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Les Larmes de Pierre – Chapitre

26 juillet 2009

Guernevez-chantier

 

Je sais, c’est de la triche… celui-ci était déjà sur facebook (les fautes d’orthographe aussi). Mais je pense que sa place est plutôt ici. A force, je parviendrai peut-être à reconstituer le puzzle.

Not sure I’ll have the energy to translate this one (aka, learn French, heh! Sorry.)

Chapitre 7.

 


Ta mère est venue te voir. Après l’enterrement, elle s’est organisée, a pris ses dispositions. Elle avait bien vu, ta mère, que tu avait besoin d’elle. 

Elle a quitté son village et prit le train, une petite valise carrée à la main. Le corps frêle et digne. Tes deux premiers enfants étaient nés dans le pays, elle n’avait eut que quelques rues à traverser, quelques chemins à prendre entre sa ferme et ta maison de ville. 

Cette fois-ci tu étais plus loin. Elle a quitté le cimetière et porté sa peine jusqu’à la gare, la serrant contre elle, assise sur sa banquette entourée d’étrangers, la gardant en elle dans les rues sales et urbaines, jusqu’à ton immeuble. Jusqu’à l’ascenseur qu’elle a refusé de prendre, montant les marches une à une, se pressant avec lenteur. Jusqu’à ton appartement vide – les enfants étaient à l’école – jusqu’à toi, pauvre petite chose recroquevillée sur un canapé près de la fenêtre. Les yeux ailleurs, dehors, ne cherchant rien, n’attendant rien. Elle a posé sa valise et s’est approchée de toi, prenant tes mains, ton visage, te serrant contre elle fièrement, sauvagement, sa fille, sa chair et son sang, t’enveloppant dans son odeur, dans le parfum de ton enfance. Et là, réfugiée dans sa chaleur, dans son amour inconditionnel, tu as pu te laisser aller et pleurer, tu as pu laisser rugir le cris de détresse que tu retenais en toi.

Elle est restée près de toi, ombre silencieuse et droite, elle s’est affairée sans se plaindre à faire tourner ta maison. A recevoir les proches chez toi les semaines suivant l’enterrement, à s’occuper des enfants, veillant à ce qu’ils aient des vêtement propres et un repas chaud en rentrant de l’école. Elle t’a laissé pleurer à ta façon sans te juger, sans rien exiger de toi. Comme une louve protège son clan, elle a veillé sur vous tant qu’elle a pu, jusqu’à ce que son absence là-bas au village devienne trop gênante. 

Vos pièces se sont imbibées de ses odeurs de cuisine, le cellier bien rempli et vos papilles inondées du plaisir de ses plats simples et goûteux. Certains mots ne franchiront jamais ses lèvres, son âme pudique ne saurait nommer les émotions qui la transpercent, mais ta mère cuisine. Elle communique son amour, ses inquiétudes, ses joies et ses peines à travers ses recettes. Ses petits-enfants sont contraints à la soupe du soir qu’ils attaquent avec joie, à leur plus grande surprise. Ta mère est là, ménagère discrète et efficace, et les fumets de ses potées et confitures veillent sur vous. Elle t’a transmis son instinct nourricier et tu te prends aujourd’hui à répéter certains de ses ges

tes, un tour de main particulier, un ingrédient original. Et parfois, en humant une conserve de fruits nouvellement ouverte, ces moments reviennent avec force te couper le souffle, juste une seconde, le temps d’une odeur, d’un souvenir. Un parfum peut porter en lui toute une époque de notre vie, il suffit de quelques particules pour retourner des années en arrière. Tu goûtes aux fruits d’un doigt distrait en repensant à ta mère, à ton deuil, le visage habité d’un sourire doux-amer, avant de continuer ta recette.


Ta mère a fait ce qu’elle a pu, ensuite elle est rentrée chez elle avec sa petite valise carrée un peu abîmée par les ans. Un bagage noir sans prétention, sans serrure, quand elle a quitté sa maison pour épouser ton père toutes ses affaires tenaient dedans. Elle avait ça et son trousseau blanc brodé à la main. 
De sa voix douce et claire, elle te prie de l’excuser, mais il est temps. Temps de quoi? L’excuser de quoi?
De repartir, de te laisser, d’être ta mère. Ta mère sait tout. Elle sait que les femmes sont jugées coupables dès la naissance, que la société ne leur pardonnera rien. Elle ne l’a jamais dit mais elle a imprimé ce fait en elle, toutes les mères sont coupables et c’est injuste. Elle pourrait te dire que nos mères ont fait couler en nous des larmes de sang, qu’elle les regarde en arrière et voit des oiseaux pris dans leurs cage, les ailes meurtries à force de se débattre. 

Elle pense à ma mère, un animal vaincu et révolté dont l’âme savait encore pleurer, dont les yeux perdaient parfois de leur dureté pour redevenir ceux d’une jeune fille dont la porte est encore ouverte sur la lumière. Elle se souvient d’une femme qui a combattu sa vie entière contre la culpabilité qu’on infligeait à ses sœurs et elle. Elle n’a pu vaincre qu’une fois son pouvoir géniteur disparu, qu’une fois qu’elle était devenue ancêtre, qu’une fois que le cancer était installé et là enfin un sourire s’est dessiné sur son visage, le figeant dans la mort.
Oui, elle sait tout cela, elle te regarde et voit sa culpabilité de mère s’inscrire sur tes traits. Elle aurait aimé qu’ils soient réduits au silence, ces maudits thérapeutes avec leurs incessantes rengaines sur Freud et son blâme permanent de la maternité, pour qui tout est la faute de nos mères, ou plutôt de la mère de nos mères et de toutes celles avant elles, qui ont enfermé leur cœur palpitant dans la pierre froide et dure, qui ont enterré leurs sentiments endeuillés de leurs espoirs, empreints d’amertume, elles ont déposé leur propre être aux pieds de la sacro-sainte tradition, des usages du monde et de la respectabilité.

