valise et l'a glissée sous son lit. C'est elle qui passe l'aspirateur dans sa chambre, il y a peu de risque que sa mère se casse le dos à y jeter un oeil.

Elle écoute les notes qui ont changé d'humeur et soupire. Il fera peut-être plus frais ce soir… ce serait bien.

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Les petites pierres noires

21 juin 2010

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Tu restes sans bouger, assise dans ta cuisine sur deux chaises de bar – tu es affalée sur l’une et tes jambes reposent sur l’autre. En face de toi, un verre de vin rouge auquel tu n’oses pas toucher. Y poser tes lèvres en appellerait un second, et qui sait combien d’autres ensuite.

 

Cette semaine est maudite. 

 

Cette semaine est composée de petites pierres noires et rondes, brillantes et lisses et dures, cette semaine est composée de jours sombres, de larmes et de deuil. A chaque jour son visage. A chaque jour sa femme, son cancer. Il y a quelques hommes aussi, qui t’ont quittés accidentellement, sans prévenir. Au détour d’une route, d’un fossé, d’un refus de vivre plus longtemps. 

 

Mais ce sont surtout des femmes. 

 

Tu te souviens de chacune d’elles différemment. Les images te reviennent en force, de leur corps vibrant de vie, d’action, leurs coeurs en mouvement, leurs regards brillants et aimants. Tu te souviens d’elles aussi plus tard, vers la fin, lorsque leurs visages se sont creusés, lorsque leurs gestes ont ralentit, leurs pas de plus en plus légers et douloureux au rythme de leur perte de poids, au rythme de leur perte d’espoir. Leurs traits se sont fait plus lumineux, irradiant leur calvaire d’une lumière vacillante, une lumière aussi crue que douce qu’elles extrayaient tant bien que mal de leur agonie, vous offrant ces dernières images d’elles, en vie, marchant parmi vous encore, marchant vers une fin qu’elles avaient accepté, mais souhaitant vous préserver encore.

 

Jusqu’au dernier moment elles vous ont préservés.

 

Elles sont parties. Aujourd’hui.

 

Tu restes face à ton verre. Un mercurey. Tu attends. Les jours qui précèdent cette semaine déjà, tu attends, espérant comme chaque année qu’aucune nouvelle pierre ne viendra s’ajouter aux autres. Nous amoncelons en nous ces petites pierres noires, nous les érigeons en murs derrière lesquels nous nous perdons pour pleurer. Nous créons nos propres murailles, nos forteresses, nos prisons. Nous enfouissons nos deuils et nos larmes, refusant de les laisser éclater à la surface, devant le regard des autres, et au fil du temps, les nôtres deviennent plus tristes, nos sourires moins francs et nos gestes plus lourds. 

 

Tu refuses cela, toi. Tu veux vivre pleinement, tu veux crier et pleurer et rire et hurler de joie comme de douleur. Tu veux pouvoir te perdre dans le vent, sur une plage, et laisser exploser tes secrets et sentiments les plus intimes. 

 

Plus tard peut-être. Ce soir tu attends les larmes qui se refusent à toi. Tu attends ce sel sur tes joues avant de pouvoir, enfin, lever ton verre aux disparues, leur sourire, et boire à leur souvenir. 

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Jeanne

17 juin 2010

Tu t’approches de moi à petits pas depuis la sortie du métro jusqu’au café « Les Ambassades« , ton chignon blanc impeccablement épinglé, chaque cheveux brillant à sa place avec une coquetterie sur le côté, une épingle ornée d’une discrète perle noire. Le dos légèrement courbé, le cou tendu en avant, les lunettes petites et ovales au bout de ton long nez. Tes yeux bleus si clairs et rieurs s’en échappent et regardent le monde à côté de tes verres. 

 

Tu es ma Grand-Mère Jeanne.

 

Petit à petit, avec patience, tu franchis la distance et tu t’assieds avec élégance à notre table du mercredi, près de la fenêtre. Elle nous est réservée, elle nous attend et les fleurs y sont toujours fraichement coupées. Tu poses ton sac, enlèves tes gants, et fais un rapide tour de la salle avant de fixer le serveur d’un air faussement sévère. Ce dernier s’approche en souriant et t’offre une légère inclinaison du buste alors qu’il te salue. Notre rituel a ses habitudes, ou nos habitudes sont désormais devenues un rituel. La suite change d’une semaine à l’autre, le thé commandé, les potins échangés, nos commentaires amusés sur les passants qui alimentent à leur insu notre étude du monde parisien.

