L’air vibra d’un cri.
La réalité se précipita sur la cour et les pavés et le soleil glissant les ombres, un son strident heurtant les murs et franchissant les fenêtres lors de son voyage vertical dans la cour de l’immeuble, rebondissant contre la matière passée, le crépi hésitant sa couleur, le lierre grimpant le tuyau de gouttière fendu par endroit d’où jaillissaient des fuites, combien de fois Huguette avait-elle dit qu’il fallait implémenter un plan Orsec du lierre, cette saloperie trompait les chats qui manquaient de tomber grognait-elle, mais aujourd’hui le lierre était bien là et l’existence d’un cri essayait de se frayer dans ses feuilles odorantes et ses tiges griffant le plastique sans être particulièrement ralenti – à force de s’être fait attendre ce cri entendait bien exister et forcer l’entrée des tympans des ombres derrière les fenêtres, des ombres qui, face les unes aux autres et se connaissant toutes se chuchotaient le secret de la cour, de la veille, des secondes précédant l’arrêt du temps, ces heures de lunes immobiles et terribles à veiller le silence, à être les seuls à connaître le secret étouffé de cette cour dans laquelle résonnait ce matin la reconnaissance de la fin de la nuit.
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Réveil strident
15 avril 2013
Spirale en attente immobile
3 avril 2013La lumière filtre vers la cour intérieure en pierre. On la devine à peine, c’est tout juste si elle s’annonce en buttant contre les pavés, glissant le long des murs au crépis d’un blanc passé. Elle s’allonge jusque dans la cage d’escalier pour s’arrêter à ses pieds. Plus haut, des fenêtres offrent des entrées supplémentaires au début du jour. La nuit résiste encore, quelques étoiles pâlissent malgré elles et pendant quelques minutes la lune se confond à l’aurore hésitante.
Une brise inaudible joue contre un battant de porte.
L’escalier est large et tournant. De ses marches blanchies partent des barreaux sombres soutenant une rampe au verni écaillé.
Il s’enroule, se perd dans l’obscurité qui confond le regard, et seuls les quelques carrés de fenêtres en enfilade montante ponctuent sa profondeur jusqu’au plafond.
Il faut compter quinze marches seulement pour les rencontrer. Deux chaussons sombres et une robe de chambre grise taillée dans une serviette de bain. Les coutures à la main sont d’autant plus visibles que la couleur du fil est inégale. Du noir on passe au bleu marine puis au marron foncé. Cette robe informe recouvre tout sauf la pointe des chaussons, et l’enfant entoure de ses bras ses genoux, sur lesquels repose son visage aux yeux songeurs.
Des yeux gris, fixe, un peu trop grands, au regard droit comme deux miroirs désarmants. Quelques mèches de cheveux ni blond ni brun mais d’une teinte en entre deux s’éparpillent autour du front, des oreilles, dans le dos, jusqu’au devant de la robe de chambre.
L’enfant ne bouge pas. Elle attend.
Dans la cour rien ne bouge non plus, ou presque.

Un souffle entre deux
20 mars 2013Ses yeux plongent en vertige de sommeil.
Assise sur le palier en bois blanchi de poussière, les jambes libres oscillant dans le vide, les cuisses coincées contre les barres en fer froid torsadant vers le bas. En leur sommet, du bois encore, autrefois triomphant de vernis brillant et aujourd’hui pâli et sans âge.
Elle est seule de silences et d’envies. Derrière elle la fenêtre embuée de pluie, qui laisse entrevoir la fin d’une nuit alors qu’une lumière grise ose à peine le jour. Quelque part dans l’immeuble, un volet claque, doucement.
Un soupir penche son corps, ses mains entourent les bras en fer, sa tête se cale entre deux barreaux. La route vers le bas s’enroule, les marches s’additionnent et se confondent en désordre.
Le monde dort encore, et elle, seule, veille. Peau contre métal, le corps recouvert d’une simple robe en coton chiffonnée de la veille. Sur le palier, entre-deux, elle attend.

Neige en ciel inversé
12 mars 2013Le vent soulevait les flocons apaisés.
Nous marchions lentement, nos pas craquant la route immaculée. Les sons s’étouffaient en résonance de cet écho si particulier de la neige encore neuve. La lune s’y reflétait comme dans un ciel inversé alors que nous avancions, côte à côte, frôlant le froid, rêvant la nuit. La lumière sortait de l’ombre et se posait sur nos âmes, l’univers immense surplombant nos êtres souriait du mystère de l’à venir.
La route était longue, le chemin tournant entre pins et rochers. Nous la connaissions si bien pour l’avoir parcouru pendant les années de l’enfance, nous en connaissions les surprises et détours, nous étions chez nous.
Arriver n’était pas important.
L’essentiel, ce soir-là, était d’avancer. D’un pas égal nous marchions lentement, ensemble.