Les hommes disent que les mères forgent les suivantes en un collier de perles brisées qui se ressemblent toutes avec le temps, mais ce sont avant tout des femmes, qui se laissent envahir par leur mère et celle de leur mari, par leur compagnon, leurs enfants et la culpabilité incontournable qu’on leur lance en permanence au visage. 
Ta mère est un roc. Elle s’est regardée en face et s’est jugée non coupable, elle a absout ses sœurs de son propre chef. Cette femme simple dans sa chaumière, dans la poussière de la campagne, est plus en paix que nous et nos diplômes.

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Chapitre 8.

Ton père lui est resté au village. Ce fermier silencieux dont la vie est liée à la terre t’a envoyé sa femme. Comme elle il n’est pas enclin à dévoiler ses sentiments, 
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Grand ménage avant de rebondir

14 juillet 2009

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OK j’ai menti. J’ai aussi écrit ce soir. La Bretagne m’oblige à avancer en me dépouillant peu à peu des poussières et des araignées polluant mes tiroirs. A une certaine heure, les lettres de motivation deviennent confuses.

Je ne suis pas sûre que ce texte fasse partie des Larmes de Pierre, en fait je suis même certaine qu’il n’y trouvera pas sa place – ça, Flobor pourra me le confirmer. En tout cas c’est sorti d’un coup (…merci de me signaler les fautes d’orthographe). J’ai sans doute encore quelques deuils à faire ici avant de pouvoir continuer sur autre chose de plus intéressant. Bear with me…

#inspiration : Environnement musical de DJ Tony Hayes 

 

Seule. Fatiguée. Lessivée. Avec toujours cette obligation de vivre et de continuer. 

Malgré tout. Malgré l’image de mère et d’épouse dévouée, malgré le carcan que tu t’es construit.

Car il faut aller de l’avant, même si ce n’est qu’une fuite, pour toi, rester immobile serait aussi insupportable que de reculer. 

 

Tu oublies de t’arrêter pour faire le point. 

 

Le point sur quoi? Les réponses, tu les connais. Elles sont là, devant toi, énormes. Il suffirait d’avoir le courage d’admettre leur existence. D’avoir le courage de tout bouleverser, de confronter le bon et le mauvais et d’assumer qui tu es. Que ton entourage ne décèle pas tes faiblesses et tes manques, que personne ne jette tes failles à la figure, t’est incompréhensible.

 

Tu effaces le tri que tu as fait.

 

Ce à quoi tu tournes le dos, les changements que tu refuses de faire ont pris toute la place dans ton esprit, à un point que te regarder dans la glace, dans le regard des autres, dans le miroir trop fidèle qu’ils te renvoient, t’est insupportable. Tu divorces avec un certain nombre d’entre eux. Seuls restent ceux qui savent te mentir, qui ne voient pas  ou qui s’en foutent. Ceux qui sont facile à vivre, auprès de qui tu ne te sentiras pas défaillante. 

Tu te sépares de tes amis les plus précieux, ceux qui te voient et t’acceptent, ceux qui t’aiment et t’attendent, qui te laissent être qui tu as décidé d’être. Qui ont conscience que tu ne feras peut-être jamais le Travail. 

 

Peut-être que nous ne t’aimions pas assez, si tu étais si malheureuse à nos côtés.

Ou peut-être, aussi, que nous avions nos propres vies et que nous ne pouvions plus être absorbés par la tienne.

 

Tu ne donnes aucune explication, nous devrons trouver les réponses nous-même. Tu deviens absente du jour au lendemain, n’offrant qu’un rejet silencieux, aveugle, violent. Un rejet que, de fait, mon fils recevra de plein fouet. Car en te séparant de moi, tu te sépares aussi de lui et de l’engagement tant moral que spirituel que tu avais pris.

 

Nous ne sommes plus en maternelle. Que tu ne m’aimes plus, que la vie puisse t’être heureuse sans ma présence, ou encore que je ne corresponde plus à ton standing, je peux l’entendre. D’une oreille, et en trouvant cela futile. Avec un regret doux amer dont je me remettrai.

Que je mette

un moment à comprendre, que je passe du temps à me torturer, et si, et comment, et pourquoi, que je me remette en question, quelque chose que j’aurai dit, que j’aurai fait, que je n’aurai ni dit ni fait… ça aussi, finalement, c’est mon problème. Je passe par les étapes, doucement, je les caresse presque. Au fond, je sais déjà pourquoi.

 

Qu’un enfant en subisse les conséquences et puisse se sentir indigne d’être aimé, un enfant déjà si fragile derrière sa carapace de chevalier, je ne l’ai toujours pas pardonné. Une mère est synonyme de possibilités et de ressources infinies. Surtout si on touche à son enfant.

 

Heureusement, il existe dans son monde coloré des fées qui se penchent sur son berceau, dont une en particulier avec qui il partagera des jeux parfumés à la confiture. Une jolie fée qu’il adoptera avec autant de fougue qu’elle prendra naturellement sa place auprès de lui. Ils se forgent un lien qu’on ne peut forcer et qui se sera créé car ils le voulaient bien. 

 

Finalement, que tu te sépares de mon fils, c’est peut-être le plus beau geste que tu auras eu envers lui. Même si je ne t’ai pas pardonnée, même s’il n’aura jamais à te pardonner car il t’a déjà oubliée. C’est grâce à cela qu’il est aujourd’hui plus heureux que lorsque tu existais. 

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Faits Divers (French)

8 juillet 2009

Elle se penche sur leurs visages, doucement, en silence. Elle ne pense à rien. Son souffle réchauffe un instant leurs joues dans cette chambre si froide. Sa main s'approche avec tendresse et remet  tristement une mèche en place. 