 

J’aime ces moments passés avec toi. Tu es si fine et fragile aujourd’hui, et pourtant une force défiant les âges émane de toi. Je lis sur ton visage tant d’histoires, tant de rires et de larmes, tant de choses vécues. Car tu as vécu, intensément et en bravant joyeusement les conventions et les us et coutumes. J’ai en moi une image de toi le visage renversé vers le ciel, tu portes ma mère dans tes bras, tu te tiens fermement ancrées pieds nus dans ton jardin et tu ries aux éclats. La photo s’est délavée avec le temps, mais on devine les couleurs vives et acidulées des années soixante. Tu portes une robe chasuble imprimées de losanges, tes cheveux ondulent autour de ton visage et tes yeux sont soulignés d’un trait épais et interminable.

 

J’aime cette photo de toi. Ma part schizophrène aurait aimé te connaître alors et oser moi aussi enlever mes chaussures et planter mes pieds dans l’herbe, sentir le sol, la terre autour de mes pieds. C’est quelque chose que tu fais encore, lorsque tu arrives quelque part. Quelque chose de sensuel, de vivant, de vital que de sentir la Terre vibrer sous ton corps. Tu enlèves tes chaussures et tes bas et tu t’imprègnes du lieu. C’est une condition pour toi de pouvoir vivre pieds nus, comme l’air qu’on respire ou l’eau qu’on boit. Etre quelque part sans communier avec le sol t’est impensable.Tu n’as ainsi tenu qu’une demi journée à Nice – le sable a brûlé la plante de tes pieds et tu as doucement refusé d’y rester plus longtemps.  Comme toujours, Grand-Père Jacques t’a regardée, a souri. Vos lieux de vacances n’avaient pas d’importance, le tout pour lui était de les passer avec toi. C’est lui qui a pris cette photo de toi, comme tant d’autres affichées dans des cadres et des albums. Lorsqu’il partait en voyage, Grand-Père Jacques emportait avec lui un album entier de toi. A la fin, quelques pages étaient consacrées à ses enfants, puis aux enfants de ses enfants, mais l’essentiel est remplie de toi. Toi rayonnante dans une robe de cocktail, les cheveux dénoués en fin de soirée, les jambes reposant sur les accoudoirs d’un fauteuil, toi au réveil, les yeux encore perdus dans des rêves sereins. Toi heureuse, maman, fatiguée. Toi riant, au téléphone, toi en noir et blanc, en sépia et en couleur. Toi jeune, toi mûre, toi aujourd’hui. 

 

Grand-Père Jacques t’aime. Il est fier de ton visage ridé par le temps, de ces chemins de vies comme il aime les appeler, les chemins d’une vie partagée. Il suit la trace de leurs sillons sur ton visage en un geste intime qu’on ne peut qu’envier de l’extérieur. Après tant de temps, vous avez encore votre complicité et vos charmantes attentions. Après tant d’années, vous continuez à vous confier l’un à l’autre vos « petits » secrets qui deviennent grand dans le regard de l’autre. C’est un trésor que l’on vous envie de loin, de vous  être trouvé et surtout d’avoir su vous garder l’un l’autre.

 

– C’est du travail, me répètes-tu souvent. C’est un travail que nous avons fait volontier pour la majorité des jours, mais quelques-une des mes larmes les plus amères lui sont dues. 

 

Aujourd’hui tu arrives avec des airs de grande instigatrice. Avec un regard digne et surtout satisfait, tu tires trois cartes postales noir et blanc de ton sac.

 

– C’est pour Jacques, dis-tu de ta voix grave. 

 

Tu te tais, me lances un regard espiègle avant de reprendre.

 

– Il en a un un paquet dans une boîte à sucre en métal, qu’il cache depuis des années tout en sachant que je passe régulièrement le chiffon à poussière dessus. Je lui en rajoute une de temps en temps. 

