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Le vide entre

9 mars 2019

Les verres ont formés des ronds sur la table du bistrot. Elle tient le pied du sien et en suit le bord du doigt, en rappel de l’enfance et des symphonies qu’ils inventaient à l’heure du dîner.

Ils sont face à face, leurs main ne se touchent plus, les pieds soigneusement rangés et les yeux baissés.

Il ne leur reste plus grand chose hormi le silence. Le cliquetis de vaisselle provenant de la salle derrière eux, la radio nasillant quelques airs nostalgiques, le bruit de la pluie qui les empêche de partir et tambourine inlassablement les vitres, obscurcissant la vue vers la place, l’avenue, le métro.

Elle remarque qu’il est encore nerveux. Son indexe gratte furieusement la peau au coin de l’ongle du pouce, il fait cela quand il est en manque de cigarettes. 

Elle s’attache sur les ronds un peu poisseux, son verre de vin à peine touché. Le sien quasi vide. Il a bu de grandes lampées brusquement, comme si cela pouvait lui donner du courage « pour la suite », pour ce qu’il lui fallait dire et entendre.

Il aurait fallu que l’un d’entre eux parte tout de suite. Leur conversation est terminée mais ni l’un ni l’autre n’ose la pluie, ou ne souhaite l’imposer à l’autre.

Tout à coup la tornade s’arrête, le soleil inonde avec autant de violence qu’il était parti et tout scintille. Le trottoir, l’arrêt de bus, les voitures… cet éblouissement est insupportable. Elle se lève en bousculant sa chaise, ses pas se hâtent, vite, il faut disparaître et laisser derrière elle ce portait misérable d’une histoire mal terminée, elle en court presque, s’échappe    et enfin respire.

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Elle

8 mars 2019

Son sourire éclate en rire et s’embrase de la lumière couchante. Les bras en l’air, elle valse dans le champ d’herbe folle, en inventant des hymnes glorieux et entraînant, ses nattes défaites ont glané quelques herbes et fleurs et tu la regardes, tu la dévores silencieusement des yeux, ta fille tant aimée.

La journée s’est éloignée du temps, vous vous êtes échappée de la ville et avez roulé au hasard. Parfois tu lui demandais de choisir, tout droit, à droite ou à gauche, au grés de votre chemin, débarrassée du poids des obligations que vous retrouverez bien assez tôt. 

De zig en zag, un village, une rivière, un gîte grimpé de chèvrefeuille odorant, et hop, le retour attendra demain. Du jardin au sentier, de la forêt aux champs, vous avez marché, dansé et chanté.

Un peu fatiguée, tu t’assois tandis qu’elle continues à valser sous le rougeoiement du jour agonisant. 

Elle est belle, elle est libre ta fille. La société ne l’a pas encore enfermée, pour l’instant encore, le monde lui appartient.

Tu te perds un instant dans le vent qui porte son chant, et, toi aussi, tu souris.

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Cancer – abandon

7 mars 2019

Nous avons suivi le process. Le process a suivi son chemin.

Il a abandonné son corps à des mains capables de lui enlever son mal, scarifiant son cou, son être, ils l’ont vidé de la mort, il a du se perdre dans son ombre pour renaître, pour appendre à exister, à demander.

Chaque réveil est un rappel à la vie par la souffrance, la perception des sens agités entre ce qui n’est plus et ce qui doit revenir. 

Après ne pas avoir osé avoir besoin, repoussant la prise de médicament, oscillant entre la peur de manquer, la crainte de l’addiction, l’insupportable attente et la terrible réalité, il n’ose plus la douleur, et enfin porte sa voix.

Il est parfois possible, par l’abandon complet, de reprendre totalement le contrôle.

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Dépression – blanc

6 mars 2019

Le corps penché elle s’abîme, en recherche de souffle, d’une seconde, encore, et d’une autre, qui s’ajoutent, elle n’écrit rien pour effacer les jours : hier ou demain, tout est blanc.