Ce geste de mère, elle n'y a plus droit, mais elle ne s'en rend même pas compte. Remettre les mèche en place de ses enfants fait partie de ces nombreuses choses que les femmes font sans plus y penser. C'est comme ramasser les chaussettes qui traînent, penser à laver leur peluche préférée ou refaire le noeud de leur écharpe. 

Elle est partie en laissant ça derrière. Le poids du quotidien, ces chaînes devenues insupportable, suffocantes, qu'elle a fuit un jour. Un jour, partie avec son sac, son portable, son désespoir de vivre. Elle s'est dévêtue de son manteau d'amour, de mère, d'épouse, comme ça, sans explications. Sans regarder en arrière, ou du moins pas tout de suite, sachant que sa survie dépendait de ça, de regarder en avant, sans réfléchir, de suivre son instinct et de mettre un pied devant l'autre, de plus en plus vite, jusqu'à sortir de la rue, du quartier, de la ville, jusqu'au RER, puis la gare, jusqu'au train qui l'a emmenée à l'autre bout du monde, un monde sans le quotidien, sans la poussière, la vaisselle, les couche à changer, le mari toujours en retard, ses trois kilos en trop, la moustache élégamment taillé avec coquetterie, tous les matins après l'amour, après l'amour avec sa femme qu'il ne voit plus, sa femme qu'il aime comme au jour de leur épousailles, avec sa longue robe blanche et son teint illuminé, et aujourd'hui, deux enfants plus tard, il ne voit pas le changement en elle, il ne remarque pas les signes de l'âge, ou plutôt, s'il les remarque, ils ne le dérangent pas, car c'est avec elle qu'il a décidé de vieillir, de devenir plus flasque, plus essoufflé, plus dégarni, et il ne comprend pas, il ne comprend pas son insatisfaction, sa frustration, pourquoi serait-elle malheureuse alors que lui est comblé, que leurs enfants sont si beaux et en bonne santé, il n'y a rien à voir, rien à comprendre, pour lui, sa femme est parfaite et lisse, et du combat qu'elle a mené pendant trop d'année entre les murs de leur maison, une maison où il ne manque rien, il ne devinera jamais rien. De la raison de ses absences, des murs vides qui l'accueillent tous les soirs alors que ses enfants sont confiés "temporairement" à ses beaux-parents pour quelques heures. 

C'est ingrat, de tout laisser tomber du jour au lendemain, de partir acheter le pain et de ne jamais revenir, le bruit de ses pas sur le pavé qui claquent en écho à son coeur affolé, à son souffle rapide et douloureux, elle ne comprend pas tout ce qui lui arrive mais elle le devine, elle le sait, comme les femmes savent toujours, d'un coup d'oeil, d'une intonation de voix, une hésitation infime et elles savent, et comment lui, cet homme aurait-il pu comprendre —ce sont toujours les même mots qui reviennent, comprendre, savoir, deviner, ce sont des mots qu'on ne prononce pas, qui n'existent que dans le silence, le non-dit, et l'on ne peut que se demander ce qu'il se serait passé si ce déni n'avait pas existé, si la parole les avait fait exploser avant qu'ils ne puissent naître, alors elle ne serait pas là, aujourd'hui, dans l'interdit de ce geste, penchée sur ses enfants qu'elle aime sauvagement, intensément, d'un amour pourtant insuffisant pour la sauver elle de l'orage qui a tout balayé, qui a tout ravagé dans sa vie, dans leur vie.

Elle est partie. Elle est revenue. Ce soir.

Et lorsqu'elle est prise en flagrant délit de présence, d'amour, en flagrant délit de retour, c'est alors que la colère prend le dessus, qu'il a ce geste malheureux et ineffaçable. La violence prend le pouvoir, sa douleur ressurgit d'un coup, d'un seul, et ça suffit. Le corps humain est si beau et si fragile, lui qui n'avait jamais eu le moindre geste violent, il n'a suffit que d'une poussée, si brève, si légère, pour la faire basculer contre ce coin de table. C'est ce qu'il dira aux forces de l'ordre. 

Le sang jailli de sa tête et asperge le tapis du salon.

C'est à son tour de vouloir s'enfuir, tourner des talons, mais non, c'est impossible, ses pieds sont trop ancrés au sol, ou peut-être n'est-il pas assez intelligent. Alors il faut agir vite, vite, avant que les enfants ne se réveillent, avant qu'ils n'ouvrent les yeux et ne voient leur mère de retour, pauvre petit chiffon recroquevillé au milieu du salon, le visage invisible caché par ses cheveux fins, et ce sang trop vif, à l'odeur puissante et inévitable – il faudra aérer longtemps, une fois qu'il aura caché le corps, une fois qu'il aura vidé la pièce de ses témoins gênant. On disait autrefois que les objets sont muets, mais ils sont aujourd'hui les premiers accusateurs de nos actes, il suffit de si peu de chose, un bout de cil, une goutte de sang, une pellicule insidieuse tombée de nos cheveux, et l'on sait tout de nous. Notre marque de shampooing, de parfum, de cigarette, de crème hydratante. 

Après, après ces instants de stupeur, il appellera lui-même la police.

Tu lis cet article avec ironie, il n'y a que dans les journaux que l'on trouve ce genre d'histoire invraisemblable. Dans un film, le public aurait rit et serait reparti incrédule. 

Que l'article ne rassure pas quant au devenir des enfants, cela tu ne le remarques pas. Insouciante alors, ton rire avait résonné, bref, sonore, irréfléchi. En général la rubrique des faits divers te paraissait trop sordide, à lire seule, cela pouvait créer des cauchemars aux effets  effrayants. Mais avec moi, dans le jardin au soleil, un thé sur la table, cela devenait amusant, irréel, impossible. Imaginer une seule seconde que des êtres parvenaient à un tel état de détresse, c'était drôle et incongru. 