 

J’esquisse un sourire. Ces photos sont sages et me renvoient à une époque où même toi et lui n’étiez pas nés. Jacques et Jeanne, Jeanne et Jacques… Je te regarde siroter ton thé vert au jasmin, je savoure ton sourire espiègle alors que ton regard se perd au-delà de la rue, loin au dessus des toits parisiens jusqu’à l’appartement que vous partagez encore. Tu es à côté de moi mais une part de toi est restée là-bas. Vous êtes beaux, tous les deux.

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Grey

4 juin 2010

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Your mother looks like nothing. Her hair hangs like her stained clothes, she doesn’t notice, she doesn’t care. She doesn’t see herself in the mirror anymore, she feels invisible and doesn’t think the world sees her either. Of the reasons of her sadness, her refusal to be, to interact and get involved, you do not have the key. You are old enough to know that this is not right, other mothers do not act like this, other mothers laugh and hug and growl and scream, other mothers have voices that sing and a spring in their steps you have never seen in yours. 

You mother is stuck in winter.

You are ten. You are old enough to know the difference, and yet too young to learn that this is not your fault, that there is nothing that you can do that would change her, wake her up. 

You have pictures of her, before. She looks good and confident. She holds her chin high, in a playful and defiant way, she has sparkles in her eyes and people around her do see her. Immobile on the glossy photos, people’s eyes are drawn towards her, her shinny black hair, her white skin and very green eyes. On these pictures, your mother is strong and powerful and eager. She is like someone that you could want to become, someone alive and dancing her own way through life. You do not recognise this person as your mother. She is a stranger, she is an explanation as to why your father fell in love with her in the first place. She is someone you wish you had in your life. 

She doesn’t get up easily these days, your mother. You hear her clock ring, you hear her hand searching for the snooze button. She finally hits it and rolls in the blankets to face the blank wall. Your father is already at the office, it is you who gets up, checks on the weather, chooses your eight years old brother’s clothes. It is you who takes the bowls and cereals and milk out. You work the coffee machine and bring a mug to your mother. She sighs and struggles to open her eyes on you. Sometimes her face is wet, as if she’s been crying, her face away from the world, her face hiding under a pillow and her hands clenched. She gives you a smile, her sad and tired stare fills with light long enough to let you know that she loves you, she loves you so much. She props herself up and takes the mug and wispers. 

– Thanks hon’, that’s very sweet. I’ll be down in a minute.

You know that she’ll get up and turn the shower on. You know that sometimes she gets in the shower and stays there a long time, letting the water remind her of the existence of her body and making you late for school. You know that other times, she stays on the side and watches the water glide on the white tiles : you know that sometimes she doesn’t shower. She picks up whatever clothes is laying around, comes down and walks you to school. 

You make sure she has clean clothes piled up on her shelves, you work the machines, you don’t iron but you fold and put away. There is a semblance of normalcy in these clothes even though the colors are faded and there are a few buttons missing there and there.

You make sure your brother and you have snacks and that all your notebooks are in your back pack. You imitate your mother’s handwriting and signature well enough now that your teachers don’t know that your mother never reads or knows of anything regarding school. Even your father cannot tell the difference. 

Your father comes home at night and the house is almost tidy, there is a somewhat cooked dinner waiting for him. His wife is already upstairs, in bed, his kids are watching cartoons on TV. There is not a sound, everything is falsely peaceful and quiet. He has a lady come every week to clean the flat and iron his shirts, he goes to the supermarket on Saturday mornings and gets the things his daughter wrote on the shopping list with his wife’s handwriting. 

Your father used to hold the arm of a beautiful glamourous lady. He fell in love with this successful lawyer he’d never managed to beat in court, he courted her consistently, they married, after a while they moved to the suburbs and had children. Nowadays, he forgets who she used to be, how his heart used to beat a little faster, how air would become scarce all of a sudden when she was around. She started to scream, at first, and yell and be unhappy, and then one day she stopped. She gradually faded away, she became quiet and grey and he didn’t notice the change. 

He hasn’t realized his wife is stuck in winter, he doesn’t know of the dormant volcano hiding in her, he doesn’t know of the quiet tears and the sadness. Most of all, he doesn’t know of the suitcases she almost used a few years ago, her mind was set and ready, she couldn’t breathe anymore, she felt like she was going to die of boredom or of a mental breakdown, she didn’t know why she was unhappy, she didn’t have the words, she only had this grounded certainty that something wasn’t right. Your mother had her suitcases ready and by the door, she was writing a note. Then her little girl, you, came running with grass in her hair and mud on her shoes, you came running to her and threw yourself against her, your small arms circling her neck, holding her tight.

