Archive for the ‘texte’ Category

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Le désir en attente dans un RER bondé (ou quand le titre est plus long que le texte #commelundi )

12 novembre 2013

Agrippés.
Il fait froid dehors.
Un doigt enroulé, un cheveux tortillé,
Refuge.

Peau et corps, yeux et cœur.
Le RER avance.
Frôlement, désir,
Il faut attendre.

Agrippés, enroulés, enlianés.
Bientôt.

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Corps

5 novembre 2013

Les yeux à peine réveillés, elle contemple ses doigts abîmés par le froid sec. Les ongles cassants, les cheveux froissés. La peau qui pèle un peu malgré les crèmes et les soins.
Debout. Elle refuse de s’assoir.
Son estomac gronde, il a de l’avance sur la routine immuable à laquelle elle s’astreint, ses négociations en chantage de l’univers. Si je fais ce qu’il faut, si je suis sage, alors tout ira bien. Alors la vie peut continuer. Mon corps tiendra, il cessera de s’attaquer, de se détruire, d’être son propre ennemi par lequel la souffrance survient. Mes enfants iront bien, je ne leur aurais rien transmis d’autre que mes yeux et mes mains et l’amour infini qui gonfle mon cœur vers eux.
Elle a beaucoup de questions et peur des réponses, elle connaît les échéances, il y a, devant elle, un instant qu’elle devra affronter mais en attendant elle tient. Elle a essayé, l’hôpital, l’attente, les lunettes d’un médecin face aux questions qu’elle représente. Un cas, un sujet intéressant. Elle est auto-immune. Elle est déjà cassée. Le reste, on ne sait pas.
Elle a reçu les lettres de convocations aux dates impossibles, confronté ses peurs, son emploi du temps, sa course quotidienne. Elle s’est soumise aux rendez-vous imposés, on reçoit une lettre et on s’y plie, on modifie sa vie pour coller à des dates, devenir un dossier passant d’étages en couloirs sans comprendre et sans choisir. Elle a essuyé la violence d’une blouse blanche sourde à son besoin d’être actrice, d’être inclue dans le process, de pouvoir refuser l’invasif, de choisir par quoi on commence. Son corps s’est arque-bouté et lui a dit non.
Ce n’est pas grave. Elle est partie. Elle sait quand elle ne peut pas. Pas ainsi, et elle choisi, et c’est facile lorsque tout autrement est impossible. Elle sait partir, s’enfuir, anticiper et se préserver. Elle est experte en lutte en sourdine, en douceur, sans compromis dès que son corps, qui comprend tant de choses avant elle, lui indique la voie du repos. Elle ne peut qu’accepter.
Avec ses questions, son corps en repli, ses gènes défaillants, sa culpabilité de mère, avec ce moment à venir ou elle trouvera une autre façon d’obtenir les réponses, petit a petit, en surveillance bienveillante. Un jour.
Le RER s’arrête. Il fait encore nuit dehors. Tournée face à la vitre, elle regarde le début du jour qui frise l’horizon. Son visage se reflète et se mêle au paysage et elle l’interroge. Elle a l’air si normale. La faim gronde encore et elle sourit.

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Chaleur d’été, sommeil d’enfants

24 juillet 2013

La chaleur étouffante lui paraissait avoir escaladé d’heure en heure, rampant de pièces en pièces et imposant sa chape au corps et au sens, jusqu’à ralentir l’esprit et obligeant à la torpeur. Coincée entre l’armoire et la fenêtre ouverte sur l’absence de vent, Solange veille la nuit. Ses enfants sont installés sur les canapés du salon, qui reste encore la pièce la plus fraîche de la maison. Immobiles et dans des postures improbables, ils dorment profondément quoique haletant de sueur. Ils semblent avoir été terrassés soudainement de chaleur, même si chaque soir lui offre cette image de l’enfance, ses petits happés brusquement par les rêves, qui du livre encore ouvert sur le torse, du bras s’évadant du matelas et traînant au sol, des jambes en étoile de mer reflétant les mains nonchalamment oubliées derrière la tête. Une seconde éveillé et la suivante happés par les songes.
Cette facilité au sommeil l’émerveille. Le repos s’impose à eux avec une précision quasi administrative, sans doute à cause de la routine rigoureuse qu’elle leur a offert, 19h00 à table, 20h00 histoires puis lecture, 21h00 extinction des feux. Lorsqu’elle arrive tard à cause d’un train contrariant et qu’elle passe embrasser leurs fronts et caresser leur cheveux, elle regarde longuement leurs visages, écoute leur souffle paisible, le pincement au cœur de n’avoir pu partager quelques moments avec eux. Pourtant cette routine lui apparait comme indispensable et indiscutable, les petits ont besoin d’habitudes, de repères, leur sommeil est sacré.
Mais si le cadre est rigoureux, les règles y sont libres, les enfants de Solange grandissent en bruits de rires et de disputes, d’aventures, de poursuites et de caches-caches, d’anecdotes incroyables et extraordinaires partagées au milieu des escaliers…
Ces instants du soir sont précieux et elle s’astreint à être à l’heure, quitte à amener « des devoirs » qu’elle fera assise en tailleur par terre avec un dîner léger à grignoter.
Ce soir la chaleur l’oblige au rien.
Solange est arrivée tôt, les oreilles en vertige d’une climatisation mise au maximum et quasi exsangue qui avait sifflé d’épuisement toute la journée. Les jambes lourde du trajet en train, debout dans la fournaise et la transpiration des autres.
Les enfants étaient énervés, ils avaient eu chaud, il faisait lourd, pas une brise pour soulager l’emprise irrespirable de l’attente avant un orage.
Elle passe la main par la fenêtre, hors de la maison, et sent l’air qui se rafraîchi : il y a deux mondes, celui de l’intérieur dont les murs irradient de chaleur, et celui de l’extérieur osant petit à petit la fraîcheur.
Solange fini par installer un matelas d’appoint au sol et s’installe près du sommeil de ses enfants. Dormir en haut serait impossible, il n’y a que poussière brûlante et irrespirable.
Lorsqu’enfin l’orage explose et envoie ses bourrasques bousculer l’existant, les yeux de Solange se ferment, bercés d’une pluie lumineuse et fracassante portant la fin de cette journée caniculaire.