Involontairement cruel aussi. 

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Libre

5 juillet 2009

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On m’a rappellé dernièrement que nous n’étions certainement pas esclaves de nos propres blogs. 

 

La tendance qui se dessine ici, c’est que le français me permet d’inventer des histoires, et l’anglais d’exprimer les miennes. 

 

 

A plus tard, donc.

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Il faut du temps, la paix revient

30 juin 2009

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Tes promenades cessent, à la place tu pars au village. Avec le train les distances se resserrent, cela prend la journée mais tu peux faire l’aller et retour et arriver à temps le soir. 


Personne ne s’en rends compte. 


Tu y va presque tous les jours. Tu restes devant sa tombe sans rien dire, sans penser. D’abords déchirée, révoltée. Et puis, le temps passant, le désespoir laisse place à une immense et lourde tristesse. 


Il y a quelque chose d’étonnement reposant à entretenir une tombe. A arroser les plantes, enlever les feuilles mortes, s’assurer que la tombe reste belle. On pense au disparu tout en étant actif, en ayant l’impression de se rendre utile. Au fil du temps, les rencontres se créent autour des arrosoirs et des points d’eau. Ce sont les mêmes visages qui se croisent, chacun s’affairant lentement auprès de la pierre de son défunt.


Le cimetière de notre village est simple. Les dalles soigneusement alignées témoignent du passage du temps à mesure qu’elles reculent vers le fond. Là, la pierre blanche est tachée de grisaille et les croix sont souvent rouillées.


C’est là que vous vous reverrez. C’est là qu’enfin vous parviendrez à vous toucher, c’est un geste simple mais si difficile, son bras autour de tes épaules. Vous ne direz rien, le temps de vous recueillir, le temps de partager vos larmes. 


Serrés l’un contre l’autre. 

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Elle danse encore, elle dansera toujours

27 juin 2009

J’aimerais remercier Denis de m’avoir permis de conserver ces lignes. Quoique cette histoire n’est pas la sienne, elles le concernent car écrites directement après l’enterrement de Catherine Pénard-Guiot, sa femme. Catherine avait 43 ans, Catherine était plus jeune, plus vivante, plus généreuse et plus rayonnante que nous. Notre rencontre sur terre fut trop brève et pourtant elle a bouleversé ma vie. 

Aujourd’hui, c’est toujours un peu plus difficile.


Merci Catherine. Ta joie danse encore au plus profond de mon coeur.


J’aimerais également inclure une pensée particulière vers Tante Christine, pour qui une messe est célébrée ce soir. Je n’y serais pas physiquement, mais en union. 


Extrait des Larmes de Pierre (non terminé, non envoyé, non rien du tout…)


Tu vas à un groupe de soutien.


Ou plutôt, on t’y a inscrite. Un peu au hasard. Ton entourage, ta mère, a pensé qu’il te fallait ça. Que tu n’y parviendrais pas toute seule. Comme si elle pouvait savoir mieux que toi. 


Murée d’indifférence, tu t’y rends. La plupart des participants parlent de la perte, de la souffrance, de la dépression. Des âmes meurtries regroupée en cercles sur des chaises, la moquette usée au sol et la peinture qui commence à se fendiller dans l’indifférence.


#


Cette longue plainte douloureuse qui souffle au-dessus de vous, qui traverse vos corps, résonne autour de vous et teinte la vie d’absence et de grisaille.

Un jour, tu entends cet homme qui a perdu sa femme, qui a perdu sa flamme, la lumière de sa vie, qui se retrouve seul, vide, perdu. D’une voix rouillée il relate avec des mots simples la joie qu’ils ont eu de se découvrir, de passer vingt ans ensemble. Combien il erre dans l’existence sans pourvoir l’entendre ou la toucher, respirer en elle, sentir la peau de celle qu’il aime. Sans regretter un seul instant le moindre de ses choix, les femmes qu’il a pu quitter, les amis qui se sont fâchés, car il n’y en avait qu’une, il n’y avait qu’elle et il lui était impossible de continuer autrement dès lors qu’il l’a connue. 

Le reste n’avait pas d’importance.


Avec pudeur et humilité, il raconte le bonheur d’avoir vécu, les souvenirs qui apaisent parfois ses insomnies, le drame silencieux de la maladie, qui l’a emportée morceau par morceau, qui a brisé son corps et finalement emporté la lumière qui dansait en elle. Les nuits froides à se retourner dans son lit car elle n’est pas à côté de lui. Il ne reste plus qu’une photos dans un cadre, une voix sur un répondeur. L’absence est la plus terrible des tortures. Le spirituel a beau consoler et rassurer, l’homme garde en lui cet instinct animal et physique qui crie au manque, car les autres illuminent nos existences de leur présence, ils sont nos fers de lance, nos ancres, les moteurs qui nous permettent d’avancer et de trouver du sens. Seuls, nous ne sommes rien. Nous nous définissons par rapports aux êtres dans des relations qui peuvent autant nous grandir que nous rabaisser, et eux se définissent par rapport à nous dans ces mêmes liens. C’est un pouvoir fragile et important, c’est quelque chose de sublime et de tragique que cette dépendance à la chaleur humaine.


En face, une voix s’élève et parle du désert et de la couleur du blé. C’est un homme  aussi, qui parle de la possibilité d’une île où nous sommes attendus. Quand le soleil brille assez fort et qu’on se brûle les yeux à scruter l’horizon, on parvient presque à les voir, à les entendre encore, eux, les absents, partis sur cette île qu’on ne peut rejoindre avec des rames, qu’on ne peut deviner à travers ses larmes, mais qui est bien là et cette certitude lui permet de continuer, de mettre un pied devant l’autre et de ne pas abandonner la partie. Car il faudra qu’il en ait, des histoires à raconter, le jour où il rejoindra sa plage, où il pourra se percher sur ses falaises escarpées avec elle; et s’il arrive les mots vides, la vie inutile, sans n’avoir fait rien d’autre que d’attendre de pouvoir traverser, alors à quoi bon, et surtout, comment pourra-t-il alors la regarder en face?