– Youzare my prizoner, I lovez you mummy. 

Yes, your mother loves you, too. She’s quiet and looks like nothing, she’s stuck in winter, it is not your fault, she made her own choices.  But who knows, winter cannot lasts forever you hope, spring might be around the corner… Life doesn’t have to be grey forever. 

In the meantime, you hear her clock ring, her hand searching for the snooze button. It is time to get up.

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Nuit

31 Mai 2010
Ilage

La nuit calme et paisible 

Gémit sous mes pas.

Le paysage tranquille

Reste, immobile.

Ce soir tout est possible,

Je n'oublie pas.




(le visuel vient d'ici)

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DASS

29 Mai 2010
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Votre mère n'a plus voulu de vous. Elle vous a laissé à l'assistance publique, vos frères et vous, elle a signifié qu'elle ne souhaitait plus s'occuper de vous et elle est partie. Vous ne la reverrez que 35 ans plus tard, pour lui signifier à votre tour que vous ne vous occuperiez pas d'elle, que vous paieriez pas son hospice. Oeil pour oeil…

La société utilise des mots feutrés, des mots détournés qui ne veulent rien dire. Elle dit que votre mère vous a confié à la DASS, elle parle de "remise volontaire en vue d'admission comme pupille de l'Etat". Confier, cela n'a aucun sens. Son acte se détournait de vous, son acte vous laissait seule, dans le sentiment d'indignité, marquée à jamais d'un sceau invisible et honteux criant que vous n'étiez pas digne d'être aimée. Votre mère ne vous a confié à personne. Votre mère vous a abandonnée pour un ultime amant, elle a disparu en gardant l'autorité parentale et en vous rendant inadoptable. Vous aviez encore, après tout, une grand-mère.

De votre enfance, vous gardez le goût du pain mou, la couleur gris sale et une claustrophobie liée à une panique qui empêchera souvent l'air de remplir vos poumons. Une sensation de flou, aussi : vous aviez besoin de lunettes, besoin décelé très tard et qui reculera l'âge auquel vous apprendrez à lire.

Les semaines passent, votre grand-mère, vous rend fidèlement visite tous les samedis. Elle essaie d'adoucir votre sort avec quelques biscuits et avec ses mots d'amour. Elle ne peut guère plus, la mère de votre maman dont les larmes ont tari. Lorsqu'enfin elle obtient le droit de vous recevoir le week-end, elle vous laisse sa chambre et dort avec vos frères dans le salon. Elle se prive de repas en semaine pour pouvoir vous nourrir correctement. Pendant deux ans, elle continue à travailler vaillamment à l'usine tout en blanchissant et en  maigrissant. Vingt-quatre mois avant que les mots parviennent à sortir de votre bouche, vous avez grandi, et que vous demandiez de l'argent à l'assistance publique, avant qu'elle n'obtienne une forme de pension. Cet argent lui permettra de vous aimer et de vous nourrir sans se priver, de son côté, des produits dits de première nécessité.

L'essentiel, elle vous le donne. Elle vous entoure de ses bras, de sa chaleur et de son amour, elle essaie d'effacer la blessure maternelle qui brûle votre coeur et vos yeux brillants. Elle vous berce, caresse votre visage de ses mains usées, elle veille sur votre sommeil et votre âme.

Elle pose ses yeux sur vous, "Mémé", elle pose ses yeux sur ses quatre petits-enfants aux pères inconnus et aux teintes de peaux si différentes. Elle-même rayonne d'un métissage affirmé et assumé. Elle a grandi dans la haine de termes comme "métisse", "quarteron" – un quart de quoi? trois quart de quoi? Elle se sent 100% humaine et vivante. Une fois adulte, elle arrêtera de lisser ses cheveux, elle arrête d'essayer de ressembler à quelqu'un d'autre. 