En elle une déchirure qui grandit, les mots ravalés en vertiges de ce qu’ils pourraient annoncer ; parce qu’elle connaît l’issue de ce chemin qu’elle ne se résoud à quitter, elle s’oublie, courbe son âme, s’enroule autour de ses failles, de ses doutes et de ses regrets. Immobile en pensées floues, le temps la bouscule en rafales glacées et en elle la rage de ne pouvoir avancer. A la croisée des choix, de ses désirs et de ses devoirs, de sa loyauté pesante… en fatigue et lassitude de risquer à reconstruire, encore. S’affranchir de ses contraintes, oser la liberté, être dans l’impensable.

Seule, elle s’est entourée des béquilles des autres, ceux qui ne font, dont les pas forment un cercle enfermant gravé dans la pierre, ceux dont elle porte les espoirs éteints à s’en briser l’échine.

Elle respire leurs peines,  suffoque du poids de leurs ombres tissées au plus secret de leurs silences. Assourdie par le flux de leurs paroles couvrant leurs refoulements, le travail qui ne se fait pas, le pathos qui s’enfonce encore plus loin et s’accroche à leurs peurs et leurs rêves.

Elle attend, en vain elle s’attend jusqu’à ne plus savoir avancer, lucide et les yeux grands ouverts. 

Hier, aujourd’hui, demain… blanc, elle ne veut plus.

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J’aimerais

19 juillet 2018

Te bercer

Au creux de mes bras,

Tes chagrins consoler

 

Comme autrefois.

Chasser tes peurs et tes douleurs,

Prendre sur moi.

 

Effacer

De ton regard tes larmes,

De toi arracher

Souffrances et heurts…

 

Pour toi porter ta peine,

Savoir

Prendre sur moi,

 

Te dire à quel point

Je t’aime,

Combler ce vide à quelques pas de toi.

 

Savoir

Comment soigner tes cris, ta haine,

Prendre sur moi.

 

Démêler les mots des faux,

Des larmes aux armes

En toi recroquevillé.

 

Devenir ton ancre et tes branches,

Ralentir ta chute.

Te retenir,

 

J’aimerais.

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Viens, respirons le sel et fuyons

5 novembre 2017

Viens, je t’emmène avec moi. Partons au gré des vents en insouciance du temps. Marchons près des falaises dominant les mers, respirons le sel et dansons.

Viens, partons.

Près des falaises dominant les mers, les vents inconstants jouent en tourbillons et ta voix claironne par-dessus les carillons : la ballade limpide de tes grands yeux me promène vers des sentiments malheureux, viens, rions.

Par delà les murs et les façades, une plage s’élance vers la roche léchée d’écume. Elle s’envole, s’oublie et se brise sous l’emprise des marées, naissances et tourments sans cesse renouvelés.

Les vents inconstants jouent en tourbillons, la balade limpide de tes yeux n’est pas sans rappeler celle des cieux, viens, fuyons.

L’écho tonne, tombe, se tasse et se fige en fulgurance sur les vagues noires, près des falaises dominant les mers, par delà les murs et les façades. Une plage se lance seule et sans arme, le sable englouti sous les flots des larmes. Amertumes des innocentes noyées, respirons le sel et dansons.

Viens.

 

 

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La pluie fuse enfin

24 juillet 2017

L’impulsion des jours te force à continuer. Sans réfléchir, sans direction, l’avenir imprécis au-delà des quelques semaines devant toi, tel un agenda flou aux contours insipides. Derrière toi une fillette danse insouciante sous les rayons perçant delà les arbres, nimbée de la grâce dorée des heures couchantes, protégée par l’ancrage d’un présent qui t’est si loin.

La route était simple.

Courbés sur vos claviers, sourds. Une armée d’adultes assis et immobiles.

La pluie fuse enfin, tac tac tac, rabattant la poussière fine vers le bitume, tac tac tac plic ploc, ses larges gouttes rythmant la fuite des badauds en percussions lourdes et grondantes.