Tu écoutes cette voix. Sans pleurer – tu attendras d’être dehors, les épaules voûtées face au trottoir et seule, tremblante de violents sanglots silencieux et secs – sans pleurer tu bois ce timbre grave et ces mots qui enfin ont un sens. Tu en cries presque, enfin, enfin quelqu’un qui te parle, cet inconnu vêtu de noir, assis sur une chaise face à toi. Tu oses à peine regarder son visage. Seule compte la musique qui coule de ses lèvres.


A partir de ce moment tu as ton île à toi et il s’y promène et y grandit noyé de soleil et d’insouciance. Maintenant toi aussi tu plisses des yeux pour apercevoir ce monde inaccessible. Quand le moment sera venu, tu trouveras tes rames et tu le rejoindras. Vous referez connaissance, quoique tu saches déjà tout de lui, cet être qui vole avec les anges. Après les jours noirs où tu as sombré dans tes abîmes, tu sens enfin l’air frais caresser ton visage et qu’importe la saison, pour toi c’est le printemps.

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De l’espoir des mots (et du désespoir, et de l’inspiration) / French

23 juin 2009
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La lumière aujourd'hui est changeante. Elle hésite entre le soleil et la pluie, entre rire et pleurer. Finalement elle choisit le sourire : une ondée par-ci, une éclaircie par-là. Des éclairs de lumière sous une jupe de ciel gris.

Ces phrases ne sont pas de moi. Même si elles vivent et dansent pour mes yeux sur une page crème des éditions Gallimard. Christian Bobin leur a donnée naissance comme à beaucoup d'autres, dans son livre "La femme à venir". 


Je n'ai pas tout aimé. 

On ne peut pas toujours être d'accord avec l'auteur et ce qu'il décide de faire vivre à ses personnages. 

C'était avant les forums de discussion, avant les portables. Le temps nous appartenait plus. Acheter un livre était un délice parfois spontané, plus souvent réfléchi. Pour mon petit budget d'étudiante, il fallait en feuilleter plusieurs, lire des fragments ça et là. Rester dans les jolies librairies de quartier aux conversations étouffées. Rester, lire, feuilleter jusqu'à trouver la perle rare. 


A l'époque, je commençais souvent un livre par le milieu en terminant au début. Parce que l'écrivain avait son histoire et que moi je me créais la mienne. Parce que aussi le récit peinait à commencer et que je n'avais pas la patience d'attendre. Parce que, enfin, j'étais têtue et un tantinet paresseuse.


Ce n'était pas le premier de Christian Bobin. Je ne les ai pas tous lu, et pas dans l'ordre. Mon premier, "l'Inespérée", a transformé ma relation aux mots. En levant la barre si haut que je m'en suis cassée les doigts, que je n'ai pas écrit pendant deux ans. 


Christian Bobin est autant reconnu que méprisé par ses pairs : même si ses phrases figurent en exemple dans les manuels de linguistique, les éditeurs ont inventé pour lui le terme de Bobinade.

En ce qui me concerne, le lire a été d'abord un éblouissement intense, suivi d'une tristesse insondable.


Il a fallu apprendre à lâcher. Lâcher le style d'écriture que je souhaitais obtenir. Lâcher le fait d'être publiée, d'en faire un métier.

Cela a pris du temps.

Revenir à une écriture plaisir. A une écriture qui s'assume, qui me dévoile et me cache. Une écriture vraie, maladroite et authentique. Accepter que, comme moi, mes histoires et les mots que j'utilise seront bancals, imparfaits, humains. Accepter que j'avais peut-être tous les défauts d'une écrivaillon et aucune qualité littéraire. Accepter, et rebondir.

Et puis, pour répondre aux docteurs de la Sorbonne pour qui les ateliers d'écriture sont une hérésie, si l'écriture telle qu'ils la conçoivent ne s'apprend pas, elle se travaille. Les meilleurs écrivains font leurs gammes, musclent leur plume, amassent les lignes, des mots, des tâches d'encre  pour n'en garder qu'une infime partie. Celle qu'ils pourront montrer. 


Alors, peut-être y a-t-il de l'espoir.


Pour ceux qui souhaiteraient faire un bout de chemin avec l'auteur, je vous conseille "La Plus que Vive", ou encore "Le Très Bas" sur Saint François d'Assise.

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L’encre volée – faux épilogue

12 juin 2009

A l'époque Seuil en a presque voulu. C'était trop court pour eux et pour moi l'histoire était terminée. Contrairement à leurs attentes, je n'avais rien à ajouter. Aujourd'hui je me dit que je ne suis pas allée jusqu'au bout.
Qui sait, l'été sera long et j'ai prévu d'écrire. Je reprendrai peut-être ce texte.
C'était mon premier roman abouti et, finalement, ce n'était pas si mal que ça.  Quoique un peu trop dramatique. En tout cas je peux aujourd'hui me pencher sur ces lignes sans embarras et avec même quelque tendresse. J'ai mis une partie sur facebook, voici la fin.
(les fautes d'orthographe sont d'origine

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A suivre?

Faux Epilogue.

Un
soleil de printemps. Elle avait eu envie de voguer sur la Seine et regardait le
scintillement de l'eau qui se reflétait contre les monuments ornant le fleuve.
Songeuse et seule. Un peu perdue dans des pensées agréables et sans nom.

Une
journée de vacances en solitaire, les enfants enfermés à l'école et l'être aimé
au bureau. Et elle, les mains vides, les doigts vides, ses pensées errant au gré
de l'eau, une brise légère dans les cheveux.