Plus tard, une fois qu'elle sera morte, une fois que vous aurez vos propres enfants, cinq, du même père avec lequel ils grandissent, vous comprendrez à quel point elle vous a permis de vous construire dans la vie, d'être actrice, de vivre debout. Votre mère n'est que cela, une mère, une génitrice. C'est à votre grand-mère que vous penserez les soirs de forte fièvre, lorsque vous épongerez le front brûlant de vos enfants, puis de vos petits-enfants. Ce sont ses gestes que vous reproduirez, ses chansons que vous chanterez. En vous regardant dans le miroir, vous qui avez la peau si claire par rapport à la sienne, vous voyez, comprenez, vous sentez l'amour qu'elle vous a transmis, et vous souriez.

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Départ

26 Mai 2010

Tu ne sais pas pourquoi tu es partie. D’où t’es venue cette certitude qu’ici tu allais t’éteindre à petit feu et ton salut passait par une vie ailleurs. Tu es partie sans prévenir. Les tiens, les autres, ton job, ton appartement. Ta vie. Tu es partie dans une grande inspiration, très vite et sans réfléchir.

 

Il ne fallait surtout pas réfléchir. 

 

L’évidence est si forte, elle t’atteint en en plein visage au réveil, comme une giffle froide. Ton coeur s’emballe un court instant et tes mains se crispent sur vos draps blancs, l’esprit paralysé sur la vision de ton départ, sur cette certitude si fermement ancrée en toi. Tu attends quelques secondes, tu regardes en face cet instant où tu n’es pas encore partie puis tu te lèves, ton corps ici et ton esprit là-bas. Tu prends une douche rapide, relevant tes cheveux longs dans un chignon à la diable, tu déambules nue dans ton appartement, tes pieds fin frôlant le parquet brillant, tes longues mains choisissant les quelques vêtements et objets que tu ne laisseras pas derrière toi. Choisissant enfin une petite robe légère et des sandalettes. Les papiers, les clés de la voiture. 

 

Tu as mis des années à prendre ce départ. Même si tu laisses quelqu’un derrière, le reste sera plus facile : il suffit de respirer, il suffit de vivre, de tendre ton visage au vent en fermant les yeux, de tendre tes bras et de valser les pieds dans le sable humide.

 

Là-bas, plus loin, existe un port tranquille niché entre rochers et falaises, bordé d’une plage au sable granuleux et presque rose grâce aux coquillages amenés par la marée. Il a gardé ton enfance et tes rêves, il a regardé ton corps grandir, maigrir, guérir.

 

Tu sais pourquoi tu es restée. 

Si longtemps. Pourquoi tu as continué à vivre comme si de rien n’était. A te regarder du dehors, de l’autre côté de la vitre. Tu t’es obstinée à te regarder évoluer sur scène, portant masque, costume et maquillage. Jouant le jeu, voguant dans l’absence de désir, voguant sans direction et en te retrouvant toujours au même point, au même jalon de ta vie que tu ne parvenais à dépasser. 

 

Parfois la vie nous rattrape, et que faire alors? Ton âme se mourrait et qu’il n’y avait de salut qu’ailleurs. C’est un peu grandiose comme phrase, ça ressemble à ce que tu aurais écrit à seize ans dans ton journal. 

 

Pourtant… 

 

Tu conduis dans le silence, écoutant la pluie battre les vitres de ta voiture. Tu conduis dans la pluie vers des côtes ennuagées et ton esprit se souvient d’un chant nostalgique parlant d’une terre aride et brûlée par le vent mais surtout inondée d’espoir et de lumière. Un jour tu iras là-bas et tu poseras tes mains sur le sol craquelé. Tu sentiras la chaleur, tu regarderas en face le regard blessé des habitants dont on a volé le passé. Ces ombres fièrement campées qui survivent en luttant, les coudes serrés et le sourire au lèvre.

 

En attendant tu continues à t’éloigner de ta vie. Personne ne sait où tu vas. Tu ne seras pas difficile à trouver pour les intimes. Les arbres défilent et tu commences à formuler de timides futurs. Tes besoins sont modestes, il te faudra un emploi, à temps partiel cela suffira peut-être, et une chambre quelque part. 

 

C’est un début, un départ. Un endroit pour te reconstruire, pour te retrouver, pour respirer enfin.

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Blank slate

22 Mai 2010

You’re looking at a blank page. On your screen, the cursor’s blinking unrelentlessly, and the words won’t come. Like your life, the cursor is at a standstill.