Un éclair s’interroge. Boum. Le tonnerre répond une fois, puis deux. Personne ne bouge, personne ne danse. Les visages autour de toi sont froidement éclairés du reflet bleu des écrans. Seule et entourée de multitude, seule tu lèves le regard vers les arbres maltraités de vents. Devant ton regard de myope, des chiffres dans un tableau, et par devers toi le souvenir d’un ruban envolé dans  la tempête, du recueillement des tiens devant les éléments, visages collés à la fenêtre et un feu réchauffant l’âtre.

Seule tu te redresses pour respirer, regarder. Etre. Marcher jusque la vitre qu’on entrouvre à peine, un doigt glissé à l’extérieur pour goûter la pluie, sentir la colère du ciel, pour prendre le temps. Sourire et s’offrir un souvenir, un feu qui danse encore au fond de tes prunelle.

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Letter from the Other Beyond

30 janvier 2017

From Darkness I have woken, an imperceptible sight all my body could muster, a breath. Amidst time’s interstice for centuries I laid, crushed under World’s Worries and Burdens, falling far and deeper in my own self’s oblivion, greyness and dust, as I welded myself in rock, my body my tomb crushing light and tomorrows, my other self a Timekeeper forcing me into healing nothingness.

A million puzzle pieces, and who am I.

A million tears and eternal sorrow as the Circle of Things retraces its own steps, two walls guarding its path on each side.
Words burning the sky and engraving my soul – everything has happened before and will happen again – are we condemned? Our angels grieve with poignant compassion and our soil cries her children’s blood… each and every time Humanity’s Nevermores became Oncemores, each and every mistake an atrocity.

I feel so tired. Why should I ever resurface.

Yet from Darkness I have woken, an imperceptible sight all my body could muster, a second breath. My body so heavy, I don’t have the strength. My eyes won’t open, I don’t want to see, I don’t want to move nor do I want to be. I will myself to Nothing or else my heart will break a million times again, should I let Reality be, World, you are exhausting me.
History tells us all, if only we were listening, but we keep on our ways, Arrogant Youth never parting from the Circle, religiously reenacting the same scenario and retracing human errors again and again.
Quiet the Worrier, shut up Cassandre, this time it will be different. I know.
Alas, aren’t we so small and insignificant, shouldn’t we be humbled.

It hurts. To breathe and to be alive. To hope and to risk everything.

How terrifying let your gard down to love and believe in others. And yet, what if we were to belong in a herd of journeyers, our steps joining an adjacent path creating new possibilities. Once upon a time, what if we weren’t hopeless. We may be nothing alone, but together wouldn’t we be an army guided with Knowledge and Light?

I can’t lay still for much longer now, a decision must be made.

If you are neutral in situations of injustice, you have chosen the side of the oppressor. If an elephant has its foot on the tail of a mouse and you say that you are neutral, the mouse will not appreciate your neutrality.
Desmond Tutu

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I have walked the shores

23 juillet 2016


I have walked the shore and the fields, my feet bathing cold salty water, the wind flying through my fingers and my hands, flowers playing against the odds and the sheep.

I have felt the rain landing on my face, its cold drops reminding me that I were alive. I have turned my face towards the sun, welcoming its warmth and it’s light, letting it seep through my pores and into my soul.
I have sat in silence with an old friend, comfortable with the said and the unsaid.
I have joined my kindreds, a sisterhood of blood and heart, of past, present and future.

Together, we laughed, we talked, we cried, we let the unsaid be heard and shouted I love you.
I have realized how precious these moments are, how privileged I am to be loved by such fine souls.
I will walk the earth again, I will fly over the sea and travel the world. I will marvel and rejoice, I will despair and hurt, but most of all, I will be happier and stronger. There is hope, descending in the peaceful afterwards

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I mean you no harm

19 juillet 2016

I mean you no harm

As I walk the path

As I find my way

 

I mean you no harm

As I look back

And see others

Breathe where I exhaled

 

I mean you no harm

As I try, as I stumble,

As I preserve my light.