Son
livre est imprimé, finalement. Elle a réussi à en extirper les phrases de son cœur
et à aligner des pages intimes et belles qui ont su toucher un éditeur, puis un
public. Combien de ventes déjà ? Beaucoup, presque trop. Parfois, un flottement
interdit se demande s'Il l'a lu. S'il sait qu'elle a réussi son rêve et écrit
un livre. Un livre qui se trouve maintenant dans les vitrines de toutes les
librairies et qui égaie un instant la vie des gens. Puis son esprit court
ailleurs. Il est pensée non grata, une ombre inconsistante reléguée au passé.

Il
n'existe plus.

Elle
a failli ne pas l'écrire. Son histoire, ou plutôt leur non-histoire. Le titre
voulait tout dire pour elle, d'ailleurs, au départ, elle n'avait que ça, un
titre. Et quelqu'un le lui a pris, une espèce de ponte qui a imaginé un
best-seller appelé " le Carnet Rouge ". Alors elle s'est arrêtée.
Sans lire le ponte. Tout en ayant envie, mais luttant, rancunière à mort,
contre cet auteur pie voleuse. C'était " son " titre !

Puis,
un jour, elle s'est résignée en faveur d'un autre. Celui-ci existait peut-être
déjà, elle n'a pas voulu savoir.

Les
pages sont venues à vive allure, s'enchaînant sans peine comme si les longs
jours d'attente avaient créé un bouchon, et que maintenant qu'elle se donnait
le droit de faire exister cette histoire, les pages légères se précipitaient
toutes voiles dehors en grande bousculade, de peur de perdre leur unique chance
d'être.

Et
chaque mot tracé le faisait disparaître.

Elle
se souvient des questions qui revenaient parfois la hanter avec leurs doutes.
Et si… auraient-ils pu prendre un chemin différent qui les aurait réunis ? Sa
vie en aurait-elle été plus heureuse ? Mais, la dernière phrase achevée, le
point enfin final posé, son esprit trouva la paix et il devint oubli.

Il
reviendra parfois, c'est certain, comme aujourd'hui où elle songe doucement à
leurs soleils de printemps sur les terrasses de cafés parisiens. Son nom
ressurgira parmi d'autres souvenirs et odeurs du passé, pour s'effacer ensuite
lentement et disparaître à jamais. Elle n’a plus mal.

Elle
lève les yeux et regarde la foule à terre. Touristes en casquettes et citadins
pressés. Une masse grouillante écrasée par l'histoire des pierres qu'ils côtoient.
La pierre de taille aveuglante de lumière et de présence.

*

Il
a lu son histoire et n'a pas réagi. Lui qui avait enfin accès à ces mots qui
l’avaient tant obsédé. Maintenant, il essaie l'oubli. L'oubli des lignes du
passé qu'il a vu défiler sous ses yeux fatigués.

Accoudé
sur une rambarde, il regarde les péniches et leurs lentes migrations. Sa femme à
Dijon dans ses vins, son amant et les non-dits du petit-déjeuner, un fils
absent qui ressemble à sa jeunesse et à ses espoirs.

C'est
dans sa chambre qu'il a trouvé le livre. La chambre du fils. Il a hésité un
instant avant de demander d'une voix un peu enrouée s'il pouvait lui emprunter
cet ouvrage.

Regard
surpris du jeune homme, étonné que son père et lui puisse partager un même
centre d'intérêt.

Sa
femme était partie, encore, et il du attendre que son fils déserte à son tour
leur demeure inutile pour oser s'installer et l'ouvrir. En silence, sans
musique, sans cigarettes non plus – l'âge aidant, il avait arrêté – mais avec
une bouteille d'un millésime quelconque abandonné par son épouse au cours d'un
bref passage.

L'odeur
du livre neuf qu'on ouvre presque pour la première fois.

Il
l'a retrouvée tout de suite… sa lumière, sa fraîcheur, et un peu de ce mystère
qui l'avait séduit un fugitif instant avant de devenir une obsession. Premières
phrases douloureuses, comme un long étouffement humide, tant sa présence est
forte et les mots justes. Puis sa poitrine qui se détend, une souffrance un peu
lourde encore sournoisement tapie en lui.

Il
a revu le soleil du jardin du Luxembourg, ses rêves enfantins et le marchand de
glace juste devant l'entrée. Il a revécu les rires qu'ils avaient partagés et
les rêves qu'ils s'étaient confiés comme des trésors fragiles, qu'ils avaient écrits
sur un brouillon déchiré et confiés à la Seine dans des bouteilles poussiéreuses.
Comme ça, pour s'amuser, pour l'aventure des flots et les histoires qu'on
pouvait inventer… Maintenant, les bouteilles sont arrivées jusqu'à la mer et
ont échoué sur les côtes anglaises… ou bien elles sont allées jusqu'au Pôle
Nord et sont prisonnières d'un iceberg… ou peut-être se sont-elles brisées à
quelques mètres de là, contre le bord de la rive ou sur la coque d'un bateau.

Et
surtout cette chose en lui qui a pleuré des larmes amères. Tout ça pour ça ?
A la fin du livre, ses mains ont tremblé tant elle était présente en lui, et
tant la force de cette présence lui donnait le vertige, comme autrefois
lorsqu’il avait touché le fond de son autre lui, celui qui se cache dans les
limbes obscurs, prêt à ressurgir à la moindre chance.

Ses
yeux errent sur l'eau scintillante. Une drôle d'embarcation surgit lentement du
pont avec une femme en blanc en proue, les gestes libres et les cheveux au
vent. Il reste immobile et la regarde, profondément remué par la façon
particulière dont elle bouge et incline la tête. Sans comprendre pourquoi. Il
regarde cette étrangère, son dos, sa nuque parfois dévoilée par la brise, la grâce
de sa main effleurant la rampe.