 

A blank page, a blank slate, God knows you need one…

 

They hurt, the words that refuse to come to the light, the story in your head which won’t exist. The words of you and the pain you have in your heart and in your mind. The sentences which you are required to give birth to by pen, and then by voice. 

 

« Pfff… », you utter, « bloody twelve steps… »

 

Life was nothing but kind to you. It is you that turned your back on it.

 

Because there is nothing that has happened to you that you haven’t brought onto yourself, because everything that your life is today is and was a direct result of your own and sole choices. You decided to turn right instead of left*, you decided to ignore the signs. You decided, too, to run straight ahead when you should have stopped and sat and thought.

Because when it was time to choose, you never went for the harder choice, did you, but for the easiest. Instead of looking ahead, you looked at right now. Instead of accepting hardship, you looked for comfort and oblivion. And now, now that you’re sober and that you’re standing on the fuming ashes of what your life once was, you know that you have nothing to blame, and no one else but you.

 

If only you could have a drink, writing would be a lot easier… 

That’s exactly the point, isn’t it…

 

I see you sitting on a stool in front of my computer. I see your childish and stubborn eyes grow from light grey to black. It is something that you have to do, it is something that you can do, but that you won’t. These words, if they exist… then everything becomes true, your last hiding place will dissolve in ink, the salt you brought in our lives, the tears of rage and desperation, the tears of fright and worry we shed on your behalf will turn into a dark rain of words and ink.

 

I could help you I guess. I could come out of the hallway into the light and sit on the empty stool next to yours. I could offer you tea and a chat and my presence. But like you, I’m at a standstill. I cannot move forward, and it is too painful to look back. It is too painful, the damage on your children, the rift I feel today between you and me. Your husband only lets you see your daughters in my home, in the safe presence of my husband and I. As I see you struggling and fighting against a blank screen, I see you disrupting our mother’s funeral, I see you forgetting your children in a train station, I see you rolling out of a taxi cab comatose and beaten up. 

 

I see you and I don’t understand. We were raised right, as the saying goes. We were raised the same. In joyful grey, our parents didn’t have much, but everything they had they gave it to us. I don’t understand how for you this could not be enough… I don’t understand but I know that I will have to. Because in spite of everything, you are still my sister. 

 

Because in spite of everything, I see that you are struggling, which means that you are trying. You’re doing the steps, you’re trying your damnedest to get your life back to something close to order. Because I see the immense love and sadness in your eyes when you hold your girls. 

 

Maybe it’s not so hard after all, maybe I can take a small step towards you. I am still standing in my hallway and the light is still scarce. But my voice somehow finds its way towards you. 

 

« You should start with our cat », I hear myself say « God knows that piece of meat was mean and ugly ».

 

You’re startled and you look up. This look, your eyes, I could cry. You manage a thin smile as you say : « Boy did we hate that cat! That’s a good start, thanks. » 

 

 

* sorry, private joke :)

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Retrouvailles

17 Mai 2010

Ca va mieux après un verre de vin.

 

Tu es arrivé les mains tremblantes et l’oeil fatigué. Tant de temps sans nouvelles de toi, puis ces petits pas l’un vers l’autre. Un signe discret sur facebook, twitter, quelques commentaires suivis de tchat, puis ton appel téléphonique si triste de la semaine dernière. 

 

Dix-sept ans sans se voir, forcément nous avions changé. Dix-sept ans, parce que… 

 

Silence. Nous nous regardons avec un sourire dont nous parvenons presque à taire la tristesse d’aujourd’hui. Un sourire complice et franc, avec cependant quelques zones d’ombres et de regrets. 

 

Malgré les circonstances, cela fait du bien de te revoir.

 

Les bras posés sur la table, je garde mes mains croisées près de moi, je ne franchis pas la ligne invisible, celle qui partage cet espace en deux parties parfaitement égales. Je reste de mon côté, « sur mon territoire ». En face de moi, un thé fumant. Je n’ai pas soif mais je prends parfois la tasse dans mes mains pour me donner une contenance. En face de toi, un premier verre de vin que tu vides d’un trait. Tu soupires et là, enfin, tu décroises tes mains, tes épaules tombent et tu m’apparais moins nerveux, moins tendu. Je t’en verse un second auquel tu tardes à toucher. Tu y plonge tes yeux soucieux, tu passes machinalement ton doigt sur le bord du verre. A partir de ce soir, le chef de famille, c’est toi.