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Rêves de désert en bleu du ciel

22 juillet 2013

Elle se prépare au désert, à la chaleur sèche et brutale ne cédant qu’à la nuit toute aussi violente mais froide. Elle se prépare à être bousculée par les éléments et à y trouver la paix. Il y a quelque chose d’intensément apaisant à regarder le ciel et ne lui trouver ni début ni fin et que le sable en mer aux vagues immobiles comme frontière. Un géant regarde l’autre, et entre les deux le soleil et les hommes.
Son ciel ici est réduit par les arbres et les constructions des hommes, ces bâtiments carrés construits rapidement dans une logique pécuniaires ignorant l’esthétique et l’infini des ans.
Elle regarde les dessins des avions et leur danse géométrique lorsque le tracé de l’un rejoint celui du précédent, comme un baiser d’une éternelle tendresse posé sur un front endormi.
Elle songe à la brûlure du jour et les nuits grelottantes, elle a hâte tout en étant inquiète, inquiète des éléments et de ce ciel trop bleu et vide d’avion en danse de baisers.

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Pieds nus

19 juillet 2013

Elle rompt l’immobilité. Ses pieds s’ancrent au sol et la sortent de l’assise, ses jambes se tendent et son buste se déplie dans un silence interrompu d’un craquement, se perd dans le vertige entre deux pour se tenir droit, en grâce, elle hésite, attend le temps de retrouver une balance avant de faire un premier pas.
Petite, elle avait interdiction par sa mère de rester pieds nus sur le parquet. La transpiration laissait des traces humides dont l’acidité attaquait le bois ciré. Déjà, pourtant, elle ressentait ce besoin d’être liée au sol, de sentir et d’exister par chaque pore de son corps. Le carrelage brillant et froid de la cuisine suivi de la tomette cassée du couloir, le parquet en chêne du salon et des tapis diversement soyeux. La moquette de sa chambre et la dalle du balcon. Dehors aussi, en vacances, elle rechignait à chausser ses pieds, à les couper du monde. Sentir l’herbe mouillée au réveil et craquante le soir, les graviers du chemin aux coins minuscules et coupants, la pierre marquant le chemin entre la maison et le puits, le puits et le garage, le garage et le portique, le portique et la maison. Le sable chaud et l’eau froide du nord et les rochers noirs décorés de moules et de lichen des mers.
Ses pieds sont nus et attachés au sol et à son parquet vitrifié qui ne craint l’acide. Elle hésite, elle avance.

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Les mots moites

18 juillet 2013

Elle cherche les mots, le stylo s’échappant de la sueur de ses mains, le papier moite courbant sous l’encre hésitante et vive. Les phrases se perdent alternant entre l’essoufflement et des instants en vide. Elle est pied nu sur le parquet. Une fenêtre dans son dos permet un souffle à peine frais.
Le jour s’éteint peu à peu. Au loin un chien aboie, son cri résonne au dessus des jardins endormis.
Elle persiste, passe au clavier, la gorge sèche de poussière malgré les glaçons dans un verre perlant sur son vieux bureau en bois ciré. Il y aura une trace ronde, une de plus, s’ajoutant aux tâches rappelant les années, son enfance, le bac, les déménagements, les soirées balbutiantes d’écriture en sur place.

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Il la regarde

20 mai 2013

Elle se penche sur son livre posé sur la table. La lumière rebondit vers son visage, ses longs cheveux, la ligne de son cou.
Il la regarde.
Elle bouge à peine en tournant les pages, ses lèvres s’entrouvrent sur un sourire alors qu’elle s’évade, ailleurs, transportée de mots et de rêves.
Il aimerait sculpter cette scène, la graver sur un pan de marbre blanc, en dessiner la beauté en relief d’ombres sublimant la lumière, peindre son bras posé et ses doigts lissant le bord du livre. Il aimerait immortaliser cet instant sur un cliché, les reflets qui se glissent doucement le long de son corps, illuminant sa peau et des pans de tissus, laissant deviner et entre apercevoir tout en rappelant les sensations d’hier et de demain. Il brûle de garder ainsi à jamais l’image de la femme qu’il aime dans un coin de portefeuille, dans un repli de son coeur, sur un pan d’écume voyageant sur des nuages qui fonceraient vers le soleil jusqu’à s’y fondre, afin de la faire renaitre au moindre bruissement d’aile et de vent. Par ce moment simple qui veut tout dire, par cette image d’un quotidien banal, il accède à leurs rires les plus fous et heureux, à cette fougue qu’ils ont à s’aimer et à respirer l’un avec l’autre et l’un vers l’autre… c’est parce que tout cela existe qu’elle est là aujourd’hui, intemporelle, magnifique, belle, elle.
Il la regarde, la rejoint dans cette tranquille immobilité, et imprime dans son âme cet instant.
Tout à coup elle lève la tête, lui sourit lentement, puis se plonge à nouveau dans son livre.
Il la regarde.