recyclage
3 mars 2013Kill-Kim #8 est annoncé… (http://youtu.be/M8_aRIIyBUo)
Avant, il faut clôre le #7: ci dessous le texte qui n’aura pas été utilisé :
Je contemble l’eau bleue paresseuse de lumière,
Calme étrange, caresse d’un instant éphémère.
Assise au bord, en nonchalance, j’oublie le temps,
Ma main sur le passé, yeux secs, le coeur séché.
Je garde en rétine la douceur de sa peau,
La beauté de son rire et son corps fendant l’eau.
Mes jambes campées se sont approchées d’elle,
Les doigts serrés de peine, de jalousie, de haine.
Si longtemps désirée, de loin et en silence,
Kim si belle nue, et dans les eaux la danse…
Lorsqu’enfin j’ai osé exister dans ses yeux,
J’ai songé un moment au fait de la sauver :
Les sens en décence, en fin d’un spleen malheureux,
Pour céder, malgré moi, car il fallait m’aimer.

28 février 2013
Il aimait la regarder de dos. Habillée ou nue, il aimait suivre la lumière le long de sa colonne vertébrale, ou en deviner la cambrure. S’agripper à ses hanches et promener ses mains, imaginer des chemins sous sa robe assez tenue pour dessiner ses formes, assez ample pour rêver.
* * *
Elle aimerait que la notion de vertige s’efface, comme si l’on pouvait supprimer ce mot du dictionnaire, prétendre qu’il n’existe pas. Comme si le monde n’était constitué que d’ancres solides et immuables et que le changement n’y avait de place. Elle se penche, en avant, vers sa vie, et attend l’instant inévitable où le passé la retiendra. Il faudrait pouvoir tirer sur les cordes, distordre les liens, se défaire de ces pesants fantômes pour s’envoler, libre, enfin.
* * *
La peinture s’écaillait en larges pans, le bordeaux s’oubliant en brun tirant au gris sale de poussière. Les fuites se rappelaient aux mémoires grâce à leurs traces glissant le mur, et on devinait le jour par delà les fenêtres opaques de crasses. Des années de négligences avaient passées, les lieux s’étaient enfoncés dans la tristesse de l’oubli.
* * *
Il avançait à petits pas sur le trottoir, évitant avec soin les bacs de fleurs et autres obstacles. Le soleil peinait derrière les nuages. Ses rayons contrariés par le vent oubliaient la chaleur, dardant son dos de frissons en fin de jour.

Éparse
17 février 2013Les cheveux noirs épars en nuage sur ses épaules, comme des fils gonflés se chamaillant l’espace, elle va et vient dans sa chambre trop petite.
Ses pensées bourdonnent comme des abeilles en guerre. Des guerrières blessées et perdues en manque d’ennemis à combattre. Prêtes à piquer, prêtes à mordre comme les guêpes. Au bord de devenir ce qu’elles ne sont pas et de s’entretuer si on ne les lâches : si on relâche l’espace, elles le libéreront, pour offrir le silence, le vide, la place de construire autre chose.
Ses yeux sont noirs aussi. Ils s’enfoncent au delà des murs de la chambre, de la pluie dehors soutenant des nuages sombres. Ses yeux se posent et voient, ils sont les seuls à savoir.
De sa colère triste, une rage nait d’où elle tient sa survie.

Paix
10 février 2013Sa chevelure inonde les draps alors qu’elle se repose lentement en arrière. La lumière rase sa peau, épousant son corps.
Sueurs.
Un soupir retombe.
Il s’entrelace à ses doigts et son bras et ses hanches, s’emmêle à ses cheveux, son odeur, rejoint son sommeil.
L’été résonne par delà le vent dans la fenêtre qui se faufile entre les voiles pour se perdre sur les murs. Les fleurs bruissent en murmures. Doucement.
Il reste un peu de temps, encore, avant les cascades dans les escaliers. Il faut se dépêcher au repos, avant que les enfants ne reviennent.
Le souffle s’apaise.

Envol
9 février 2013Elle s’élance comme dans un élan vers le ciel. Les yeux noirs penchés, le sourire de guingois. La main en arrière afin qu’il la rattrape.
Il aspire à s’envoler avec celle qu’il sait si bien lire, dont il aime la lumière aussi légère que ses pensées sont lourdes.
Ensemble, ils s’équilibrent.
Ensemble, ils sont sourds tant ils s’écoutent.

Mécanique
7 février 2013Elle tricote et détricote, elle détricote et retricote, elle réfléchit en mode structure jusqu’à ce que les mots s’en mêlent et s’en lassent à s’y perdre.
Un mot lui manque qu’elle cherche au bout de l’ongle, sur la lèvre, en mordillant.
Son doigt s’enlise dans ses cheveux, son esprit s’attarde et prolonge l’instant de l’oubli.