*


Nous sommes bientôt arrivés Madame.

Elle
se retourne, surprise. Fait face à l'homme en uniforme et le remercie de
l'avoir prise à bord en dernière minute.

Son
nom résonne tout à coup autour d'elle. Elle agite la tête, d'où cela vient-il ?
C'est un murmure dans le vent, un écho inaudible qui pourtant retentit très
fortement en elle. Elle se retourne sans rien voir. Elle aurait rêvé…

Il
faut rallumer son téléphone. Cinq messages en absence, son éditeur va être fou.

L'escapade
est terminée.

*

Elle
se retourne et il plonge dans son sourire. Le sourire de ses yeux, le sourire
de son visage, ce sourire qu'il pourrait redessiner dans le noir et qu'il n'a
su retrouver en personne d'autre. Un sourire de lumière qui illumine celui qui
le reçoit, comme un précieux et unique cadeau. Qui va se loger là, dans le cœur,
et qui ne s'oublie jamais.

Il
faut qu'il l'appelle. Qu'il l'acclame comme il n'a pas su le faire autrefois.
Ses lèvres sont entrouvertes, il va crier son nom du haut de son perchoir et
elle lèvera la tête. Leurs regards se rencontreront et elle le reconnaîtra…
et quoi ?

Et
rien. A sa vue, il sent la fièvre remuer en lui et le cauchemar qui est prêt à
l’engloutir de nouveau. Il sent cette pulsion bourdonner avec violence, celle,
destructrice et effrayante, qui l’a dévoré jadis et dont le souvenir le fait
encore frissonner de honte et de peur.

Son
nom meurt sur ses lèvres. C'est hier qu'il aurait fallu le prononcer. Prendre
son sac et partir à sa recherche, se mettre à genoux et la convaincre de rester
à lui, les convaincre tous les deux que c’était fini, cette espèce de frénésie
malsaine qui les avait détruits. C’est hier qu’il aurait fallu vaincre ce démon
à l’appétit insatiable qui attend qu’on relâche sa bride.

C'est
ainsi. Il ne l'appellera pas. Jamais, pas hier, pas cette fois, plus jamais. Et
déjà elle est loin, une silhouette blanche dans le soleil de l'eau.

 

Nous
sommes bientôt arrivés…

 

h1

regarder et/ou avancer dans la même direction? (French lesson)

5 juin 2009

Avec un peu de retard.

Marié ou non, lorsqu'on s'engage dans une vie à deux, on est au départ
tourné dans la même direction : celle d'un avenir que l'on souhaite
construire à deux. Nos regards se joignent donc au moins à ce moment.

Savoir si, ensuite, on parviendra à avancer ensemble et dans la même direction…
C'est
un pari. Une prise de risque, une escalade sans encordage. (Même si
certains se rassurent avec un contrat de mariage. En ce qui me
concerne, le risque n'est pas tant matériel que personnel. Vais-je
réussir à grandir, allons réussir à nous grandir. Ensemble. Ces questions trouvent leur réponse au fur et à mesure.). C'est une
aventure, une ballade, un choix. Il y a eu et il y aura des après-midi ensoleillés
sans un souffle de vent, comme aussi des tempêtes entre nous et autour de nous. Parfois la vie a été et sera
sans merci envers l'un ou l'autre.

Les dates anniversaires ne servant pas qu'à savourer du champagne en s'autocongratulant mutuellement d'être aussi merveilleux et aimable, ci-joint un petit florilège de ce que deviennent les dialogues après 9 ans de vie commune, et 11 à baigner dans la guimauve… Sur le thème, donc, de regarder et d'avancer.

Allez, champagne, je t'aime toujours comme au premier jour… (musique sucrée, guimauve, bulles, fin de "l'introspective").

:)

http://fr.thefreedictionary.com/
               Regarder :
v.t. regarder (de garder, veiller)

Ce que je lui dit :

1.  Porter la vue sur: (avant) Je pourrais regarder ton visage pendant des heures. (ensuite) Ces enfants regardent trop la télévision. Regarde-moi, chéri, regarde-moi : alors, qu'est ce qui a changé? (ça te plait?)
2.  Avoir en vue; considérer, envisager: Quel que soit l'état de notre gazon, cela ne regarde pas les voisins.
3.  Concerner, intéresser: Le prix de ces chaussures me regarde. La suite de l'affaire regarde maintenant mon banquier.
4.  Être placé, tourné dans telle direction: La maison regarde-t-elle le sud ? Peut-on regarder sur la boussole? (= est orientée). Regarder qqn, qqch d'un bon œil, les considérer avec bienveillance: Je regarde la perspective de vacances en Grèce d'un bon œil.


Regarder v.i.

Ce qu'il me dit
("Il" parle peu, mais il regarde beaucoup)

1.  Diriger son regard vers; observer: Regarde cette voiture magnifique !
2.  [à, vers].  Être orienté dans telle direction: Leur appartement regarde à l'est. Cela modifie les études énergétiques.


v.t. ind.
  [à].
Ce que nous nous disons

1. Être très attentif à qqch: J'ai regardé à notre confort avant d'acheter ce canapé. Les enfants, regardez bien à ne rien oublier dans vos cartables. Chérie, il faut regarder à la dépense, J'ai fait rapidement le ménage, il ne faut pas y regarder de trop près.

2. Y regarder à deux fois, bien réfléchir avant d'agir: Les enfants,la prochaine fois, vous y regarderez à deux fois avant d'essayer de nous faire croire que vos dents sont propres.


v.pr.
 se regarder. Est-ce que nous nous regardons encore? Et surtout, est-ce que nous nous voyons encore?