 

Je te regarde. Ton front est barré de rides, tes cheveux ont discrètement éclairci. Ton visage est moins fin, et sous tes yeux, des cernes se sont incrustés de façon indélébile là où auparavant il n’y avait qu’une insouciance frôlant l’arrogance.

 

Je vois encore en toi le voisin de palier avec qui je faisais la course dans les escaliers. Ta mère avait estimé que j’étais assez bien éduquée pour te fréquenter, et j’étais formellement invitée à goûter avec toi le mercredi après notre cours de solfège. Le matin, tu forçais tes doigts sur un piano tandis que j’écorchais mon violon. Nos écarts et fausses notes vibraient les uns vers les autres et nous nous amusions parfois à nous répondre. Nous nous étions retrouvés dans le même cours de solfège, ce qui avait bien arrangé nos mères. Pendant plusieurs années, la mienne nous a emmenés tandis que la tienne faisait le trajet inverse. L’entrée de l’immeuble en brique rouge bordant le périphérique avait un sol en carrelage à l’ancienne. Nous ne faisions pas attention aux dessins sur le sol, seule nous importait la ligne blanche à un mètre de l’escalier. Tout à coup, d’un même élan, nous nous lancions en avant. Nos jambes volaient de marche en marche, nos souliers frappant le bois ciré avec force et bruit. Nous nous accrochions à la rampe, aux barreaux, nous nous accrochions l’un à l’autre, le dernier tentant de freiner le premier, celui de devant essayant de repousser celui de derrière… D’en bas, ta mère haussait un tout petit peu la voix. 

 

– Les enfants, voyons…

 

Une fois arrivés au quatrième étage, et l’issue de notre course arbitrée – qui avait mis la mains avant le pied de qui, quel pan de manteau avait devancé celui de l’autre – nous l’attendions sagement, assis sur la marche du haut. 

 

Nos parents sont encore voisins. Par le hasard de la vie, par un hasard savamment calculé peut-être aussi, nous sommes parvenus à rendre visite chacun aux nôtres sans jamais nous croiser. Nous n’avons jamais demandé de nouvelles l’un de l’autre. Nous ne voulions pas savoir. Les jobs, les mariages, les enfants. Les trois ans passés aux Etats-Unis pour toi et au Japon pour moi. 

Pourtant, à chaque fois que j’y retourne, la porte de Champerret  me ramène à  notre enfance, Le Saint-Cyr me parle encore de toi, des heures que nous y avons passés, des rêves que nous y inventions comme des boutades à la vie. 

 

Nous avons grandi accroché l’un à l’autre jusqu’à nos 23 ans. 

 

Et là, quoi? Une dispute, un désaccord, un de ceux dont on ne se remet pas à cet âge quand on est orgueilleux et susceptible. Les deux âmes fières que nous étions sont parties chacune de leur côté sans se retourner. Nous avons laissé tomber un voile sur ce qui aurait pu être et avons construit nos vies dans une absence et un oubli forcé et mutuel. Je crois que nous avons quand même été heureux, finalement, l’un sans l’autre.

 

La semaine dernière, tu m’as appelée pour m’annoncer le décès de ton père. Dix-sept ans se sont envolés d’un coup. Ce soir, après les funérailles, nous nous retrouvons tous les deux seuls dans la cuisine de ma mère, tandis qu’à côté, chez la tienne, amis et voisins veillent sur elle et l’accompagnent encore un peu dans cette journée exténuante. 

 

Je soupire, je ferme les yeux. Moi aussi je suis fatiguée. Demain tu géreras la suite. Il y a un testament, un rendez-vous chez le notaire, des tensions naissantes à appaiser entre les tiens… Demain nos vies reprendrons, mais pour l’instant nous sommes ce soir, l’un en face de l’autre, avec des mots entre nous que nous n’avons jamais prononcés. Ils sont palpables, il suffirait d’un rien pour leur donner naissance et soulager les blessures que nous nous sommes infligés il y a trop longtemps. Tu te lèves lestement, tu sais encore où sont les verres, et tu me sers. 

 

– Ca ira mieux après un verre de vin.