1.  Contempler sa propre image
2.  S'observer l'un l'autre

3.  Être situé l'un en face de l'autre – situation qui peut être aussi émouvante (partager un silence)  qu'absurdement terrible (si l'on se réveille un jour à côté d'un étranger)

               Avancer v.t. (du lat. ab ante, en avant)
Ce que je lui dit

1.  Porter, pousser en avant dans l'espace: Avancer le bras (= le tendre). Chéri avance-moi une bière.
2.  Faire en sorte qu'un événement ait lieu avant le moment, la date prévus: Ta mère a avancé son retour.
3.  Faire progresser qqch: J'ai bien avancé la perfection du lancer de ricochets sur les étangs gelés.
4.  Faire gagner du temps à qqn; lui être utile: Pourrais-tu changer la couche du bébé, ça m'avancerait. Avancer de l'argent : (financer ma nouvelle garde-robe). Avancer une idée, une hypothèse : (lui rappeler que j'ai plus d'un neurone). Avancer une montre, une pendule: (faire en sorte qu'il soit à l'heure.)

v.i.
Ce qu'il me dit :

1.  Aller vers l'avant: Avance, tu gênes la circulation.

2.  Faire des progrès, approcher du terme: Elle avance dans ses idées à reculons. La recherche du bijou parfait avance donc à grands pas

3.  Indiquer une heure plus tardive que l'heure réelle: Ta montre avance encore
4.  Faire saillie: Le porche avance de quelques mètres sur la façade, tu ne vois pas ça sur le plan? Vraiment? Et si tu mettais tes lunettes.
 

v.pr. s'avancer
 Ce que nous disons ensemble

1.  Se porter en avant, progresser: La trentaine s'est avancée sur nous à pas de loup.

2.  Émettre une hypothèse audacieuse; se hasarder à dire, à faire: Nous nous sommes avancés en disant que nous aurions une vie formidable. Nous n'avions pas tort.
3.  Prendre de l'avance dans la réalisation d'une tâche: A nos enfants : Avance-toi dans ton travail, nous pourrons jouer plus longtemps ensuite.

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Comment décrire un champ de bataille quand on est une fille? (et qu’on s’habille en rose) – SF –

18 Mai 2009
Tableau_blanc_3

A priori, le résultat risque d'être aussi probant que le super dessin illustratif.
Ayant grandi avec deux sœurs, je suis loin d'être étrangère aux batailles de griffes, de coups de pieds, de moulinets et de tirage de cheveux. Il y avait aussi les morsures, la technique à terre avec les jambes ultra soniques, sans oublier le hurlement de la "morhquitu" (… et je vous laisse deviner ma technique…). Ceci dit, il y a une différence entre se chamailler pour survivre au sein de la fratrie et décrire un champ de bataille. L'essayiste que je suis a visionné les Aliens entre ses doigts et les pauses pipi, sautant systématiquement  le gore et le pas beau qui fait peur dans les films et les histoires. Les scènes de bataille dans les bouquins ne devaient pas durer plus de cinq paragraphes que je lisais de toute façon en diagonale (blabla, bataille, blabla, boum, point final à la ligne.). Quand on a lu Balzac, on sait sauter des pages.
Etant partie sur l'antithèse de mon genre habituel, je devais continuer sur ma lancée et surtout, surtout ne pas abandonner. J'ai donc serré les dents, et ai écrit très silencieusement et toujours d'une traite les lignes qui suivent. Je les laissent aujourd'hui s'exprimer sans les avoir retouchée, mais avec une coupe. Si j'ai sauté ce paragraphe, vous l'auriez sans doute négligé aussi, et le résultat est à peu près aussi bien que la production d'un ado de treize ans. A la relecture, ce n'est pas très visuel. Normal.

Alors, le rose? :)

*  *  *  *  *

Le choc fût terrible. Lassés par des années de luttes stériles, les deux camps avaient rassemblé leurs derniers éléments terrestres et aériens dans un ultime affrontement. (…)

Les robots avaient quitté leurs antres, ne laissant que carnage et souffrance derrière eux, et il fallait s’y mettre à plusieurs pour les achever. Les bêtes d’acier agonisaient ensuite dans des flaques d’acide qu’il fallait éviter à moins de périr rongé.

Mais le pire ennemi des troupes au sol était bien les nacelles aéroportées, ces vaisseaux de guerre de tailles et d’armements variables. D’abord occupées à se battre entre elles, elles s’intéressèrent bientôt aux soldats grouillants à terre, pointant sans pitié leurs lasers sur le camp adverse.

La guerrière ne sentait plus les coups. Se battant avec la même énergie, son bataillon restait pour l’instant soudé face à la mort qui semblait l’attendre. Les soldats communiquaient entre eux grâce à des oreillettes fixées sous leur peau, qu’il suffisait de presser pour transmettre vers les autres membres de l’escadron. Parfois des ordres concis émanaient du haut commandement, les faisant avancer vers la droite ou la gauche à la rencontre de nouveaux adversaires.

Une troupe de robots les assaillit et sans savoir comment, elle se retrouva bientôt isolée du groupe, face à l’ennemi.

Que la bataille continue pensa-t-elle avec indifférence, le bruit avait disparu, il ne restait que le silence de son cœur décharné, des rires qui ne résonneraient plus jamais dans la campagne verdoyante.

Depuis combien de temps se battait-elle ? Elle n’aurait su le dire… Son corps tendu par l’effort continuait sans relâche, mais son esprit restait hors du combat. Elle se sentait détachée de ses gestes alors que ses doigts tuaient et que les hommes face à elle disparaissaient un à un devant la justesse de ses coups. Combien de fois avait-elle rechargée les batteries de ses lasers, combien de corps lacérés et de vies ôtées avec une précision quasi chirurgicale ? Elle ne savait pas, le temps avait cessé d’exister, elle ne sentait même plus l’odeur de sang et de sueur qui alimentait d’ordinaire sa transe, la transe du combat et de l’ennemi à anéantir.